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Full text of "Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce"

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JOHN  M.  KELLY  LIBDACY 


Donated  by 
The  Redemptorists  of 
the  Toronto  Province 

from  the  Library  Collection  of 
Holy  Redeemer  Collège,  Windsor 


University  of 
St.  Michaers  Collège,  Toronto 


HOLY  BEDEEMER  LIBRARY,  WI^ÛR 


>* 


Jésus  mieux  connu  et  plus  aimé 
dans  son  Sacerdoce 

IV 


PREMIERE     PARTIE 

De  la  Connaissance  de  Jésus 
le  Verbe  incarné 

Un  volume  in-12  de  520  pages 


DEUXIEME    PARTIE 

De  la  Condition  de  l'Homme-Dicu 

Un  y^olume  in-12  de  450  pages 
TROISIÈME    PARTIE 

De  Jésus  dans  soi>  état  de  Victime 

Un  ^?olvme  in-12  de  400  pages 


En  prépiiratioi7  : 

CINQUIÈME    PARTIE 

De  Jésus  Prêtre  et  Victime 
dans  l'Eucharistie 


R.  Père  M.  E.   de  la  CROIX 

de  la  Praierniié  Sacerdotale 


Jésus  mieux  connu 
et  plus  aimé 
dans  son  Sacerdoce 

QUATRIÈME    PARTIE 


Du  Sacerdoce  de  Jésus 


DEUXIEME    EDITIO'N 


^^ 


PARIS 
MAISON   DU    BON-PASTEUR 

228,    Boulevard   Péreire 


HOLY  REDEEMER  LIBRARY.  WlMSÛfi 


,  WIM^ÛJ 


^ 


NIHIL    OBSTAT 

Romœ,  die  4'  Junîi,  1928 
P.   Eduardus   Hugon,  O.  P. 

Maître  en  Théologie 
Censor 


IMPRIMATUR 

Romie,  die  30»  Junii,  1928 

•j-  J.  Palica,  Archiep.  Philippensis 

Vices  gerens 


TOUS     DROITS     RESERVES 


LETTRE  DE  SA  SAINTETÉ  PIE  XI 

A  l'/luteur   de  l'Quvrage 

Jésus  mieux   connu  et  plus   aimé 
dans  sot)  Sacerdoce 


SECRETAIRERIE  D'ETAT  Du  Vatican.  16  Décembre  1924 

DE  SA  SAINTETE 


Mon  Très  Révérend  Père, 

Le  Souverain  Pontife  a  agréé  avec  une 
paternelle  bienveillance  le  filial  hommage  que 
vous  Lui  avez  adressé  des  trois  premiers  vo- 
lumes de  la  collection  :  «  Jésus  mieux  connu  et 
plus  aimé  dans  son  Sacerdoce  ». 

Vous  avez  voulu,  dans  une  noble  pensée  de 
zèle,  contribuer  à  faire  connaître  davantage 
à  ses  prêtres  et  à  ses  fidèles  Jésus  dans  son 
Sacerdoce  éternel,  et  c'est  la  raison  d'être  de 
votre  travail. 


Dans  un  premier  volume,  qui  est  comme 
l'introduction  à  l'ouz'rage  tout  entier,  vous  mon- 
trez la  nécessité  et  la  grandeur,  l'importance 
et  les  conditions  de  la  connaissance  de  Jésus, 
Verbe  incarné.  Votre  second  livre  étudie  la  per- 
sonne adorable  du  Saux>eur,  dans  le  sein  de 
son  Père  et  dans  les  phases  de  sa  vie  terrestre, 
dans  son  Sacerdoce  et  son  Sacrifice. 

Puis  c'est  la  Victime  que  vous  considérez  ; 
ce  sera  ensuite  le  Sacrificateur,  et  enfin  vous 
terminerez  en  montrant,  dans  l'Eucharistie,  le 
Prêtre  et  la  Victime  dans  l'acte  du  Sacrifice, 
puis  dans  sa  gloire. 

Sa  Sainteté  vous  félicite  des  efforts  que 
votre  zèle  apostolique  z'ous  a  fait  entreprendre 
en  xme  de  faire  connaître  et  aimer  davantage 
Jésus  dans  son  Sacerdoce  :  n  'est-ce  pas  le  cen- 
tre de  tous  les  mystères  de  V Incarnation  et  de 
la  Rédemption  ? 

Le  Saint  Père,  en  vous  remerciant  de  votre 
hommage,  fait  des  vœux  pour  que  z>otre  traz>ail 
porte  les  heureux  fruits  que  vous  désirez,  et 
z)ous  accorde  bien  volontiers,  comme  gage  des 
fazieurs  diznnes,  la  Bénédiction  Apostolique. 


Veuillez  agréer,  mon  Très  Révérend  Père, 
avec  mes  retner déments  personnels,  pour  les 
volumes  que  vous  avez  bien  voulu  me  desti- 
ner, l'assurance  de  mes  sentiments  dévoués  en 
Notre  Seigneur. 

P.  Gard.  Gasparri 


Au  T.  R.  P.  Supérieur  Général 

de  la  Fraternité  Sacerdotale 


A  NOTRE  SAINT  PÈRE  LE  PAPE 

Successeur  du  Prince    des  Apôtres 

Pontife  Suprême  dans  l'Eglise 


Nous  déposons  humblement 

aux  pieds  du  Souverain    Pontife 

et  nous  lui  dédions  filialement 

ce  quatrième  volume 

entièrement  et  directement  consacré 

à  l'étude  et  à  l'amour 

du  Sacerdoce 

dans  la  Personne  adorable 

de  Jésus  notre  divin  Sauveur. 

Héritier  des  promesses  divines 

il  conserve  au  monde 

avec  l'infaillibilité   doctrinale 

la  puissance  consécratrice 

qui    maintient   dans    l'Eglise 

le  Sacerdoce 

dont  Jésus  le  Souverain  Prêtre 

est  l'unique  principe 

et  la  source  universelle. 

Clu'il  daigne  recevoir  les  hommages 
de  notre  sacerdotal  respect 

et  nous  accorder 

ainsi  qu'à  tous  nos  frères 

dans  le  Sacerdoce 

groupés  autour  de  son  auguste  Personne 

une  puissante 

et  paternelle  bénédiction. 


PREFACE 


Le  {présent  volume  est  une  suite  naturelle  à 
celui  qui  l'a  f^récédé  sur  «  Jésus  dans  son  état 
de  Victime  ».  L'étude  sur  Jésus  Victime  appelle 
nécessairement  celle  sur  Jésus  Prêtre  ;  sans 
quoi  nous  n'aurions  pas  une  notion  complète 
des  immolations  et  du  Sacrifice  de  Jésus  Sau- 
veur de  l'humanité. 

Nous  avons  traité  en  premier  lieu  le  sujet  de 
l'état  de  Victime  en  Jésus,  non  que  dans  l'ordre 
logique  de  nos  conceptions  il  précède  le  Sa- 
cerdoce, mais  parce  que  pour  l'ensemble  des 
fidèles  la  connaissance  des  souffrances  et  de  la 
mort  de  Jésus  est  beaucoup  plus  générale  et 
jette  déjà  bien  des  lumières  sur  son  Sacerdoce. 

En  fait,  il  faut  absolument  admettre  que 
Jésus  est  Prêtre,  ou  il  faut  nier  son  caractère 
de  Victime.  Méconnaître  l'un  ou  l'autre,  ce  se- 
rait détruire  la  nature  du  double  mystère  de 
l'Incarnation  et  de  la  Rédemption. 

En  outre,  que  l'on  veuille  bien  se  reporter  à 
la  Préface  de  notre  premier  volume  et  à  ce  que 
nous  avons  plusieurs  fois  répété  depuis,  que  le 


4  DU   SACERDOCE   DE   JÉSUS 

but  général  de  cet  ouvrage  est  de  faire  ressortir 
en  Jésus  son  caractère  essentiel  de  Souverain 
Prêtre  et  d'essayer  d'en  donner  une  connais- 
sance plus  exacte  et  plus  complète.  Tout  ce  que 
nous  avons  dit  par  ailleurs  n'a  été  que  pour 
mettre  en  plus  grande  lumière  le  Sacerdoce  en 
Jésus. 

Il  ne  faudrait  donc  pas  s'étonner  de  nous  voir 
traiter  ce  sujet  capital  seulement  dans  le  qua- 
trième volume.  C'est  bien  à  dessein  que  nous 
avons  agi  de  la  sorte,  afin  d'avoir  d'abord  une 
science  générale  de  Jésus,  de  la  place  qu'il 
tient  dans  le  plan  divin  de  l'humanité,  de  la  né- 
cessité pour  tous  de  Le  connaître  et  par  consé- 
quent de  L'étudier  et  d'en  faire  son  centre  de 
vie  ;  puis,  afin  de  Le  considérer  dans  ses  divers 
mystères  et  dans  la  mission  essentielle  de  sa 
venue  ici-bas,  pour  arriver  ainsi  à  la  conclu- 
sion inévitable  de  son  caractère  sacerdotal. 

C'est  pourquoi  dans  le  deuxième  volume  nous 
avons  considéré  V Homme-Dieu  dans  ses  deux 
natures  divine  et  humaine,  dans  les  perfections 
et  les  opérations  de  l'une  et  de  l'autre,  dans  les 
principales  phases  de  sa  vie  terrestre,  dans  les 
divers  aspects  sous  lesquels  11  a  exercé  son  mi- 
nistère auprès  des  hommes  et  dans  les  carac- 
tères correspondant  aux  fonctions  les  plus  im- 
portantes de  sa  mission  divine.  Il  nous  est  alors 


apl^aru  évident  que  le  caractère  essentiel  en 
Jésus,  qui  répond  parfaitement  à  la  fin  de  l'In- 
carnation et  de  la  /Rédemption,  est  celui  de  son 
Sacerdoce,  et  que  tout  le  reste  en  découle  ou  lui 
est  ordonné. 


Cette  étude  ainsi  faite  par  comparaison  et 
élimination,  toute  concluante  qu'elle  soit,  ne 
pouvait  être  qu'une  étude  préparatoire,  fort 
importante  cependant  pour  la  suite  de  nos  con- 
sidérations, parce  qu'elle  leur  apporte  une  lu- 
mière et  un  fondement  de  vérité  indiscutables. 

En  traitant  plus  directement  du  Sacerdoce 
en  Jésus,  nous  pénétrons  au  cœur  de  l'ouvrage, 
les  deux  autres  volumes  qui  suivront,  sur  Jésus 
Prêtre  et  Victime  dans  l'Eucharistie  et  dans  la 
Gloire,  ne  devant  être,  à  vrai  dire,  qu  'une  con- 
séquence et  un  couronnement  de  celui-ci. 

Nous  avouons  humblement  que  nous  avons 
éprouvé  une  certaine  appréhension  devant  une 
semblable  tâche.  Connaissant  notre  misère  per- 
sonnelle et  notre  insuffisance,  nous  avons  craint 
avec  raison  de  ne  pouvoir  traiter  convenable- 
ment un  sujet  aussi  sublime  ;  mais  la  pensée 
de  concourir  tant  soit  peu  à  donner  de  notre 
adorable  Jésus  Prêtre  une  connaissance  plus 
grande  et  de  Le  faire  aimer  davantage  dans 


è  bV    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

son  Sacerdoce,  nous  a  fait  vaincre  toute  hési- 
tation. 

Nous  avons  écrit  ces  pages  avec  une  joie  indi- 
cible et  en  multipliant  nos  actes  d'amour.  Nous 
espérons  que  nos  lecteurs  partageront  nos  sen- 
timents. Qu'ils  lisent  avec  leur  cœur  tout  autant 
qu'avec  leur  intelligence.  A  mesure  que  les  no- 
tions sur  le  Sacerdoce  de  Jésus  leur  apparaî- 
tront plus  claires,  qu'ils  se  les  gravent  dans 
l'esprit,  afin  de  s'habituer  à  vivre  de  ces  im- 
portantes vérités  et  à  en  nourrir  leur  âme. 

Il  est  trop  évident  que  Jésus  n'est  pas  assez 
connu,  assez  honoré,  assez  aimé  dans  son  Sa- 
cerdoce, pour  que  tous  nous  n'ayons  à  cœur  de 
Lui  apporter  une  compensatiofi  par  notre  zèle 
à  L 'étudier  et  notre  ardeur  à  L 'aimer. 


Les  divisions  de  cet  ouvrage  suivent  un  en- 
chaînement logique.  Le  Sacerdoce  de  Jésus  est 
envisagé  d'abord  dans  son  principe  divin  et 
dans  les  décrets  éternels,  puis  réalisé  dans  le 
temps  et  exercé  auprès  de  la  divine  Victime 
dans  les  divers  états  de  sa  vie,  et,  en  dernier 
lieu,  arrivant  à  la  perfection  de  son  exercice 
par  le  Sacrifice  suprême  qui  met  fin  à  sa  mis- 
sion sur  la  terre. 

Le   tout  se  termine  par   des    réflexions    sur 


PREFACE  7 

l'amour  que  nous  devons  à  Jésus  en  sa  qualité 
de  Prêtre,  à  l'exemple  de  l'amour  qu'à  ce  titre 
Lui  porte  son  divin  Père  et  qu'il  se  porte  à 
Lui-même.  Un  appendice,  sous  le  titre  Vérité  et 
Amour,  est  comme  un  résumé  des  principales 
considérations  de  l'ouvrage,  et  peut  servir  de 
sujet  pratique  de  méditation  et  de  prédication. 
Comme  pour  les  trois  premiers  volumes,  nous 
avons  tenu  à  n  intercaler  aucune  citation  dans 
le  texte,  pour  ne  pas  briser  le  fil  des  idées,  et 
nous  les  avons  toutes  insérées  au  bas  des  pages. 
Le  lecteur  peut  ainsi  facilement  y  recourir,  et 
nous  l'y  engageons,  afin  de  se  graver  davan- 
tage dans  la  mémoire  la  doctrine  de  l'Evangile, 
de  saint  Paul  et  du  Docteur  angélique. 

Puissent  Jésus  et  Marie  bénir  ces  pages,  hum- 
ble tribut  de  notre  ardent  amour  pour  le  Sacer- 
doce de  Jésus  et  pour  la  Mère  du  Souverain 
Prêtre  ! 

Jésus  seul! 

Paris,  Jeudi-Saint,  1929 

P.  Marie  Eugène  de  la  Croix 

De  la  Congrégation  de  la  Fraternité  Sacerdotale 


PRELIMINAIRES 


«  Dieu  nous  a  parlé  par  son  Fils.  II  l'a  établi  avec  serment 
prêtre  et  pontife  pour  l'éternité.  II  l'a  jure  et  ne  s'en 
repentira  pas.  "Nous  avons  uu  grand-prêtre  établi  sur  la 
maison  de  Dieu. 

«  "Mais  pour  devenir  auprès  de  Dieu  un  pontife  miséricor- 
dieux, afin  d'expier  les  péchés  du  peuple,  il  a  dû  être  en 
tout  semblable  à  ses  frères.  Pouvant  compatir  à  nos  in- 
firmités et  étant  un  pontife  saint,  innocent,  sans  tache, 
séparé  des  pécheurs  et  plus  élevé  que  les  cieux,  Jésus 
est  devenu  le  médiateur  de  la  nouvelle  alliance. 

«t  Tout  pontife  étant  établi  pour  o^rir  des  dons  et  des  vic- 
times, Jésus  Fils  de  Dieu,  notre  grand  pontife,  venu 
pour  détruire  le  péché,  a  o^ert  une  seule  Hostie,  en  se 
faisant  lui-même  Victime. 

«  "Nous  ayant  acquis  par  son  Sacrifice  une  éternelle  rédemp- 
tion, Jésus,  pontife  des  biens  futurs,  est  entré  avec  son 
propre  sang  dans  le  ciel  même,  afin  de  se  tenir  sans 
cesse  pour  nous  devant  la  face  de  Dieu. 

«  Possédant  un  sacerdoce  éternel,  il  demeure  éternellement 
et  il  est  assis  comme  pontife  au  plus  haut  des  cieux,  a 
la  droite  du  trône  de  la  grandeur  suprême.  Considérons 
Jésus  le  pontife  de  notre  foi  et  allons  à  lui  avec  con- 
fiance pour  obtenir  miséricorde  et  trouver  grâce  de- 
vant lui.  » 

(Tiré  de  l'Epître  Ji/x  Hêbrevx) 


Elevons  nos  âmes  vers  les  hauteurs  sublimes 
de  la  Trinité  Sainte  et  essayons  de  pénétrer  en 
esprit  dans  ce  sanctuaire  intime  de  la  Divinité, 
où  les  trois  Personnes  divines  sont  éternelles 
en  existence,  égales  en  essence,  semblables  en 
amour,  adorables  en  perfection,  distinctes  entre 
elles  et  un  en  Divinité  '. 

Avant  d'aborder  l'étude  du  Sacerdoce  éternel 
de  Jésus,  tombons  à  genoux  et  adorons  en  si- 
lence les  mystères  ineffables  qui  dans  le  sein 
de  Dieu  révèlent  ses  perfections  infinies  et  son 
ineffable  amour. 

Ce  Jésus  qui  va  nous  apparaître  si  beau,  si 
grand,  si  puissant  et  si  aimant  dans  les  subli- 
mités de  son  Sacerdoce,  Il  descend  du  ciel  ^  Il 
sort  du  Père  -^  II  demeure  éternellement  en  lui  ''. 

^  «  O  profondeur  des  richesses  de  la  sagesse  et  de  la  science 
de  Dieu  !  Que  ses  jugements  sont  incompréhensibles  et  ses 
voies  impénétrables  !  Car  qui  a  connu  les  desseins  du  Seigneur  ? 
ou  qui  a  été  son  conseiller?...  Car  de  lui,  et  par  lui,  et  en  lui 
sont  toutes  choses  :  gloire  à  lui  dans  tous  les  siècles.  Amen.  » 
RoM.,  XI,  il,  34,  36. 

2  «  Je  suis  descendu  du  ciel.  »  Jean,  vi,  Zi. 

•^  «  Je  suis  sorti  du  Père,  et  je  suis  venu  dans  le  monde.  » 
Jean,  xvi,  28. 

■5  «  Personne  n'est  monté  au  ciel,  si  ce  n'est  Celui  qui  est  des- 
cendu du  ciel,  le  Fils  de  l'homme  qui  est  dans  le  ciel.  »  (Jean, 
ni,  i3).  —  «  Ne  croj-ez-vous  point  que  je  suis  dans  le  Père  et 
que  le  Père  est  en  moi  ?  »  (Jean,  xiv,  11). 


Préliminaires  il 

Avant  de  venir  vers  nous,  Il  habite  le  sein  de  la 
Divinité  *  ;  avant  de  nous  apparaître  comme  l'un 
d'entre  nous,  Il  est  égal  en  tout  à  Dieu  son 
Père  -  ;  avant  de  nous  parler  en  son  nom,  Il  est 
la  Parole  éternelle';  avant  de  nous  manifester 
sa  puissance,  Il  est  le  Principe  de  tout  ce  qui 
existe*  ;  avant  de  nous  révéler  les  secrets  divins, 
Il  en  est  la  Lumière  et  la  Vie  ^  ;  avant  de  nous 
apporter  ses  pardons.  Il  est  la  Miséricorde*'; 
avant  de  nous  prouver  son  amour.  Il  est  la 
Charité  par  essence". 

'  «  C'est  de  Dieu  que  je  suis  sorti  et  que  je  suis  venu.  »  Jean, 
VIII,   42. 

-  «  Le  Christ  Jésus  n'a  pas  regardé  comme  une  usurpation 
à'étre  égal  à  Dieu.  »  Philip.,  ii,  6. 

«  Le  Fils  de  Dieu  n'est  rien  autre  que  son  Verbe,  mais  son 
Verbe  conçu  intérieurement  ;  ce  qui  fait  que  le  Verbe  de  Dieu 
est  de  même  nature  que  lui,  et  lui  est  égal.  »  S.  Thom.,  Op.6,c.  4. 

■'■  K  Au  commencement  était  le  Verbe,  et  le  Verbe  était  en 
Dieu,  et  le  Verbe  était  Dieu.  »  Jean,  i,  1. 

'  «  Tout  a  été  fait  par  lui,  et  sans  lui  rien  n"a  été  fait  de  ce 
qui  a  été  fait.  »  Jean,  i,  3. 

Saint  Thomas  dit  à  ce  sujet  :  «  Tout  agent  volontaire  agit  par 
la  conception  de  son  entendement,  laquelle  est  appelée  son 
verbe.  Or  le  Verbe  de  Dieu  est  le  Fils  ;  c'est  pour  cela  que  la 
foi  catholique  dit  du  Fils,  que  tout  a  été  fait  par  lui.  »  S.  Thom., 
Op.  2,  c.  96. 

5  «  En  lui  était  la  vie,  et  la  vie  était  la  lumière  des  hommes.  » 
Jean,  i,  4. 

6  «  Le  Seigneur  est  miséricordieux  et  compatissant.  »  iJac, 
V,  11;.  —  «  La  miséricorde  du  Seigneur  s'étend  depuis  l'éternité 
'usque  dans  toute  l'éternité.  »  (Ps.  cii,  17  . 

"  «  Dieu  est  charité.  »  I  Jean,  iv,  16. 


12  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

De  sorte  que,  pour  Le  contempler  comme 
Prêtre,  manifestant  au  monde  la  sainteté,  la  per- 
fection, la  puissance,  la  miséricorde  et  l'amour 
d'un  Dieu,  il  nous  faut  remonter,  afin  d'en  avoir 
l'intelligence,  à  l'origine  des  choses,  là  où  tout 
est  éternel  parce  que  nécessaire,  infiniment  par- 
fait parce  que  divin. 

Jésus  ne  peut  être  connu  que  s'il  est  étudié  là 
où  II  a  pris  naissance  de  toute  éternité.  II  ne 
peut  être  compris  que  s'il  est  contemplé  dans 
l'adoration  et  dans  l'amour'.  Or,  avant  d'être  le 
Verbe  incarné.  Il  est  le  Verbe  incréé  :  et  comme 
tel,  Il  est  l'objet  des  complaisances  infinies  de 
son  divin  Père-'.  Toutefois,  sous  le  couvert  de 
l'humanité.  Il  n'en  demeure  pas  moins  le  Fils 
éternellement  engendré  et  souverainement  aimé 
par  le  Père  qui  est  son  éternel  Principe^. 

1  «  Le  Fils  est  le  Verbe,  non  pas  un  verbe  quelconque,  mais 
le  Verbe  qui  produit  l'amour.  C'est  la  pensée  de  Saint  Augus- 
tin, quand  il  dit  {De  Tritt.,  lib.  IX,  c.  lO):  «  Le  Verbe  que  nous 
nous  efforçons  de  faire  comprendre  est  une  connaissance  unie 
à  l'amour.  »  Le  Fils  n'est  donc  pas  envoyé  dans  le  but  de  per- 
fectionner l'intelligence  de  toutes  les  manières,  mais  dans  le 
dessein  de  la  préparer  à  produire  des  sentiments  d'amour.  » 
S.  Thom.,  I  p.,  q.  43,  a.  5. 

*  «  Il  est  le  Fils  de  la  dilection  du  Père.  »  Col.,  i,  i3. 

^'  «  Voici  mon  Fils  bien-aimé  en  qui  j'ai  mis  toutes  mes  com- 
plaisances. »  Dieu  le  Père  fit  entendre  deux  fois  ces  paroles 
pendant  la  \4e  du  Sauveur  :  la  première  au  baptême  de  Jésus 
(Mat.,  ui,  17)  ;  la  deuxième  au  Thabor(MAT.,  xvii,  5). 


PRELIMINAIRES 


l3 


Ce  que  le  Père  voit  et  aime  en  son  Fils,  c'est 
lui-même  *.  Ce  Fils  est  sa  nécessaire  connais- 
sance, l'image  parfaite  de  toutes  ses  perfections, 
sa  propre  substance^.  De  sorte  que  nous  ne  pou- 
vons avoir  une  réelle  connaissance  de  Jésus  que 
si  nous  Le  connaissons  à  la  manière  dont  Le 
connaît  le  Père^,  nous  ne  pouvons  L'aimer  par- 
faitement que  si  nous  L'aimons  d'un  amour  sem- 
blable à  celui  dont  L'aime  le  Père^  Et  c'est  pour- 
quoi l'amour  que  nous  porte  Dieu  le  Père  l'a 
poussé  à  nous  donner  son  Fils  \  afin  de  les  con- 

'  «  Le  Verbe,  dit  Saint  Thomas,  dans  sa  Somme  théologique, 
procède  de  l'action  intellectuelle  de  Dieu,  qui  est  son  opération 
vivante  ;  il  procède  d'un  principe  avec  lequel  il  est  uni,  et  il  en 
procède  par  ressemblance.  »  I  p.,  q.  27,  a.  2. 

Et  ailleurs,  il  précise  davantage  sa  pensée  :  «  Comme  en  Dieu 
il  n'y  a  pas  de  différence  entre  comprendre  et  être  soi-même,  il 
s'ensuit  que  le  Verbe  conçu  dans  l'intelligence  divine  n'est  pas 
quelque  chose  d'accidentel  ou  d'étranger  à  sa  nature  ;  mais  par 
le  fait  même  qu'il  est  Verbe,  il  a  sa  raison  de  procession  d'un 
autre,  et  il  est  comme  la  ressemblance  de  celui  dont  il  est  le 
Verbe.  »  S.  Thom.,  Op.  3,  c.  3. 

-  «  Il  est  la  figure  de  la  substance  divine...  la  splendeur  de 
sa  gloire.  »  Hébr.,  i,  3. 

3  «  Personne  ne  connaît  le  Fils  si  ce  n'est  le  Père.  »  Mat., 
XI,  27. 

«  Le  Verbe  de  Dieu,  pendant  qu'il  était  dans  le  sein  du  Père, 
n'était  connu  que  de  Dieu  seul  ;  mais  revêtu  de  la  chair, 
comme  le  verbe  de  la  parole,  alors  il  s'est  d'abord  manifesté,  et 
il  a  été  connu.  »  S.  Thom.,  Op.  6,  c.  3. 

'  «  Je  leur  ai  fait  connaître  votre  nom,  afin  que  l'amour  dont 
vous  m'avez  aimé  soit  en  eux.  »  Jean,  xvn,  26. 

5  «  Dieu   a  tant  aimé    le  monde,   qu'il   a   donné    son   Fils 


14  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

naître  l'un  et  l'autre',  d'aimer  le  Père  dans  le 
Fils  et  le  Fils  dans  le  Père  '^. 


Toute  la  mission  de  Jésus  sur  cette  terre  sera 
donc  de  nous  révéler  la  Divinité  '  et  de  glorifier 
Dieu  son  Père  ^.  Dans  les  décrets  éternels  il  a 
été  statué  que  cette  gloire  divine  accidentelle 
dépendrait  du  salut  du  monde.  Dès  lors,  pour 
racheter  l'humanité  coupable  il  fallait  une  expia- 

unique.  »  (Jean,  m,  16).  —  Saint  Thomas,  développant  cette 
pensée,  dit  :  «  Il  ne  se  peut  imaginer  de  preuve  plus  évidente 
de  l'amour  de  Dieu  pour  nous  que  de  voir  le  Créateur  de 
toutes  choses  se  faire  créature;  notre  Seigneur  et  Maître  de- 
venir notre  frère  ;  le  Fils  de  Dieu  naître  fils  de  l'homme  ;  Dieu 
aimer  le  monde  à  cet  excès  qu'il  lui  donne  son  Unique.  Et 
voilà  ce  qui,  bien  considéré,  peut  allumer  en  nous  comme  un 
incendie  d'amour  pour  Dieu.  »  (S.  Thom.,  Exp.  du  Symb.  des 
Apôtres,  Op.  6,  c.  5). 

'  «  Afin  que  le  genre  humain  tout  entier  pût  jouir  de  la  vraie 
connaissance  de  Dieu,  Dieu  le  Père  a  envoyé  dans  le  monde 
le  Verbe,  génération  unique  de  sa  puissance,  pour  initier  le 
monde  entier  à  la  vraie  connaissance  du  nom  de  Dieu.  » 
S.  Thom.,  Op.  2,  c.  8. 

-  «  Dieu,  en  se  faisant  homme,  a  montré  évidemment  \im- 
mensité  de  son  amour  pour  les  hommes,  afin  que  désormais 
ils  n'eussent  pas  pour  motif  de  leur  soumission  à  Dieu  la 
crainte  de  la  mort,  que  le  premier  homme  avait  méprisée,  mais 
bien  Vaffection  et  Yamour.  »  S.  Thom.,  Op.  2,  c.  5. 

3  «  Tout  ce  que  j'ai  appris  du  Père,  je  vous  l'ai  fait  con- 
naître. »  Jean,  xv,  i5. 

^  «  Je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre,  j'ai  manifesté  votre  nom 
aux  hommes,  j'ai  consommé  l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à 
faire.  »  Jean,  xvii,  4,  6, 


PRÉLIMINAIRES  l5 

tion  efficace,  et  Dieu  l'a  réclamée  du  Verbe  in- 
carné :  le  Père  a  fait  de  son  Fils  la  Victime  du 
monde  *,  et  il  L'a  établi  Prêtre  pour  la  lui  offrir 
et  l'immoler  '^. 

De  sorte  que,  dans  le  plan  divin,  tout  repose 
sur  le  Sacerdoce  de  Jésus  :  l'Incarnation  et  la 
Rédemption,  la  glorification  de  Dieu  et  le  salut 
de  l'humanité.  Sans  Prêtre,  pas  de  Victime  ; 
sans  Victime,  pas  de  Sacrifice  ;  sans  Sacrifice, 

'  «  C'est  lui  que  Dieu  avait  destiné  à  être  une  victime  de 
propitiation.  »  Rom.,  m,  25. 

■^  «  Pour  purifier  parfaitement  les  péchés,  dit  saint  Thomas, 
il  faut  deux  choses,  comme  il  y  a  deux  choses  dans  le  péché, 
la  tache  de  la  faute  et  la  peine  qu'elle  mérite.  La  tache  de  la 
faute  est  effacée  par  la  grâce  qui  porte  le  cœur  du  pécheur  vers 
Dieu  ;  et  la  peine  due  à  la  faute  est  totalement  détruite  par  là 
même  que  l'homme  satisfait  à  Dieu.  Or,  le  Sacerdoce  du  Christ 
produit  ces  deux  choses.  En  effet,  par  sa  vertu  /'/  nous  donne 
la  grâce  qui  tourne  nos  cœurs  vers  Dieu,  selon  ces  paroles  de 
Saint  Paul  (Rom.,  m,  24,  25)  :  «  Nous  avons  été  justifiés  gratuite- 
ment par  sa  grâce,  par  la  rédemption  qui  existe  en  Jésus-Christ 
que  Dieu  a  destiné  pour  être  la  victime  de  propitiation  par  la 
foi  en  son  sang.  »  «  //  a  aussi  satisfait  pour  nous  pleinement, 
puisqu'il  a  pris  sur  lui  nos  infirmités  et  qu'il  a  porté  nos  dou- 
leurs, selon  l'expression  d'Isaïe  (lui,  4).  D'oii  il  est  évident  que 
le  Sacerdoce  du  Christ  a  plein  pouvoir  pour  expier  les  pé- 
chés. »  III  p.,  q.  22,  a.  3. 

«  Puisque  c'est  par  le  Christ,  dit  encore  le  même  Docteur,  que 
les  péchés  des  hommes  ont  été  effacés,  que  la  grâce  leur  a  été 
donnée,  et  qu'ils  sont  arrivés  à  la  perfection  de  la  gloire,  le 
Christ,  en  tant  qu'homme,  n'a  pas  été  seulement  Prêtre,  mais 
il  a  été  encore  un  sacrifice  et  une  hostie,  c'est-à-dire  qu'il  a 
été  victime  pour  le  péché,  hostie  pacifique  et  holocauste,  » 
III  p.,  q.  22,  a,  2, 


l6  »U    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

pas  de  Rédemption  ;  sans  Rédemption,  pas  d'In- 
carnation ;  sans  Incarnation,  pas  de  connais- 
sance exacte  de  Dieu  ni  de  manifestation  par- 
faite de  son  amour. 

Que  ne  devons-nous  pas  à  Dieu  le  Père  pour 
nous  avoir  donné  son  Fils  comme  Prêtre  !  Que 
ne  devons-nous  pas  à  Jésus-Prêtre  pour  avoir 
accompli  une  œuvre  aussi  sublime  que  celle  qui 
a  sauvé  le  monde  et  demeurera  la  gloire  éter- 
nelle du  Père  glorifié  par  le  Fils  et  du  Fils  qui 
s'est  fait  la  gloire  du  Père  ! 


Il  y  a  en  Dieu  toutes  les  sublimités  ;  serions- 
nous  trop  osé  en  rapprochant  du  mystère  de  la 
Génération  éternelle  du  Verbe  celui  de  sa  divine 
consécration  sacerdotale  ?  C'est  le  même  Prin- 
cipe :  le  Père  ;  pour  la  même  fin  :  sa  gloire.  La 
gloire  de  Dieu  est  essentielle  et  accidentelle  :  le 
Verbe  incréé  est  la  première,  le  Verbe  incarné 
la  seconde.  Les  deux  subsistent  sans  se  con- 
fondre, la  gloire  accidentelle  que  Jésus-Prêtre 
procure  à  Dieu  son  Père  dans  le  temps  étant 
inséparable  de  la  gloire  essentielle  qu'il  lui 
donne  de  toute  éternité. 

De  plus,  c'est  de  son  sein,  comme  Principe 
nécessaire,  que  Dieu  engendre  son  Verbe  pour 
être  sa  gloire  ;  de  même,  c'est  des  entrailles  de 


PRÉLIMINAIRES  1? 

sa  Miséricorde,  pour  parler  le  langage  des  Ecri- 
tures ',  que  Dieu,  comme  par  une  génération 
nouvelle,  selon  qu'il  s'exprime  lui-même,  tire 
le  Prêtre  éternel  destiné  à  le  glorifier  par  le 
Sacrifice  de  la  divine  Victime-. 

Eternellement,  Jésus  Verbe  divin  en  même 
temps  que  Prêtre  et  Pontife  sera  la  glorification 
ineffable  de  Dieu  le  Père  ;  comme  II  sera  la 
louange,  le  bonheur  et  la  gloire  des  anges  et 
des  saints  dans  les  siècles  des  siècles. 


Pour  avoir  le  sens  exactement  théologique  des 
considérations  qui  seront  faites  dans  le  cours  de 
ce  volume,  ne  perdons  point  de  vue  les  vérités 
suivantes  qui  doivent  servir  de  base  à  l'étude  du 
Sacerdoce  en  Jésus.  —  i°  Le  Sacerdoce  du  Verbe 
dans  le  sein  de  Dieu,  ainsi  dénommé  parce  que 
le  Fils  est  la  gloire  essentielle  du  Père,  est  un 
sacerdoce  qui  ne  comporte  aucune  notion  de 
médiation  et  de  sacrifice,  comme  il  en  comporte 
dans  le  Sacerdoce  du  Verbe  incarné.  —  2°  Jésus 
est  constitué  Prêtre  par  l'Union   hypostatique  ; 

1  «  Par  les  entrailles  de  la  miséricorde  de  notre  Dieu...» 
comme  s'exprime  Zacharie,  le  père  du  Précurseur,  dans  son 
admirable  cantique  (Luc,  i,  78). 

■-  «  Vous  êtes  mon  Fils,  je  vous  ai  engendré  aujourd'hui. 
Vous  êtes  Prêtre  pour  l'éternité.  »  Hébr.,  v,  5,  6. 


1»  DU    SACERDOCE    DE   JESL'S 

son  Sacerdoce  est  une  seule  et  même  chose  avec 
son  Incarnation.  —  3°  Jésus  est  à  la  fois  Prêtre 
et  Victime  dans  l'unité  de  sa  Personne  divine. 
C'est  le  même  qui  offre  et  qui  est  offert,  qui 
s'immole  et  qui  est  immolé. 

Pourra-t-on  jamais  se  lasser  de  contempler  le 
mystère  du  Sacerdoce  éternel  de  Jésus  et  s'ef- 
forcer assez  de  le  comprendre  et  de  lui  rendre 
tous  les  hommages  qui  lui  sont  dûs  !  Que  ce 
soit  notre  manière  d'adorer  et  d'aimer  Jésus. 
Après  L'avoir  étudié  sous  d'autres  aspects  non 
moins  adorables,  considérons- Le  maintenant 
sous  celui  dont  le  Père  fait  particulièrement 
l'objet  de  ses  divines  complaisances  et  que  Jésus 
Lui-même  regarde  comme  la  condition  essen- 
tielle de  la  glorification  de  son  Père  et  du  salut 
du  monde- 
Nous  sommes  en  face  de  Jésus,  tel  qu'il  est 
de  toute  éternité,  tel  qu'il  a  été  dans  le  temps, 
tel  qu'il  sera  dans  les  siècles  des  siècles  :  le 
Prêtre  de  Dieu  et  le  Prêtre  des  hommes,  le  Pon- 
tife de  la  terre  et  le  Pontife  du  ciel,  l'unique 
Prêtre  d'une  Victime  unique,  le  divin  Sacrifica- 
teur qui  continuera  d'offrir  d'une  manière  glo- 
rieuse pendant  toute  l'éternité  l'Agneau  toujours 
immolé,  la  gloire  sublime  du  Paradis. 

Purifions    nos  âmes,    dégageons  notre   esprit 
de  toute  autre  considération,  ranimons  l'amour 


PRELIiMINAIRi;S  I9 

dans  notre  cœur,  fixons  notre  volonté  en  celle 
de  Jésus,  établissons  notre  âme  dans  le  recueil- 
lement et  la  paix,  goûtons  la  suavité  de  la  pré- 
sence divine  et  entrons  dans  le  sanctuaire  trois 
fois  saint  du  Sacerdoce  de  Jésus,  où  nous  trou- 
verons le  Père  qui  nous  révélera  le  Fils  et  le 
Fils  qui  nous  montrera  la  gloire  du  Père. 


CH?kPITRE    PREMIER 


De  la  nécessité  du  Sacerdoce 
ei^  Jésus 


CHAPITRE     PREMIER 

De  la    nécessité  du  Sacerdoce 
crp  Jésus 


«  Nous  avons  un  grand  pontife,  Jésus 
Fils  de  Dieu.  Le  Seigneur  l"a  juré  et  il 
ne  s'en  repentira  pas  :  Vous  êtes  Prêtre 
pour  l'éternité.  » 

Hébr.,  IV,  14;  VII,  21. 

Avant  de  faire  une  étude  concrète  du  Sacer- 
doce en  Jéstis,  d'en  scruter  l'origine  divine, 
d'en  démontrer  la  nécessité  par  les  divers  actes 
de  sa  vie,  d'en  suivre  les  phases  successives, 
d'en  considérer  la  sublimité  dans  la  nature  de 
sa  mission,  d'en  constater  la  souveraine  puis- 
sance et  d'en  admirer  les  divines  efticacités,  il 
semble  utile  de  jeter  un  coup  d'œil  général  sur 
le  caractère  sacerdotal  de  Jésus,  pour  en  mieux 
comprendre  non  seulement  la  nature  mais  en- 
core la  nécessité. 

Ce  n'est  ni  la  dévotion  ni  le  désir  de  grandir 
le  Maître  que  nous  aimons  qui  peuvent  conférer 
à  Jésus  un  titre   sacerdotal    quelconque.    Nous 


24  I>U    SACERDOCE    DE    JESUS 

ne  Lui  décernons  pas  un  titre  d'honneur,  parce 
qu'il  semble  Lui  convenir;  avant  que  nous  L'ho- 
norions comme  Prêtre,  Jésus  est  en  possession 
du  Sacerdoce.  Bien  plus,  c'est  pour  être  Prêtre 
qu'il  est  envoyé  par  son  Père,  c'est  en  tant  que 
Prêtre  qu'il  se  présente  à  nous,  et  ce  n'est  que 
comme  Prêtre  qu'il  peut  nous  sauver  et,  par  là, 
glorifier  dignement  son  Père. 

Ou  Jésus  doit  être  Prêtre,  ou  11  ne  peut  être 
notre  Sauveur.  Le  Sacerdoce  est  de  l'essence 
même  de  l'Incarnation.  Jésus  Verbe  incarné  et 
Jésus  Prêtre,  c'est  tout  un. 

N'oublions  point  cette  vérité  capitale,  et  nous 
aurons  ainsi  une  intelligence  plus  claire  et  plus 
exacte  de  la  venue  de  Jésus  sur  cette  terre,  de 
tous  les  actes  de  sa  vie,  de  sa  Passion,  de  sa 
mort  et  de  son  éternelle  glorification. 


Ne  nous  contentons  pas  toutefois  de  constater 
et  de  comprendre  la  nécessité  du  Sacerdoce  en 
Jésus  ;  mais  à  mesure  que  la  lumière  sur  ce 
point  se  fera  plus  vive  dans  notre  esprit,  que 
notre  amour  grandisse  dans  notre  cœur  et  nous 
porte  à  donner  à  Jésus  des  marques  d'honneur, 
de  louange  et  d'admiration  en  tant  qu'il  est 
Prêtre,  le  Prêtre  éternel,  principe,  source  et 
grâce  de  tout  Sacerdoce. 


NECESSITE     DU    SACERDOCE    EN    JESUS  23 

Nous  ne  pouvons  nier  qu'il  n'y  ait  à  cet  égard  de 
réelles  et  regrettables  lacunes  dans  la  piété  des 
âmes.  Le  Sacerdoce  de  Jésus  est  laissé  plus  ou 
moins  dans  l'ombre.  On  honore  Jésus  sous  bien 
des  titres,  on  se  plaît  à  Le  considérer  sous  bien 
des  aspects,  on  se  laisse  attendrir  par  le  spec- 
tacle de  bien  des  actes  de  sa  vie,  on  Le  suit 
volontiers  de  la  Crèche  au  Calvaire  ;  mais  on  ne 
réfléchit  pas  assez  à  ce  qu'il  est  comme  Prêtre, 
on  ne  se  laisse  pas  ravir  par  les  sublimités  de 
son  Sacerdoce  et  on  ne  contemple  pas  suffisam- 
ment en  Lui  le  Prêtre  venant  en  ce  monde  pour 
offrir  un  divin  Sacrifice  et  présenter  à  son  Père, 
pendant  toute  sa  vie,  la  Victime  adorable  qu'il 
conduit  au  Calvaire  afin  de  l'immoler  pour  le 
salut  du  monde. 

Comblons^  comblons  cette  lacune  profonde, 
étrange  et  quasi  mystérieuse.  Non,  Jésus-Prêtre 
n'est  ni  assez  connu  ni  assez  honoré  ni  assez 
aimé  ni  assez  glorifié.  Il  semble  que  c'est  d'abord 
en  tant  que  Prêtre  qu'il  devrait  être  connu, 
compris  et  honoré,  —  dût-Il  l'être  moins  sous 
d'autres  aspects,  —  puisque  en  réalité  c'est  un 
Prêtre  que  Dieu  le  Père  nous  a  envoyé  et  que 
c'est  par  son  Sacerdoce  que  ce  Prêtre  a  sauvé 
le  monde  '. 

*  Saint  Paul,  dans  son  épitre  aux  Hébreux  (ix,  n,  12)  dit 
expressément  que  «  le  Christ  est  venu  comme  pontife  »  et  qu'il 


26  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

L'on  ne  pourrait  taxer  de  simple  dévotion  et 
encore  moins  de  pieuse  exagération  le  culte 
rendu  à  Jésus  dans  son  Sacerdoce.  Toutes  les 
dévotions  prennent  naissance  en  celle-là,  de 
même  que  toutes  les  louanges  que  l'on  peut 
adresser  au  Sauveur  du  monde  doivent  néces- 
sairement remonter  à  l'origine  et  à  la  cause  du 
salut  de  l'humanité,  c'est-à-dire  au  Prêtre  éter- 
nel, le  Verbe  incarné. 

Le  silence  qui  n'entoure  que  trop  cet  aspect 
sublime  en  notre  divin  Sauveur  ne  peut  être  un 
prétexte  à  laisser  plus  longtemps  dans  l'oubli  ce 
mystère  ineftable.  Jésus  Prêtre  a  des  droits  im- 
prescriptibles au  culte  et  à  l'amour  des  hommes. 

Il  n'est  malheureusement  que  trop  vrai  que 
l'attention  des  fidèles  n'est  pas  suflftsamment  at- 
tirée sur  ce  caractère  fondamental  en  Jésus.  On 
n'en    parle  pas  assez;    on  n'en  fait  pas  fessor- 


a  «  obtenu  une  rédemptioit  universelle.  »  Le  Docteur  angélique 
s'exprime  aussi  clairement  :  «  Puisque  la  grâce  de  la  justifica- 
tion nous  a  été  accordée  par  la  vertu  du  Christ  et  que  le  Christ 
a  pleinement  satisfait  pour  nous,  il  est  certain  que  son  Sacer- 
doce a  eu  plein  pouvoir  pour  expier  les  péchés.  »  (S.  Tiiom., 
III  p.,  q.  22,  a.  3). 

Plus  loin  il  en  donne  la  raison  :  «  Quoique,  dit-il,  le  Christ 
n'ait  pas  été  Prêtre  comme  Dieu,  mais  comme  homme,  ce  fut 
cependant  une  même  personne  qui  fut  Prêtre  et  Dieu.  C'est 
pourquoi,  selon  que  son  humanité  opérait  en  vertu  de  sa  Divi- 
nité, ce  sacrifice  est  le  plus  efficace  pour  effacer  les  péchés.  » 
Ibid.,  ad  1. 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JB8US         27 

tir  la  nécessité  et  la  beauté;  on  n'en  tire  pas  la 
surabondance  de  lumières,  de  grâces  et  d'amour 
qui  seraient  pour  la  piété  une  source  d'enseigne- 
ments pratiques  et  d'attraits  souverains. 

Les  Ames  méditatives  et  les  Prêtres  eux-mêmes 
n'exploitent  pas  autant  qu'ils  le  devraient  cette 
mine  inépuisable  de  vérités  et  de  considérations, 
capables  d'éclairer  les  plus  grands  mystères  de 
la  Religion  et  propres  à  donner  la  première  place 
à  l'honneur  et  à  l'amour  qu'ils  doivent  à  Jésus 
si  désireux  d'être  mieux  connu  et  plus  aimé 
dans  son  Sacerdoce. 

Que  la  connaissance  et  l'amour  de  Jésus  Prêtre 
soient  l'objet  de  nos  incessantes  prières,  de  nos 
méditations  habituelles  et  de  nos  plus  pieuses 
affections.  Rendons  nécessaires  dans  nôtre  vie 
l'étude  et  la  connaissance  du  Sacerdoce  de  Jésus., 
et  nous  nous  serons  considérablement  rappro- 
chés du  ciel,  où  Jésus  est  éternellement  adoré  et 
iilorifié  comme  Prêtre  et  comme  Victime. 


I.  —  Jésus  ne  peut  pas  ne  pas  être  Prêtre 

Bn  envoyant  son  Fils  dans  le  monde,  Dieu  le 
Père  devait  Lui  octroyer  toutes  les  dignités  en 
rapport   avec   sa   mission   et    Le   présenter   aux 


28  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

hommes  avec  toute  l'autoi  ité  capable  de  Taccré- 
diter.  Il  ne  suffisait  pas  qu'il  Le  constituât  Roi 
de  l'univers  ',  en   Lui  donnant  toutes  les  nations 

1  En  vingt  endroits  du  saint  Evangile  Jésus  parle  de  son 
rovaume  et  aussi  de  son  avènement  futur  comme  juge  et  triom- 
phateur. Les  Juifs,  sans  doute,  se  firent  une  fausse  idée  de  cette 
royauté,  à  cause  de  leurs  préjugés  relatifs  au  rôle  temporel  du 
Messie  ;  c'est  pourquoi  ils  forment  le  dessein  de  le  proclamer 
roi.  après  le  miracle  de  la  multiplication  des  pains  (Jean,  vi,  i.S) 
et  l'escortent  comme  un  roi  et  un  triomphateur,  dans  la  Ville 
Sainte,  le  Dimanche  des  rameaux:  «  Hosanna,  béni  soit  le  roi 
d'Israël  qui  vient  au  nom  du  Seigneur  »  (Jkan.  xii,  t3).  Toute- 
fois l'idée  de  royauté  ressort  tellement  avec  évidence  des  ensei- 
gnements du  Sauveur,  que  ses  ennemis,  lorsqu'ils  le  verront 
humilié  et  sans  défense,  s'en  serviront  j)our  la  lui  jeter  à  la  face, 
en  signe  d'ironie  et  de  mépris.  <<  Mais  les  Juifs  criaient  (à  Filate) 
disant  :  Si  vous  le  délivrez,  vous  n'êtes  pas  l'ami  de  César,  car 
quiconque  se  fait  roi,  se  déclare  contre  César  »  (Jean,  xix,  12). 
Le  poursuivant  de  leurs  sarcasmes,  ils  se  rient  de  lui  jusque 
dans  la  mort  :  «  Si  tu  es  le  roi  des  Juifs,  sauve-toi  »  (Luc, 
xxiu,  57)  :  «  S'il  est  le  roi  d'Israël,  qu'il  descende  maintenant 
de  la  croix  et  nous  croirons  en  lui  "  (Mat.,  xxvii,  42).  Ils  asso- 
cient à  leurs  outrages  la  soldatesque  romaine  qui,  après  l'avoir 
affublé  d'un  vêtement  de  théâtre  et  l'avoir  couronné  d'épines, 
fléchit  le  genou  devant  lui,  en  se  moquant  et  disant  :  «  Salut, 
roi  des  Juifs.  »  (Mat.,  xxvu,  29). 

C'est  en  grande  partie  sur  le  thème  de  la  royauté  de  Jésus 
ijue  se  déroule  le  drame  inique  de  la  passion.  En  effet,  nous 
lisons  en  Saint  Luc  (xxni,  1,  2):  «  Et  se  levant  tous  en  foule, 
ils  le  menèrent  à  Pilate.  Et  ils  commencèrent  à  l'accuser,  di- 
sant :  Nous  avons  trouvé  celui-ci  pervertissant  notre  nation, 
et  défendant  de  payer  le  tribut  à  César  et  disant  qu'il  est  le 
Christ  roi.  »  Pilate  ne  retient  de  cette  triple  accusation  que  la 
dernière,  il  appelle  Jésus  et  lui  dit  :  «  Es-tu  le  roi  des  Juifs  ?  » 
Sur  la  réponse  de  Jésus  que  «  son  rovaume  n'est  pas  de  ce 
monde»,  Pilate  ajoute:  «  Tues  donc  roi  ?  ^^  Jésus  alors  pro- 
clame solennellement  sa  royauté  :  «  Tu  le  dis,  je  suis  roi.  »  (Jean, 


NECESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS  29 

en  héritage  et  en  Lui  communiquant  tout  pou- 
voir sur  les  créatures  '.  Il  ne  suffisait  pas  davan- 
tage qu'il  Lui  conférât  le  droit  de  faire  et  d'impo- 
ser des  lois  aux  hommes  et  de  Le  leur  présenter 
comme  le  grand  Législateur  de  1  humanité -. 

XVIII,  33,  36,  37).  A  partir  de  ce  moment,  le  gouverneur  ro- 
main n'appellera  plus  Jésus  que  le  roi  des  Juifs  :  ■<  Voilà  votre 
roi»  (Jean,  xix,  14);  «  Voulez- vous  que  je  vous  délivre  le  roi 
des  Juifs  ?  »  (.Marc,  xv,  9)  ;  «  Que  voulez-vous  donc  que  je 
lasse  du  roi  des  Juifs  ?  »  (Marc,  xv,  12)  :  «  Crucifierai-je  votre 
roi?  »  (Jean,  xrx,  i5).  Le  juge  faible  et  lâche  cédant  aux  voci- 
férations de  la  foule,  criant  :  «  Nous  n'avons  pas  à'autre  roi 
que  César  »  (Jean,  xix,  i3),  leur  livra  le  Sauveur  pour  être  cru- 
cifié, en  indiquant  sur  l'inscription  qu'il  mit  sur  la  croix  (Jean, 

XIX,  19),  le  motif  de  sa  royauté  comme  raison  de  sa  mort  :  «  Et 
ils  placèrent  au-dessus  de  sa  tête  la  cause  de  sa  condamna- 
tion ainsi  écrite  :  Celui-ci  est  Jésus,  le  roi  des  Juifs.  »  (Mat., 
xxvii,  37)  ;  formule  que  les  Juifs  tentèrent  de  faire  changer  : 
«  Les  pontifes  des  Juifs  dirent  donc  à  Pilate  :  N'écrivez  pas  : 
roi  des  Juifs  ;  mais  qu'il  a  dit  :  Je  suis  le  roi  des  Juifs  »  (Jean, 
XIX,  21),  ajoutant  ainsi  un  dernier  témoignage  de  l'enseignement 
formel  de  Jésus  sur  sa  rovauté. 

Ajoutons,  pour  conclure,  que  l'aurore  et  la  fin  de  la  vie  du 
Sauveur  ont  été  saluées  par  deux  proclamations  de  foi  envers 
sa  royauté  :  l'une  des  Mages  arrivant  à  Jérusalem  et  deman- 
dant :  «  Où  est  le  roi  des  Juifs  qui  vient  de  naître  ?  >>  (Mat., 
Il,  2),  l'autre  du  larron  pénitent  demandant  une  place  dans  son 
royaume  :  «  Seigneur,  souvenez-vous  de  moi,  quand  vous  vien- 
drez en  votre  royaume.  »  (Lfc,  xxiii,  42). 

A  notre  tour,  proclamons-Le  donc  à  l'envi,  avec  Saint  Paul: 
«  Le  roi  des  rois  et  le  dominateur  des  dominateurs.  »  I  Tim.,  vi,  i5. 

'  «  Le  Seigneur  m'a  dit  :  Tu  es  mon  fils...  Demande-moi,  et 
je  te  donnerai  les  nations  en  héritage,  et  je  te  ferai  posséder 
jusqu'aux  extrémités  de  la  terre.  »  (Ps.  11,7,  8).  —  «  Toute  ffuis- 
sance  m'a  été  donnée  au  ciel  et  sur  la  terre.  »  (Mat.,  xxvni,  18). 

*  i<  11   n'y   a  qu'un   seul    législateur  et  juge  :  c'est   celui  qui 


30  nu    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Au-dessus  de  la  royauté  et  du  gouvernement 
des  peuples,  il  existe  une  dignité  qui  dépend 
moins  des  hommes  que  de  Dieu,  une  dignité  qui 
régit  les  consciences  et  qui  s'exerce  autant  au 
ciel  que  sur  la  terre  :  c'est  celle  du  Sacerdoce. 

Devant  le  Prêtre,  les  rois  de  ce  monde  et  les 
plus  grands  héros  de  l'humanité  courbent  la 
tête.  Aux  pieds  du  Prêtre,  les  justes  comme  les 
pécheurs,  les  savants  comme  les  ignorants,  les 
riches  comme  les  pauvres  viennent  s'agenouiller 
pour  être  bénis  et  absous.  Pour  se  rendre  le  ciel 
favorable  comme  pour  le  bénir  de  ses  bienfaits, 
c'est  au  Prêtre  que  les  nations  recourent  et  à 
qui  elles  confient  leurs  intérêts  les  plus  sacrés. 

Dans  la  famille  comme  dans  la  société,  le  Prê- 
tre préside  aux  événements  les  plus  solennels  de 
la  vie  ;  il  est  appelé  près  du  berceau  des  pre- 
miers-nés, il  est  présent  à  l'époque  des  grandes 
joies  et  des  grands  deuils,  il  chemine  à  côté  des 
heureux  et  des  malheureux  pour  montrer  à  tous 
le  chemin  du  ciel,  il  apparaît  au  chevet  des  ma- 
lades et  des  mourants,  et  c'est  encore  lui  qui 
rend  à  Dieu  les  âmes  qu'il  a  reçues  dans  la  vie. 

Toutes  les  dignités  de  la  terre  pourraient  dis- 
peut perdre  et  sauver.  »  (Jac,  iv,  12).  —  «  Le  Père  aime  le 
Fils  et  ii  a  tout  remis  entre  ses  mains.  »  (Jean,  »i,  35).  — 
«  Oui  croira,  sera  sauvé  :  qui  ne  croira  pas,  sera  condamné,  n 
(Marc,   xvi,  16). 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         3l 

paraître,  celle  du  Sacerdoce  est  nécessaire  à 
rhumanité.  La  terre  la  réclame  autant  que  le 
ciel.  Elle  contient  toutes  les  autres  dignités,  elle 
en  est  le  fondement  et  le  couronnement. 

Comment,  dès  lors,  pouvoir  la  dénier  à  Celui 
qui  vient  au  nom  du  Seigneur  ',  au  Christ-Roi 
issu  de  la  race  royale  de  Juda  -,  au  Fils  du  Très- 
Haut  dont  le  règne  n'aura  jamais  de  fin  ^,  au 
Sauveur  de  l'humanité  qui  doit  restaurer  toutes 
choses  dans  la  justice  et  la  miséricorde  ?  ' 

Tout  ce  qu  est  Jésus,  Il  l'est  par  son  Sacer- 
cerdoce.  S'il  n'était  pas  Prêtre,  II  ne  serait  ni 
Roi,  ni  Chef,  ni  Seigneur,  ni  Maître.  C'est  parce 

*  «  Béni  soit  celui  qui  vient  au  nom  du  Seigneur.  »  Mat.,  xxi,  9. 

2  «  Hosanna  au  Fils  de  David.  »  Mat.,  xxi,  9. 

3  «  Il  sera  grand  et  sera  appelé  le  Fils  du  Très-Haut,  et  le 
Seigneur  Dieu  lui  donnera  le  trône  de  David  son  père,  il  régnera 
éternellement,  et  son  règne  n'aura  point  de  fin.  »  Luc,  i,  32,  33. 

'  «  La  justice  et  la  paix  se  sont  embrassées.  »  Ps.  lxxxiv,   11. 

«  La  justice  de  Dieu  a  été  manifestée  par  la  foi  en  Jésus- 
Christ  ;  car  tous  ont  péché  et  ont  été  justifiés  gratuitement  par 
sa  grâce,  par  la  rédemption  qui  est  dans  le  Christ  Jésus.  » 
Rom.,  ni,  21-24. 

n  11  a  été  convenable  à  la  miséricorde  et  à  la  justice,  comme 
dit  Saint  Thomas,  que  l'homme  fût  délivré  par  la  passion  du 
Christ.  Cela  convenait  à  sa  justice,  parce  que  le  Christ  a  satis- 
fait par  sa  passion  pour  les  péchés  du  genre  humain,  et  l'huma- 
nité a  été  ainsi  délivrée  par  la  justice  du  Christ.  Cela  conve- 
nait aussi  à  sa  miséricorde,  parce  que  l'homme  ne  pouvait  pas 
satisfaire  par  lui-même  pour  le  péché  de  toute  la  nature  hu- 
maine ;  Dieu  lui  a  donné  son  Fils  pour  satisfaire  à  sa  place.  » 
m  p.,  q.  46,  a.  1,  ad  3, 


32  Dl'    SACERDOCE    DE    .lÉSt'S 

qu'il  est  Prêtre  qu'il  nous  apparaît  si  grand. 
Lui  qui  vient  dans  le  monde  chargé  d'un  man- 
dat divin  que  Dieu  le  Père  a  confié  à  son  Sacer- 
doce. C'est  parce  qu'il  est  Prêtre  qu'il  a  été 
établi  chef  de  l'humanité,  afin  de  la  représenter 
dignement  auprès  du  trône  de  Dieu.  C  est  parce 
qu'il  est  Prêtre  qu'il  a  reçu  en  garde  la  divine 
Victime  et  qu'il  a  été  chargé  de  la  conduire  au 
supplice.  C'est  parce  qu'il  est  Prêtre  qu'il  a  le 
pouvoir  de  se  substituer  à  l'humanité  coupable, 
de  porter  le  poids  de  ses  péchés  et  de  la  purifier 
dans  le  sang  de  l'Agneau. 

Toutes  ses  grandeurs,  toutes  ses  dignités, 
toutes  ses  prérogatives,  toute  sa  puissance,  toute 
sa  mission  découlent  de  son  Sacerdoce  *.  Oh  ! 
qu'il  est  beau,  qu'il  est  grand,  qu'il  est  sublime 
notre  Jésus-Prêtre  qui  sort  tout  glorieux  du  sein 
de  Dieu  pour  venir  exercer  ici-bas  son  royal  et 
divin  Sacerdoce  dans  les  humiliations  et  les 
abaissements  de  son  humanité  !  Aucune  dignité 
humaine   n'atteindra   jamais   les   splendeurs  du 


1  «  Le  Christ,  comme  chef  de  l'humanité,  a  la  perfection  de 
toutes  les  grâces.  C'est  pourquoi,  quand  il  s'agit  des  autres 
hommes,  il  faut  que  l'un  soit  législateur,  un  autre  Prêtre,  un 
autre  roi  ;  au  lieu  que  toutes  ces  choses  se  rencontrent  dans 
le  Christ,  comme  dans  la  source  de  toutes  les  grâces.  D'où 
il  est  dit  (Is.,  xxxm,  22)  :  <<  Le  Seigneur  notre  juge,  le  Seigneur 
notre  législateur,  le  Seigneur  notre  roi  viendra  lui-même  et 
nous  sauvera.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  1,  ad  3, 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  33 

Sacerdoce  du  Prêtre  éternel  que  Dieu  a  établi 
pour  jamais  le  Roi  et  le  Sauveur  du  monde. 

Pour  exercer  de  l'influence  parmi  les  hommes, 
la  dignité  ne  suffit  pas,  il  faut  qu'elle  soit  accom- 
pagnée d'une  autorité  égale  qui  la  fasse  res- 
pecter. Alors  seulement  la  dignité  grandit  celui 
qui  la  porte  et  sert  à  ceux  qui  l'honorent.  C'est 
pourquoi  les  grands  de  ce  monde  sont  si  avides 
de  popularité  et  si  empressés  à  capter  la  con- 
fiance et  à  s'attirer  les  honneurs  de  ceux  sur 
lesquels  ils  prétendent  exercer  leur  autorité. 

Toutefois  la  dignité  de  la  personne,  l'élévation 
des  sentiments  et  l'importance  de  la  mission  sont 
ce  qui  relève  davantage  l'autorité  et  lui  donne 
sa  valeur  intrinsèque.  Plus  l'autorité  est  d'un 
ordre  élevé,  plus  elle  est  digne  d'honneur.  Une 
autorité  purement  humaine  rencontre  des  bornes 
qu'elle  ne  peut  franchir.  Une  autorité  divine 
exerce  une  influence  qui  ne  peut  être  contenue 
dans  les  limites  du  créé  ;  seule  l'autorité  du  Sa- 
cerdoce porte  ce  caractère  et  s'exerce  dans  des 
sphères  aussi  divines  qu'humaines. 

On  obéit  au  Prêtre,  parce  qu'on  voit  en  lui 
l'envoyé  du  ciel  '  ;  on  se  fait  son  disciple,  parce 

1  «  Nous  faisons  les  fonctions  à' ambassadeurs  pour  le  Christ, 
Dieu  vous  exhortant  par  notre  bouche.  »  II  Cor.,  v,  20. 


34  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

qu'il  enseigne  des  vérités  éternelles  '  ;  on  croit  à 
sa  parole,  parce  qu'il  parle  au  nom  de  Dieu  -  ;  on 
marche  dans  la  voie  qu'il  trace,  parce  qu'on  sait 
qu'elle  est  celle  de  la  justice  et  de  la  vérité  ■'. 

Pour  accomplir  sa  mission  sur  la  terre,  Jésus 
devait  posséder  une  autorité  capable  de  s'im- 
poser aux  hommes  et  de  subjugvier  les  foules. 
Aussi  est-Il  venu  dans  toute  la  lumière  et  la 
puissance  de  son  Sacerdoce  parler  aux  hommes 
un  langage  céleste,  leur  révéler  des  choses  di- 
vines, leur  proposer  des  croyances  nouvelles, 
leur  imposer  des  lois  et  exiger  leur  obéissance. 

Tout  dans  sa  Personne,  dans  ses  paroles  et 
dans  ses  actes,  porte  le  caractère  d'une  au- 
torité  sacerdotale    indiscutable  '.    Il    est    la   lu- 


1  «  Allez  et  enseignez  toutes  les  nations.  »  Mat.,  xxviii,  19. 

-  «  Comme  mon  Père  m"a  envoyé,  je  vous  envoie.  »  (Jean, 
XX,  21).  —  «  Enseignez  à  observer  tout  ce  que  je  vous  ai  com- 
mandé. »  (Mat.,  x.xviii,  20). 

3  «  Dieu  a  voulu  établir  l'ordre  sacerdotal,  précisément  afin 
qu'il  y  ait  dans  l'Eglise  des  hommes  chargés  de  sanctifier  les 
autres.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  34,  a.  1. 

•^  Ecoutons  les  enseignements  du  grand  Apôtre.  Il  pose  en 
principe  que  Jésus  est  la  source  et  la  raison  d'être  de  toutes 
choses  :  «  Toutes  choses  sont  en  lui,  et  par  lui,  et  pour  lui  » 
(Col.,  I,  16,  17).  En  réalité,  il  n'y  a  que  lui,  car  «  II  est  tout  en 
toute  chose  »  (Col.,  ni,  11).  C'est  pourquoi  son  autorité  est  in- 
discutable et  universelle  :  «  Il  est  le  roi  des  rois  et  le  domina- 
teur des  dominateurs  »  (I  Tim.,  vi,  i5).  Et  c'est  à  ce  titre  que, 
«  possédant  la  plénitude  de  la  divinité  »  (Col.,  11,  9),  il  nous  y 
fait    participer    par  la   puissance   de   son  autorité  :  «  Vous   êtes 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  35 

mière',  et,  comme  Prêtre,  Il  la  fait  briller  dans 
les  intelligences  -.  Il  est  la  vérité  ",  et  sa  parole 
sacerdotale  en  est  la  garantie  '.  Il  est  la  voie 
qui  conduit  au  ciel  \  et  son  ministère  sacré 
consiste  à  y  accompagner  les  âmes  '.  Il  est  la 
sainteté  ",    et,   en   tant  que  Prêtre  pur   et   sans 

remplis  en  lui,  qui  est  /e  chef  de  toute  autorité  et  de  toute 
puissance  ^^  (Col.,  ii,  lo). 

*  «  Je  suis  la  lumière  du  monde.  »  Jean,  ix,  5. 

-  «  En  lui  était  la  vie,  et  la  vie  était  la  lumière^es  hommes... 
Il  était  la  vraie  lumière  qui  illumine  tout  homme  venant  en 
ce  monde.  »  Jean,  i,  4,  9. 

Saint  Thomas,  à  ce  sujet,  s'exprime  ainsi  :  «  Dieu  par  son 
intelligence  est  non  seulement  la  cause  de  tout  ce  qui  existe, 
mais  toute  connaissance  intellectuelle  dérive  de  l'intellect  di- 
vin. Donc,  toute  connaissance  intellectuelle  est  causée  par  le 
Verbe  qui  est  la  raison  de  l'intellect  divin.  C'est  pourquoi 
Saint  Jean  dit  que  la  vie  était  la  lumière  des  hommes,  parce 
que  le  Verbe,  qui  est  la  vie  et  dans  lequel  tout  est  vie,  est 
comme  une  lumière  qui  manifeste  aux  hommes  la  vérité.  » 
Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  t3. 

3  «  Je  suis  la  vérité.  »  Jean,  xiv,  6. 

*  «  Les  paroles  que  je  vous  ai  dites  sont  esprit  et  vie.  »  Jean, 
VI,  64. 

2  «  Je  suis  la  voie.  »  Jean,  xiv,  6. 

•■  «  Celui  qui  me  suit  ne  marche  pas  dans  les  ténèbres,  mais 
//  aura  la  lumière  de  la  vie.  »  Jean,  viii,  12. 

'  «  Moi  que  le  Père  a  sanctifié  et  envoyé  dans  le  monde.  » 
Jean,  x,  36. 

Remarquons  que  Jésus  n'a  pas  été  sanctifié,  selon  notre  ma- 
nière de  parler,  en  ce  sens  qu'il  a  été  purifié,  mais  parce  qu'il 
s'est  fait  à  la  fois  homme  et  saint.  Le  Docteur  angélique  s'ex- 
prime clairement  à  ce  sujet  :  «  Etre  sanctifié,  dit-il,  c'est  devenir 
saint.  Pour  nous,  de  pécheurs  que  nous  sommes  nous  devenons 


36  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

tache  ',  Il  invite  les  hommes  à  la  pratique  de 
toutes  les  vertus  -.  Il  est  la  grâce  ■,  et  par  son 
pouvoir  sacerdotal  II  la  répand  dans  les  âmes*. 
Il  est  la   miséricorde  ',   et,   Prêtre  éternel.  Il  se 

saints  ;  et  ainsi  notre  sanctification  consiste  à  nous  délivrer  du 
péché.  Mais  le  Clirist,  comme  homme,  est  devenu  suint,  parce 
qu'il  n'a  pas  eu  toujours  cette  sainteté  de  la  grâce.  Cependant 
îl  n'est  pas  devenu  saint  de  pécheur  qu'il  était,  parce  que  le 
péché  n'a  jamais  été  en  lui  ;  mais  //  est  devenu  saint  après  ne 
l'avoir  pas  été  comme  homme,  non  d'une  manière  privative, 
c'est-à-dire  de  telle  sorte  qu'il  ait  été  homme  un  jour  sans  avoir 
été  saint,  mais  d'une  manière  négative,  c'est-à-dire  que  quand 
il  n'a  pas  été  homme,  il  n'a  pas  eu  la  sainteté  humaine.  C'est 
pourquoi  //  s'est  fait  tout  à  la  fois  homme  et  saint.  C'est  ce 
qui  fait  dire  à  l'ange  (Luc,  i,  35)  :  Le  saint  qui  naîtra  de  vous.  » 
S.  Thom.,  111  p.,  q.  34,  a.  1,  ad  2. 

'  «  H  convenait  que  nous  eussions  un  tel  pontife,  saint,  in- 
nocent, sans  tache,  séparé  des  ]îécheurs  et  plus  élevé  que  les 
cieux.  »  Hébr.,  vm,  26. 

s  «  Je  vous  ai  donné  l 'exemple,  afin  que  vous  fassiez  comme 
j'ai  fait.  »  (Jean,  xmi,  i5).  —  «Si  vous  voulez  être  parfait,  venez, 
suivez-moi.  »  (Mat.,  xix,  21). 

2  «  La  grâce  de  Dieu  est  la  vie  éternelle  dans  le  Christ  Jésus 
Notre  Seigneur.  »  Rom.,  vi,  23. 

'  «  Nous  avons  tous  reçu  de  sa  plénitude  et  grâce  sur 
grâce.  »  Jean,  i,  16. 

«  Comme  le  Christ  fait  homme,  dit  Saint  Thomas,  a  obtenu, 
en  qualité  de  Fils  unique  du  Père,  une  souveraine  plénitude  de 
grâces,  il  a  fallu,  en  conséquence,  que  cette  grâce  débordât  de 
lui  dans  les  autres,  de  telle  sorte  que  le  Fils  de  Dieu  fait 
homme  fît,  à  son  tour,  les  hommes  des  dieux  et  des  enfants  de 
Dieu,  selon  ces  paroles  de  l'Apôtre  aux  Galates  (iv,  4,  5)  :  «  Dieu 
a  envoyé  son  Fils  unique  engendré  de  la  femme,  né  sous  la  loi, 
pour  délivrer  ceux  qui  étaient  sous  la  loi,  et  nous  communiquer 
le  titre  d'enfants  adoptifs.  »  Op.  2,  c.  214. 

•"'  i<  Le  Christ  nous  a    rachetés  de  la  malédiction  de  la  loi. 


NECESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS  ^7 

présente  comme  le  grand  purificateur  des  con- 
sciences '.  Il  est  l'amour  incréé  -,  et  II  puise  dans 
sa  charité  sacerdotale  les  ardeurs  dont  II  em- 
brase les  cœurs  '.  Il  est  la  vie  ',  et  II  recourt  aux 
efficacités  divines  de  son  Sacerdoce  pour  en 
inonder  les  âmes  •  et  les  ressusciter  à  la  vie 
éternelle  '. 

C'est  bien  en  tant  que  Prêtre  que  Jésus  est 
l'auteur  de  telles  merveilles  divines  '.  C'est  pour 
les  opérer  que  Dieu  le  Père  L'a  honoré  du  Sa- 
cerdoce \  C'est  au  nom  de  sa  mission  sacerdo- 

étant  devenu  malédiction  pour  nous.»  (Gal.,  m,  i3).  ;■  11  nous 
a  aimés  et  il  s'est  livré  lui-même  pour  nous  à  Dieu,  comme  une 
ablation  et  une  victime  d'agréable  odeur.  »  (ti-HÉs.,  v,  2). 

'  «  Il  a  du  être,  en  tout  semblable  à  ses  trères,  pour  de%  cuir 
auprès  de  Dieu  un  pontife  miséricordieux  et  fidèle  pour  expier 
les  péchés  du  peuple.  »  Hébr.,  ii,  17. 

-  «  Dieu  est  charité.  »   I  Jean,  iv,  16. 

■j  «  Notre  Dieu  est  un  feu  consumant.  «  Hébr.,  \u,  29  .  —  «  .le 
suis  venu  jeter  le  feu  sur  la  terre,  et  que  veux-je  sinon  qu'il 
s'allume?  »  (Luc,  xii,  491. 

'•  «  Je  suis  ta  vie.  »  Jea.v,  xiv,  6. 

•"•  <(  Je  suis  venu  pour  qu'ils  aient  la  vie,  et  qu'ils  l'aient 
plus  abondamment.  »  Jean,  x,  10. 

'j  «  Je  suis  la  résurrection  et  la  vie.  »  Jean,  xi,  23).  -  «  En 
vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis  :  celui  qui  croit  en  moi,  a  la  vie 
éternelle.  »    Jean,  vi,  47. 

'  «  Dieu  l'ayant  déclaré  pontife  selon  l'ordre  de  Melchisédecli, 
et  ayant  été  élevé  à  la  perfection,  /'/  est  devenu  pour  tous  ceux 
qui  lui  obéissent,  la  cause  du  salut  éternel.  «  Hébr.,  v,  9,  10. 

^  «  Notre  pontife  a  reçu  un  ministère  d'autant  plus  excellent, 
qu'il  est  le  médiateur  d'une  meilleure  alliance,  établie  sur  de 


38  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

taie  que  Jésus  réclame  la  foi  absolue  à  son  auto- 
rité divine  '.  Il  en  fait  une  question  de  vie  ou  de 
mort  éternelle.  Croire  en  Lui  et  Lui  obéir,  c'est 
assurer  son  salut-;  refuser  de  Le  suivre,  c'est 
déjà  recevoir  sa  condamnation  ". 

Ah  !  que  ne  devons-nous  pas  à  Jésus-Prêtre, 
dont  l'autorité  n'a  d'égale  que  la  puissance,  et 
dont  la  puissance  n'est  que  l'expression  d'un 
amour  éternel  ! 

Il  est  une  autre  raison  plus  fondamentale  en- 
core, qui  démontre  la  nécessité  du  Sacerdoce 
en  Jésus  ;  elle  est  tirée  de  la  nature  même  du 
Sacerdoce. 

Le  Prêtre  est  un  intermédiaire  entre  Dieu  et 
les  hommes  ;  il  traite  à  la  fois  avec  la  Divinité  et 
l'humanité  '.  Il  atteint  par  là  les  deux  extrêmes 

meilleures  promesses.  »  (Hébr.,  viii,  6).  —  «  Le  Christ  ne  s'est 
point  arrogé  à  lui-même  la  dignité  de  pontife,  mais  //  l'a  reçue 
de  celui  qui  lui  a  dit  :  Tu  es  mon  Fils,  je  t'ai  engendré  au- 
jourd'hui. »  (Hébr.,  V,  5). 

'  «  En  vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis  :  Qui  écoute  ma  parole 
et  croit  à  celui  qui  m'a  envoyé,  a  la  vie  éternelle.  »  Jean,  v,  24. 

2  «  Celui  qui  croit  en  moi  a  la  vie  éternelle.  »  Jean,  vi,  47. 

•*  «  Celui  qui  ne  croit  pas  en  lui  est  déjà  jugé,  parce  qu'il  ne 
croit  pas  au  nom  du  Fils  unique  de  Dieu.  »  (Jean,  m,  18). 
«  Quant  à  celui  qui  ne  croit  pas  au  Fils,  //  ne  verra  pas  la  vie, 
mais  la  colère  de  Dieu  demeure  sur  lui.  »  (Jean,  ni,  36). 

■*  «  Le  Prêtre,  dit  saint  Thomas,  est  en  quelque  sorte  l'entre- 
metteur et  le  médiateur  entre  le  peuple  et  Dieu,  comme  il  est 


NÉCESSITÉ    DU    SACERDOCE    EN    JÉSUS  5^ 

et  il  les  réunit  en  quelque  sorte  dans  sa  per- 
sonne '.  Il  participe  ainsi  à  une  double  mission  : 
celle  de  Dieu  auprès  des  hommes  et  celle  des 
hommes  auprès  de  Dieu.  Pour  l'accomplir,  il 
doit  nécessairement  être  agréé  de  part  et  d'au- 
tre. Ministère  divin  et  humain,  qui  honore  sin- 
gulièrement celui  qui  en  est  investi  et  qui  en 
fait  vraiment  un  être  à  part  dans  l'humanité. 

Pourrait-on  supposer  un  seul  instant  que 
Jésus  n'ait  pas  reçu  le  caractère  sacerdotal  qui 
L'aurait  constitué  d'office  le  représentant  de 
Dieu  et  des  hommes-?  Qui,  plus  que  Lui,  en 
serait  digne  et  réunirait  les  conditions  essen- 
tielles  d'un   semblable    ministère'?   Bien   plus, 

dit  de  Moïse  (Del t.,  v).  C'est  pourquoi  il  lui  appartient  de  trans- 
mettre au  peuple  les  dogmes  et  les  sacrements  divins,  et  d'ew 
recevoir  ensuite  les  prières,  les  sacrifices  et  les  oblations,  pour 
les  offrir  à  Dieu,  selon  ces  paroles  de  saint  Paul  (Hébr.,  v,  i)  : 
«  Tout  pontife  étant  pris  d'entre  les  hommes,  est  établi  pour 
eux  en  ce  qui  regarde  le  culte  de  Dieu,  afin  qu'il  offre  des  dons 
et  des  sacrifices  pour  le  péché.  »  III  p.,  q.  86,  a.  2. 

'  ((  11  appartient  proprement  à  l'office  de  médiateur  d'unir 
ceux  entre  lesquels  il  interpose  sa  médiation  ;  car  les  extrêmes 
s'unissent  dans  un  milieu.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  26,  a.  1. 

-  «  Nous  avons  un  pontife,  dit  Saint  Paul,  qui  est  entré  dans 
le  ciel,  c'est  Jésus  Fils  de  Dieu.  »  (Hébr.,  iv,  14).  —  «  Puisque 
le  Christ,  dit  également  Saint  Thomas,  a  été  médiateur  entre 
Dieu  et  les  hommes,  il  lui  convient  éminemment  d'être  prê- 
tre. »  (III  p.,  q.  22,  a.  1.) 

^  «  Il  convient  au  Christ  d'unir  les  /tommes  à  Dieu  d'une 
manière  parfaite,  puisque  c'est  par  lui  qu'ils  ont  été  réconciliés 
avec  Dieu,  d'après  ces   paroles  de  Saint  Paul  (II  Cor.,  v,  19): 


40  tiV    SACERDOCK    DE    JÉSUS 

qui,  en  dehors  de  Lui,  pourrait  être  honoré 
d'une  si  haute  fonction,  s'il  n'en  puisait  en  Lui 
la  mission  et  la  puissance  '  ? 

Jésus  seul,  par  sa  double  nature  divine  et 
humaine,  a  le  droit  d'exercer  un  Sacerdoce 
divin.  C'est  précisément  parce  qu'il  est  Dieu 
et  Homme  par  l'Union  hj'^postatique,  qu'il  est 
Prêtre,  le  seul  Prêtre  digne  essentiellement  de 
ce  nom,  le  Prêtre  unique  qui  possède  la  pléni- 
tude du  Sacerdoce  ^. 

Par  sa  nature  divine,  11  vient  de  Dieu,  11  est 
en  Dieu,  Il  est  Dieu  ;  par  sa  nature  humaine,  Il 
appartient  à  l'humanité.  Il  est  Homme.  Il  peut 
ainsi  se  présenter  avec  autorité  à  Dieu  et  aux 

«  Dieu  était  dans  le  Christ,  réconciliant  le  monde  avec  lui.  » 
C'est  pourquoi  il  n'y  a  que  le  Christ  qui  soit  un  médiateur  par- 
fait entre  Dieu  et  les  hommes,  en  tant  que  par  sa  mort  il  a  ré- 
ooncilié  le  genre  humain  avec  Dieu.»  S.  Thom.,  III  p.,  q.  26,  a.  1. 

*  «  Le  Clirist  est  la  source  de  tout  le  Sacerdoce  ;  car  le 
Prêtre  de  l'ancienne  loi  était  sa  figure,  et  le  prêtre  de  la  nou- 
velle opère  en  son  nom.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  4. 

2  «  Il  n'y  a  qu'un  Dieu  et  qu'un  médiateur  entre  Dieu  et  les 
hommes,  Jésus-Christ  homme,  qui  s'est  livré  lui-même  pour  la 
rédemption  de  tous.  »  I  Tim.,  11,  5,  6).  —  Les  paroles  suivantes 
de  Saint  Thomas  sont  un  court  commentaire  de  celles  de  Saint 
Paul  :  «  L'office  de  médiateur  demandait  que  le  Christ  eût  en 
commun  avec  nous  une  chair  passible  et  mortelle,  et  avec  Dieu 
la  puissance  et  la  gloire,  afin  qu'en  détruisant  en  nous  ce  qu'il 
avait  de  commun  avec  nous,  savoir  la  souffrance  et  la  mort, 
il  nous  fît  parvenir  à  ce  qui  lui  était  commun  avec  Dieu,  car 
il  tut  médiateur  pour  nous  unir  à  Dieu.  »  Contr.  Gent., 
L.  4,  c.  55). 


NÉCESSITÉ    DU    SACERDOCE    EN    JÉSUS  4I 

hommes  '.  Dieu  voyant  en  Lui  son  Fils,  agrée 
les  prières,  les  offrandes  et  les  louanges  que 
Celui-ci  lui  offre  au  nom  de  l'humanité  ;  et  l  hu- 
manité reçoit  avec  foi,  confiance  et  reconnais- 
sance les  messages  divins  et  les  grâces  sans 
nombre  que  son  représentant  est  allé  puiser 
dans  la  Divinité  -'. 

Dieu  le  Père  ne  s'est  constitué  qu  un  seul 
Prêtre,  distributeur  de  ses  dons  :  et  c'est  Jésus. 

'  «  Le  Christ  a  eu  de  commun  la  béatitude  avec  Dieu,  et  la 
mortalité  avec  les  hommes.  C'est  pour  cela  qu'il  s'est  interposé 
comme  intermédiaire  pour  que,  la  mortalité  étant  détruite,  il 
rendît  les  morts  immortels  et  qu'il  rendît  bienheureux  ceux  qui 
sont  misérables.  C'est  pour  cela  qu'il  est  le  hou  médiateur  qui 
réconcilie  les  ennemis.  »  S.  Ïhom.,  III  p.,  q.  26,  a.  1,  ad  2. 

-  Concluons  avec  le  Docteur  angélique  :  «  \Soffice  profère  du 
Prêtre,  dit-il,  c'est  d'être  médiateur  entre  Dieu  et  le  peuple, 
selon  que  d'une  part  il  transmet  au  peuple  les  choses  divines, 
d'où  est  venu  le  nom  de  sacerdos,  ciui  signifie  en  quelque  sorte 
sacra  dans  (donnant  les  choses  sacrées);  tandis  que  d'autre 
part  il  offre  à  Dieu  les  prières  du  peuple  et  qu'il  satisfait  à  Dieu 
d'une  certaine  manière  pour  leurs  péchés.  D'où  Saint  Paul  dit 
(Hébk.,  V,  1)  :  «  Tout  pontife  étant  pris  d'entre  les  hommes  est 
établi  pour  eux,  en  ce  qui  regarde  le  culte  de  Dieu,  afin  qu'il 
offre  des  dons  et  des  sacrifices  pour  les  péchés.  »  Or,  c'est  prin- 
cipalement ce  qui  convient  au  Christ.  Car,  par  lui  les  dons  de 
Dieu  ont  été  communiqués  aux  hommes,  suivant  ce  passage 
de  Saint  Pierre  (II,  i,  4)  :  «  C'est  par  le  Christ  que  Dieu  nous  a 
communiqué  les  biens  si  grands  et  si  précieux  qu'il  nous  avait 
promis,  pour  que  vous  soyez  par  là  même  participants  de  la 
nature  divine.  »  C'est  aussi  lui  qui  a  réconcilié  le  genre  humain 
avec  Dieu,  d'après  ces  paroles  de  S.  Paul  (Col.,  i,  19,  20)  :  «  Il 
a  plu  au  Père  de  faire  résider  toute  plénitude  dans  le  Christ  et 
de  réconcilier  par  lui  toutes  choses.  »  III  p.,  q.  22,  a.  1. 


42  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

L'humanité  ne  reconnaît  qu'un  seul  Prêtre  qui 
puisse  pénétrer  dans  les  cieux  et  porter  au  Sei- 
gneur ses  vœux  et  ses  supplications  :  et  c'est 
Jésus. 

Intermédiaire  entre  Dieu  et  les  hommes,  le 
Père  ne  voit  l'humanité  que  dans  son  Fils 
Prêtre,  et  les  hommes  ne  se  présentent  à  Dieu 
que  sous  le  couvert  du  Sacerdoce  de  Jésus  que 
le  Père  leur  a  donné  comme  Prêtre.  De  sorte 
que  1  office  essentiel  de  Jésus  est  d'attirer  les 
bénédictions  divines  sur  les  hommes  et  d'ac- 
complir auprès  de  son  Père  tous  les  devoirs  de 
l'humanité  vis-à-vis  de  Dieu  :  devoirs  de  créature 
à  l'égard  du  Créateur  ;  devoirs  de  créature  cou- 
pable et  pécheresse  envers  la  Divinité  ;  devoirs 
de  créature  repentante  et  criant  miséricorde. 

C'est  à  ce  titre  que  Dieu  le  Père  a  fait  de 
Jésus  son  Prêtre.  C  est  pour  remplir  cette  fonc- 
tion sublime  que  Jésus  apparaît  dans  l'huma- 
nité, qu'il  vit  et  qu'il  meurt. 


Pour  mieux  saisir  l'importance  essentielle  et 
la  nécessité  absolue  du  Sacerdoce  en  notre  divin 
Sauveur,  considérons  ce  qui  serait  advenu  si 
Jésus  n'était  pas  Prêtre. 

Comme  membre  de  l'humanité.  Il  aurait  été 
tenu    de    participer   aux    sacrifices   offerts   à    la 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  4.^ 

Divinité  pour  reconnaître  sa  souveraineté  sur 
toute  créature  ;  et  pour  cela,  a^'ant  dû  recourir 
au  ministère  des  Prêtres,  Il  leur  aurait  été  infé- 
rieur en  dignité  et  en  fonction.  Ce  qui  eût  été 
une  contradiction  formelle  avec  le  mystère  de 
l'assomption  de  sa  nature  humaine  en  une  Per- 
sonne divine,  assomption  qui  Le  constitue  le 
Chef  universel  et  le  Pontife  suprême  de  l'hu- 
manité '. 

Venu  pour  abolir  l'ancien  sacerdoce  et  rempla- 
cer les  sacrifices  de  l'ancienne  Loi,  comment  au- 
rait-Il pu  le  faire  s'il  n'eût  été  Prêtre  Lui-même? 
Comme  il  ne  peut  y  avoir  de  religion  sans  sa- 
crifice, Il  aurait  dû  laisser  subsister  les  sacrifices 
figuratifs,  quoique  inefîfîcaces  en  eux-mêmes,  et 
c  en  eût  été  fait  du  salut  du  genre  humain. 

En  vain  Jésus  aurait  appuyé  son  autorité  sur 
des  motifs  élevés  et  des  dignités  supérieures, 
s'il  n'eût  pu  se  présenter  aux  hommes  en  tant 
que   Prêtre   du    Très-Haut,    Il    n'aurait  pas   été 

1  «  Dieu  le  Père  a  mis  toutes  choses  sous  ses  pieds,  et  il  l'a 
donné  pour  chef  à  toute  l'Eglise.  »  (Ephés.,  i,  22).  —  Saint  Tho- 
mas, commentant  ce  texte,  dit  :  «  Parce  que  la  grâce  du  Christ 
découle  dans  les  autres  hommes,  il  est  convenable  qu'il  soit  la 
tète  de  l' Eglise  ;  car  c'est  de  la  tète  que  la  sensibilité  et  le  mou- 
vement se  communiquent  aux  autres  membres  qui  lui  sont 
conformes  dans  la  nature.  C'est  ainsi  que  du  Christ  la  grâce 
et  la  vérité  passent  aux  autres  hommes.  D'où,  l'Apôtre  dit  : 
«  Il  Va  donné  pour  chef  à  toute  l' Eglise  qui  est  son  corps.  » 
(Op.  2,  c.  214), 


44  01-'    SACERDOCK    DK    JÉSUS 

suffisamment  qualifié  pour  enseigner  une  doc- 
trine céleste  et  pour  s'interposer  entre  Dieu  et 
l'humanité  coupable  en  qualité  d'avocat  et  d'am- 
bassadeur. Il  aurait  pu,  comme  tous  les  hommes, 
lever  les  bras  au  ciel  en  suppliant,  mais  sans  en 
faire  descendre  la  grâce;  Il  aurait  pu  crier  misé- 
ricorde, mais  sans  avoir  le  pouvoir  d'accorder 
le  pardon. 

Quel  Jésus  découronné  serait  le  nôtre,  s  II  ne 
nous  apparaissait  comme  le  Souverain  Prêtre 
venant  exercer  ici-bas  les  fonctions  sublimes 
d'un  Sacerdoce  qui  porte  le  caractère  d'une  mis- 
sion divine  et  qui  contient  en  puissance  la  glo- 
rification éternelle  de  Dieu  et  le  salut  du  monde! 

Si  Jésus  n'était  Prêtre,  comment  serait-Il  le 
Premier-né  parmi  les  hommes,  comme  le  pro- 
clame Saint  Paul,  c'est-à-dire  le  type,  l'exem- 
plaire, le  modèle,  la  cause  finale  de  toute  créa- 
ture, et  par  là  même  de  tout  sacerdoce  ;  le  chef 
du  corps  de  l'Eglise  et  le  principe  de  la  pléni- 
tude duquel  nous  avons  tout  reçu  '  ?  Sans  quoi, 

'  «  C'est  lui  qui  est  l'image  du  Dieu  invisible,  le  prentier-nc 
de  toute  créature  ;  car  en  lui  toutes  choses  ont  été  créées  duns 
le  ciel  et  sur  la  terre,  les  visibles  et  les  invisibles,  soit  les  trônes, 
soit  les  dominations,  soit  les  principautés,  soit  les  puissances, 
tout  a  été  créé  en  lui  et  pour  lui,  et  il  est  avant  tout  et  toutes 
choses  subsistent  en  lui.  C'est  lui  aussi  qui  est  le  chef  du  corps 
de  l'Eglise,  lui  qui  est  le  principe,  le  premier-né  d'entre  les 
morts,  de  sorte  qu'en  tout  il  tient  lui-même  la  primauté  ;  car  il 
a  plu  à  Dieu  que  toute  plénitude  résidât  en  lui.  »  Col.,  i,  iS-ig. 


NECESSITE    DU    SACERDOCE    EN    JÉSUS  4^ 

fl  aurait  été  inférieur  aux  Patriarches,  aux  Pro- 
phètes, et  aux  personnages  illustres  de  l'an- 
cienne Alliance  qui  remplirent  des  fonctions 
sacerdotales. 

Comment,  dès  lors,  aurait- 11  été  promis  à 
Adam  comme  le  Libérateur  futur,  s'il  n'avait 
pu  offrir  le  Sacrifice  du  salut  '  ? 

Comment  se  serait- Il  proclamé  plus  grand 
qu'Abraham  qui  offrait  des  sacrifices  au  Sei- 
gneur -  ? 

Comment  aurait-Il  annoncé  que  c'était  de  Lui 
qu'avaient  parlé  les  Prophètes  comme  étant  le 
Messie  promis,  la  Victime  conduite  à  la  mort, 
le  Sauveur  d'Israël  et  le  Rédempteur  du  genre 
humain    ? 

'  "  Je  mettrai  des  inimitiés  entre  toi  et  la  femme,  entre  ta 
postérité  et  sa  postérité  ;  elle  t'écrasera  la  tête.  »  Ge.n.,  m,  i5. 

•  Les  Juifs  dirent  un  jour  à  Jésus  :  «  Est-ce  que  tu  es  plus 
grand  que  notre  père  Abraham  qui  est  mort  ?  Oui  prétends-tu 
être  /  Abraham  votre  père,  répondit  .Jésus,  a  tressailli  pour  voir 
mon  jour  ;  il  l'a  vu  et  s'est  réjoui.  Les  Juifs  donc  lui  dirent  :  Tu 
n'as  pas  encore  cinquante  ans  et  tu  as  vu  Abraham  .■*  Jésus  leur 
dit:  En  vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis:  avant  qu'Abraham 
fût,  je  suis.  »  Jean,  vni,  53,  56-58. 

■'■  «  Scrutez  les  Ecritures,  dit  Jésus,  en  Saint  Jean,  puisque 
vous  pensez  avoir  en  elles  la  vie  éternelle  ;  ce  sont  elles  qui 
rendent  témoignage  de  moi.  »  (Jean,  v,  Jy).  —  «  C'est  de  moi 
que  Moïse  a  écrit.  »  (Jean,  v,  46)  ;  ce  que  confirme  l'apôtre  Phi- 
lippe rencontrant  N'athanaël,  lorsqu'il  lui  dit  :  «  Celui  de  qui 
Moï.se  a  écrit  dans  la  loi  et  qu'ont  annoncé  les  Prophètes,  nous 
l'avons  trou\  é,  Jésus,  fils  de  Joseph,  de  Nazareth.  »  (Jean,  i,  45). 

Le  patriarche  Jacob,   bénissant  ses  fils  avant  de  mourir,  leur 


46  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Comment  son  Précurseur,  qui  ne  se  jugeait 
pas  digne  de  dénouer  les  cordons  de  sa  chaus- 
sure ',  L'aurait-Il  désigné  expressément  comme 

renouvelle  la  prédiction  du  Messie  futur  :  «  Le  sceptre,  leur 
dit-il,  ne  sera  point  enlevé  à  Juda.  ni  le  commandement  à  sa 
race,  jusqu'à  ce  que  vienne  celui  qui  doit  être  envoyé,  et  celui- 
là  sera  Vattente  des  nations.  »  (Gen.,  xlix,  10).  —  Isaïe,  que 
l'on  pourrait  appeler  le  prophète  de  la  Passion,  nous  dépeint  à 
l'avance,  et  d'une  façon  attendrissante,  tout  ce  qu'il  en  coûtera 
au  Sauveur  pour  expier  le  péché  :  «  Nous  l'avons  vu  et  il  n'a 
pas  d'apparence...  Il  était  mépiisé,  le  dernier  des  hommes,  un 
homme  de  douleurs,  habitué  à  souffrir.  Son  visage  était  comme 
caché.  Il  était  méprisé,  et  nous  n'en  avons  pas  tenu  compte. 
Vraiment  //  a  porté  nos  maladies,  et  il  s'est  chargé  lui-même 
de  nos  douleurs.  Nous  l'avons  pris  pour  un  lépreux,  pour  un 
homme  frappé  de  Dieu  et  humilié.  Et  /'/  a  été  blessé  pour  nos 
iniquités  ;  il  a  été  écrasé  pour  nos  crimes.  Le  châtiment  qui 
devait  nous  donner  la  paix  est  tombé  sur  lui,  et  nous  avons  été 
guéris  par  sa  plaie...  Dieu  a  mis  sur  lui  notre  iniquité  à  tous. 
Il  a  été  offert  parce  que  lui-même  l'a  voulu,  et  il  n'a  pas  ouvert 
la  bouche,  pareil  à  une  brebis  qu'on  mène  à  la  boucherie...  Par 
l'angoisse  et  par  le  jugement  il  a  été  enlevé.  Il  a  été  arraché  de 
la  terre  des  vivants.  Je  l'ai  frappé  à  cause  du  crime  de  mon 
peuple.  »  (Is.,  Lin,  2-8). 

Le  prophète  Daniel,  à  son  tour,  précise  l'époque  de  sa  mort 
et  les  conséquences  terribles  qui  s'en  suivront  pour  Jérusalem 
et  le  peuple  Juif.  «  Soixante-dix  semaines  ont  été  déterminées 
sur  ton  peuple  et  sur  ta  ville  sainte,  pour  que  la  prévarication 
soit  accomplie,  que  le  péché  trouve  sa  fin,  que  l'iniquité  soit 
effacée,  que  la  justice  éternelle  arrive,  ainsi  que  la  vision  et  la 
prophétie  et  pour  oindre  le  Saint  des  saints.  Sache  donc  et 
remarque  :  depuis  l'ordre  donné  pour  rebâtir  Jérusalem,  jus- 
qu'au Christ  chef,  il  y  aura  sept  semaines  et  soixante-deux 
semaines...  Et  après  soixante-deux  semaines,  le  Christ  sera 
tué.  et  le  peuple  qui  doit  le  renier  ne  sera  plus  son  peuple.  » 
Daniel,  ix,  24-26. 

1  Jean,  i,  27. 


NECESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS         47 

le  ministre  d'un  baptême    purificateur  *   et  l'A- 
gneau qui  efface  les  péchés  du  monde-  ? 

De  quelle  puissance  Jésus  Lui-même  aurait-Il 
usé  pour  pénétrer  dans  les  consciences'^  et  les 


'  «  Celui,  dit  Saint  Jean-Baptiste,  qui  m'a  envoyé  baptiser 
dans  l'eau  m'a  dit  :  Celui  sur  qui  tu  verras  l'Esprit  descendre 
et  se  reposer,  c'est  celui  qui  baptise  dans  l'Esprit-Saint.  » 
Jean,  i,  33. 

2  «  Le  jour  suivant,  Jean  vit  Jésus  venir  vers  lui,  et  il  dit  : 
Voici  Y  Agneau  de  Dieu,  voici  celui  qui  ôtc  le  péché  du  monde.  » 
Jean,  i,  29. 

^  Nous  vo\'ons  en  maints  endroits  du  saint  Evangile  que 
Jésus  pénétrait  les  secrets  des  cœurs  et  que  rien  ne  lui  était 
caché.  «  Il  n'avait  pas  besoin,  dit  Saint  Jean,  que  personne  lui 
rendît  témoignage  d'aucun  homme,  car  lui-même  savait  ce 
qu'il  y  avait  dans  l'homme  »  (Jean,  11,  25).  C'est,  en  effet,  par 
son  propre  esprit  que  Jésus  lisait  au  fond  des  consciences,  et 
non  comme  certains  prophètes  à  qui  cette  science  était  commu- 
niquée par  l'Esprit  de  Dieu.  Saint  Marc  nous  le  fait  remarquer, 
à  l'occasion  de  la  guérison  du  paralytique  :  «  Or,  il  y  avait  là 
quelques  Scribes  assis,  qui  pensaient  dans  leur  cœur  :  «  Pour- 
quoi celui-là  parle-t-il  ainsi  ?  Il  blasphème.  Qui  peut  remettre 
les  péchés,  si  ce  n'est  Dieu  seul.  Aussitôt  Jésus,  ayant  connu 
par  son  esprit  qu'ils  pensaient  ainsi  en  eux-mêmes,  leur  dit  : 
Pourquoi  pensez-vous  ces  choses  dans  vos  cœurs  ?  »  (Marc, 
II,  6-8). 

Cette  science  en  Jésus  fut  une  science  humaine  et  divine  à  la 
fois,  en  raison  de  l'Union  hypostatique.  Saint  Thomas  s'exprime 
ainsi  à  ce  sujet  :  «  L'âme  du  Christ  connaît  dans  le  Verbe  tout 
ce  qui  existe,  dans  tous  les  temps,  et  elle  sait  même  les  pensées 
des  hommes  dont  il  est  le  juge  ;  de  telle  sorte  que  ces  paroles  : 
«  Il  connaissait  par  lui-même  ce  qu'il  y  avait  dans  l'homme  », 
peuvent  s'entendre  non  seulement  de  la  science  divine,  mais 
encore  de  la  science  que  l 'âme  du  Christ  possède  dans  le 
Verbe.  »    III  p.,  q.  10,  a.  2. 


48  DU    SACERDOCF,    DK    JÉSUS 

transformer,  pour  absoudre  les  pécheurs  '  et  as- 
surer le  ciel  aux  repentants  -,  pour  ouvrir  toutes 
grandes  les  cataractes  de  la  Miséricorde  divine 
submergeant  l'humanité  afin  de  la  purifier  et 
de  la  sauver^  ? 

Si  Jésus  n'était  Prêtre,  l'Evangile  serait  à  re- 
faire ;  car  le  pouvoir  de  remettre  les  péchés 
conféré  à  ses  successeurs  serait  illusoire,  l'Ins- 
titution de  l'Eucharistie  et  du  Sacerdoce  serait 


^  «  Toute  puissance,  dit  Jésus,  m'a  été  donnée' au  ciel  et  sur 
la  terre.  »  (Mat.,  xxvni,  18).  —  Cette  puissance  ne  connaît  au- 
cune borne,  et  elle  s'exerce  sur  les  âmes  comme  sur  les  corps  : 
«  Le  Fils  de  l'iiomme,  ajoute-t-il,  a  le  pouvoir  sur  la  terre  de 
remettre  les  péchés.  »  (Mat.,  ix,  6).  Et  il  le  prouve,  après  avoir 
dit  au  paralytique  :  «  Mon  fils,  aie  confiance,  tes  péchés  te  sont 
remis  »  (Ibid.,  2),  en  ajoutant  :  «  Quel  est  le  plus  facile  de  dire  : 
Tes  péchés  te  sont  remis,  ou  de  dire  :  Lève-toi  et  marche  »  ? 
Eh  !  bien  :  «  Lève-toi,  prends  ton  lit  et  va  dans  ta  maison. 
Aussitôt  le  paralytique  se  leva  et  s'en  alla.  »  (Ibid.,  5-7). 

-  «  Seigneur,  dit  à  Jésus  le  bon  larron,  souvenez-vous  de  moi 
quand  vous  viendrez  en  votre  royaume.  Et  Jésus  lui  dit  :  En 
vérité,  je  te  le  dis,  aujourd'hui  tu  seras  avec  moi  dans  le  pa- 
radis. »  Luc,  xxMi,  42.  43. 

•'  Saint  Paul  nous  représente  Jésus  Pontife  et  Sauveur,  ve- 
nant clore  et  accomplir  les  prophéties  dans  l'exercice  de  sa  toute- 
puissance  sacerdotale  :  «  Dieu  qui  jadis  a  parlé  à  nos  pères  par 
les  prophètes  à  plusieurs  reprises  et  de  bien  des  manières,  nous 
a  parlé  dans  ces  derniers  temps  par  le  Fils  qu'il  a  établi  hé- 
ritier de  toutes  choses  et  par  lequel  il  a  fait  les  siècles  ;  et  qui, 
étant  la  splendeur  de  sa  gloire  et  la  parfaite  image  de  sa  subs- 
tance, et  soutenant  tout  par  la  parole  de  sa  puissance,  après 
avoir  opéré  la  purification  des  péchés,  est  assis  à  la  droite  de 
la  majesté,  au  plus  haut  des  cieux.  »  Hébr.,  i,  i-3. 


NÉCESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS         49 

une  fiction,  l'Inimolation  du  Calvaire  sans  effi- 
cacité et  la  Religion  sans  Sacrifice. 


II.  —  Jésus,   le   Prêtre   de   son   Père 

Les  pages  qui  précèdent  ne  peuvent  nous  lais- 
ser aucun  doute  sur  la  réalité  divine  du  Sacer- 
doce de  Jésus.  Nous  en  avons  considéré  les 
raisons  essentielles  et  la  nécessité  indiscutable  ; 
nous  en  avons  suffisamment  indiqué  la  mission, 
pour  saisir  le  caractère  sacerdotal  de  toutes  les 
opérations  du  Sauveur  et  les  effets  éternels  du 
Sacrifice  qu'il  est  venu  accomplir  sur  cette  terre. 

Pénétrons  maintenant  plus  avant  dans  ce  Mys- 
tère adorable  et  remontons  à  l'origine  du  Sacer- 
doce en  Jésus,  pour  en  contempler  la  grandeur 
infinie  et  les  beautés  inefiFables. 

Saint  Paul  nous  dit  que  personne  ne  peut 
s'attribuer  à  soi-même  l'honneur  du  Sacerdoce  '. 
Il  est  donc  nécessaire  de  le  recevoir  d'un  autre 
qui  ait  le  pouvoir  de  le  conférer.  Lorsqu'il  s'agit 
de  notre  adorable  Sauveur,  en  qui  le  Sacerdoce 
n'est  aucunement  accidentel  mais  absolument 
nécessaire,  Il  ne  peut  le  recevoir  que   de  quel- 

^  «  Nul  ne  s'attribue  cet  honneur,  mais  seulement  celui  qui 
est  appelé  de  Dieu.  »  Hébr.,  v,  4. 


50  DU    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

qu'un  d'aussi  nécessaire  que  Lui  et  qui  pourtant 
Lui  soit  supérieur  en  tant  que  principe.  D'où 
il  faut  conclure  que  seul  Dieu  le  Père  pouvait 
conférer  à  Jésus  l'honneur  et  la  dignité  du 
Sacerdoce. 

C'est  ce  que  l'Apôtre  déclare  formellement, 
quand  il  dit  :  «  Nous  avons  un  Pontife  qui  ne 
s'est  point  approprié  de  lui-même  la  gloire  du 
pontificat,  mais  qui  l'a  reçu  de  celui  qui  lui  a 
dit  :  Vous  êtes  mon  Fils,  je  vous  ai  engendré  au- 
jourd'hui. De  même  que  dans  un  autre  endroit 
il  dit  aussi  :  Vous  êtes  Prêtre  pour  l'éternité'  ». 

Il  est  à  remarquer  que  Saint  Paul  associe  la 
pensée  de  la  Filiation  divine  à  celle  du  Sacer- 
doce ;  nous  faisant  entendre  par  là  que  le  Verbe 
est  Fils  et  Prêtre  à  la  fois.  Fils  d  abord,  et 
Prêtre  parce  que  Fils  ;  Fils  et  Prêtre,  c'est  tout 
le  Verbe!  Qu'est-ce  à  dire,  sinon  que  la  notion 
du  Sacerdoce,  prise  dans  un  sens  large,  se  trouve 
à  l'origine  dans  celle  de  la  Filiation  divine? 

11  n'jf  a  rien  d'exagéré  à  le  prétendre,  lorsque 
l'on  considère  que  le  Sacerdoce  est  essentielle- 
ment ordonné  à  la  gloire  de  Dieu  -.  Or,  le  Fils  est 

1  Hébr.,  V,  5,  6. 

2  Saint  Paul  le  dit  clairement  (Hébr.,  v,  i)  :  «  Tout  pontife 
est  établi  pour  ce  qui  regarde  le  culte  de  Dieu,  afin  de  lui 
offrir  des  dons  et  des  sacrifices  »,  et  ainsi  de  le  glorifier  en 
reconnaissant  son  souverain  domaine  sur  toutes  choses. 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         5l 

toute  la  gloire  du  Père,  parce  qu'il  en  est  toute 
la  substance.  Image  parfaite  et  adéquate  de  son 
Principe,  il  en  est  essentiellement,  nécessaire- 
ment, éternellement  la  splendeur  et  la  gloire  '  : 
ce  qui  le  constitue,  en  quelque  sorte,  dès  la  gé- 
nération éternelle,  le  Prêtre  de  son  divin  Père 
dans  les  communications  ineffables  des  trois 
Personnes  divines. 

Toutes  élevées  que  soient  ces  considérations, 
elles  n'échappent  pas  toutefois  totalement  à 
notre  intelligence.  Sans  doute,  nous  n'en  pou- 
vons saisir  que  très  imparfaitement  la  subli- 
mité; mais  nous  devons  trouver  quand  même 
une  grande  jouissance  et  un  sujet  d'éternelle  et 
amoureuse  adoration  dans  la  contemplation  de 
ce  mystère  ineffable,  qui  nous  révèle  un  Dieu 
éternellement  engendré  et  un  Prêtre  éternel 
dans  le  Fils  de  la  gloire  et  des  complaisances 
infinies  du  Père. 

Ce  que  Jésus  est  pour  Dieu  de  toute  éternité. 
Il  le  demeure  ici-bas  où  L'envoie  son  Père  pour 

^  «  On  l'appelle  fi/s,  selon  Saint  Thomas,  pour  exprimer  qu'il 
est  conaturel  au  Père  ;  on  l'appelle  splendeur,  parce  qu'il  lui 
est  coéternel  ;  on  dit  qu'il  est  son  image,  parce  qu'il  lui  est 
absolument  semblable  ;  enfin  on  lui  donne  le  nom  de  Verbe, 
pour  désigner  sa  génération  spirituelle.  »  (I  p.,  q.  34,  a.  2,  ad  3). 
Le  Docteur  angélique  ajoute  que  «  l'on  n'a  pas  pu  trouver  un 
nom  qui  rendît  toutes  ces  perfections,  » 


52  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

continuer  à  le  glorifier  dans  la  chair  comme  II 
le  glorifie  dans  son  sein  *.  Partout  où  Jésus  por- 
tera ses  pas,  dans  toutes  les  œuvres  qu'il  accom- 
plira, à  chaque  instant  de  son  existence  terres- 
tre. Il  sera  avant  tout  la  gloire  et  le  Prêtre  de 
son  Père  -.  Ayant  tout  reçu  de  lui  '^,  Il  n'est  que 
ce  qu'est   son   Père,   mais  II  l'est  parfaitement, 

1  Ce  qui  fait  dire  à  Saint  Jean  (i,  14)  :  «  Nous  avons  vu  sa 
gloire,  gloire  comme  celle  du  Fils  unique  du  Père,  plein  de 
grâce  et  de  vérité.  » 

"-  «  J'honore  mon  Père.  »  (Jean,  viii,  49).  Pour  Jésus,  hono- 
rer et  glorifier  son  Père,  c'est  faire  sa  divine  volonté  :  «  Je  suis 
descendu  du  ciel  non  pour  faire  ma  volonté,  mais  la  volonté 
de  celui  qui  m'a  envoyé.  »  (Jean,  v,  3o).  Et  cette  volonté,  d'après 
Saint  Paul,  c'était  qu'/7  exerçât  son  divin  Sacerdoce  et  s'im- 
molât comme  Victime  :  «  C'est  pourquoi,  en  entrant  dans  le 
monde,  Jésus  dit  :  Vous  n'avez  pas  voulu  d'hostie  ni  d'oblation, 
mais  vous  m'avez  donné  un  corps...  Me  voici,  je  viens  pour 
faire,  ô  Dieu,  votre  volonté...  Et  c'est  en  vertu  de  cette  volonté 
que  nous  avons  été  sanctifiés  par  l'oblation  du  corps  de  Jésus- 
Christ  faite  une  seule  fois.»  (Hébr.,  x,  5,  9,  10).  —  Aussi  Jésus, 
à  l'heure  où  il  va  offrir  son  Sacrifice,  proteste-t-il  devant  son 
Père  de  sa  fidélité  à  le  glorifier  par  le  couronnement  qu'ap- 
porte sa  mort  à  la  mission  sacerdotale  qu'il  en  avait  reçue  : 
«  Je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre,  j'ai  achevé  l'œuvre  que  vous 
m'avez  donnée  à  faire.  »  (Jean,  xvii,  4). 

3  D'abord,  la  vie  essentielle  par  la  génération  éternelle  : 
«  Comme  le  Père  a  la  vie  en  lui-même,  ainsi  il  a  donné  au  Fils 
d'avoir  la  vie  en  lui-même.  »  (Jean,  v,  26)  ;  et  avec  la  vie,  tout 
ce  que  possède  le  Père  comme  premier  principe  :  «  Tout  ce 
qu'a  le  Père  est  à  moi.  »  (Jean,  xvi,  i5).  Puis,  tout  ce  qui  existe 
en  dehors  de  Dieu  :  «  Toutes  choses  m'ont  été  données  par 
mon  Père  »  (Mat.,  xi,  27),  ainsi  qu'une  autorité  souveraine  sur 
toutes  choses  :  «  Toute  puissance  m'a  été  donnée  au  ciel  et  sur 
la  terre.  »  (Mat.,  xxviii,  18). 


NECESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS 


53 


nécessairement,  substantiellement  '.  Il  demeure 
l'intelligence  du  Père  -,  la  perfection  du  Père  ', 

*  Jésus  adressa  un  jour  ce  reproche  à  son  apôtre  Philippe  : 
«  Il  y  a  si  longtemps  que  je  suis  avec  vous  et  vous  ne  me  con- 
naissez pas  !  Philippe,  qui  me  zwit,  voit  aussi  le  Père.  Com- 
ment dites-vous  :  «  Montrez-nous  le  Père  ?  »  (Jean,  xiv,  9).  Puis, 
coup  sur  coup,  et  précisant  sa  pensée,  Jésus  ajoute  :  «  Ne 
croyez-vous  pas  que  je  suis  dans  le  Père  et  que  le  Père  est  en 
moi?  »  (Ibid.,  10,  11).  Cette  unité  du  Père  et  du  Fils,  sans  con- 
fondre les  Personnes,  indique  en  elles  l'identité  de  substance 
et,  par  là,  que  le  Père  et  le  Fils  ne  sont  qu'un  seul  et  même 
Dieu  :  «  Moi  et  mon  Père  nous  sommes  une  seule  chose.  » 
(Jean,  x,  3o). 

2  Si  l'homme  est  l'image  de  Dieu  par  son  intelligence, 
comme  dit  Saint  Augustin  {De  Trin.,  L.  4,  c.  3  et  6),  que  dire 
de  Jésus  qui  est  la  pleine  intelligence  du  Père,  puisque,  selon 
Saint  Paul,  «  il  est  la  figure  de  sa  substance  »  (Hébr.,  i,  3)  .■* 
Ce  qui  fait  dire  à  Saint  Thomas  (Op.  i3),  que  «  le  Verbe  que 
forme  l'intellect  divin  n'est  pas  un  accident,  mais  tient  à  sa 
nature,  et  n'est  autre  chose  que  l'expression  de  l'intelligence  »; 
et  ailleurs  (Op.  3)  :  «  Autant  que  nous  pouvons  exprimer  les 
choses  divines  par  la  parole  humaine,  nous  appelons  Fils  de 
Dieu  le  Verbe  de  l 'intellect  divin.  » 

^  «  Jésus-Christ,  nous  dit  Saint  Paul  (Phil.,  ii,  6),  n'a  pas 
cru  que  ce  fût  pour  lui  une  usurpation  d'être  égal  à  Dieu.  » 
C'est  pourquoi  il  dit  ailleurs  (Col.,  ir,  9)  que  «  toute  la  pléni- 
tude de  la  Divinité  habite  en  lui  ».  Et,  comme  s'exprime  Saint 
Thomas  (Op.  i3)  :  «  Le  Verbe  étant  l'image  de  celui  de  qui  il 
procède,  est  coéternel  avec  lui,  égal  au  Père,  puisqu'il  est  par- 
fait, Yexpression  tout  entière  du  Père,  coessentiel  avec  le  Père 
et  consubstantiel  avec  lui,  puisqu'il  subsiste  dans  sa  nature  ». 
«  Il  est  nécessaire,  dit  encore  le  même  saint  Docteur,  que  le  Fils 
soit  égal  au  Père  en  grandeur,  car  la  grandeur  de  Dieu  n'est 
autre  chose  que  la  perfection  de  sa  nature.  Or,  il  est  de  l'es- 
sence de  la  paternité  et  de  la  filiation,  que  le  Fils  possède  la 
même  perfection  de  nature  que  le  Père,  et  réciproquement.  » 
(I  p.,  q.  42,  a.  4). 


$4  DU    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

la  sainteté  du  Père  ',  l'amour  du  Père  2,  la  né- 
cessité ^  et  l'éternité  '  du  Père.  Il  remplit  ainsi 
dans    son    Humanité    la    première   fonction    de 

'  «  Le  Saint  qui  naîtra  de  vous  sera  appelé  le  Fils  de  Dieu  », 
dit  l'ange  à  Marie  (Luc,  i,  35).  Jésus  lui-même  proclame  sa  sain- 
teté lorsqu'il  dit  qu'il  est  «  Celui  que  le  Père  a  sanctifié  et  en- 
voyé dans  le  monde  >  (Jean,  x,  36).  Lorsqu'il  ajoute  que  son 
Père  est  souverainement  parfait  :  «  Soyez  parfaits  comme  votre 
Père  céleste  est  parfait  »  (Mat.,  v,  48),  et  qu'  «  il  ne  fait  qu'un 
avec  lui  »  (Jean,  x,  3o),  il  fait  clairement  entendre  qu'il  est  égal 
à  son  Père  en  sainteté,  comme  en  nature  et  en  perfection. 

■^  «  Il  est  le  Fils  de  la  dilection  du  Père  »,  dit  Saint  Paul 
(Col.,  I,  i3).  —  Cet  amour,  nous  enseigne  Jésus,  plonge  ses  ra- 
cines dans  l'éternité  :  «  Père,  vous  m'avez  aimé  avant  la  cons- 
titution du  monde.  »  (Jean,  xvn,  24).  —  Le  Père  lui-même,  à 
deux  reprises,  pendant  sa  vie,  nous  rappelle  que  Jésus  est  «  le 
Fils  bien-aimé  de  ses  éternelles  complaisances  »  (Luc,  m,  22  ; 
Mat.,  xvn,  5). 

■'  Parmi  de  nombreux  passages  du  Docteur  angélique  sur  ce 
sujet,  citons  celui-ci,  de  la  Somme  :  «  L'être  de  Dieu  est  son 
intelligence  même.  Par  conséquent  le  Verbe  de  Dieu  n'est  en 
lui  ni  un  accident  ni  un  effet,  mais  //  appartient  à  sa  nature, 
et  il  faut  pour  cela  qu'il  soit  une  chose  qui  subsiste.  Car  tout 
ce  qui  est  dans  la  nature  de  Dieu  subsiste.  C'est  ce  qui  fait 
dire  à  Saint  Jean  Damascène  (Orth.  fid.,  1.  I,  c.  18)  que  le 
Verbe  de  Dieu  est  hypostatique  et  substantiel,  »  I  p.,  q.  34, 
a.  2,  ad  1. 

^  «  Puisque  le  V^erbe  existe  en  Dieu,  dit  encore  Saint  Tho- 
mas, par  cela  que  Dieu  se  comprend  lui-même  en  concevant 
son  Verbe,  qui  est  un  acte  intellectuel  de  lui-même,  il  faut  que, 
si  le  Verbe  de  Dieu  n'a  pas  toujours  été,  Dieu  n'ait  pas  toujours 
eu  l'intellection  de  lui-même.  Or,  tant  que  Dieu  a  été,  il  s'est 
toujours  compris,  parce  qu'en  lui  l'intellection  est  la  même 
chose  que  l 'être.  Donc,  son  Verbe  a  également  toujours  existé  ; 
aussi,  disons-nous  de  lui,  dans  le  Symbole,  qu'il  est  né  du  Père 
avant  tous  les  siècles.  »  Op.  2,  c.  43. 


NÉCESSITÉ    DU    SACERDOCE    EN    JÉSUS  55 

son  Sacerdoce,  qui  est  la  glorification  de  Dieu. 

D'autre  part,  Dieu  le  Père  se  reproduit  sans 
cesse  dans  son  Verbe  ;  dans  la  mission  qu'il  Lui 
a  confiée,  il  influe  divinement  sur  Lui  et  Lui 
renouvelle  ainsi  à  chaque  instant  la  qualité  de 
Pontife  dont  il  L'a  une  fois  honoré.  De  telle 
sorte  qu'en  vérité  toutes  les  phases  de  l'exis- 
tence terrestre  de  Jésus  dépendent  directement 
de  l'action  que  son  divin  Père  exerce  sur  Lui, 
en  Le  maintenant  son  Prêtre. 

Jésus  connaît  dans  la  même  lumière  et  dans 
la  même  essentielle  vérité  tout  ce  qu'il  est  pour 
son  Père.  Son  existence  ici-bas  n'étant  qu'une 
phase  passagère,  dans  des  conditions  spéciales, 
de  l'exercice  d'un  Sacerdoce  dont  la  qualité 
essentielle  est  de  glorifier  son  Père  :  Il  aime 
et  veut  son  Sacerdoce  comme  II  aime  et  veut 
la  gloire  de  son  Père,  Il  dépend  de  son  Sacer- 
doce comme  II  dépend  du  Principe  qui  L'a  en- 
gendré, Il  vit  pour  accomplir  la  mission  de  son 
Sacerdoce  comme  II  vit  éternellement  et  inefFa- 
blement  de  la  gloire  de  son  Père  et  de  l'amour 
qu'il  lui  porte. 

Sa  vie  devient  ainsi  une  offrande  perpétuelle  à 
la  gloire  de  son  Père  '.  Il  se  tient  comme  Prêtre 
en  sa  présence,  et  II  lui  offre  sans  cesse  la  divine 

*  «  Père,  je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre.  »  Jean,  xvii,  4. 


56  bu    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Victime  qu'il  en  a  reçue  en  dépôt.  Demeurant 
immédiatement  sous  la  dépendance  de  celui  qui 
L'a  fait  son  Prêtre,  Il  rapporte  tout  à  son  Père, 
pour  la  gloire  duquel  II  existe  '.  II  parle  en  son 
nom,  pour  le  faire  connaître-;  Il  le  révèle,  pour 
le  faire  aimer  ^  ;  Il  agit,  pour  en  montrer  la  puis- 
sance '  ;  Il  fait  de  fréquentes  allusions  à  son 
origine  divine,  pour  indiquer  qu'il  dépend  d'un 
autre  '■  ;  Il  dit  souvent  qu  II  a  été  envoyé,  pour 

'  «  Celui  qui  m'a  envoyé  est  avec  moi.  11  ne  m'a  pas  laissé 
seul,  parce  que  je  fais  toujours  ce  qui  lui  plaît.  »  Jean,  vni,  29. 

2  «  Celui  qui  m'a  envoyé  est  vrai,  et  ce  que  j'ai  entendu  de 
lui,  je  le  dis  au  monde.  »  (Jean,  vmi,  26).  —  «  Je  vous  ai  dit  la 
vérité  que /'a/'  entendue  de  -Dieu.  »  (Jean,  viii,  40).  —  «  La  parole 
que  vous  avez  entendue  n'est  pas  de  moi,  mais  de  celui  gui 
m'a  envoyé,  du  Père.  »  (Jean,  xiv,  24).  —  «  Ainsi,  ce  que  je  dis, 
je  le  dis  comme  le  Père  me  l'a  dit.  »  (Jean,  xii,  5o).  —  «  Je  n'ai 
point  parlé  de  moi-même,  mais  le  Père  qui  m'a  envoyé,  lui- 
même  m'a  prescrit  ce  que  je  dois  dire  et  ce  dont  je  dois  par- 
ler. »  (Jean,  xn,  49).  —  «  Tout  ce  que  j'ai  appris  de  mon  Père, 
je  vous  l'ai  fait  connaître.  »  (Jean,  xv,  i5). 

3  «  Je  leur  ai  fait  connaître  votre  nom  et  je  le  leur  ferai  con- 
naître encore,  afin  que  \ amour  dont  vous  m'avez,  aimé  soit  en 
eux.  »  Jean,  xvm,  26. 

'^  «  En  vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis,  le  Fils  ne  peut  rien 
faire  de  lui-même,  si  ce  n'est  ce  qu'il  x>oit  faire  par  le  Père.  » 
(Jean,  v,  19).  —  «  Le  Père,  qui  demeure  en  moi,  fait  lui-même 
les  œuvres.  »  (Jean,  xiv,  10).  —  «  J'ai  fait  devant  vous  beaucoup 
d'œuvres  excellentes  par  la  vertu  de  mon  Père.  »  (Jean,  x,  32). 
—  «  Si  je  ne  fais  pas  les  œuvres  de  mon  Père,  ne  me  croj-ez 
pas,  mais  si  je  les  fais,  quand  même  vous  ne  voudriez  pas  me 
croire,  croyez  aux  œuvres,  afin  que  vous  connaissiez  et  croyiez 
que  le  Père  est  en  moi  et  moi  dans  le  Père.  »  (Jean,  x,  37,  38). 

5  «  Je  suis  descendu  du  ciel.  »  (Jean,   vi,  38).   —  «  C'est  de 


NECESSITE  DU  SACERDOCE  EN  JESUS  D'] 

faire  comprendre  qu'il  en  est  un  plus  grand  que 
Lui  '  ;  Il  proclame  Dieu  son  Père,  pour  désigner 
qu'il  est  son  Principe  ^  ;  Il  déclare  qu'il  n'a  et  ne 
peut  rien  de  Lui-même,  pour  affirmer  qu'il  tient 
tout  de  lui  '  ;   II  parle  en  maintes  circonstances 

Dieu  que  je  suis  sorti  et  que  je  suis  venu.  »  (Jean,  viii,  42).  — 
«  Je  suis  sorti  du  Père,  et  je  suis  venu  dans  le  monde.  »  (Jea.n, 
XVI,  28).  —  «  Je  suis  le  pain  vivant,  moi  qui  suis  descendu  du 
ciel.  »  (Jean,  vi,  5i).  —  «  Personne  n'est  monté  au  ciel  si  ce 
n'est  celui  qui  est  descendu  du  ciel,  le  Fils  de  l'homme  qui  est 
dans  le  ciel.  »  (Jean,  m,  i3). 

Jésus  fait  allusion  à  sa  divine  origine  onze  autres  fois  ;  neuf 
fois  II  proclame  que  son  Père  est  dans  les  cieux  ;  dix  fois  II  fait 
entendre  qu'il  est  le  Fils  de  Dieu. 

*  «  Je  suis  venu  au  nom  de  mon  Père.  »  (Jean,  v,  43).  — 
«  C'est  de  Dieu  que  je  suis  sorti...  Je  ne  suis  point  venu  de  moi- 
même,  mais  c'est  lui  qui  ma  envoyé.  »  (Jean,  vih,  42).  —  «  Je 
suis  descendu  du  ciel,  non  pour  faire  ma  volonté,  mais  la  vo- 
lonté de  celui  qui  m'a  envoyé.  »  (Jean,  vi,  38).  —  «  La  vie  éter- 
nelle consiste  à  vous  connaître,  vous,  seul  vrai  Dieu,  et  celui 
que  vous  avez  envoyé,  Jésus-Christ.  »  (Jean,  xvu,  3). 

En  trente-six  autres  endroits  de  l'Evangile,  Jésus  parle  de 
celui  qui  l'a  envoyé. 

2  Voici  quelques  citations,  entre  une  quantité  d'autres.  — 
«  Mon  Père,  Seigneur  du  ciel  et  de  la  terre,  je  vous  rends 
grâce.  »  (Mat.,  xi,  25).  —  «  Toutes  choses  m'ont  été  données  par 
mon  Père.  »  (Mat.,  xi,  27).  —  «  Comme  le  Père  a  la  vie  en  lui- 
même,  ainsi  /'/  a  donné  pareillement  au  Fils  d'avoir  la  vie  en 
lui-même.  »  (Jean,  v,  26).  —  «  Mon  Père  qui  est  vivant  m'a 
envoyé,  et  moi  je  vis  par  mon  Père.  »  (Jean,  vi,  58). 

•'  «  Toutes  choses  m'ont  été  données  par  mon  Père.  »  (Mat., 
XI,  27).  —  «  Toute  puissance  m'a  été  donnée  au  ciel  et  sur  la 
terre.  »  (Mat.,  xxviii,  18).  —  «  Je  ne  puis  rien  faire  de  moi- 
même.  »  (Jean,  v.  3o).  —  «  Le  Père  aime  le  Fils,  et  lui  montre 
tout  ce  qu'il  fait.  »  (Jean,  v,  20).  —  «  Le  Père,  qui  demeure  en 
iao\,  fait  lui-même  les  œuvres.  »  (Jean,  xiv,  10). 


58  DU    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

de  sa  mission,  pour  faire  entendre  qu'il  est  venu 
pour  faire  la  volonté  de  celui  qui  L'a  envoyé  '. 

Il  manifeste  son  amour  pour  nous,  comme 
pour  avoir  occasion  de  parler  de  l'amour  que  Lui 
porte  son  Père-:  Il  poursuit  l'œuvre  qu'il  Lui  a 
confiée,  pour  mériter  de  le  glorifier  -^  ;  Il  aspire 
à  s'immoler,  pour  lui  rendre  tout  ce  que  le 
péché  lui  a  ravi  '  ;  Il  vit,  Il  souffre  et  II  meurt 
pour  rétablir  sur  la  terre,  comme  elle  l'est  au 
ciel,  la  glorification  suprême  du  Père  trois  fois 
saint  qui  ne  L'a  établi  Prêtre  que  pour  en  faire 
en  même  temps  la  Victime  de  sa  gloire  et  de 
son  amour. 

Quel  sujet  de  contemplation  infinie  dans  ce 
Jésus  Prêtre  éternel,  honoré  d'un  Sacerdoce  qui 

'  «  Je  suis  descendu  du  ciel,  non  pour  faire  ma  volonté,  mais 
ia  volonté  de  celui  gui  m'a  envoyé.  »  (Jean,  vi,  38).  —  «  Je  fais 
toujours  ce  qui  lui  plait.  »  (Jean,  viii,  29).  —  «  Ma  nourriture 
est  de  faire  la  volonté  de  celui  qui  m'a  envoyé.  »  (Jean,  iv,  34). 

2  «  Comme  mon  Père  m'a  aimé,  moi  aussi  je  vous  ai  aimés.  » 
(Jean,  xv,  9).  -  «  Je  suis  en  eux  et  vous  en  moi...  afin  que  le 
monde  connaisse  que  vous  les  avez  aimés  comme  vous  m'avez 
aimé.  »  (Jean,  xvii,  23). 

■'  «  Je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre,  j'ai  achevé  l'œuvre  que 
vous  m'avez  donnée  à  faire.  »  Jean,  xvii,  4. 

''  «  Je  dois  être  baptisé  d'un  baptême,  et  combien  je  me  sens 
pressé  jusqu'à  ce  qu'il  s'accomplisse.  »  (Luc,  xii,  5o).  —  «  Afin 
que  le  monde  connaisse  que  j'aime  le  Père  et  que  je  fais  selon 
ce  que  le  Père  m'a  commandé,  levez-vous,  sortons  d'ici  » 
(Jean,  xiv,  3i). 


NÉCESSITÉ    DU    SACERDOCE   EN   JÉSUS  Sg 

emprunte  à  la  Majesté  divine  sa  splendeur,  sa 
toute-puissance,  sa  sainteté  et  sa  charité,  pour 
s'exercer  d'abord  ineffablement,  en  tant  que  glo- 
rification du  Père,  au  sein  de  la  Trinité  Sainte  ; 
puis,  comme  médiation,  dans  l'humanité  divi- 
nisée du  Verbe  incarné,  sur  un  théâtre  d'hu- 
miliation, de  douleur  et  de  péché,  où  pour- 
tant existe,  quoique  voilée,  la  gloire  éternelle 
du  Père  dans  les  perfections  et  les  amabilités 
du  Fils  ! 

Comme  elle  Lui  est  due,  à  ce  Fils  des  éter- 
nelles complaisances,  la  même  gloire  dont  II  est 
Lui-même  la  source  pour  son  Père  !  Que  sa  gé- 
nération divine  est  adorable  et  que  son  Sacer- 
doce éternel  est  glorieux  ! 

Comme  II  est  beau  et  comme  II  est  sublime 
dans  sa  prière  sacerdotale,  ce  Prêtre  divin  et 
humain  à  la  lois,  qui  à  l'heure  du  grand  Sacri- 
fice, après  avoir  accompli  sa  mission  ici-bas, 
demande  à  son  Père  sa  part  de  glorification  S 
celle-là  même  qu'il  avait  en  lui  de  toute  éternité 
en  la  puisant  dans  son  sein  -  et  dont  son  Sacer- 
doce n'est  qu'une  ineffable  participation  ! 

'  «  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre  Fils,  pour  que 
votre  Fils  vous  glorifie.  »  Jean,  xvii,  i. 

-  «  Maintenant  glorifiez-moi,  vous  Père,  en  vous-même,  de  la 
gloire  que  j'ai  eue  en  vous  avant  que  le  monde  fût.  »  Jean, 
XVII,  5. 


èo 


DU    SACERDOCE    DE   JESUS 


O  Père,  glorifiez  votre  Fils,  glorifiez  votre 
Prêtre  !  Il  est  digne  de  tout  honneur  et  de  toute 
gloire  le  Fils-Prêtre  qui  a  trouvé  en  Lui-même 
la  divine  Victime  qui,  avec  Lui,  vous  glorifiera 
dans  les  siècles  des  siècles  ! 


III.  — Jésus,  le  Prêtre  de  l'humanitc 

Jésus,  l'Envoyé  de  Dieu  le  Père,  dont  II  est 
la  gloire  substantielle,  a  été  constitué,  par  l'In- 
carnation, le  Prêtre  de  l'humanité,  pour  y  exer- 
cer un  Sacerdoce  dexpiation,  de  salut  et  de 
rédemption. 

Entre  le  Créateur  et  la  créature  il  fallait 
un  intermédiaire  qui  fût  digne  de  Dieu  et  des 
hommes.  Par  le  fait  du  péché,  un  médiateur 
s'imposait  qui  ne  fût  pas  une  simple  créature, 
laquelle  n'eût  point  été  agréée  de  Dieu  et,  à 
cause  de  cela,  eût  été  incapable  de  remplir  di- 
gnement la  fonction  du  Sacerdoce  '. 

*  «  Il  était  nécessaire,  dit  Saint  Thomas,  que  la  satisfaction 
de  l'offense  commise  par  la  nature  humaine  fût  une  satisfaction 
complète,  adéquate  à  l'offense.  Or,  pour  être  complète  et  adé- 
quate, elle  devait  revêtir  une  valeur  infinie,  et  cela  parce  que 
le  péché,  pour  lequel  cette  satisfaction  était  donnée  à  Dieu, 
présentait  lui-même,  en  quelque  manière,  le  caractère  d'infini, 
sous  les  trois  aspects  suivants  :  parce  que  Xinsulte  de  la  déso- 
béissance s'adressait  à  une  majesté  i  ifinie  et  que  l'offense  croît 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  6l 

L'homme  pécheur  n'a  point  par  lui-même  la 
puissance  de  toucher  le  cœur  de  Dieu  ;  il  ne 
peut  en  obtenir  des  grâces  ni  donner  de  l'effica- 
cité à  ses  offrandes  et  à  ses  sacrifices.  Il  n'y  a 
que  Dieu  qui  soit  agréable  à  Dieu. 

La  Justice  divine,  en  face  du  péché,  serait 
éternellement  restée  inexorable  :  seule  une  Vic- 
time divine  offerte  par  un  Prêtre  divin  pouvait 
l'apaiser.  Seule  la  sainteté  d'un  Dieu  pouvait 
intervenir  auprès  de  la  Divinité  en  faveur  des 
coupables.  Seule  la  puissance  divine  pouvait 
opérer  cette  merveille,  d'être  chargé  de  péchés 
et  de  plaire  quand  même  à  Dieu  '. 


en  raison  directe  du  rang  de  l'offensé  ;  parce  que  le  bien  dont 
le  péché  privait  l'homme  coupable  est  un  bien  infini,  puisque 
c'est  Dieu  lui-même,  béatitude  dernière  et  fin  suprême  de 
l'homme  ;  parce  qu'enfin  la  chute  même  de  la  nature  tombée, 
pouvant  s'aggraver  sans  cesse  et  les  effets  s'en  multiplier  sans 
limite,  cette  chute  participait  ainsi,  en  quelque  manière,  à  une 
malice  infinie.  Or,  l'acte  d'une  pure  créature  ne  peut  avoir 
à'efficacité  infime  ;  ainsi,  jamais  aucune  créature,  qui  n'est 
que  créature,  n'aurait  pu  donner  la  satisfaction  exigée.  » 
Sentent.,  L.  3,  dist.  20,  q.  1,  a.  1. 

^  «  Il  n'y  a  que  le  Christ  qui  soit  un  médiateur  parfait  entre 
Dieu  et  les  hommes,  en  tant  que  par  sa  mort  //  a  réconcilié  le 
genre  humain  avec  Dieu.  »  (S.  Thom.,  \\\  p.,  q.  26,  a.  1).  — 
«  Par  le  péché  du  premier  père,  dit-il  ailleurs,  la  ruine  s'était 
étendue  à  tout  le  genre  humain,  et  l'expiation  d'un  homme 
quelconque  n'était  pas  suffisante  pour  délivrer  le  genre  humain 
tout  entier...  Dieu  seul  a  une  sainteté  infinie  et  pouvait  offr 
pour  l'homme  une  satisfaction  suffisante  en  se  revêtant  de 
ia  chair.   \\   a  donc  dû  prendre  la  nature  humaine  dans  des 


62  DU    SACERDOCE    DE  JÉSUS 

En  outre,  il  était  nécessaire  que  ce  médiateur 
de  l'humanité  sortît  de  son  sein,  pour  pouvoir 
parler  en  son  nom  '.  Mais  qui  donc,  parmi  les 
hommes,  aurait  pu  assumer  la  responsabilité 
eftroyable  de  se  faire  l'avocat  de  tous  ?  Oui  au- 
rait été  assez  pur  et  assez  saint  pour  être  sûr 
d'être  entendu  et  écouté  ?  Qui  aurait  osé,  en 
face  d'une  Justice  qui  ne  pouvait  désarmer,  se 
porter  garant  de  l'expiation  de  tous  les  péchés 
du  monde? 

Ou  l'humanité  devait  demeurer  à  jamais  sous 
le  coup  des  vengeances  divines,  ou  il  fallait  qu'il 
surgît  un  Prêtre  assez  grand  en  miséricorde  et 
assez  puissant  par  nature,  pour  s'interposer  effi- 
cacement entre  ces  deux  extrêmes  et  porter  le 
poids  des  offenses  de  l'humanité  sans  rien  per- 
dre de  sa  dignité  divine. 

Quelle  grandeur  et  quel  abaissement  à  la  fois 
dans  ce  Jésus-Prêtre  que  nous  envoie  le  Père  et 
qui  devient  notre  propriété  !  Il  appartient  désor- 

conditions  telles  quV/  pût  offrir  pour  l 'homme  ce  que  l 'homme 
avait  mérité  pour  son  péché,  pour  que  ses  souffrances  pussent 
satisfaire  pour  l'homme.  »  Op.  2,  c.  226. 

1  «  Tout  pontife,  dit  Saint  Paul,  étant  pris  A'entre  les  hom- 
mes, est  établi  pour  eux  en  ce  qui  regarde  le  culte  de  Dieu,  afin 
qu'il  offre  des  dons  et  des  sacrifices  pour  les  péchés.  »  (Hébr., 
V,  1).  —  «  Il  a  dû  en  toutes  choses  être  rendu  semblable  à  ses 
frères,  afin  de  devenir  un  pontife  miséricordieux  et  fidèle  dans 
le  service  de  Dieu,  pour  expier  les  péchés  du  peuple.  »  (Hébr,, 
II.  17). 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  63 

mais  autant  à  la  terre  qu'au  ciel.  Les  hommes, 
autant  que  Dieu,  ont  libre  accès  auprès  de  Lui. 
Egalement  distant  de  Dieu  et  des  hommes,  de 
ceux-ci  par  sa  Divinité  et  de  Dieu  par  son  Hu- 
manité, Il  les  réunit  en  Lui  par  ses  deux  natures 
en  une  seule  Personne;  et  II  devient  ainsi  le 
lien  nécessaire  et  le  point  central  où  se  rencon- 
trent le  ciel  et  la  terre. 


Tout  son  office  consiste  à  donner  Dieu  aux 
hommes  et  les  hommes  à  Dieu.  Il  puise  dans  le 
sein  de  la  Divinité  la  science  éternelle  qu'il  en 
a,  et  II  la  communique  à  l'humanité  K  De  son 
Père,  Il  nous  révèle  les  sublimes  perfections 
et  les  secrets  éternels-;  de  la  Trinité  Sainte, 
Il  nous  découvre  les  mystères  cachés  des  inef- 
fabilités  et  de  la  mutuelle  incession  des  trois 
Personnes    divines  '.    Prêtre    enseignant,    telle 

^  «  Je  n'ai  point  parlé  de  moi-même,  mais  le  Père  qui  m'a 
envoyé,  lui-même  m'a  prescrit  ce  que  je  dois  dire,  et  ce  dont 
je  dois  parler.  »  Jean,  xii,  49. 

2  «  Tout  ce  que  j'ai  appris  de  mon  Père,  je  vous  l'ai  fait 
connaître.  »  Jean,  xv,  t5. 

3  «  Qui  me  voit,  voit  aussi  le  Père.  »  (Jean,  xiv,  9).  —  «  Ne 
croyez-vous  pas  que  je  suis  dans  le  Père  et  que  le  Père  est  en 
moi  ?  »  (Jean,  xiv,  w).  —  u  Je  vis  par  le  Père.  »  (Jean,  vi,  58).  — 
«  Moi  et  mon  Père  nous  sommes  une  seule  chose.  »  (Jean,  x,  3o). 
—  «  Lorsque  le  Paraclet  sera  venu,  cet  Esprit  de  vérité  qui  pro- 
cède du  Père  et  que  je  vous  enverrai  de  la  part  du  Père,  il 


64  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

est    la    première    fonction   de    son    Sacerdoce  ^ 
Pour  nous  faire  jouir  un  jour  de  la  contempla- 
tion de  ces  éternelles  vérités,  Jésus  invite  à  la 
pratique  des  vertus  qui  conduisent  au  ciel  -  ;  Il 

rendra  témoignage  de  moi.  »  (Jean,  xv,  26).  —  «  L'Esprit-Saint, 
que  le  Père  enverra  en  mon  nom,  vous  enseignera  toutes 
choses,  et  vous  suggérera  tout  ce  que  je  vous  aurai  dit.  »  (Jean, 
XIV,  26).  —  «  Il  me  glorifiera,  parce  qu'/7  recevra  de  ce  qui  est 
à  moi,  et  il  vous  l'annoncera.  Tout  ce  qu'a  le  Père  est  à  moi  ; 
c'est  pourquoi  j'ai  dit  qu'il  recevra  de  ce  qui  est  à  moi  et  vous 
l'annoncera.  »  (Jean,  xvi,  14,  i5). 

1  «  Il  est  écrit  dans  les  prophètes  :  ils  seront  tous  enseignés 
de  Dieu.  »  (Jean,  vi,  46).  —  «  Dieu  nous  a  [jarlé  par  le  Fils, 
splendeur  de  sa  gloire  et  empreinte  de  sa  substance.  »  (Hébr., 
I,  2,  3).  —  «  Vous  n'avez  qu'ww  seul  Maître,  le  Christ.  »  (Mat., 
xxni,  10).  —  «  Ma  doctrine  n'est  pas  de  moi,  mais  de  celui  qui 
m'a  envoyé.  »  (Jean,  vn,  16).  —  «Je  suis  né  et  je  suis  venu 
dans  le  monde  pour  rendre  témoignage  à  la  vérité.  »  (Jean, 
xvMi,  37).  —  «  Tous  les  jours  j'étais  assis  parmi  vous,  enseignant 
dans  le  temple.  »  (Mat.,  xxvi,  55).  —  «  Allons  dans  les  villages 
voisins  et  dans  les  villes  pour  que  j'y  prêche  aussi,  car  c'est 
pour  cela  que  je  suis  venu.  Et  il  prêchait  dans  leurs  syna- 
gogues et  dans  toute  la  Galilée.  »  (iMarc,  i,  38,  39).  —  «  Les 
foules  émerveillées  s'écriaient  :  «  Jamais  homme  n'a  parlé 
comme  cet  homme.  »  (Jean,  vn,  46).  —  «  La  foule  admirait  sa 
doctrine  ;  car  //  les  enseignait  comme  ayant  autorité.  »  (Mat., 
vn,  28,  29).  Ce  qui  fait  dire  à  Saint  Jean,  dans  sa  deuxième 
épître  (v.  9)  :  «  Quiconque  ne  demeure  point  dans  la  doctrine 
du  Christ,  n'a  pas  Dieu  ;  celui  qui  demeure  dans  cette  doc- 
trine, celui-là  a  le  Père  et  le  Fils.  » 

-  «  Le  royaume  des  cieux  souffre  violence  et  les  violents  le 
ravissent.  »  (Mat.,  xi,  12).  —  v.  Je  vous  ai  donné  l'exemp 
afin  que  vous  fassiez  comme  j'ai  fait.  »  (Jean,  .xni,  i5).  — 
«  Si  quelqu'un  veut  venir  après  moi,  qu'il  se  renonce  lui- 
même,  qu'il  prenne  sa  croi.x  chaque  our  et  me  suive.  » 
(Luc,  IX,  23). 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  65 

en  gratifie  les  âmes  et,  source  de  la  grâce  S  II 
les  rend  ainsi  participantes  de  sa  nature  divine'^  ; 
Il  tire  de  sa  plénitude  les  secours  efficaces  qui 
font  monter  jusqu'à  Dieu  ^  et  vivre  d'une  vie 
éternelle  ^.  C'est  le  Prêtre  purificateur  •  ! 

'  «  Là  où  la  faute  a  abondé,  la  grâce  a  surabondé,  afin  que, 
comme  le  péché  a  régné  pour  la  mort,  de  même  la  grâce  régnât 
aussi  par  la  justice  pour  la  vie  éternelle,  par  Jésus-Christ 
notre  Seigneur.  »  (Rom.,  v,  20,  21).  —  «  Dieu  qui  est  riche  en 
miséricorde,  à  cause  de  l'amour  extrême  dont  il  nous  a  aimés, 
lorsque  nous  étions  morts  par  nos  péchés,  nous  a  rendu  la  vie 
dans  le  Christ  (par  la  grâce  duquel  vous  avez  été  sauvés)  ; 
et  avec  lui  il  nous  a  ressuscites  et  nous  a  fait  asseoir  dans  les 
cieux,  en  Jésus-Christ,  afin  de  montrer  dans  les  siècles  à  venir 
les  richesses  surabondantes  de  sa  grâce,  par  sa  bonté  envers 
nous,  en  Jésus-Christ.  Car  c'est  par  la  grâce  que  vous  avez 
été  sauvés,  au  moyen  de  la  foi.  »  (Ephés.,  11,  4-8). 

C'est  bien  en  tant  que  Prêtre  que  Jésus  est  l'auteur  et  la 
source  de  la  grâce,  selon  que  l'enseigne  encore  le  grand  Apôtre  : 
«  Ayant  un  grand  pontife  qui  a  pénétré  dans  les  cieux,  Jésus, 
Fils  de  Dieu,  demeurons  fermes  dans  la  profession  de  notre 
foi,  car  nous  n'avons  pas  un  pontife  qui  ne  puisse  compatir  à 
nos  faiblesses  ;  approchons-nous  donc  avec  assurance  du  trône 
de  la  grâce.  »  (Hébr.,  iv,  14-16). 

^  Selon  ce  que  dit  Saint  Pierre  :  «  11  nous  a  donné  les  plus 
grandes  et  les  plus  précieuses  promesses,  afin  que  par  elles  vous 
deveniez  participants  de  la  nature  divine.  »  II,  1,  4. 

■^  «  La  grâce  a  été  faite  par  Jésus-Christ.  Nous  avons  tous 
reçu  de  sa  plénitude  et  grâce  sur  grâce.  »  Jean,  i,  16,  17. 

'*  «  Le  Fils  fait  vivre  ceux  qu'il  veut.  »  (Jean,  v,  21).  —  «  Vous 
lui  avez  donné  puissance  sur  toute  chair,  afin  qu'//  donne  la 
vie  éternelle  à  tous  ceux  que  vous  lui  avez  donnés.  »  (Jean, 
XVII,  2).  —  «  En  vérité,  en  vérité,  je  vous  le  dis  :  celui  qui  croit 
en  moi  a  la  vie  éternelle.  »  (Jean,  vi,  47).  —  Car  «  je  suis  la 
résurrection  et  la  vie.  »  (Jean,  xi,  25). 

'■'  «  Il  nous  a  aimés  et  nous  a  lavés  de  nos  péchés  dans  son 


66  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Charité  par  essence,  Il  se  présente  comme 
l'envoyé  de  l'amour  éternel  '.  Il  parle  un  langage 
d'amour,  pour  gagner  les  cœurs  -  ;  Il  annonce 
qu'il  vient  allumer  le  feu  de  la  charité  sur  la 
terre  "  ;  Il  s'en  fait  Lui-même  une  preuve  vi- 
vante, en  offrant  sa  vie  pour  ceux  qu'il  aime''; 
Il  calque  l'amour  qui  Le  dévore  et  dont  II  veut 
embraser  les  âmes  sur  le  modèle  de  l'amour  in- 
fini dont  L'aime  son  Père  '.  Prêtre  d'éternelle 
charité  ''•  ! 

sang.  »  (Apoc,  t,  5).  —  «  Il  est  entré  une  fois  pour  toutes  dans 
le  sanctuaire,  avec  son  propre  sang,  ayant  obtenu  une  rédemp- 
tion éternelle.  »  (Hébr.,  ix,  12). 

'  «  Dieu  a  tellement  aimé  le  monde  qu'il  a  donné  son  Fils 
unique...  pour  que  le  monde  soit  sauvé  par  lui.»  Jean,  m,  16-17. 

'-  «  Celui  qui  m'aime  sera  aimé  de  mon  Père,  et  moi  je  l'ai- 
merai et  je  me  manifesterai  à  lui.  »  (Jean,  xiv,  21  ).  —  «  Demeu- 
rez dans  mon  amour.  Si  vous  gardez  mes  commandements 
vous  demeurerez  dans  mon  amour,  comme  j'ai  gardé  les  com- 
mandements de  mon  Père  et  je  demeure  dans  son  amour.  » 
(Jean,  xv,  9,  10). 

•*  «  Je  suis  venu  jeter  le  feu  sur  la  terre,  et  que  veux-je 
sinon  qu'il  s'allume?  »    Luc,  xn,  49. 

''  «  Je  donne  ma  vie  pour  mes  brebis.  »  (Jean,  x,  l5).  —  «  Per- 
sonne n'a  un  amour  plus  grand  que  celui  qui  donne  sa  vie 
pour  ses  amis.  »  (Jean,  xv,  i3). 

■"'  «  Comme  le  Père  m'a  aimé,  moi  aussi  je  vous  ai  aimés.  » 
Jean,  xv,  9. 

'"'  «  Soyez  les  imitateurs  de  Dieu,  comme  des  enfants  bien- 
aimés,  et  marchez  dans  l'amour,  comme  le  Christ  qui  nous  a 
ainsi  aimés,  et  qui  s'est  livré  lui-même  pour  nous  à  Dieu, 
comme  une  oblation  et  un  sacrifice  d'agréable  odeur.  »  Ephés., 
v,  1,  2. 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         67 

Venu  pour  sauver  le  monde  ',  Jésus  met  en 
activité  toutes  les  efficacités  divines  de  son  Sa- 
cerdoce. Il  n'a  de  repos  qu'il  n'ait  obtenu  le  par- 
don plénier  de  1  humanité.  Sa  vie  entière  est 
employée  à  plaider  le  pardon  des  coupables  et 
à  leur  obtenir  des  grâces  efficaces  de  conver- 
sion "-.  C'est  par  Lui  que  la  miséricorde  atteint 
les  pécheurs  et  les  réconcilie  avec  Dieu  ^.  Le  cou- 
ronnement de  sa  mission  sacerdotale  est  d'être 
le  Prêtre  Sauveur  du  genre  humain  '. 


Tout  en  donnant  aux  hommes  les  dons  et  les 
grâces  de  Dieu,  Jésus,  le  Souverain  Prêtre, 
porte  à  Dieu  les  prières,  les  offrandes  et  les  sa- 
crifices de  l'humanité. 

L'humanité,  depuis  sa  chute,  est  à  genoux  de- 

^  «  Je  suis  venu  pour  sauver  le  monde.  »  Jean,  xii,  47. 

-  «  C'est  pour  vous  que  Dieu  a  suscité  son  Fils,  et  il  l'a  en- 
voyé pour  vous  bénir,  afin  que  chacun  se  convertisse  de  son 
iniquité.  »  Act.,  mi,  26. 

3  (i  C'est  pourquoi  il  a  dû  en  toutes  choses  être  rendu  sem- 
blable à  ses  frères,  afin  de  devenir  un  pontife  miséricordieux 
et  fidèle  dans  le  service  de  Dieu,  fiour  expier  les  péchés  du 
peuple.  »  Hébr.,  ii,  17. 

^  Selon  que  l'ont  annoncé  les  anges,  dès  sa  naissance  :  «  Il 
vous  est  né  aujourd'hui  un  Sauveur,  qui  est  le  Christ,  le  Sei- 
gneur »  (Luc,  H,  11)  ;  —  et  que  le  déclare  Saint  Pierre,  le  chef  de 
l'Eglise  :  «  11  n'y  a  de  salut  en  aucun  autre  ;  car  aucun  nom  sous 
le  ciel  n'a  été  donné  aux  hommes,  par  lequel  nous  devions  être 
sauvés.  »  (Act.,  iv,  12). 


68  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

vant  son  Créateur  qu'elle  a  offensé,  et  elle  lui 
adresse  d'incessantes  supplications  pour  obtenir 
miséricorde  et  assistance  dans  ses  nombreux  be- 
soins. Jésus  prie  avec  elle,  et  parce  que  la  prière 
universelle  est  contenue  dans  la  sienne,  elle  est 
agréée  du  Seigneur  '.  Il  n'est  pas  une  grâce  sol- 
licitée, que  Jésus  n'appuie  de  sa  propre  prière; 
il  n'est  pas  une  misère  à  secourir,  que  sa  bonté 
ne  présente  à  Dieu  ;  il  n'est  pas  un  pardon  à  obte- 
nir, que  son  amour  aussitôt  ne  fasse  assaut  à  la 
Justice  divine  pour  la  changer  en  miséricorde  '-. 

Les  offrandes  et  les  sacrifices  de  l'humanité, 
de  même  que  ses  prières,  deviennent  la  pro- 
priété du  Sacerdoce  du  Verbe  incarné.  Jésus 
les  confond  dans  l'offrande  perpétuelle  de  Lui- 
même  qu'il  fait  à  son  divin  Père  et  dans  le 
Sacrifice  de  la  divine  Victime  commencé  à  l'In- 
carnation et  qui  recevra  au  Calvaire  sa  con- 
sommation 3. 

1  «  Durant  les  jours  de  sa  chair,  ayant  offert  des  prières  et 
des  supplications...  il  a  été  exaucé,  à  cause  de  son  respect.  « 
Hébr.,  V,  7. 

-  «  C'est  pourquoi  il  peut  sauver  pour  toujours  ceux  qui  s'ap- 
prochent de  Dieu  par  lui,  étant  toujours  vivant  pour  intercéder 
en  notre  faveur.  »  Hébr.,  vu,  25. 

3  «  Il  convenait  que  nous  eussions  un  tel  pontife,  saint,  inno- 
cent, sans  tache,  qui  n'a  pas  besoin,  comme  les  Prêtres,  d'offrir 
tous  les  jours  des  victimes,  d'abord  pour  ses  propres  péchés, 
ensuite  pour  ceux  du  peuple  ;  car  cela  il  l'a  fait  une  fois  pour 
toutes,  en  s'offrant  lui-même.  »  Hébr.,  vu,  26,  27. 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  69 

Comme  Dieu,  Il  aurait  pu  empêcher  l'effet  de 
la  cruauté  de  ses  bourreaux  et  résister  aux  coups 
de  la  mort  ;  mais  11  porte  dans  ses  plaies  tous 
les  sacrifices  de  l'humanité  qui  ne  peuvent  être 
agréés  que  par  celui  qui  Lui  coûtera  la  vie. 
Alors,  dévoré  du  zèle  de  la  gloire  de  son  Père, 
Il  laisse  sa  puissance  sacerdotale  opérer  le  Sa- 
crifice suprême  qui  restitue  à  son  Père  la  gloire 
que  le  péché  de  1  humanité  lui  avait  ravie. 

Grâce  à  Jésus,  le  Prêtre  et  !a  Victime  de  l'hu- 
manité, il  n'y  a  plus  de  malédiction  sans  assu- 
rance de  pardon  :  Jésus  rappelle  à  Dieu  ses  pro- 
messes et  s'offre  pour  les  accomplir.  Il  n'y  a  plus 
de  prière  sans  espérance  :  le  Grand  Prêtre  est  là 
qui  prie,  qui  pénètre  dans  le  Saint  des  saints  et 
monte  jusqu'au  trône  de  Dieu  pour  en  rapporter 
dés  grâces  dé  purification  et  de  salut.  M  n'y  à 
plus  de  justice  sans  miséricorde  :  Jésus  unit 
les  deux  dans  l'exercice  d'un  sublime  Sacerdoce 
qui  attire  sur  Lui  le  châtiment  et  épargne  les 
coupables. 

C'est  ainsi  que  le  Sacerdoce  de  Jésus  devient 
le  centre  de  la  religion  de  l'humanité  '  et  l'ac- 
complissement du  plan  divin  par  la  restauration 
de  toutes  choses  dans  la  justice,  la  miséricorde, 
l'amour  et  la  sainteté. 

*  «  Tout  le  rite  de  la  religion  chrétienne,   dit  Saint  Thomas, 
découle  du  Sacerdoce  du  Christ.  »  III  p.,  q.  63,  a.  3. 


70  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Quelles  actions  de  grâces  ne  doivent  pas  mon- 
ter des  profondeurs  de  l'humanité  pour  avoir  été 
tant  aimée  et  pour  être  devenue  l'objet  de  la 
compassion  mystérieuse  d'un  Dieu  établi  Prêtre 
pour  la  sauver  et  l'offrir  restaurée  au  Père  des 
miséricordes,  comme  le  trophée  du  plus  grand 
amour  issu  de  la  puissance  divine  ! 

A  chacun  de  nous  de  bénir,  d'honorer,  d'aimer 
et  d'adorer  Jésus  dans  sa  qualité  de  Prêtre  Sau- 
veur et  Rédempteur  1 


IV.  —  Jésus,   l'unique   Prêtre 
de  l'unique  Victime 

Jésus  est  Prêtre,  c'est  un  article  de  foi  et  une 
bien  douce  vérité.  Jésus  est  Prêtre  de  Dieu  son 
Père  et  c  est  leur  gloire  à  tous  deux.  Jésus  est 
notre  Prêtre,  et  c'est  dans  l'exil  notre  espérance 
de  salut  comme  ce  sera  au  ciel  notre  béatitude 
et  notre  louange  éternelles. 

Ces  divers  aspects  du  Sacerdoce  en  Jésus  sont 
d'autant  plus  élevés  et  plus  propres  à  mériter 
notre  amour  et  nos  adorations,  qu'ils  convien- 
nent exclusivement  à  notre  divin  Sauveur.  Ni 
avant  Lui  ni  après  Lui  il  ne  s'est  présenté  ni 
ne  se  présentera  jamais  un  Prêtre  qui  soit  son 
égal,  qui  ait  une  origine  divine,  qui  reçoive  une 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         71 

mission  de  puissance  infinie,  et  qui  opère  des 
œuvres  d'éternité. 

Jésus  est  le  Fils  unique  du  Père.  Son  Sacer- 
doce suppose  sa  Filiation  divine  ;  Lui  et  Lui 
seul  est  et  demeurera  éternellement  la  gloire  de 
Dieu,  et,  par  là,  exercera  un  Sacerdoce  d'essence 
et  de  substance  divines. 

Néanmoins,  par  l'Union  hypostatique  des  deux 
natures  en  une  Personne  divine,  Jésus  est  de- 
venu Prêtre  Dieu  et  Homme  à  la  fois.  Une  telle 
merveille  ne  peut  s'opérer  qu'une  fois  ;  un  tel 
Prêtre  doit  nécessairement  posséder  la  plénitude 
du  Sacerdoce,  à  l'exclusion  de  tout  autre. 

En  raison  de  son  origine  et  de  sa  mission, 
lorsque  Jésus-Prêtre  offre  son  Sacrifice,  11  satis- 
fait pleinement  à  la  justice  divine  et  II  sauve  le 
monde.  Plus  n'est  besoin,  dès  lors,  d'un  autre 
Prêtre  pour  offrir  un  nouveau  sacrifice,  lequel 
serait  inutile  et  sans  eff^et  ', 


'  Ecoutons  Saint  Paul,  nous  disant  que  «  nous  avons  été 
sanctifiés  par  \ohlation  du  corps  de  Jésus-Christ,  une  fois 
pour  toutes.  Et  tandis  que  tout  prêtre  se  tient  debout  chaque 
jour,  faisant  le  service  et  offrant  plusieurs  fois  les  mêmes  vic- 
times, qui  ne  peuvent  jamais  enlever  les  péchés,  celui-ci,  après 
avoir  offert  une  seule  victime  pour  les  péchés,  s'est  assis  pour 
toujours  à  la  droite  de  Dieu...  ;  car,  par  une  seule  oblation,  il  a 
amené  à  la  perfection  pour  toujours  ceux  qui  sont  sanctifiés.  » 
Hébk.,  X,  10-14. 

Développant  sa  pensée,  l'Apôtre  ajoute  plus  loin  :  «  Ce  n'est 
pas  dans  un  sanctuaire  fait  de  main  d'homme,  image  du  véri- 


72  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

D'ailleurs,  Jésus  ne  disparaît  pas  par  sa  mort. 
Il  reste  Prêtre,  son  Sacerdoce  est  immuable  et 
éternel.  Il  ne  cède  point  à  des  successeurs  un 
Sacerdoce  dont  II  se  dépouille  ;  Il  ne  fait  que 
les  rendre  participants  de  son  propre  Sacerdoce, 
mais  II  demeure.  Lui  seul,  le  Prêtre  éternelle- 
ment vivant,  principe  essentiel  et  source  unique 
de  tout  Sacerdoce  '. 


table,  que  Jésus  est  entré,  mais  dans  le  ciel  même,  afin  de  se 
présenter  maintenant  pour  nous  devant  la  face  de  Dieu.  Et  ce 
n'est  pas  pour  s'offrir  soi-même  plusieurs  fois  qu'il  y  est  en- 
tré, comme  le  grand  prêtre  entre  chaque  année  dans  le  sanc- 
tuaire avec  du  sang  étranger  ;  autrement  il  aurait  fallu  qu'il 
souffrît  plusieurs  fois  depuis  la  création  du  monde,  tandis  qu'il 
n'a  paru  qu'wwe  seule  fois  à  la  fin  des  siècles,  pour  abolir  le 
péché  par  son  sacrifice.  »  Hébr.,  x,  24-26. 

*  De  même  qu'  «  il  n'y  a  (\\xun  seul  médiateur  àe.  Dieu  et  des 
hommes,  Jésus-Christ  homme  »,  comme  s'exprime  Saint  Paul 
(I  TiM.,  II,  5)  ;  de  même  il  n'y  a  qu'un  Prêtre  qui,  à  lui  seul,  est 
tout  le  Sacerdoce,  d'après  Saint  Thomas.  En  parlant  du  carac- 
tère sacerdotal  qui  s'imprime  dans  l'âme  du  Prêtre,  et  que  celui- 
ci  ne  peut  perdre  même  par  la  mort,  il  proclame  que  Jésus  est 
resté  Prêtre  pendant  les  trois  jours  qu'a  duré  sa  mort,  parce 
c^ m.  il  est  la  source  de  tout  le  sacerdoce  r>  (III  p.,  q.  5o,  a.  4, 
ad  3).  Lorsqu'il  traite  du  caractère  sacramentel  dans  les  fidèles, 
comme  étant  une  participation  du  sacerdoce  de  Jésus,  il  dit  que 
«  le  Christ  ayant  la  pleine  puissance  du  sacerdoce  spirituel,  il 
ne  lui  convient  pas  d'avoir  un  caractère  ;  mais  la  puissance  de 
son  Sacerdoce  est  au  caractère  ce  qu'une  chose  pleine  et  par- 
faite est  à  ce  qui  en  est  la  participation  »  (III  p.,  q.  63,  a.  5). 
Il  fait  allusion,  dans  l'article  suivant,  au  sacrement  de  l'Eucha- 
ristie «  qui  contient  en  lui  le  Christ,  dans  lequel,  dit-il,  réside, 
non  le  caractère,  mais  la  plénitude  entière  du  Sacerdoce  ». 

D'où   il  est  facile    d'en  déduire,  avec  le    saint   Docteur,  que 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  7J 

Pour  mieux  faire  ressortir  cette  vérité  théo- 
logique et  illuminatrice,  considérons  que  seul 
Jésus  possède  les  conditions  essentielles  d'un 
Sacerdoce  divin,  par  le  fait  qu'il  est  l'unique 
Envoyé  du  Père. 

C'est  Lui  et  Lui  seul  que  le  Père  nous  a  donné, 
c'est  Lui  et  Lui  seul,  des  trois  Personnes  di- 
vines, qui  pouvait  nous  être  envoyé.  Quoiqu'il 
ne  répugne  pas  métaphysiquement  que  le  Père 
et  le  Saint-Esprit  s'incarnent,  il  ne  convenait 
pas  qu'ils  prissent  la  nature  humaine  ;  le  Père, 
parce  qu'il  est  sans  principe  pour  l'envoyer  et 
qu'il  n'aurait  pu  exercer  ici-bas  un  Sacerdoce  à 

Jésus  demeure  le  centre  unique  et  la  raison  detre  de  tout  sa- 
cerdoce, u  Le  Christ  est  la  source  de  tout  le  sacerdoce  ;  car  le 
prêtre  de  l'ancienne  loi  était  sa  figure  et  le  prêtre  de  la  nouvelle 
opère  en  son  nom.  »  (III  p.,q.  22,  a.  4).  Ce  qu'il  exprime  ailleurs, 
en  considérant  la  notion  essentielle  du  Sacerdoce,  qui  est  d'être 
médiateur  entre  Dieu  et  les  hommes  :  «  11  n'y  a  que  le  Christ 
qui  soit  un  médiateur  parfait  entre  Dieu  et  les  hommes  (per- 
fective),  mais  rien  n'empêche  que  d'autres  ne  soient  appelés 
médiateurs  sous  un  rapport,  selon  qu'ils  coopèrent  à  l'union 
des  hommes  avec  Dieu  par  manière  de  disposition  ou  comme 
ses  ministres  (dispositive  vel  ministerialiter).  Les  prophètes  et 
les  prêtres  de  l'Ancien  Testament  ont  été  appelés  médiateurs 
entre  Dieu  et  les  hommes  par  manière  de  disposition  et  comme 
ministres  de  Dieu,  selon  qu'ils  annonçaient  et  qu'ils  figuraient 
à  l'avance  le  véritable  et  parfait  médiateur  de  Dieu  et  des  hom- 
mes. Quant  aux  prêtres  du  Nouveau  Testament,  on  peut  les 
appeler  médiateurs  entre  Dieu  et  les  hommes,  selon  qu'ils  sont 
les  ministres  du  vrai  médiateur,  et  qu'ils  confèrent  à  sa  place 
les  sacrements  qui  sont  un  moyen  de  salut  pour  les  hommes.  » 
(111  p.,  q.  26,  a.  1,  c.  ad  1). 


74  OV    SACERDOCE    DE   JESUS 

la  gloire  des  deux  autres  Personnes,  dont  l'une 
est  engendrée  par  lui  et  l'autre  procède  du  mu- 
tuel amour  du  Père  et  du  Fils  ;  le  Saint-Esprit, 
parce  qu'il  n'est  pas  la  gloire  du  Père,  ce  en 
quoi  consiste  essentiellement  la  notion  du  Sa- 
cerdoce. 

Dieu  le  Père  ne  pouvait  nous  envoyer  son  Fils 
que  comme  Prêtre,  ce  Fils  seul  étant  sa  gloire 
substantielle  et  devant  nécessairement  conti- 
nuer à  le  glorifier  sur  la  terre  comme  au  ciel. 
Il  ne  nous  l'aurait  pas  envoyé,  s'il  n'avait  dû 
être  son  Prêtre,  car  il  ne  pouvait  en  être  glorifié 
que  par  son  Sacerdoce  '. 

Fn  outre,  Jésus  venait  ici-bas  avec  une  mis- 
sion bien  déterminée,  et  cette  mission  était  es- 
sentiellement et  exclusivement  sacerdotale.  La 
Victime  qu'il  était  chargé  de  conduire  au  Cal- 
vaire et  d'offrir  en  Sacrifice  à  son  divin  Père, 
dépendait  de  Lui  comme  du  seul  Sacrificateur 
capable    de    l'immoler.    Ici,    nous   touchons   en 

'  Ce  qui  ressort  clairement  de  ce  que  dit  Saint  Paul,  nous 
indiquant  le  motif  de  l'Incarnation  du  Verbe  venu  pour  rendre 
à  Dieu  l'hommage  souverain  qui  lui  est  dû  et  en  accomplir  la 
volonté  par  son  immolation  et  son  sacrifice.  «  C'est  pourquoi  le 
Christ  entrant  dans  le  monde,  dit  :  Vous  n'avez  pas  voulu  de 
sacrifice  ni  d'offrande,  les  holocaustes  et  les  sacrifices  ne  vous 
ont  pas  plu  ;  mais  vous  m'avez  formé  un  corps...  Me  voici,  je 
viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté...  C'est  en  vertu  de 
cette  volonté  que  nous  avons  été  sanctifiés  par  l'oblation  du 
corps  de  Jésus-Christ,  une  fois  pour  toutes.  »  Hébr.,  x,  5-7,  10. 


NÉCESSITE    DU    SACERDOCE    EN    JESUS  "jD 

quelque  sorte  au  vif  du  Mystère.  Nous  avons 
devant  nous  une  Victime  divine,  il  lui  faut  un 
Prêtre  divin  ;  une  Victime  unique,  il  lui  faut  un 
Prêtre  unique. 


Nous  avons  amplement  démontré,  dans  la 
troisième  partie  de  cet  ouvrage  ',  que  Jésus  est 
venu  dans  le  monde  comme  Victime,  qu'il  n'est 
que  Victime,  qu'il  est  Victime  en  tout  son  être, 
qu'il  a  été  constitué  Victime  dans  son  corps  et 
dans  son  âme,  qu'il  a  vécu  et  qu'il  est  mort 
en  Victime.  Nous  devons  en  conclure  qu'il  est 
également  Prêtre,  Prêtre  autant  que  Victime, 
Prêtre  essentiellement  parce  que  Victime  essen- 
tiellement. Prêtre  constitué  à  la  garde  et  pour 
l'immolation  de  la  Victime,  Prêtre  unique  ayant 
seul  action  sur  la  Victime. 


'  «  Jésus  dans  son  état  de  Victime  ».  —  Un  vol.  in-12  de 
400  pages.  Prix  :  i5  fr.  ;  franco,  i6.5o  ;  étranger,  18  fr.  (Maison 
du  Bon-Pasteur.) 

Dans  le  Verbe  incarné,  tout  est  commandé  par  son  Sacrifice, 
tout  }•  conduit  ou  tout  en  découle.  C'est  le  fondement  de  toute 
la  Religion  et,  une  fois  ce  Mystère  bien  compris,  tous  les  autres 
s'illuminent  et  nous  apparaissent  comme  des  satellites  gravitant 
autour  de  leur  foyer  lumineux.  C'est  ce  que  ce  troisième  volume 
cherche  à  mettre  en  lumière.  Il  ne  le  cède  en  rien  à  ses  devan- 
ciers, comme  clarté,  doctrine  et  onction.  Jésus  y  apparaît  dans 
toute  la  sublimité  de  son  état  de  Victime,  et,  à  mesure  que  l'on 
en  poursuit  la  lecture,  l'âme  s'émeut  et  s'éprend  de  compassion 
et  d'amour  pour  la  divine  Victime  qu'immole  le  Prêtre  éternel. 


76  ou    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Quoique,  dans  l'idée  de  Sacrifice,  nous  conce- 
vions le  sacrificateur  comme  préexistant  à  l'obla- 
tion  de  la  victime,  cette  priorité  n'est  ici  qu'une 
priorité  de  raison,  Jésus  étant  constitué  simulta- 
nément Prêtre  et  Victime.  Toutefois,  il  est  vrai 
de  dire  qu'en  Jésus-Prêtre  tout  est  ordonné  à  la 
Victime  ;  Il  n'est  Prêtre  que  pour  la  Victime, 
pour  la  recevoir,  pour  l'offrir  et  pour  l'immoler  '. 

Disons  une  fois  pour  toutes  que  la  distinction 
de  Prêtre  et  de  Victime  en  Jésus  ne  suppose 
nullement  une  dualité  de  personnes,  mais  n'est 
qu'une  distinction  destinée  à  faire  mieux  res- 
sortir des  opérations  diverses,  émanant  toute- 
fois d'une  même  Personne  divine,  et  capables 
de  donner  une  intelligence  plus  claire  du  Sacer- 
doce qui  n'a  été  conféré  à  Jésus  qu'en  vue  de 
son  immolation.  D'où,  lorsque  nous  attribuons 
des  sentiments  et  des  actes  différents  à  Jésus  en 
tant  que  Prêtre  et  à  Jésus  en  tant  que  Victime, 
comme  lorsque  nous  parlons  de  l'oflfice  du  Prêtre 
à  l'égard  de  la  Victime  de  son  Sacrifice  ou  de 
l'attitude  de  la  Victime  vis-à-vis  de  son  Sacri- 
ficateur, nous  ne  faisons  qu'exprimer  les  senti- 


1  C'est  l'enseignement  du  grand  Apôtre.  «  Tout  pontife,  dit-il, 
est  établi  pour  offrir  des  dons  et  des  victimes  ;  c'est  pourquoi 
il  est  nécessaire  que  celui-ci  (notre  pontife)  ait  aussi  quelque 
chose  à  offrir.  »  (Hébr.,  viii,  3).  «  Il  l'a  fait  une  fois  pour  toutes 
en  s'offrant  lui-même.  »  (Ibid.,  vu,  27). 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  77 

ments  et  les  actes  propres  de  Jésus,  selon  que 
nous  Le  considérons  sous  l'aspect  du  Prêtre  qui 
offre  et  qui  immole  ou  de  la  Victime  qui  est 
offerte  et  immolée- 
Prêtre  et  Victime  sortis  tous  deux  du  sein  du 
Père,  pour  offrir  un  même  et  suprême  Sacrifice, 
l'un  en  immolant,  l'autre  en  étant  immolée  ! 
Prêtre  sacro-saint  d'une  Victime  sacro-sainte  ! 
Prêtre  éternel  d'une  Victime  éternelle  !  Prêtre 
et  Victime  consumés  d'un  même  amour,  n'exis- 
tant que  pour  accomplir  sur  terre  des  décrets 
d'éternelle  Charité  ! 

Un  seul  Prêtre,  une  seule  Victime,  un  seul 
Sacrifice  !  Une  fois  la  Victime  immolée,  il  ne 
peut  plus  y  avoir  d'autre  Prêtre,  puisqu'il  n'y  a 
pas  d'autre  Victime  ni  d'autre  Sacrifice.  Sacri- 
fice souverainement  efficace  d'une  Victime  par- 
faite par  un  Prêtre  divin,  procurant  à  jamais  la 
gloire  de  Dieu  par  le  salut  du  monde. 

V.  —  Les  sublimités  du  Sacerdoce  ep  Jésus 

L'idée  seule  du  Sacerdoce  évoque  quelque 
chose  de  grand  et  de  surnaturel,  qui  parle  plus 
du  ciel  que  de  la  terre,  par  le  fait  qu'il  s'exerce 
au  nom  de  Dieu  et  en  vue  des  destinées  éter- 
nelles. Il  est  vrai  qu'extérieurement  on  ne  voit 


78  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

qu'un  homme  dans  le  Prêtre,  mais  on  sait  toute- 
fois que  son  pouvoir  vient  d'en-Haut  et  qu'il  rem- 
plit des  fonctions  divines  plutôt  qu'humaines. 

Marqué  d'un  caractère  spirituel  sacré  ;  doué 
d'une  puissance  qui  atteint  l'âme  dans  ses  pro- 
fondeurs et  pénètre  jusque  dans  les  cieux  *  ;  con- 
sacré uniquement  au  règne  de  Dieu  sur  la  terre, 
au  salut  des  âmes  et  à  leur  glorification  dans  le 
ciel-;  voué  par  vocation  divine  au  soulagement 
de  toutes  les  misères  nîorales  et  spirituelles,  ù  la 
purification  des  consciences  et  à  la  dispensation 
des  grâces  qui  font  les  justes  et  les  saints"  :  le 
Prêtre  apparaît  comme  l'envoyé  de  Dieu  '*  prê- 
chant aux  hommes  leur  céleste  origine  et  leurs 
glorieuses  destinées  ■"■.  Il  est  à  vrai  dire  un  être 
d'éternité,  et  c'est  à  bon  droit  qu'il  est  l'objet  du 
respect  et  de  la  vénération  des  peuples. 

Mais  que  dire  de  Jésus  le  Souverain  Prêtre, 
le  Prêtre   divin   qui   n'a   point  été   consacré  de 

1  «  Je  te  donnerai  les  clefs  du  royaume  des  cieux,  et  tout  ce 
que  tu  auras  Hé  sur  la  terre  sera  lié  dans  le  ciel,  et  tout  ce  que 
tu  auras  délié  sur  la  terre  sera  délié  dans  le  ciel.  »  Mat.,  xvi,  19. 

-  «  Nous  sommes  les  coopérateurs  de  Dieu.  »  I  Cor.,  m,  9. 

3  «  Le  Christ  nous  a  confié  le  ministère  de  la  réconciliation. 
Il  a  mis  en  nous  la  parole  de  réconciliation.  »  II  Cor.,  v,  18,  19. 

•^  «  Comme  mon  Père  m'a  envoyé,  moi  aussi  je  vous  envoie.  » 
Jean,  xx,  21. 

"'  «  Nous  faisons  les  fonctions  d'ambassadeurs  pour  le  Christ, 
comme  si  Dieu  exhortait  par  nous.  »  II  Cor.,  v,  20, 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         79 

main  d'homme  mais  qui  tient  son  Sacerdoce 
directement  de  la  Trinité  Sainte,  le  Prêtre  éter- 
nel dans  son  origine  et  dans  sa  fin,  le  Prêtre  par 
essence  qui  est  Lui-même  le  Sacerdoce  '  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  unique  et  incomparable 
qui  possède  en  propre  toutes  les  puissances  et 
toutes  les  efficacités  du  Sacerdoce,  qui  tire  de  son 
sein  les  grâces  qui  inondent  le  monde,  et  dont  les 
mérites  infinis  peuplent  le  ciel  de  bienheureux-  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  adorable,  qui  réclame 
ici-bas  nos  adorations  et  notre  amour,  et  qui  au 
ciel  sera  éternellement  l'objet  de  nos  louanges 
et  de  nos  divines  contemplations  ■  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  sublime,  qui  se  dresse 
devant  nous  comme  le  Roi  immortel  des  siècles, 
qu'acclameront  sans  fin  les  anges  et  les  saints 
prosternés  aux  pieds  de  la  divine  Victime  de 
son  Sacrifice  devenue  la  cause  de  son  immortel 
triomphe  ^  ! 

1  «Jésus  a  été  fait  pontife  pour  l'éternité. ^^  (Hébr.,  vi,  20). — 
«  Il  possède  un  sacerdoce  éternel...  Il  convenait  que  nous  eus- 
sions un  tel  pontife,  plus  élevé  que  les  cieu.x.  ))(Hkbr.,  vu,  24,26). 

-  «  Dieu  l'ayant  déclaré  pontife,  il  est  devenu  pour  tous  ceux 
qui  lui  obéissent  la  cause  du  salut  éternel.  »  Hébr.,  v,  9,  10. 

'•  «  Nous  avons  un  pontife  tel,  qu'il  s'est  assis  à  la  droite  du 
trône  de  la  majesté  divine  dans  les  deux.  »  (Hébr.,  vui,  1).  — 
«  Jésus-Christ  était  hier,  il  est  aujourd'hui,  et  il  sera  de  même 
dans  tous  les  siècles.  Offrons  donc  par  lui  sans  cesse  à  Dieu 
un  sacrifice  de  louange.  »  (Hébr.,  xiii,  8,  i5). 

*  «  Je  regardai  et  j'entendis  la  voix  d'anges  nombreux  autour 


80  DU   SACERDOCE   DE   JÉSUS 

Que  dire  de  ce  Prêtre  ineffable,  gloire  substan- 
tielle de  son  divin  Père,  objet  de  ses  complai- 
sances infinies,  en  qui  et  par  qui  il  sera  éternel- 
lement et  souverainement  glorifié  '  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  trois  fois  saint,  source 
et  principe  de  toute  pureté,  qui  n'emprunte  qu'à 
son  essence  divine  la  sainteté  dont  11  fait  l'apa- 
nage de  son  Sacerdoce-  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  tout  de  compassion  di- 
vine, qui  descend  des  hauteurs  des  cieux  pour 
pénétrer  dans  l'abîme  des  misères  humaines  et 
les  purifier  ■  ! 

du  trône,  et  il  v  en  avait  des  milliers  de  milliers,  qui  disaient 
d'une  voix  forte:  L'Affneau  qui  a  été  égorgé  est  digne  de  rece- 
voir la  puissance,  la  divinité,  la  sagesse,  la  force,  l'honneur,  la 
gloire  et  la  bénédiction.  Et  toutes  les  créatures  qui  sont  dans  le 
ciel,  et  sur  la  terre,  et  sous  la  terre,  et  dans  la  mer,  et  tout  ce 
qui  s'y  trouve,  je  les  entendis  toutes  qui  disaient  :  A  celui  qui 
est  assis  sur  le  troue  et  à  l'Agneau,  bénédiction,  honneur, 
gloire  et  puissance  dans  les  siècles  des  siècles.  Et  les  vingt- 
quatre  vieillards  se  prosternèrent  et  adorèrent  celui  qui  vit 
dans  les  siècles  des  siècles.  »  Apec,  v,  11-14. 

1  «  Dieu  nous  a  parlé  par  le  Fils  qui,  étant  la  splendeur  de 
sa  gloire  et  Yempreinte  de  sa  substance,  après  avoir  opéré  la 
purification  des  péchés,  s'est  assis  à  la  droite  de  la  majesté,  au 
plus  haut  des  cieux.  »  Hébr.,  i,  2,  3. 

■-  «  Il  convenait  que  nous  ayons  un  tel  pontife,  saint,  inno- 
cent, sans  tache,  séparé  des  pécheurs.  Le  Seigneur  l'a  juré,  et 
il  ne  s'en  repentira  pas  :  Tu  es  Prêtre  pour  l'éternité.  La  parole 
du  serment  institue  le  Fils,  qui  est  parfait  pour  l'éternité.  » 
Hébr.,  vu,  21,  26,  28. 

«  Dieu  a  envoyé  son  propre  Fils  dans  une  chair  semblable 
à  celle  du  péché.  »  (Rom.,  vui,  3).  —  «  Celui  qui  ne  connaît  point 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         8l 

Que  dire  de  ce  Prêtre  pétri  de  miséricorde, 
qui  abandonne  un  ciel  de  félicité  pour  se  faire 
la  rançon  des  pécheurs  et  porter  le  poids  de 
leurs  iniquités  '  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  consumé  d'amour,  qui 
pousse  l'héroïsme  de  la  Charité  jusqu'à  vouloir 
aimer  les  hommes  comme  II  est  Lui-même  aimé 
de  Dieu  2  ! 

Que  dire  de  ce  Prêtre  Victime,  qui  ne  fait 
qu'un  avec  l'Hostie  de  son  Sacrifice  et  se  laisse 
immoler  par  la  justice  inexorable  de  Dieu  ^  ! 

le  péché,  //  l'a  fait  péché  pour  nous.  »  (II  Cor.,  v,  2i).  —  «Jésus- 
Christ  s'est  anéanti  lui-même,  en  prenant  la  forme  d'esclave, 
en  devenant  semblable  aux  hommes,  et  en  se  montrant  sous 
l'apparence  d'un  homme  ;  il  s'est  humilié  lui-même,  se  faisant 
obéissant  jusqu'à  la  mort,  et  la  mort  de  la  croix.  »  (Phil.,  ii,  7). 
'  «  Il  a  dû  en  toutes  choses  être  rendu  semblable  à  ses  frères, 
afin  de  devenir  un  pontife  miséricordieux,  pour  expier  les  pé- 
chés du  peuple.  »  (Hébr.,  ii,  17).  —  «  Notre  Sauveur  Jésus- 
Christ  s'est  livré  lui-même  pour  nous,  afin  de  nous  racheter 
de  toute  iniquité.  »  (Tit.,  n,  i3)).  —  «  Il  nous  a  rachetés  de  la 
malédiction  de  la  loi,  étant  devenu  malédiction  pour  nous.  » 
(Gal.,  ui,  i3). 

2  «  Lorsque  la  bonté  de  Dieu,  notre  Sauveur,  et  son  amour  pour 
les  hommes  ont  paru,  il  nous  a  sauvés.  »  (Tit.,  m,  4).  —  «  Comme 
le  Père  m'a  aimé,  moi  aussi  je  vous  ai  aimés.  »  (Jean,  xv,  9). 

3  «  C'est  lui  que  Dieu  avait  destiné  à  être  une  victime  de 
propitiation,  par  la  foi  en  son  sang,  pour  manifester  sa  justice 
par  le  pardon  des  péchés  passés  »  (Rom.,  m,  25)  ;  «  Jésus-Christ 
notre  Seigneur,  lequel  a  été  livré  pour  nos  péchés  »  (Rom.,  iv, 
25).  —  «  Il  est  entré  une  fois  pour  toutes  dans  le  sanctuaire, 
avec  son  propre  sang,  ayant  obtenu  une  rédemption  univer- 
selle. »  (Hébr.,  ix,  12). 


82  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Que  dire  de  ce  Prêtre  Sauveur,  qui  retourne 
à  son  Père  chargé  des  trophées  de  son  amour 
et  de  son  supplice,  pour  chanter  à  jamais  le 
triomphe  de  la  miséricorde  divine  dans  la  Patrie 
de  l'amour  éternel  •  ! 


Ah  !  quelle  sublimité  dans  ce  Prêtre  qui  s'ap- 
pelle le  Verbe  de  Dieu,  qui  est  le  Fils  éternelle- 
ment engendré,  qui  descend  dans  l'humanité, 
qui  a  nom  Jésus,  qui  se  fait  Victime  et  qui  meurt 
pour  accomplir  la  mission  reçue  de  son  Père  !  ^ 

Quelle  sublimité  dans  ce  Sacerdoce  divin  qui 
renferme  les  mystères  du  temps  et  de  l'éternité, 

1  «  Nous  avons  un  grand  pontife  qui  a  pénétré  dans  les 
deux,  Jésus,  Fils  de  Dieu.  »  (Hébr.,  iv,  14).  —  «Jésus  est  entré 
dans  le  ciel  même,  afin  de  se  présenter  maintenant  pour  nous 
devant  la  face  de  Dieu.  »  (Hébr.,  ix,  24).  —  «  Nous  le  voyons, 
à  cause  de  ses  souffrances  et  de  sa  mort,  couronné  de  gloire  et 
d'honneur.  »  (Hébr.,  ii,  9).  —  «  Parce  qu'il  demeure  éternelle- 
ment, il  possède  un  sacerdoce  éternel  ;  c'est  pourquoi  il  peut 
sauver  pour  toujours  ceux  qui  s'approchent  de  Dieu  par  lui, 
étant  toujours  vivant  pour  intercéder  en  notre  faveur.  » 
(Hébr.,  vu,  24,  25). 

-  «  Le  Christ  a  reçu  la  dignité  de  Pontife  de  celui  qui  lui  a 
dit  :  Tu  es  mon  Fils,  je  t'ai  engendré  aujourd'hui.  Tu  es  Prêtre 
pour  l'éternité.  »  (Hébr.,  v,  5,  6).  —  «  Et  le  Verbe  s'est  fait 
chair  »  (Jean,  i,  14)  ;  et  «  on  lui  donna  le  nom  de  Jésus  »  (Luc, 
u,  21),  «  seul  nom  par  lequel  nous  devions  être  sauvés  »  (Act., 
IV,  12);  «  Dieu  n'ayant  pas  envoyé  son  Fils  dans  le  monde  pour 
condamner  le  monde,  mais  pour  que  le  monde  soit  sauvé  par 
lui  »  (Jean,  m,  17). 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS         83 

et  dans  lequel  les  élus  puiseront  sans  fin  la  cause 
de  leur  gloire  et  les  motifs  de  leurs  éternelles 
louanges  *  ! 

Quelle  sublimité  en  ce  Prêtre  divin  fait 
Homme,  sur  lequel  repose  l'histoire  du  monde, 
que  l'humanité  a  appelé  de  ses  vœux  pendant 
quatre  mille  ans  et  qui  depuis  vingt  siècles  se 
prosterne  devant  Lui,  Le  proclamant  le  Christ- 
Roi,  le  Souverain  de  l'univers-  ! 

Quelle  sublimité  d'amour  et  de  sainteté  en  ce 
Jésus  Prêtre  et  Victime  qui  a  su  multiplier  les 
phalanges  de  ses  vierges  et  l'armée  de  ses  saints, 
et  qui  a  fait  autant  de  bienheureux  que  de  cœurs 
épris  de  son  ineffable  amour  ^  ! 

1  «  I!  est  grand  le  mystère  de  la  piété,  qui  a  été  manifesté 
dans  la  chair,  a  été  légitimé  par  l'Esprit,  a  été  vu  des  anges, 
a  été  prêché  aux  nations,  a  été  cru  dans  le  monde,  a  été  élevé 
dans  la  gloire.  »  (I  Tim.,  ni,  16).  —  «  Frères  saints,  qui  avez 
part  à  la  vocation  céleste,  considérez  l'apôtre  et  le  pontife  de 
la  foi  que  nous  professons,  Jésus.  »  (Hébr.,  m,  1),  —  «  Nous 
sommes  devenus  participants  du  Christ.  »  (Ibid.,  14).  —  «  Of- 
frons donc  par  lui  sans  cesse  à  Dieu  un  sacrifice  de  louange.  » 
(Hébr.,  xiii,  i5). 

2  «  Après  avoir,  à  bien  des  reprises  et  de  bien  des  manières, 
parlé  autrefois  à  nos  pères  par  les  prophètes,  Dieu,  dans  ces 
derniers  temps,  nous  a  parlé  par  le  Fils,  qu'il  a  établi  héritier 
de  toutes  choses...  Jésus,  que  nous  voyons,  à  cause  de  ses  souf- 
frances et  de  sa  mort,  couronné  de  gloire  et  d 'honneur  ;  et 
dont  le  trône  est  dans  les  siècles  des  siècles...  »  Hébr.,  i, 
1,  2,  8  ;   II,  9. 

^  «  L'amour  de  Dieu  s'est  manifesté  parmi  nous  en  ceci  : 
Dieu  a  envoyé  son  Fils  unique  dans  le  monde,  afin  que  nous 


o4  ^V   SACERDOCE   DE   JESUS 

Quelle  sublimité  d'abaissement  et  d'héroïsme 
en  ce  Jésus  Prêtre  de  tendresse  infinie,  qui  se 
fait  Lui-même  la  nourriture  des  âmes  et  qui,  par 
sa  puissance  sacerdotale,  perpétuera  jusqu'à  la 
fin  des  temps  sa  présence  sur  l'autel  de  son 
Sacrifice  ^  ! 


vivions  par  lui.  C'est  lui  qui  nous  a  aimés  le  premier,  et  qui 
a  envoyé  son  Fils  comme  une  propitiation  pour  nos  péchés. 
Celui  qui  n'aime  point  ne  connaît  pas  Dieu,  car  Dieu  est  amour, 
et  celui  qui  demeure  dans  l'amour  demeure  en  Dieu,  et  Dieu 
en  lui.  »  I  Jean,  iv,  9-10,  16. 

*  «  Je  suis  le  pain  vivant,  qui  suis  descendu  du  ciel.  Si  quel- 
qu'un mange  de  ce  pain,  il  vivra  éternellement  ;  et  le  pain  que 
je  donnerai  c'est  ma  chair,  pour  la  vie  du  monde.  Ma  chair  est 
vraiment  une  nourriture,  et  mon  sang  est  vraiment  un  breu- 
vage. »  (Jean,  vi,  5i,  52,  56).  —  «  Je  ne  vous  laisserai  pas  orphe- 
lins »  (Jean,  xiv,  18)  ;  —  «  Je  suis  avec  vous  tous  les  jours  jus- 
qu'à la  consommation  des  siècles  »  (Mat.,  xxvni,  20). 

En  nous  léguant  sa  chair  et  son  sang,  Jésus  le  fait  en  tant 
que  Prêtre,  car  ce  don  divin  suppose  l'immolation  de  la  Victime. 
Saint  Jean  nous  le  fait  entendre,  lorsqu'il  dit  :  «  Jésus  sachant 
que  son  heure  était  venue  de  passer  de  ce  monde  à  son  Père, 
comme  il  avait  aimé  les  siens  qui  étaient  en  ce  monde,  il  les 
aima  jusqu'à  la  fin.  »  (xni,  1).  —  C'est  le  même  Prêtre  qui  sa- 
crifie la  Victime  sur  le  Calvaire  et  la  maintient  dans  l'Eucha- 
ristie. C'est  le  même  amour  sacerdotal  qui  nous  la  livre  en 
nourriture,  après  l'avoir  offerte  en  holocauste  à  la  majesté  di- 
vine. L'Eucharistie  est  en  toute  vérité  le  prolongement  du  Sa- 
crifice de  la  croix.  L'Ange  de  l'Ecole  dit  à  bon  droit  que  «  ce 
sacrement  a  été  institué  dans  la  Cène,  pour  être  à  l'avenir  lé 
mémorial  de  la  passion  du  Seigneur,  après  qu'elle  a  été  con- 
sommée. D'où  le  Christ  dit  expressément,  en  parlant  au  futur  : 
Toutes  les  fois  que  vous  ferez  cela.  »  (III  p.,  q.  73,  ««.  5,  ad  3). 
—  Il  ajoute,  dans  un  autre  endroit,  au  sujet  de  la  communion  : 
«  En   tant  que  les   deux    natures,    l'âme  et  le  corps,  sont  per- 


NÉCESSITÉ  DU  SACERDOCE  EN  JÉSUS  85 

Quelle  sublimité  de  gloire  et  de  splendeur  en 
ce  Jésus  Prêtre  éternel,  lumière  de  lumière, 
Dieu  de  Dieu,  principe  de  vie,  devenu  à  jamais 
la  béatitude  et  la  glorification  de  tous  ceux  qu'il 
a  ressuscites  et  sauvés  *  ! 

Peut-il,  en  vérité,  y  avoir  des  louanges,  des 
adorations,  des  actions  de  grâces  et  des  chants 
d'amour  dignes  d'un  tel  Prêtre  ?  Comment  pro- 
clamer dignement  les  sublimités  d'un  Sacerdoce 

sonnellement  unies  par  une  alliance  intime  et  un  merveilleux 
amour,  la  créature  raisonnable  a  besoin,  pour  le  salut  éternel 
de  ces  deux  éléments,  d'une  nourriture  unique  qui  convienne 
à  tout  l'homme,  c'est-à-dire  à  ses  deux  natures,  spirituelle  et 
corporelle.  Elle  a  besoin  du  Verbe  fait  chair,  qu'elle  puisse 
manger  sous  le  voile  d'un  Sacrement,  afin  que.  par  sa  vertu, 
l'âme  parvienne  de  la  misère  présente  à  la  vie  d'éternelle  béati- 
tude, et  que  le  corps,  conservé  pour  un  temps  au  sein  de  la 
terre,  ressuscite  enfin  glorieux...  Le  Seigneur  (Jean,  vi,  55)  dit 
dé  l'esprit  :  «  Celui  qui  mange  ma  chair  a  la  vie  éternelle  »  ;  et 
du  corps  :  «  Je  le  ressusciterai  au  dernier  jour.  »  (Op.  Sj,  c.  6). 
'  «  Le  Christ  étant  venu  comme  pontife  des  biens  futurs 
est  entré  une  fois  pour  toutes  dans  le  sanctuaire...  dans  le  ciel 
même,  afin  de  se  présenter  pour  nous  devant  la  face  de  Dieu.  » 
Hébr.,  IX,  11,  24).  —  «  Le  Christ  s'est  offert  une  fois  pour  effacer 
les  péchés  de  beaucoup  ;  une  seconde  fois  il  apparaîtra  sans 
péché,  pour  donner  le  salut  à  ceux  qui  l'attendent...,  pour  que 
ceux  qui  sont  appelés  reçoivent  la  promesse  de  l'héritage 
éternel.  »  (Ibid.,  i5,  28).  —  «  Cette  espérance,  nous  la  gardons 
comme  l'ancre  solide  et  ferme  de  notre  âme  ;  elle  pénètre  jus- 
qu'au dedans  du  voile,  où  Jésus,  comme  précurseur,  est  entré 
pour  nous,  ayant  été  fait  pontife  pour  l'éternité  »  (Hébr.,  vi, 
19,  20)  ;  «  qui  seul  possède  l'immortalité  et  qui  habite  une  lu- 
mière inaccessible,  à  qui  est  l'honneur  et  l'empire  éternel. 
Amen.  »  (I  Tim.,  vi,  16). 


86  DU   SACERDOCE   DE   JÉSUS 

que  l'éternité  même  ne  suffira  pas  à  admirer  et 
à  honorer  ? 

Du  moins,  que  notre  vie  tout  entière  soit  con- 
sacrée à  rendre  à  Jésus-Prêtre  les  hommages  et 
les  honneurs  qui  Lui  sont  dûs  !  Que  notre  esprit 
se  fixe  dans  des  contemplations  assidues  sur  ce 
Mystère  ineffable  du  Sacerdoce  en  notre  ado- 
rable Sauveur  !  Que  notre  cœur  s  émeuve  et 
s'embrase  d'amour  pour  le  Prêtre  Eternel  qui 
nous  a  tant  aimés  et  à  la  puissance  sacerdotale 
duquel  nous  devons  la  divine  Victime  qui  nous 
a  sauvés  !  Que  notre  âme  s'abreuve  sans  cesse 
à  la  source  des  grâces  que  Jésus-Prêtre  nous  a 
méritées  par  le  divin  caractère  et  l'exercice  de 
son  Sacerdoce  !  Que  notre  être  tout  entier  se 
livre  dans  la  reconnaissance  et  dans  l'amour  à 
l'action  transformatrice  de  Jésus  le  Souverain 
Prêtre,  pour  ne  faire  avec  Lui  qu'une  même 
hostie  à  la  gloire  de  notre  commun  Dieu  et  Père 
qui  est  dans  les  cieux  ! 


A  Jésus,  l'unique  cl  Souverain  Prclre 


O  Jésus,  mon  Prêtre  adoré, 

je  Vous  contemple 

au   sein   de    la   Trinité   Sainte, 

et  je  m'unis  à  la  gloire 

dont  Vous  êtes  pour  votre  Père 

l'éternel  principe. 

Je  Vous  vois  avec  admiration 

Vous  faisant  ici-bas 
la   même  glorification   divine 

dans  l'exercice 

de  votre  éternel  Sacerdoce. 

Je    me    réjouis    souverainement 

de  Vous  savoir  l'unique  Prêtre 

du  ciel  et  de  la  terre. 

Je    trouve    dans    votre    Sacerdoce 

la  raison  de  tous  les  "Mystères 

du  temps  et  de  l'éternité. 

Je  veux  employer  ma  vie 

à   Vous   étudier  et  à   Vous  aimer 

et  passer  mon  ciel 

à  Vous  adorer 
cl  à  Vous  glorifier. 


CHt^PITRE    DEUXIEME 


Le  Sacerdoce  éternel  de  Jésus 


CHAPITRE     DEUXIEME 


Le  Sacerdoce  éternel  de  Jésus 


«  Jésus,  parce  qu'il  demeure  éter- 
nellement, possède  un  Sacerdoce 
éternel.  » 

Hébr..  VII,  24. 

Après  avoir  étudié  la  nécessité  absolue  et  in- 
trinsèque du  Sacerdoce  en  Jésus,  et  avant  de 
considérer  notre  adorable  Maître  dans  l'exercice 
de  ses  divines  fonctions  sacerdotales  pendant 
sa  vie  terrestre,  voyons  quelle  est  la  nature  de 
ce  Sacerdoce  indispensable  et  unique  que  nous 
avons  entrevu  si  beau  et  si  grand,  mais  dont 
nous  soupçonnons  des  sublimités  plus  grandes 
encore. 

Le  titre  de  ce  chapitre  nous  dit  déjà  que  nous 
allons  entrer  dans  des  considérations  plus  éle- 
vées, considérations  que  nous  ne  pourrons  faire 
qu'à  la  lumière  de  l'éternelle  vérité  et  dont  nous 
n'aurons  l'intelligence  que  si  nous  établissons 
notre  demeure  en  Dieu  et  donnons  à  notre  étude 
le  caractère  d  une  véritable  adoration  *. 

*  «  Que  le  Christ  habite  par  la  foi  en  vos  cœurs,  afin  qu'étant 


92  DU   SACERDOCE   DE   JÉSUS 

Il  s'agit  de  connaître  Jésus-Prêtre  dans  la  réa- 
lité de  sa  nature  et  de  son  essence,  tel  qu'il 
est  en  Lui-même  dans  le  Principe  qui  L'a  fait 
Prêtre  et  dans  les  desseins  adorables  qui  ont 
décrété  l'exercice  de  son  Sacerdoce  au  sein  de 
1  humanité.  Il  n'y  a  place  ici  ni  à  l'imagination 
ni  à  la  sensibilité  ;  et  quoiqu'en  principe  nous 
ne  puissions  jamais  trop  exalter  le  Sacerdoce 
éternel  de  Jésus,  encore  faut-il  que  ce  soit  dans 
les  termes  d'une  exacte  doctrine  et  les  bornes 
d  une  juste  vérité. 

Lorsque  nous  aurons  approfondi  le  caractère 
essentiel  et  divin  du  Sacerdoce  en  Jésus,  nous 
serons  mieux  en  mesure  de  comprendre  la  na- 
ture, la  puissance,  la  portée  et  l'efticacité  divine 
des  actes  qu'il  posera  ensuite  dans  l'accomplis- 
sement de  sa  mission  sacerdotale  sur  cette  terre. 
La  science  du  Sacerdoce  éternel  de  notre  divin 
Sauveur,  que  nous  pouvons  acquérir  parla,  sera 
sûrement  une  de  nos  plus  grandes  joies  pendant 
la  vie  et  l'objet  d'une  spéciale  glorification  au 
royaume  des  élus. 

Apportons-y  toute  notre  attention  et  toute 
notre   foi  ;    et   faisons    la   lecture    réfléchie    des 

enracinés  et  fondés  dans  la  charité,  vous  puissiez  comprendre 
l'amour  du  Christ  qui  surpasse  toute  connaissance,  de  sorte 
que  vous  soyez  remplis  de  toute  la  plénitude  de  Dieu.  » 
Ephés.,  III,  17-19. 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  93 

pages  qui  vont  suivre  en  raccompagnant  de  fré- 
quents actes  d'amour  ^ 


I.  —  Sacerdoce  éternel  dans  sep  origine 

En  employant  l'expression  Sacerdoce  éternel, 
nous  ne  pouvons  évidemment  vouloir  signifier 
que  Jésus  a  été  constitué  Prêtre  avant  l'Incar- 
nation ni  qu'il  a  exercé  l'office  de  médiateur 
avant  d'avoir  assumé  la  nature  humaine.  Les 
allusions  faites  précédemment  à  un  certain  Sa- 
cerdoce du  Verbe  dans  le  sein  du  Père,  indi- 
quent, comme  nous  l'avons  dit,  un  Sacerdoce 
improprement  dit,  ainsi  appelé  à  cause  de  son 
analogie  avec  celui  du  Verbe  incarné.  En  effet, 
la  conception  du  Sacerdoce  comporte  la  notion 
d'un  médiateur,  ce  qui  ne  peut  exister  en  Dieu, 
les  trois  Personnes  divines  étant   égales   entre 

1  N'oublions  pas  que  si,  au  point  de  vue  surnaturel,  tout  a  sa 
source  dans  l'amour,  tout  également  doit  nous  conduire  à  un 
accroissement  de  charité.  Les  opérations  de  notre  intelligence, 
plus  spécialement,  sont  ordonnées  à  l'amour  ;  car  l'amour  repo- 
sant sur  la  connaissance,  plus  nos  connaissances  sont  grandes, 
plus  elles  sollicitent  et  servent  de  fondement  à  notre  amour. 
D'où,  de  sa  nature,  la  science  de  Jésus  produit  l'amour  ;  nous 
ne  devons  travailler  à  Le  mieux  connaître  qu'afin  de  Le  mieux 
aimer.  C'est  une  des  fins  de  l'Incarnation,  de  même  que  c'est 
un  effet  naturel  de  la  connaissance  du  Sacerdoce  de  Jésus, 


94  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

elles  \  et  suppose  l'existence  d'une  victime  sur 
laquelle  s'exerce  l'autorité  du  Prêtre,  ce  qui  im- 
plique, au  moins  théoriquement,  une  certaine 
infériorité  ;  envisagé  de  la  sorte,  le  Sacerdoce 
en  Dieu  constituerait  des  inégalités  et  ne  peut 
lui  convenir.  Toutefois,  ces  distinctions  étant 
faites,  et  parce  que  le  caractère  essentiel  du 
Sacerdoce  étant  de  procurer  la  gloire  de  Dieu, 
nous  conserverons  cette  dénomination  à  la  glo- 
rification éternelle  du  Père  de  la  part  de  son 
Verbe  éternellement  engendré. 

En  faisant  remonter  le  Sacerdoce  en  Jésus  au- 
delà  du  temps  et  en  lui  attribuant  une  origine 
éternelle,  nous  ne  faisons  qu'employer  des  ex- 
pressions comme  celles  de  Saint  Paul  disant  que 
«  Dieu  nous  a  élus  dans  le  Christ  avant  la  créa- 
tion du  monde  -  »,  et  de  l'Apocalypse,  où  nous 

*  «  Dans  le  médiateur,  dit  Saint  Thomas,  nous  pouvons  con- 
sidérer deux  choses  :  i"  5<ï  nature  d'intermédiaire  ;  2°  V office 
qu'il  a  d'unir  ce  qui  est  séparé.  Or,  il  est  de  l'essence  d'un 
moyen  d'être  séparé  des  deux  extrêmes  ;  et  le  médiateur  unit 
par  là  même  qu'il  porte  à  l'un  ce  qui  appartient  à  l'autre.  Au- 
cune de  ces  deux  conditions  ne  peut  convenir  au  Christ  comme 
Dieu,  mais  seulement  comme  homme.  Car,  comme  Dieu,  il  ne 
diflfère  du  Père  et  de  l'Esprit-Saint  ni  en  nature,  ni  en  puis- 
sance. Le  Père  et  l'Esprit-Saint  n'ont  rien  qui  ne  soit  au  Fils, 
de  manière  qu'il  n'y  a  pas  possibilité  pour  lui  de  transmettre  à 
d'autre*  ce  qui  appartient  au  Père  et  à  l'Esprit-Saint,  comme 
on  transmet  à  quelqu'un  ce  qui  appartient  à  d'autres.  »  III  p., 
q.  26,  a.  2. 

-  Ephés.,  I,  4.  —  Saint  Pierre  s'exprime  de  la  même  manière. 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  9^ 

lisons  que  «  l'Agneau  a  été  immolé  dès  l'origine 
du  monde  *  ».  Sacerdoce  éternel  ne  signifie  donc 
pas  que  ce  qui  est  éternel  en  principe  le  soit 
également  en  acte  ;  mais  nous  l'appelons  éternel 
parce  que  dans  le  Sacerdoce  de  Jésus  tout  parle 
d'éternité,  et  que  si  nous  ne  remontions  à  l'ori- 
gine des  choses  nous  ne  pourrions  en  avoir  une 
juste  intelligence,  comme  nous  allons  essayer 
de  le  démontrer. 

C'est  son  divin  Père  directement  qui  constitue 
Jésus  Prêtre,  sans  aucun  intermédiaire  et  sans 
avoir  recours  à  aucune  sucession  de  famille 
ou  de  tribu.  Le  grand  docteur  du  Sacerdoce  de 
Jésus,  Saint  Paul,  dans  son  admirable  Epître 
aux  Hébreux,  proclame  hautement  que  le  Christ 
a  été  établi  Pontife  par  Dieu  lui-même,  qui  Lui  a 
dit  :  «  Filius  meus  es  tu,  ego  hodie  genui  te.  Tu 
es  Sacerdos  in  Eeternum  ».  —  «  Vous  êtes  mon 
Fils,  je    vous    ai   engendré    aujourd'hui  "^.    Vous 

lorsque  parlant  du  Christ,  «  l'Agneau  sans  tache  et  sans  dé- 
faut »,  11  dit  qu'il  a  été  «  prédestiné  avant  la  création  du 
monde,  et  manifesté  dans  les  derniers  temps.  »  1,  i,  19,  20. 

*  Apoc,  XIII,  8. 

2  Hébr.,  V,  5,  6  ;  vu,  17.  —  Saint  Thomas  répondant  à  la 
question,  si  en  Dieu  il  peut  y  avoir  génération,  s'exprime  ainsi  : 
«  La  procession  du  Verbe  dans  les  personnes  divines  est  une 
génération,  non  dans  le  sens  général  mais  dans  le  sens  propre  ; 
cette  génération  est  l'origine  d'un  être  vivant  qui  procède  d'un 


96  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

êtes  Prêtre  pour  l'éternité  ».  Rien  ne  peut  être 
plus  explicite  :  Ego,  moi.  C'est  Dieu  le  Père  qui 
parle  et  qui  se  réserve  seul  le  droit  et  le  pouvoir 
de  faire  un  Prêtre  de  son  Fils.  Il  tire  en  quelque 
sorte  le  Sacerdoce  de  son  sein  pour  en  honorer 
son  Fils,  comme  il  le  fait  de  sa  splendeur  et  de 
sa  gloire  éternelles. 

Cette  divine  consécration  sacerdotale  dans  son 
principe  ne  connaît  point  de  temps.  Elle  se  fait 
en  Dieu  et  elle  est  éternelle.  Hodie,  aujourd'hui  : 
pour  Dieu,  c'est  l'éternel  présent. 

Et  ce  Sacerdoce  divin  est  une  seule  et  même 
chose  avec  la   Personne  du  Verbe  incarné.   Le 

être  vivant  avec  lequel  il  est  uni  selon  la  similitude  parfaite 
de  la  même  nature.  Le  Verbe  procède  de  \ action  intellectuelle 
de  Dieu,  qui  est  son  opération  vivante,  et  il  en  procède  par 
ressemblance  ;  il  est  de  même  nature  et  substantiel  comme  le 
principe  qui  le  produit.  C'est  pourquoi  on  dit,  à  proprement 
parler,  qu'il  est  engendré,  et  on  lui  donne  le  nom  de  Fils.  » 
1  p.,  q.  27,  a.  2,  c.  ad  2. 

Cette  génération  en  Dieu,  parce  qu'elle  est  la  substance  de 
son  entendement,  l'être  et  le  comprendre  en  lui  étant  une  seule 
et  même  chose,  est  nécessaire  et  éternelle  comme  Dieu  lui-même. 
Aussi,  l'évangéliste  Saint  Jean  appelle-t-il  Jésus  «  le  Fils  unique 
qui  est  dans  le  sein  du  Père  »  (1,  18).  «  Toutes  les  œuvres  de 
Dieu,  dit  encore  Saint  Thomas,  sont  toujours  nouvelles,  car  ce 
qu'il  fait  une  fois  il  le  fait  toujours,  à  cause  de  son  immutabi- 
lité. D'où  le  Père  dit  à  son  Fils  :  «  Je  vous  ai  engendré  aujour- 
d'hui »,  quoique  cette  génération  divine  et  humaine  se  soit 
opérée  depuis  déjà  de  nombreuses  années.  C'est  pourquoi  nous 
devons  l'avoir  devant  les  yeux  avec  la  même  reconnaissance 
que  lorsqu'il  l'a  opérée  dans  le  principe,  car  c'est  pour  cette  gra- 
titude que  Dieu  opère  toutes  ses  œuvres.»  lOp.  62,  c.  1). 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  97 

Père  l'engendre  pour  qu'il  soit  Prêtre  par  l'In- 
carnation. A  proprement  parler,  Jésus  ne  reçoit 
pas  le  Sacerdoce,  Il  est  le  Sacerdoce.  Tout  ce 
qu'implique  la  notion,  les  qualités,  les  préroga- 
tives, les  efficacités  et  la  perfection  du  Sacerdoce, 
Jésus  les  possède  en  Lui-même,  essentiellement. 

Divin  et  éternel  dans  son  origine,  le  Sacerdoce 
de  Jésus  l'est  encore  dans  la  puissance  de  son 
Principe.  Seul  un  Dieu  pouvait  se  donner  un 
Dieu  Prêtre  ;  seul  un  Principe  éternel  pouvait 
engendrer  un  Prêtre  éternel  ;  seul  un  Etre  né- 
cessaire et  de  puissance  infinie  pouvait  accom- 
plir un  tel  mystère  d'éternelle  grandeur  et  de 
glorification  divine. 

Le  même  principe  d'éternelle  sainteté  devait 
faire  de  Jésus  le  Prêtre  saint  par  excellence. 
Cette  sainteté  essentiellement  nécessaire  au  Sa- 
cerdoce de  Jésus,  n'est  pas  une  sainteté  acquise 
ni  infuse,  elle  est  une  sainteté  incommunicable 
qui  tient  à  l'essence  de  sa  Personne  divine,  cette 
sainteté  même  qui  en  Dieu  est  nécessaire  et 
éternelle  autant  que  son  existence  ^ 

En  vérité,  un  Sacerdoce  qui  est  conféré  par 


^  «  11  a  été  donné  au  Christ  revêtu  de  la  nature  humaine, 
d'être  Fils  de  Dieu,  non  par  participation,  mais  par  nature. 
Or,  par  nature  la  divinité  est  infinie.  Le  Christ  a  donc  reçu, 
par  l'union,  un  don  infini.  D'où,  il  résulte,  sans  aucun  doute, 
que  la  grâce  d'union  est  infinie.  »  S.  Thom.,  Op.  2,  c.  2i5. 


gS  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

une  Personne  divine  à  une  autre  Personne  divine 
non  moins  adorable  ;  un  Sacerdoce  qui  remonte 
au  premier  Principe  de  toutes  choses  et  repose 
sur  la  génération  éternelle  du  Verbe  ;  un  Sacer- 
doce qui  atteint  le  Prêtre  dans  son  essence  et  ne 
fait  qu'un  avec  sa  substance  ;  un  Sacerdoce  qui 
est  à  la  fois  l'acte  d'une  puissance  infinie  et  la 
manifestation  la  plus  sublime  d'une  sainteté  di- 
vine ,  est  un  Sacerdoce  qui  dépasse  les  concep- 
tions humaines  et  les  bornes  du  temps,  et  qu'à 
bon  droit  on  peut  appeler  un  Sacerdoce  éternel, 
éternel  dans  son  origine  et  dans  son  principe. 

Il  est  impossible  de  s'arrêter  à  d'aussi  sublimes 
considérations,  sans  se  laisser  gagner  par  l'ad- 
miration, l'adoration  et  l'amour  devant  ce  mys- 
tère ineffable  du  Sacerdoce  de  Jésus.  Exaltons 
Jésus,  le  Prêtre  Eternel,  par  nos  louanges,  ho- 
norons-Le par  notre  culte,  aimons-Le  par  toutes 
les  tendresses  de  notre  cœur,  et  glorifions-Le 
par  la  sainteté  de  notre  vie. 

n.  —  Sacerdoce  éternel  dans  le  plap  divii> 

Considérons  maintenant  le  Sacerdoce  éternel 
de  Jésus  sous  un  autre  aspect,  non  plus  tel  qu'il 
est  dans  son  divin  Principe,  mais  tel  qu'il  existe 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  99 

dans  la  pensée  divine  en  rapport  avec  l'écono- 
mie générale  du  plan  divin. 

Tout  en  Dieu  étant  éternel,  sans  commence- 
ment ni  fin,  il  n'y  a  en  lui  ni  passé  ni  futur,  mais 
un  éternel  présent.  Tout  ce  qui  répond  à  nos 
conceptions  de  durée,  succession,  changement, 
n'existe  pas  en  Dieu.  Même  lorsqu'il  crée  les 
mondes  et  appelle  à  l'existence  les  créatures  an- 
géliques  et  humaines,  il  n'en  éprouve  aucun  per- 
fectionnement, aucune  ombre  de  changement  '. 

Dieu  n'a  pas  plus  connaissance  des  distances 
qu'il  n'a  d'horizon  qui  borne  sa  vue.  Tout  ce  qui 
doit  arriver  jusqu'à  la  fin  des  temps,  il  le  sait, 


'  «  Chez  qui  il  n'y  a  pas  de  variation,  ni  à'ombre,  ni  de  chan- 
gement. »  (Jac,  I,  17V  —  «  Dieu  étant  le  premier  être,  tout  à  fait 
simple  et  infini  par  essence,  est  absolument  immuable.  Cet  être 
premier  doit  être  un  acte  pur,  sans  qu'il  n'y  ait  rien  en  lui  qui 
soit  seulement  en  puissance,  parce  que  ce  qui  est  en  puissance 
est  nécessairement  postérieurement  à  ce  qui  est  en  acte.  Or,  tout 
ce  qui  est  susceptible  de  changement  n'existe  sous  certains  rap- 
ports qu'en  puissance.  D'où  l'on  voit  qu'/7  est  impossible  que 
Dieu  subisse  aucun  changement.»  (S.  Thom.,  I  p.,  q.  9,  a.  1). 

Ailleurs,  le  Docteur  angélique  s'expnme  plus  clairement  en- 
core :  «  Par  cela  que  Dieu  donne  l'être  aux  choses  par  un  acte 
de  sa  volonté,  il  est  évident  qu'il  peut,  sans  éprouver  de  chan 
gement,  appeler  de  nouveaux  êtres  à  l'existence.  Il  peut  arriver 
qu'il  veuille  agir  maintenant  après  n'avoir  pas  voulu  auparavant. 
Rien  n'empêche  que,  sans  changement  aucun,  quelqu'un  n'aie 
la  volonté  d'agir  plus  tard,  même  lorsqu'il  n'agit  pas  présen- 
tement. Ainsi,  sans  qu'il  survienne  de  changement  en  Dieu,  il 
peut  arriver  que  Dieu,  quoique  éternel,  n'ait  pas  produit  les 
choses  de  toute  éternité.  »  Op.  2,  c.  97. 


DU    SACERDOCE    DE   JESUS 


il  le  connaît  parfaitement  et  en  détail  ;  et  lorsque 
les  événements  se  succèdent,  à  l'heure  marquée 
par  lui,  il  n'apprend  rien  de  nouveau,  il  a  tout 
prévu,  la  fin,  les  raisons,  les  causes  et  les  effets. 

C'est  ainsi  que  l'humanité,  longtemps  avant 
son  existence,  dans  la  profondeur  des  siècles  qui 
ont  précédé  toute  création,  au  commencement 
de  toutes  choses,  c'est-à-dire  avant  tout  com- 
mencement, dans  l'éternité  de  l'essence  divine, 
était  présente  en  Dieu.  C'est  dans  sa  pensée 
éternelle  qu'elle  a  pris  naissance  et  qu'elle  a  été 
entrevue  dans  toute  sa  réalité  future  ;  Dieu  en  a 
donc  vu  à  l'avance  la  création,  la  prévarication 
et  la  rédemption. 

Il  aurait  pu  la  créer  et,  après  sa  chute,  la  pu- 
nir irrévocablement  ;  mais  il  a  voulu  la  sauver 
et  il  en  a  pris  les  moyens.  Connaissant  toute 
la  malice  du  péché  dont  l'humanité  devait  se 
souiller,  et  sa  sagesse  divine  comme  sa  sainteté 
réclamant  pour  sa  justice  une  réparation  capable 
de  l'apaiser,  il  se  choisit  un  Libérateur  qui  pût 
se  faire  intermédiaire  et  médiateur  entre  lui  et 
les  hommes.  N'en  pouvant  trouver  dans  l'huma- 
nité elle-même,  il  le  prit  dans  son  sein  et  le  mar- 
qua du  sceau  de  Rédempteur  du  genre  humain. 

En  même  temps  que  dans  le  sein  de  la  Tri- 
nité Sainte  une  des  trois  Personnes  divines 
était  vouée  à  cette  œuvre  d'infinie  miséricorde, 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  101 

il  était  décrété  que  non  seulement  elle  se  ferait 
créature,  mais  encore  qu'elle  viendrait  dans  le 
monde  comme  victime  '  et  qu'elle  serait  destinée 
à  la  mort  par  l'effusion  de  son  Sang  -.  La  Victime 
existant,  il  lui  fallait  un  Prêtre  pour  l'immoler. 
Nul  autre  que  le  Verbe  incarné  lui-même  ne 
pouvait  être  le  Sacrificateur  divin  d'une  V^ictime 
divine.  C'est  alors  que  le  Sacerdoce  de  Jésus 
apparaît  au  milieu  des  splendeurs  de  la  Divinité, 
aussi  grand  et  aussi  saint  que  Dieu  lui-même, 
aussi  nécessaire  et  aussi  éternel  que  ses  décrets. 
Son  action  sera  suspendue  jusqu'à  l'appari- 
tion de  l'humanité,  sur  laquelle,  dès  la  première 
heure,  s'exerceront  déjà  par  anticipation  les  di- 
vines influences  de  son  Sacerdoce  ;  son  offrande 


'  «  Le  Christ  s'est  livré  lui-même  pour  nous,  en  s'ofirant  à 
Dieu  comme  une  oblation  et  une  victime  d'une  agréable  odeur.  » 
(Epmés.,  V,  2).  —  «  Le  Christ  est  mort  pour  nos  péchés.»  (I  Cok., 
XV,  3).  —  Le  grand  Apôtre  va  jusqu'à  dire  que  «  Celui  qui  ne 
connaissait  point  le  péché.  Dieu  l'a  fait  péché  pour  nous  » 
(H  Cor.,  v,  21).  —  Saint  Thomas,  commentant  ce  passage,  dit  : 
«  Dieu  a  fait  le  Christ  péché,  non  pour  qu'il  eût  le  péché  en  lui, 
mais  parce  qu'il  l'a  fait  victime  pour  le  péché.  C'est  aussi  dans 
ce  sens  qu'il  est  dit  (Is.,  lui,  6)  que  Dieu  a  mis  l'iniquité  de 
tous  en  lui,  c'est-à-dire  qu'/7  l'a  livré  pour  être  victime  pour 
les  péchés  de  tous  les  hommes.  »  (III  p.,  q.  i5,  a.  1,  ad  4). 

-  «  II  nous  a  aimés  et  nous  a  lavés  de  nos  péchés  dans  son 
sang.>>  (Apoc,  i,  5  .  —  Selon  ce  que  dit  Saint  Paul,  comme 
«  il  n'y  a  pas  de  pardon  sans  effusion  de  sang  »  Hébr.,  ix,  22 1, 
«  c'est  en  Jésus-Christ  que  nous  avons  la  rédemption,  la  ré- 
mission des  péchés,  par  son  sang.  »  (Ephés.,  i,  7). 


102  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

et  son  sacrifice  de  la  Victime  attendi  ont  sa  venue 
dans  la  chair  pour  accomplir  l'œuvre  divine  de 
la  glorieuse  réhabilitation  ;  mais  de  toute  éter- 
nité il  est  Prêtre,  Prêtre  du  ciel  et  de  la  terre, 
Prêtre  de  Dieu  et  des  hommes,  Prêtre  sans  com- 
mencement ni  fin,  Prêtre  unique  qui  était,  qui 
est  et  qui  sera  éternellement. 

Comprenons-nous,  dès  lors,  quelles  peuvent 
être  les  complaisances  divines  du  Père  devant 
ce  Fils  Prêtre,  qui  est  déjà  sa  gloire  substan- 
tielle, et  qui,  dans  la  suite  des  temps,  deviendra 
sa  gloire  créée  et  accidentelle,  il  est  vrai,  mais 
non  moins  digne  de  son  éternelle  dilection  ! 

Représentons-nous,  si  possible,  ce  moment  su- 
prême où,  dans  la  vision  de  1  avenir,  les  trois  Per- 
sonnes divines  contemplent  dans  leur  sein  un 
Prêtre  de  même  essence  qu'ElIes,  grand  comme 
Elles,  saint  comme  Elles,  divin  et  éternel  comme 
Elles  !  C'est  le  temps  dans  l'éternité  et  l'éternité 
dans  le  temps  :  Jésus  en  est  le  centre  et  le  mys- 
tère! Tombons  à  genoux,  adorons,  aimons! 

III.  —  Sacerdoce  éternel  cp  durée 

Dieu  le  Père,  en  se  donnant  un  Prêtre  en 
Jésus,  ne  Lui  confie  pas  un  Sacerdoce  qui  devra 
finir  avec  sa  vie,  mais  bien   un  Sacerdoce  qui 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  103 

devra  durer  éternellement.  C'est  pourquoi  H  Lui 
dit  :  «  Vous  êtes  Prêtre  pour  l'éternité  ».  Ces 
mots  ont  une  signification  aussi  profonde  et 
aussi  essentielle  que  ceux  par  lesquels  il  Le 
déclare  «  son  Fils  engendré  par  lui  ».  Eternité 
de  génération  divine,  éternité  de  consécration 
sacerdotale. 

Dans  la  chair  comme  dans  le  sein  de  Dieu, 
Jésus  demeure  le  Fils  éternellement  engendré  ; 
pareillement,  dans  l'éternité  comme  dans  la 
chair,  Jésus  demeurera  Prêtre  dans  toute  la  per- 
fection divine  de  son  Sacerdoce.  «  Le  Seigneur 
l'a  juré,  lisons-nous  en  saint  Paul,  et  il  ne  s'en 
repentira  pas  :  vous  êtes  Prêtre  pour  l'éternité  '  ». 
Cette  "  parole  du  serment  qui  établit  le  Fils 
inliniment  parfait  -  »,  l'établit  aussi  éternelle- 
ment Prêtre,  l'éternité  de  perfection  dans  le 
Fils  entraînant  l'éternité  du  Sacerdoce  dont  il 
est  investi.  «  Par  là  même,  dit  encore  le  grand 
Apôtre,  qu'il  demeure  éternellement,  il  possède 
un  Sacerdoce  éternel^  ». 

La  Filiation  divine  et  éternelle  du  Verbe  est 
la  raison  essentielle  de  l'éternité  de  son  Sacer- 
doce ;  cette  pensée  revient  sans  cesse  sous  la 
plume  de  saint  Paul  et  fait  comme  le  fond  de  sa 
doctrine.  «  Nous  avons  un  grand  Pontife,  dit-il, 

1  Hébr.,  vu,  21.  —  s  Hébr.,  vu,  28.  —  ^  Hébr.,  vu,  24. 


104  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

qui    a    pénétré    dans    les  cieux,    Jésus   Fils    de 
Dieu  '  ». 

L'union  hypostatique  jette  un  nouveau  jour 
sur  cette  capitale  vérité.  Ce  que  Jésus  a  pris  une 
fois  comme  Verbe  incarné,  Il  l'a  pris  pour  tou- 
jours -.  Il  est  Prêtre  et  Victime  en  tant  qu'Homme, 


'  Hébr.,  IV,  14.  —  «Jésus  est  entré  dans  le  ciel  même  »  Ibid., 
24).  —  «  Le  Christ,  étant  venu  comme  pontife  des  biens  futurs, 
est  entré  une  fois  pour  toutes  dans  le  sanctuaire.  »  (Ibid.,  ix,  12;. 
—  «  Nous  avons  un  pontife  tel,  qu'il  est  assis  à  la  droite  du 
trône  de  la  majesté  divine  dans  les  deux.  »  (Ibid.,  viii,  \\.  — 
<f  Jésus,  parce  qu'il  demeure  éternellement,  possède  un  Sacer- 
doce éternel.  »  (Ibid.,  vu,  24).  —  «  Il  a  été  fait  pontife  pour 
l'éternité.  »  (Ibid.,  vi,  20). 

-  Lorsque  Saint  Paul  dit  :  «  Jésus-Christ  était  hier,  il  est  au- 
jourd'hui, et  /'/  sera  de  même  dans  tous  les  siècles  »  (Hébr., 
XIII,  8),  il  exprime  clairement  qu'il  ne  peut  y  avoir  en  Jésus  au- 
cun changement  et  que  tel  que  nous  l'avons  connu  dans  la 
chair,  tel  les  élus  le  retrouveront  dans  les  siècles  des  siècles. 
Cette  vérité  est  fondée  sur  l'essence  même  de  l'union  hjposta- 
tique,  union  substantielle,  personnelle,  indissoluble  et  éternelle, 
dans  laquelle  il  ne  se  trouve  rien  d'accidentel  ni  de  temporel. 

Le  Docteur  angélique  dit  justement  à  ce  sujet  :  «  L'Eglise  ca- 
tholique enseigne  que  la  nature  humaine  a  été  unie  au  Verbe 
de  Dieu,  non  d'après  son  essence  ou  sa  nature,  ni  par  acci- 
dent, mais  par  un  certain  mode  intermédiaire  selon  la  subs- 
tance ou  l'hypostasc...  Le  Verbe  de  Dieu  a  eu  de  toute  éternité 
Vêtre  complet,  selon  l'hypostase  ou  la  personne.  Dans  le  temps 
la  nature  humaine  lui  est  advenue,  non  qu'il  l'ait  prise  pour 
ne  former  qu'un  seul  être  selon  la  nature  (  comme  le  corps 
est  uni  à  l'âme  dans  le  même  être  \  mais  pour  ne  former  qu'un 
seul  être  selon  l'hypostase  ou  la  personne.  C'est  pourquoi  la 
nature  humaine  n'est  pas  unie  au  Fils  de  Dieu  accidentel- 
lement. »  (  III  p.,  q.  2,  a.  6,  c.  ad  2).  Ailleurs,  il  dit  encore  :  «  De 
ce  que  le  Verbe  a  préexisté  éternellement,  il  ne  s'ensuit  nulle- 


SACERDOCE  ETERNEL  DE  JESUS  lOO 

mais  Prêtre  et  Victime  dans  une  Personne  di- 
vine :  dès  lors,  demeurant  éternellement  Prêtre 
et  V^ictime  comme  la  Personne  divine  elle-même. 
Rien  jamais  ne  pourra  dépouiller  Jésus  de  son 
Sacerdoce  ;  ce  qui  équivaudrait  à  un  amoin- 
drissement dans  sa  perfection  infinie  et  à  un 
véritable  changement  dans  l'essence  de  sa  Per- 
sonne :  deux  absurdités  qui  détruisent  la  notion 
même  de  Dieu. 

N'oublions  pas  que  Jésus  ne  fait  que  passer 
sur  la  terre,  pour  y  accomplir  une  mission  qu'il 
a  reçue  de  son  Père.  Par  la  puissance  de  son 
Sacerdoce,  Il  réalisera  cette  œuvre  divine,  qui 
consiste  dans  la  glorification  de  Dieu  par  le  salut 
du  genre  humain.  Une  fois  cette  œuvre  accom- 
plie. Il  devra  Lui-même  en  être  glorifié  '.  La  Vic- 

ment  que  la  nature  humaine  lui  a  été  ajoutée  par  accident.  Le 
Verbe  a  pris  la  nature  humaine  pour  être  vrai  homme.  Or,  ctre 
homme,  c'est  être  dans  le  genre  de  la  substance.  Si  donc  l'h}'- 
postase  du  Verbe  doit  être  homme  à  son  union  avec  la  nature 
humaine,  cela  ne  lui  est  pas  arrivé  accidentellement  ;  car  les 
accidents  ne  sont  pas  Xêtre  substantiel.  »  (  Contr.  Cent.,  L.  4, 
^-  49- 

'  C'est  l'objet  de  la  dernière  prière  qu'il  adresse  à  son  Père. 
«  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre  Fils.  Je  vous  ai  glo- 
rifié sur  la  terre,  j'ai  accompli  l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée 
à  faire.  Et  maintenant  glorifiez-moi,  vous.  Père,  en  vous-même, 
de  la  gloire  que  j'ai  eue  en  vous  avant  que  le  monde  fût.  » 
Jean,  xvii,  1,  4,  5. 


t06  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

time  qu'il  aura  immolée  aura  droit  à  des  com- 
pensations et  à  des  récompenses  éternelles  '.  Son 
Sacerdoce  qui  aura  opéré  une  telle  merveille 
sera  digne  d'apparaître  lumineux  et  éternelle- 
ment glorieux  dans  la  Jérusalem  céleste. 

Dieu  le  Père  reconnaîtra  son  Fils  bien-aimé 
sous  les  livrées  de  son  Sacerdoce  éternel,  et  il 
voudra  le  glorifier  dans  les  siècles  des  siècles 
pour  l'œuvre  de  salut  et  de  gloire  divine  qu'il 
aura  opérée  -. 

Les  anges  et  les  élus,  qui  devront  leur  béati- 
tude à  son  Sacerdoce,  n'auront  pas  trop  de  l'éter- 
nité pour  Le  bénir  et  Lui  rendre  grâces  •'. 

'  «  Celui  qui  avait  été  abaissé  pour  un  peu  de  temps  au- 
dessous  des  anges,  Jésus,  nous  le  voyons,  à  cause  de  ses  souf- 
frances et  de  sa  mort,  couronné  de  gloire  et  d'honneur.  >> 
Hébr.,  u,  9. 

-  «  Le  Dieu  de  Notre  Seigneur  Jésus-Christ,  le  Père  de  gloire, 
a  déployé  sa  puissance  dans  le  Christ,  en  le  ressuscitant  des 
morts  et  eu  le  faisant  asseoir  à  sa  droite  dans  les  deux,  au- 
dessus  de  toute  principauté,  et  de  toute  puissance,  et  de  toute 
vertu,  et  de  toute  domination,  et  de  tout  nom  qui  peut  être 
nommé,  non  seulement  dans  ce  siècle,  mais  encore  dans  celui 
qui  est  à  venir.  Il  a  mis  toutes  choses  sous  ses  pieds,  et  il  l'a 
donné  pour  chef  à  toute  l'Eglise  qui  est  son  corps,  et  la  pléni- 
tude de  celui  qui  accomplit  toutes  choses  en  tous.  »  Ephés.,  i, 
17,  20-23. 

•'  Saint  Jean,  dans  l'Apocalypse,  nous  décrit  les  louanges  et 
les  chants  des  anges  et  des  saints  dans  la  Jérusalem  céleste  : 
«  Ils  chantaient  un  cantique  nouveau,  en  disant  :  Vous  êtes 
digne.  Seigneur,  de  prendre  le  livre  et  d'en  ouvrir  les  sceaux  ; 
car  vous  avez  été  égorgé,  et,  f)ar  votre  sang  vous  nous  avez 


SACERDOCE  ETERNEL  DE  JESUS  107 

Jésus  Lui-même  entendra  éternellement  les 
accents  divins  de  la  Victime  qui  bénira  le  Prêtre 
de  l'avoir  immolée  ;  et,  à  son  tour,  le  divin  Sa- 
crificateur rendra  d'éternelles  actions  de  grâces 
à  l'adorable  V^ictime  qui  se  sera  prêtée  à  son 
action  sacrificatrice.  L'éternité  seule  pourra  sa- 
tisfaire de  telles  exigences  divines. 

Non,  un  Jésus  Prêtre  ne  peut  l'être  pour  un 
temps  seulement  :  Il  réclame  essentiellement 
l'éternité  de  durée  comme  l'éternité  d'origine. 

Un  Jésus,  Prêtre  de  par  les  desseins  adorables 
dans  les  décrets  éternels,  doit  nécessairement, 
pour  être  le  couronnement  du  plan  divin,  per- 
pétuer sans  tin  son  Sacerdoce. 

Un  Jésus  Prêtre-Victime,  qui  vit  et  meurt 
pour  des  fins  éternelles,  est  destiné  à  une  gloire 
divine  dans  les  siècles  des  siècles. 

"  Ayant  offert  une  seule  hostie  pour  les  pé- 
chés, Jésus  s'est  assis  pour  toujours  à  la  droite 
de  Dieu  '.  » 

A  Lui  seul  honneur  et  gloire  ! 

rachetés  pour  Dieu,  de  toute  tribu,  de  toute  langue,  de  tout 
peuple  et  de  toute  nation...  Je  regardai,  et  j'entendis  la  voix 
d'anges  nombreux  autour  du  trône,  qui  disaient  d'une  voix  forte  : 
L'Agneau  qui  a  été  égorgé  est  digne  de  recevoir  la  puissance, 
la  divinité,  la  sagesse,  la  force,  l'honneur,  la  gloire  et  la  béné- 
diction... A  celui  qui  est  assis  sur  le  trône  et  à  l' Agneau, 
bénédiction,  honneur,  gloire  et  puissance  dans  les  siècles  des 
siècles.  »  Apoc,  v,  9,  ii-i3. 
'  Hébr..  X,  12. 


108  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

IV.  —  Sacerdoce  éternel  dans  ses  effets 
et  ses  efficacités 

D'après  les  décrets  divins,  Jésus  ne  devait  être 
Prêtre  ici-bas  que  pour  opérer  une  oeuvre  de 
glorification  et  de  salut  éternels.  Pas  plus  que 
son  Sacerdoce  lui-même,  les  fruits  n'en  pou- 
vaient être  contenus  dans  les  limites  du  temps. 
V^enu  pour  rendre  à  son  divin  Père  une  gloire 
que  le  péché  lui  avait  ravie,  Il  ne  pouvait  la  lui 
donner  imparfaitement  et  pour  un  temps  seule- 
ment ;  cette  gloire,  œuvre  divine  d'un  Sacer- 
doce divin,  devait  nécessairement  être  éternelle 
comme  le  Prêtre  qui  la  lui  offrait. 

Il  suffisait,  pour  cela,  que  Jésus  remplît  la 
condition  que  le  Père  Lui  avait  imposée,  en 
L'envoyant  dans  le  monde  :  sauver  le  genre  hu- 
main, en  portant  le  poids  de  ses  péchés  et  en 
payant  pour  ses  iniquités  '.  Toute  la  mission  de 

'  «  C'est  une  parole  certaine  et  absolument  digne  d'être  ac- 
ceptée, que  le  Christ  Jésus  est  venu  en  ce  monde  pour  sauver 
les  pécheurs.  ^^  (I  Tim.,  i,  i5''.  —  Les  textes  abondent  dans  l'Evan- 
gile et  les  Epîtres,  pour  nous  dire,  sous  toutes  les  formes,  que 
c'est  là  l'unique  mission  du  Verbe  incarné.  Saint  Jean  déclare 
que  c'est  la  pensée  du  Père  :  «  Dieu,  dit-il,  nous  a  envové  son 
Fils  comme  une  propitiation  pour  nos  péchés  »  (I  Jean,  iv,  lo). 
—  C'est  également  celle  du  Fils,  ajoute  Saint  Paul  lorsqu'il 
met  dans  la  bouche  de  Jésus  entrant  dans  le  monde  ces  paroles 
mémorables  :  «  Les  holocaustes  et  les  sacrifices  pour  le  péché 


SACERDOCE  ETERNEL  DE  JESUS  IO9 

Jésus  est  là  :  être  Prêtre,  posséder  une  Victime 
et  l'immoler.  Le  Prêtre,  c'est  Lui  ;  la  Victime, 
c'est  Lui  ;  le  Sacrificateur,  c'est  Lui  ;  le  Sacrifice, 

ne  vous  ont  pas  plu  ;  mais  vous  m'avez  formé  un  corps.  Alors 
j'ai  dit  :  Me  voici,  je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté.  » 
(Hébr.,  X,  5-7).  —  L'ange  déjà  avait  annoncé  à  Saint  Joseph  que 
Jésus  viendrait  pour  «  sauver  son  peuple  de  ses  péchés  »  (Mat., 
I,  2i\  Ce  qui  n'exclut  pas  l'expiation  du  péché  de  l'humanité 
tout  entière,  selon  ce  que  dit  le  prophète  Isaïe  du  Sauveur, 
ii.iii,  5  ,  lequel  «  a  été  blessé  pour  nos  iniquités  et  brisé  pour 
nos  crimes  ;  Dieu  a  mis  Xiniquité  de  tous  en  lui  »,  et  plus  clai- 
rement encore  Saint  Jean  (I,  11,  1,2):  «  Nous  avons  un  avocat 
auprès  du  Père,  Jésus-Christ  le  Juste,  c'est  lui  qui  est  une 
propitiation  pour  nos  péchés,  et  non  seulement  pour  les  nôtres, 
mais  aussi  pour  ceux  du  monde  entier  ».  —  Quand  Saint  Paul, 
exprimant  la  même  pensée,  dit  que  «  le  Christ  s'est  offert  une 
fois  pour  effacer  les  péchés  de  beaucoup  »  (Hébr.,  ix,  28',  il 
ne  restreint  pas  davantage  les  effets  de  la  rédemption,  mais 
il  fait  allusion  à  ceux  qui  se  seront  approprié  la  vertu  du  sang 
de  Jésus.  C'est  d'ailleurs  dans  le  même  sens  que  Jésus  Lui- 
même,  à  l'heure  solennelle  de  l'institution  de  l'Eucharistie,  dit, 
en  présentant  le  calice  à  ses  apôtres  :  »  Ceci  est  mon  sang  du 
Nouveau  Testament,  qui  sera  versé  pour  un  grand  nombre  en 
rémission  des  péchés  »  (Mat.,  xxvi,  28). 

C'est  bien,  en  effet,  par  sa  mort  que  Jésus  nous  a  purifiés  de 
nos  péchés.  «  Le  Christ  est  mort  une  fois  pour  nos  péchés  », 
dit  Saint  Pierre  L  •",  18*.  Saint  Paul  s'exprime  dans  les  mêmes 
termes,  dans  sa  première  lettre  aux  Corinthiens  :xv,  3)  ;  dans 
son  épître  aux  Hébreux,  il  indique  l'efficacité  divine  de  sa  mis- 
sion, en  disant  que  Jésus  «  a  paru  pour  abolir  le  péché  par 
son  sacrifice  <.i\.  26;.  Ce  sacrifice  n'est  autre,  (selon  Saint  Jean}, 
que  la  mort  de  Jésus  par  l'effusion  de  son  sang  :  «  Jésus  nous  a 
aimés  et  nous  a  lavés  de  nos  péchés  dans  son  sang  »  (Apoc., 
I,  5).  La  parole  de  l'amour,  qui  éclaire  divinement  le  mystère  de 
la  rédemption  de  l'humanité  :  «  Personne  n'a  un  plus  grand 
amour  que  celui  qui  donne  sa  vie  pour  ses  amis.  »(  Jean,  xvi,  i3). 
Saint  Paul  peut  s'écrier,  et  nous  avec  lui  ;  «  //  m'a  aimé  et  il 


110  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

c'est  Lui  !  Il  suffit  qu'il  meure,  et  II  donne  sa 
vie.  La  justice  divine  réclame  tout  le  sang  de 
ses  veines,  et  II  le  verse.  Au  moment  où  II 
exhale  le  dernier  soupir,  l'enfer  se  ferme,  le 
ciel  s'ouvre,  la  réconciliation  entre  Dieu  et  les 
hommes  s'opère,  la  réhabilitation  de  l'humanité 
est  complète  :  «  par  son  immolation,  dit  saint 
Paul,  il  est  devenu  la  cause  du  salut  éternel  ^  >. 
Prêtre  pour  l'éternité,  Jésus  devait  «  pénétrer 
dans  les  cieux,  afin  de  s'offrir  sans  cesse  pour 
nous  devant  la  face  de  Dieu-».  Victime  autant 
que  Prêtre,  il  ne  pouvait  y  entrer  qu'avec  son 
propre  sang,  par  l'effusion  duquel  11  nous  avait 
acquis  une  éternelle  rédemption  '■■.  «  Pontife  des 
biens  futurs  »,  son  Sacerdoce  devait  s'exercer 
encore  au-delà  du  temps,  dans  la  consommation 
du  bonheur  éternel  des  élus  ^'. 


s'est  livré  lui-même  pour  moi.  »  (Gal.,  ii,  20).  Oui,  «  marchons 
dans  l'amour,  comme  le  Christ  qui  nous  a  aimés  et  qui  s'est 
livré  lui-même  pour  nous  \\  Dieu,  comme  une  oblation  et  un 
sacrifice  d'agréable  odeur.  »    Ephés.,  v,  2). 

1  Hébr.,  V,  9. 

2  Hébr.,  IX,  24. 

3  Hébr.,  ix,  12. 

■4  «  Le  Sacerdoce  de  Jésus  a  été  éternel,  dit  Saint  Thomas, 
non  quant  à  l'oblation  du  sacrifice,  mais  quant  à  sa  consom- 
mation qui  consiste  dans  les  biens  éternels.  Dans  l'office  du 
Prêtre,  on  peut  considérer  deux  choses  :  I"  X ablation  même  du 
sacrifice  ;  2>'  sa  consommation ,  qui  consiste  en  ce  que  ceux  pour, 
lesquels  on  l'offre  obtiennent  ce  que  le  sacrifice  a  pour  fin.  Or 


SACERDOCE  ETERNEL  DE  JESUS  111 

Comment  avoir  seulement  la  pensée  que  Jésus 
puisse  n'être  pas  éternellement  Prêtre,  lorsque 
toute  la  gloire  que  Dieu  prendra  dans  ses  saints 
viendra  de  celle  que  lui  aura  procurée  son  Fils 
en  se  faisant  le  Sauveur  de  l'humanité? 

Comment  se  figurer  l'absence  du  Sacerdoce 
dans  le  Libérateur  universel,  au  milieu  des 
aiges  et  des  saints  qui  tous  devront  sans  fin 
Icur  félicité  au  Prêtre  qui  les  aura  sauvés^? 

En  outre,  Jésus  Prêtre  ne  terminera  sa  mis- 
sion sacrificatrice  et  rédemptrice  sur  la  terre 
que  pour  en  remplir  une  autre  dans  l'éternité  ; 
car,  en  même  temps  qu'il  a  été  consacré  Prêtre 
par  son  Père,  Il  a  été  établi  le  Souverain  Juge 

le  sacrifice  que  le  Christ  a  offert  a  eu  pour  fin  non  les  biens 
temporels,  mais  les  biens  éternels  que  nous  acquérons  par  sa 
mort.  D'où  il  est  dit  Hébr.,  ix,  12  '  que  le  Christ  «  est  le  pontife 
des  biens  futurs  »,  et  c'est  sous  ce  rapport  qu'on  dit  que  sou 
sacrifice  est  éternel.  »  III  p.,  q.  22,  a.  5. 

Plus  loin  lad  2)  il  ajoute  :  «  Quoique  la  passion  et  la  mort  du 
Christ  ne  doivent  pas  se  renouveler,  cependant  la  vertu  de  cette 
hostie  une  fois  offerte  subsiste  éternellement,  parce  que,  comme 
le  dit  Saint  Paul  (Hkbr.,  x,  14  :  «  Par  une  seule  oblation  il  a 
rendus  /iar/aifs  pour  l'éternité  ceux  qu'il  a  sanctifiés.  » 

'  «  Les  saints  dans  le  ciel,  continue  le  Docteur  angélique, 
n'auront  plus  besoin  d'être  purifiés  par  le  sacerdoce  du  Christ  ; 
mais,  étant  purifiés,  ils  auront  besoin  d'être  consommés  par  le 
Christ  duquel  leur  gloire  dépend.  D'où  il  est  dit  Apec,  xxi, 
23 1  :  que  «  la  gloire  de  Dieu  éclaire  la  cité  des  saints  et  que 
l'Agneau  est  son  flambeau.  »  III  p.,  q.  22,  a.  5,  ad  1. 


112  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

des  vivants  et  des  morts.  Le  jugement  Lui  ap- 
partient en  propre  comme  le  Sacerdoce  et  il  en 
est  une  conséquence.  Il  est  Juge  parce  qu'il  est 
Prêtre  ^ 

'  Le  pouvoir  judiciaire  lui  a  été  donné  en  propre.  Le  Père  se 
repose  entièrement  sur  lui  pour  juger.  «  Le  Père  ne  juge  per- 
sonne, mais  il  a  remis  an  Fils  tout  pouvoir  de  juger  »,  lisons- 
nous  en  Saint  Jean  (v,  22).  Ce  pouvoir  ne  connaît  aucune  limit;: 
«  C'est  lui  qui  a  été  établi  par  Dieu  juge  des  vivants  et  •>  s 
morts  »  iAcT.,  x,  42.  Quoique  Jésus  soit  juge  tout  d'abonni  n 
tant  que  Dieu,  comme  dit  Saint  Thomas  :  «  Le  Christ,  corivne 
Dieu,  est  assis  à  la  droite  de  Dieu  son  Père,  dans  le  sens  qu'il  a 
avec  le  Père  la  gloire  de  la  divinité,  la  béatitude  et  la  puis- 
sance judiciaire  »  flll  p.,  q.  58,  a.  2);  et  plus  loin  :  «  Comme 
le  Fils  est  la  sagesse  engendrée  et  la  vérité  qui  procède  du  Père 
et  qui  le  représente  parfaitement,  c'est  pour  ce  motif  que  la 
puissance  judiciaire  lui  est  attribuée  en  propre  »  (q.  Sg,  a.  1 1  ; 
néanmoins,  c'est  plutôt  en  tant  qu'homme  qu'il  a  reçu  le  pouvoir 
judiciaire,  selon  ce  que  déclare  Jésus  lui-même  en  Saint  Jean  : 
I'  Le  Père  lui  a  donné  la  puissance  de  juger,  parce  qu'il  est  le 
Fils  de  l'homme  »    v,  271. 

Le  même  saint  Docteur  donne  un  commentaire  fort  clair  de 
ces  paroles.  «  Il  faut  observer,  dit-il,  que  quoique  l'autorité  pre- 
mière nécessaire  pour  juger  soit  en  Dieu,  néanmoins  la  puis- 
sance judiciaire  est  confiée  par  Dieu  aux  hommes  par  rapport 
à  ceux  qui  sont  soumis  à  leur  juridiction.  Or,  le  Christ  consi- 
déré dans  sa  nature  humaine  est  le  chef  de  toute  l'Eglise  et 
Dieu  a  tout  soumis  sous  ses  pieds.  Par  conséquent,  //  lui  ap- 
partient, comme  homme,  d'avoir  la  puissance  judiciaire.  C'est 
pour  cette  raison  que  Saint  Augustin  dit  Traité  xix  sur  Saint 
Jean  ,  que  ce  passage  de  l'Evangile  doit  s'entendre  ainsi  :  non 
à  cause  de  la  condition  de  sa  nature,  parce  qu'alors  tous  les 
hommes  auraient  cette  puissance,  mais  parce  que  ceci  appar- 
tient à  la  grâce  de  chef  qu'il  a  reçue  dans  sa  nature  humaine» 
(III  p.,  q.  59,  a.  2). 

Remarquons,  comme  s'exprime  encore  Saint  Thomas,  que 
cette  puissance  non  seulement  convient  à  Jésus  comme  homme, 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  ll3 

Ayant  sauvé  les  hommes  par  la  puissance  de 
son  Sacerdoce,  Il  a  le  droit  de  les  juger  sur  la 
manière  dont  ils  auront  usé  de  ses  mérites  et 
de  ses  grâces  ^  En  vertu  de  la  même  puissance 
sacerdotale  par  laquelle  II  s'est  immolé  comme 
Victime  divine,  Il  fera  de  ses  élus,  des  victimes 
de  son  amour  et  des  réprouvés,  des  victimes  de 
sa  justice  -. 

mais  encore  qu'elle  est  le  fruit  de  ses  mérites.  «  La  puissance 
judiciaire  convient  au  Christ,  comme  homme,  et  à  cause  de  sa 
personne  divine,  et  à  cause  de  sa  dignité  de  chef,  et  à  cause  de 
la  plénitude  de  sa  grâce  habituelle.  Cependant  //  l'a  encore 
acquise  par  ses  mérites  ;  de  telle  sorte  qu'il  est  conforme  à  la 
justice  de  Dieu  que  celui  qui  a  combattu  pour  elle,  qui  a  vaincu 
et  qui  a  été  injustement  condamné,  soit  juge.  D'où  il  dit  lui- 
même  Apoc,  ni,  21)  :  «  J'ai  vaincu  et  je  me  suis  assis  sur  le 
trône  de  mon  Père.  »  Or,  par  le  trône  on  entend  la  puissance 
judiciaire,  d'après  ces  paroles  du  Psalmiste  (Ps.  ix,  5)  :  «  Vous 
êtes  assis  sur  un  trône,  vous  qui  jugez  la  justice.  »  (III  p., 
q.  59,  a.  3). 

'  «  Le  Fils  de  l'homme  doit  venir  dans  la  gloire  de  son  Père, 
avec  ses  anges,  et  alors  /'/  rendra  à  chacun  selon  ses  œuvres.  » 
(Mat.,  XVI,  271.  —  «  Dieu  jugera  par  Jésus-Christ  les  actions 
secrètes  des  hommes  »  (Rom.,  h,  161.  «  Car  il  faut  que  nous 
comparaissions  tous  devant  le  tribunal  du  Christ,  afin  que  cha- 
cun reçoive  ce  qui  lui  est  dû,  selon  le  bien  ou  le  mal  qu'il 
aura  fait.  »  (II  Cor.,  v,  10).  —  D'après  le  grand  Apôtre,  c'est 
bien  comme  Prêtre  que  Jésus  apparaîtra  alors  :  «  Jésus  est 
entré  dans  le  ciel  même...  Il  n'a  paru  qu'une  seule  fois  pour 
abolir  le  péché  par  son  sacrifice...  Une  seconde  fois  il  appa- 
raîtra sans  péché,  pour  donner  le  salut  à  ceux  qui  l'atten- 
dent. »  (Hébr.,  IX,  24,  26,  28U 

^  «  «  Quand  le  Fils  de  l'homme  viendra  dans  sa  majesté,  et 
tous  les  anges  avec  lui,  il  siégera  sur  le  trône  de  sa  majesté.  Et 
toutes  les  nations  de  la  terre  seront  rassemblées  devant  lui,  et 


114  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Eternellement  ses  jugements  demeureront  et 
seront  un  honneur  rendu  aux  efficacités  divines 
de  son  Sacerdoce. 

Tout  ce  que  le  ciel  peut  contenir  de  joie,  de 
délices,  d'ivresse  et  de  béatitude  sera  un  eff'et 
des  récompenses  éternelles  obtenues  par  le  Sa- 
cerdoce de  Jésus.  Jésus-Prêtre  restera  le  centre, 
la  source,  la  cause,  la  fin  de  la  félicité  des  bien- 
heureux. Il  sera  Lui-même  leur  béatitude  K  C'est 


//  séparera  les  uns  des  autres,  comme  le  pasteur  sépare  les 
brebis  des  boucs.  Il  placera  les  brebis  à  sa  droite  et  les  boucs  à 
sa  gauche.  Alors  le  roi  dira  à  ceux  qui  seront  à  sa  droite  :  Venez, 
les  bénis  de  mon  Père,  prenez  possession  du  royaume  qui  vous 
a  été  préparé  dès  l'origine  du  monde.  Alors  il  dira  aussi  à  ceux 
qui  seront  à  sa  gauche  :  Retirez-vous  de  moi,  maudits,  dans  le 
feu  éternel  qui  a  été  préparé  pour  le  diable  et  ses  anges.  »  Mat., 
XXV,  3 1-34,  4^- 

'  Jésus  s'est  plusieurs  fois  proclamé  la  vie  éternelle.  Saint 
Paul,  à  son  exemple,  déclare  que  «  la  vie  éternelle  est  en  Jésus- 
Christ  notre  Seigneur»  (Rom.,  vi,  23  i;  et  Saint  Jean,  de  son 
côté,  appuie  sur  cette  vérité  :  «  Dieu,  dit-il,  nous  a  donné  la  vie 
éternelle,  et  cette  vie  est  dans  son  Fils  ;  celui  qui  a  le  Fils  a  la 
vie,  celui  qui  n'a  pas  le  Fils  n'a  pas  la  vie  »  (I  Jean,  v,  ii,  12). 
Mais  la  vie  éternelle,  nous  enseigne  Jésus  (Jean,  xvii,  3),  con- 
siste dans  la  connaissance  de  Dieu.  Or,  dit  Saint  Thomas  : 
«  Cette  connaissance,  ce  ne  sera  pas  un  ange  qui  la  donnera  à 
un  autre  ange  ni  à  l'homme,  ce  ne  sera  pas  non  plus  un  homme 
qui  la  donnera  aux  anges  et  aux  hommes  ;  mais  ce  sera  le  Fils 
de  Dieu  qui  seul  donnera  cette  heureuse  connaissance  à 
l'ange  et  à  l'homme,  parce  que,  comme  il  l'atteste  lui-même 
(Mat.,  XI,  27)  :  «  Personne  ne  connaît  le  Père,  si  ce  n'est  le  Fils 
et  celui  à  qui  le  Fils  aura  voulu  le  révéler.  »  (Op.  62,  c.  1). 

Et  plus  loin,  développant  la  même  pensée,  il  ajoute:  «  Uunion 
de  l 'âme  fidèle  à  Dieu,  dans  la  béatitude,  se  fait  par  le  Fils 


SACERDOCE  ÉTERNEL  DE  JÉSUS  ll5 

dans  son  Sacerdoce  éternel  qu'ils  puiseront  leur 
gloire  et  leur  éternité  de  bonheur. 

Le  sein  de  Dieu  aura  été  le  principe  du  Sacer- 
doce de  Jésus,  l'éternité  en  sera  la  consomma- 
tion. L'œuvre  sacerdotale  de  Jésus  accomplie 
ici-bas  entre  ces  deux  extrêmes  emprunte  à 
l'éternité  d'origine  et  à  l'éternité  finale  son  ca- 
ractère divin  et  éternel.  Jésus  exprime  cette 
pensée  lorsqu'il  dit  :  «  Je  suis  sorti  du  Père  et  je 
suis  venu  dans  le  monde  ;  maintenant  Je  quitte 
le  monde  et  je  vais  au  Père  '  »,  Il  parle  comme 
Prêtre  et  comme  Prêtre  Eternel.  En  sortant  du 

de  Dieu  qui  a  pris  la  nature  humaine  pour  l'élever  à  l'union 
divine.  Et  cette  union,  le  Fils  de  Dieu  l'a  obtenue  par  cette 
fervente  prière  où  il  dit  à  son  Père  (Jean,  xvii,  21 1  :  «Comme 
vous  êtes  en  moi,  ô  mon  Père,  et  que  je  suis  en  vous,  qu'eux 
aussi  ne  soient  qu'un  en  nous  »  ;  et  encore  ilem.,  23 1  :  «  Vous 
êtes  en  moi,  je  suis  en  eux,  qu'ils  soient  consommés  en  un.  » 
Et  il  existe  une  union  parfaite  là  où  le  Père  et  le  Fils  ne 
font  qu'un,  et  où  le  Fils,  en  sa  qualité  de  chef  de  l'Eglise, 
passe  avec  tous  ses  membres,  c'est-à-dire  tous  les  fidèles,  à 
l'union  paternelle.  »  —  «  L'âme,  conclut-il,  est  unie  à  Dieu 
dans  la  béatitude,  car  tout  ce  que  Dieu  possède  de  béatitude 
par  sa  propre  nature,  le  Seigneur  Jésus  nous  l'a  obtenu  par 
grâce,  lorsqu'il  a  dit  Jean,  xvn,  24;  :  «  Père,  ceux  que  vous 
m'avez  donnés,  je  veux  que  là  où  je  suis,  ils  soient  avec  moi, 
afin  qu'ils  voient  la  gloire  que  vous  m'avez  donnée  »  et  221  «  que 
je  leur  ai  donnée  ».  Cette  gloire,  le  Père  la  communique  au  Fils 
en  lui  donnant  la  béatitude  éternelle  qu'il  a  communiquée  à 
tous  les  élus.  »  (Op.  62,  c.  41. 
*  Jean,  xvi,  28. 


It6  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Père,  Il  ne  Ka  cependant  pas  quitté;  en  remon- 
tant vers  lui.  Il  n'a  fait  que  continuer  à  y  de- 
meurer ;  en  venant  dans  le  monde,  Il  a  obéi  à 
son  Père  qui  L'a  envoyé  pour  y  être  Prêtre  et 
Victime  ;  en  quittant  le  monde.  Il  termine  sa  vie 
terrestre  par  le  Sacrifice  suprême  de  son  éternel 
Sacerdoce. 

Oh  !  qu'il  soit  loué  à  jamais  et  mille  fois  béni 
ce  Prêtre  d'amour  et  de  miséricorde  qui  nous  a 
sauvés  pour  nous  offrir  à  son  divin  Père,  comme 
des  trophées  de  son  Sacerdoce,  et  que  nous  re- 
trouverons au  ciel  pour  Le  glorifier  et  L'aimer 
sans  fin  ! 


Jésus,    Prêtre    Eternel 


O  Jésus 

que  Vous  êtes  grand  et  magnifique 

dans  les  splendeurs 

de  votre  Sacerdoce  Eternel  ! 

Que  Vous  êtes  adorable 

dans  le  choix  que  votre  divin  Père 

fait  de  Vous 

pour  être  notre  Prêtre  ! 

Que  Vous  êtes  beau  et  magnanime 

dans  l'accomplissement 

de  votre  mission  sacerdotale 

sur  la  terre  ! 

Que  Vous  êtes  puissant 

dans    les    e^cacités    divines 

de  votre  Sacerdoce  ! 

Que  Vous  êtes  glorieux 

dans   le  couronnement   au   ciel 

de  votre  divin  Sacrifice  ! 

Que   Vous  êtes    sublime 

dans  le  triomphe 

qui    Vous    consacre    à  jamais 

le  divin  Prêtre  de  l'éternité  ! 


CHÎ\PITRE   TROISIEME 

De  l'actuatioi) 

du  Sacerdoce  de  Jésus 

dans  le  temps 


CHAPITRE    TROISIEiME 


De  ractuatioi>  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dans  le    temps 


"  Le  Christ  vient  comme  pontife  des 
biens  futurs...  Voila  pourquoi  il  est 
devenu  le  médiateur  du  nouveau  tes- 
tament. » 

Tlébr.,  IX,  11,  13. 

Tout  divin  et  éternel  que  soit  le  Sacerdoce  en 
la  Personne  de  notre  adorable  Sauveur,  nous 
ne  devons  point  perdre  de  vue  qu'il  ne  Lui  est 
donné  que  pour  être  exercé  ici-bas.  Ce  Jésus 
consacré  Prêtre  par  Dieu  son  Père,  ne  l'a  été 
que  pour  le  glorifier  sur  la  terre  comme  il  l'est 
au  ciel.  Il  L'a  fait  l'un  de  nous  afin  de  tirer  de 
l'humanité  elle-même  cette  gloire  qui  est  la  fin 
de  son  Sacerdoce. 

S'il  n'y  avait  eu  le  péché  à  réparer  et  une  hu- 
manité à  sauver,  le  Verbe  incréé  ne  serait  point 
devenu  le  Verbe  incarné,  et  le  titre  glorieux  de 
Prêtre  qui  a  fait  de  Jésus  notre  Sauveur  ne  Lui 
aurait  point  été  décerné.  De  sorte  que  pour  com- 
prendre vraiment  Jésus  en  tant  que  Prêtre,  il 


122  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

faut  en  avoir  une  connaissance  précise  et  pra- 
tique en  Le  considérant  ici-bas  dans  l'exercice 
même  de  son  Sacerdoce. 

Nous  savons  déjà  pourquoi  II  est  Prêtre,  nous 
connaissons  l'auteur  et  la  fin  de  son  Sacerdoce, 
nous  en  avons  admiré  l'origine  divine  et  entrevu 
les  splendeurs  futures  ;  il  nous  reste  à  connaître 
la  réalisation  dans  le  temps  des  desseins  ado- 
rables formés  par  la  miséricorde  divine  au  sein 
de  la  Trinité  Sainte. 

Dans  le  reste  de  cet  ouvrage,  les  divers  as- 
pects de  l'exercice  terrestre  du  Sacerdoce  de 
Jésus  vont  passer  successivement  devant  nos 
yeux.  Nous  entendrons  parler  et  nous  verrons 
agir  le  Souverain  Prêtre  gardien  de  la  divine 
Victime,  l'accompagnant  pas  à  pas  dans  la  vie, 
l'assistant  partout  et  toujours,  l'offrant  sans 
cesse  à  Dieu  son  Père,  la  conduisant  à  l'autel 
du  sacrifice  et  l'immolant  pour  le  rachat  de  l'hu- 
manité. Scènes  sublimes  d'un  amour  sans  égal, 
d'une  puissance  infinie  et  d'une  glorification 
éternelle.  Sublimité  qui  consacrera  à  jamais  le 
triomphe  et  la  gloire  de  Jésus  Prêtre  et  Victime, 
Sauveur  du  monde. 


Toutefois,  avant  d'entrer  dans   les  détails  de 
la  vie  sacerdotale  et  sacrificatrice  de  l'Homme- 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         120 

Dieu,  jetons  un  coup  d'oeil  sur  la  nature  humano- 
divine  du  Sacerdoce  en  Jésus.  Voyons  comment 
Il  est  Prêtre  en  tant  qu'Homme  tout  aussi  bien 
qu'en  tant  que  Dieu,  comment  et  pourquoi  son 
Sacerdoce  exercé  dans  la  chair  était  nécessaire 
et  produisait  des  effets  divins,  et  enfin  la  part 
commune  que  son  Humanité  et  sa  Divinité  ont 
eue  dans  les  mérites  infinis  de  sa  vie,  de  sa  pas- 
sion et  de  sa  mort. 

Jésus  Prêtre  au  sein  de  l'humanité  n'est  pas 
moins  digne  de  nos  adorations  et  de  notre  amour 
que  lorsque  de  toute  éternité  H  était  le  Verbe 
ineffablement  engendré  dans  la  Divinité.  Con- 
templons-Le avec  foi  dans  la  réalité  terrestre  de 
son  Sacerdoce,  dans  le  caractère  à  la  fois  divin 
et  humain  de  l'œuvre  sublime  qu'il  est  venu 
accomplir  parmi  les  hommes,  et  supplions-Le 
de  nous  donner  l'intelligence  d'un  si  haut  mys- 
tère, la  gloire  et  le  salut  de  l'humanité  '. 


*  «  Soyez  remplis  de  toutes  les  richesses  d'une  parfaite  intel- 
ligence, dans  la  connaissance  du  mystère  de  Dieu  le  Père 
et  du  Christ  Jésus,  en  qui  sont  cachés  tous  les  trésors  de  la 
sagesse  et  de  la  science.  »  (Col.,  ii,  2,  3).  —  «  Si  l'on  consi- 
dère avec  attention  et  piété  le  mystère  de  l'Incarnation,  dit 
Saint  Thomas,  on  y  trouvera  une  telle  profondeur  de  sagesse, 
que  nulle  intelligence  humaine  n'y  pourra  atteindre.  Aussi  qui- 
conque médite  pieusement  ce  mystère  y  découvre  sans  cesse 
des  raisons  de  plus  en  plus  admirables.  »  (  Contr.  Cent., 
L.  4,  c.  27). 


124  ou    SACERDOCE    DE   JESUS 


I.  —  Jésus  est  Prêtre  en  tant  qu'Homme 

Cela  ne  veut  pas  dire  que  l'Humanité  seule  en 
Jésus  a  été  honorée  du  Sacerdoce,  puisque  si 
Jésus  est  Homme  II  est  également  Dieu.  Tout 
au  contraire,  ce  qui  est  dit  de  l'Humanité  en 
Jésus  n'étant  dit  que  de  sa  nature  humaine,  la- 
quelle n'a  point  de  personnalité  humaine,  con- 
vient directement  et  proprement  à  sa  Personne 
divine.  C'est  en  toute  rigueur  d'expression  que 
le  Verbe  incarné  est  Dieu  et  Homme  et  que  ses 
deux  natures,  divine  et  humaine,  ont  chacune 
leurs  opérations  distinctes  et  leurs  attributions 
propres  '. 

Par  l'Union  hypostatique,  la  Personne  du 
Verbe  reçoit  l'Humanité  et  l'élève  ainsi  à  la  di- 
gnité de  la  Divinité.  Jésus  est  Dieu  par  essence 
et  il  ne  fait  qu'un  avec  Dieu  ;  Il  est  Homme  par 

'  «  Comme  on  peut  appliquer  à  chaque  suppôt  d'une  nature 
quelconque  les  choses  qui  conviennent  à  la  nature  dont  il  est 
le  suppôt,  et  comme  dans  le  Christ  il  n'y  a  <\\xun  suppôt  pour 
la  nature  divine  et  pour  la  nature  humaine,  il  est  clair  que 
l'on  peut  attribuer  à  ce  suppôt  de  l'une  et  l'autre  nature,  et 
cela  indifféremment,  ce  qui  regarde  la  nature  divine,  comme 
ce  qui  regarde  la  nature  humaine...  Les  choses  divines  sont 
attribuées  au  Christ  sous  le  rapport  de  la  nature  divine,  et  les 
choses  humaines  sous  le  rapport  de  la  nature  humaine.  » 
S.  Thom.,  Op.  2,  c.  211. 


M 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         125 

sa  nature  humaine  et  II  est  une  même  chose 
avec  les  hommes,  mais  l'Humanité  en  Lui  est  la 
propriété  de  la  Divinité.  Jésus,  Prêtre  en  tant 
qu  Homme,  c'est  donc  en  Lui  la  Personne  di- 
vine possédant  dans  sa  nature  humaine  le  ca- 
ractère du  Sacerdoce. 

En  tant  que  Dieu,  notre  divin  Sauveur  ne 
pouvait  recevoir  d'autre  onction  que  l'onction 
ineffable  et  divine  par  laquelle  sa  génération 
éternelle  Le  consacre  la  splendeur  de  la  gloire 
du  Père.  Mais  devant  accomplir  dans  le  temps 
une  œuvre  humano-divine,  U  reçoit  comme 
Homme  un  Sacerdoce  que  sa  Personne  divine 
rend  divin  et  auquel  elle  communique  des  effi- 
cacités et  des  mérites  infinis  '. 

«  Lorsque  fut  venue  la  plénitude  des  temps, 
nous  dit  saint  Paul,  Dieu  envoya  son  Fils  formé 
de  la  femme  afin  de  racheter  ceux  qui  étaient 
sous  la  Loi'^».  L'heure  de  la  miséricorde  avait 
sonné  :  il  fallait  un  Sauveur  sorti  de  l'humanité, 

*  «  Tout  pontife  est  pris  d'entre  les  hommes  »,  nous  enseigne 
Saint  Paul  (Hébr.,  v,  i);  et  comme  la  nature  du  pontife  est 
d'être  médiateur  entre  Dieu  et  les  hommes,  il  dit  ailleurs  1  Tim., 
Il,  5)  «  qu'il  y  a  un  seul  médiateur,  Jésus-Christ  homme  ». 
«  Puisque,  selon  que  s'exprime  Saint  Thomas,  le  Christ,  comme 
Dieu,  n'est  éloigné  de  Dieu  d'aucune  manière  et  qu'il  ne  peut 
rien  en  apporter  qui  ne  soit  à  lui,  il  ne  convient  pas  au  Christ 
d'être  médiateur  en  tant  que  Dieu,  mais  en  tant  qu'homme.  » 
(III  p.,  q,  26,  a.  2I. 

*  Gal.,  IV,  4. 


126  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

«  tout  pontife  étant  pris  d'entre  les  hommes  ^  », 
et  qui  trouvât  dans  sa  chair  la  matière  de  son 
Sacrifice  libérateur. 

En  tant  qu'il  est  Victime,  Jésus  apporte  au 
sacrifice  un  corps  humain,  ce  corps  contient 
dans  ses  veines  un  sang  destiné  à  être  versé 
jusqu'à  la  dernière  goutte  ;  la  mort  s'ensuivra, 
comme  pour  tous  les  êtres  humains.  En  tant  que 
Prêtre,  Il  exerce  sur  la  Victime  une  action  di- 
vine et  humaine  ;  Il  la  conduira  Lui-même  au 
supplice  et  lui  donnera  la  mort. 

Peut-il  y  avoir  quelque  chose  de  plus  réel,  de 
plus  visible,  de  plus  palpable  que  ce  Sauveur 
à  la  fois  Prêtre  et  Victime  se  confondant  dans 
une  même  Personne,  Sauveur  sorti  du  sein  de 
l'humanité,  vivant,  souffrant  et  mourant  comme 
vivent,  souffrent  et  meurent  tous  les  hommes  ; 
le  Prêtre  possédant  la  plénitude  du  Sacerdoce, 
la  Victime  se  soumettant  à  l'autorité  suprême 
du  Sacrificateur  ? 

Toutefois  la  nature  humaine  en  Jésus  Prêtre 
et  Victime,  sans  être  absorbée,  est  élevée  à  une 
dignité  toute  divine  par  son  assomption  en  la 
Personne  du  Verbe  ■^.  La  Divinité  envahit  ainsi 

1  Hébr.,  V,  1. 

'  «  La  nature  humaine  prise  par  le  Verbe  de  Dieu  a  été  amé- 
liorée ;  mais  le  Verbe  de  Dieu  n'a  pas  changé.»  (S.  Thom., 
III  p.,  q.  2,  a.  6,  ad  i\  —  «  La  nature  qu'a  prise  le  Fils  de  Dieu 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS        127 

totalement  l'être  humain  du  Sauveur  et  lui  ino- 
cule un  Sacerdoce  qui  le  pénètre  tout  entier.  En 
fait,  tout  est  Prêtre  en  Jésus,  son  corps  et  son 
âme,  ses  opérations  intérieures  et  extérieures, 
ses  paroles  et  ses  actes.  C'est  par  la  vie  de  son 
corps  et  le  sacrifice  qu'il  en  fait,  qu'il  exerce  ses 
fonctions  sacerdotales.  C'est  surtout  par  l'action 
de  son  âme,  en  tant  que  principe  vital,  qu'il  per- 
met à  son  Sacerdoce  de  produire  des  efficacités 
divines. 

C'est  bien  dans  une  âme  créée  animant  un 
corps  mortel  qu'est  imprimé  en  caractères  indé- 
lébiles et  divins  le  Sacerdoce  du  Verbe  incarné. 
Dès  lors,  quelle  ne  doit  pas  être  la  perfection  de 
la  nature  humaine  en  Jésus  !  Son  corps,  étant  le 
corps  d'un  Dieu  incarné,  est  approprié  aux  qua- 
lités et  aux  perfections  de  l'âme  ;  il  n'a  été  créé 
que  pour  lui  être  substantiellement  uni  et  pour 
participer  par  son  intermédiaire  aux  opérations 
divines  du  Souverain  Prêtre.  Son  âme  directe- 
ment vivifiée  par  la  Personne  divine,  est,  à  son 
tour,  nécessairement  appropriée  à  la  sainteté  du 
Verbe.  Possédant  par  l'Union  hypostatique  une 

n'est  pas  privée  de  sa  personnalité  propre,  parce  qu'elle  manque 
de  quelque  chose  de  ce  qui  appartient  à  la  perfection  de  la  na- 
ture humaine  ;  mais  elle  en  est  privée  au  contraire  parce  qu'elle 
a  quelque  chose  de  plus  qui  est  au-dessus  de  la  nature  hu- 
maine. Ce  surcroît  est  son  union  avec  la  Personne  divine.  » 
(Ibid.,  q.  4,  a.  2,  ad  2). 


128  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

grâce  substantielle,  ineffable  et  incommunicable, 
elle  en  est  divinement  pénétrée  ;  grâce  încréée  *, 
distincte  dès  lors  de  la  grâce  infuse  et  actuelle, 
toutes  deux  finies  mais  uniques  dans  leur  per- 
fection et  leur  supériorité,  dues  à  leur  partici- 
pation à  la  sainteté  divine  de  la  Personne. 

Il  ne  pouvait  en  être  autrement  ni  dans  la 
pensée  éternelle  de  Dieu  ni  dans  sa  réalisation 
dans  le  temps.  Le  Verbe  incarné  ne  pouvait  être 
qu'infiniment  parfait  en  tout  son  être,  par  cela 
seul  que  sa  nature  humaine  était  assumée  par 
une  Personne  divine.  Œuvre  directe  du  Saint- 
Esprit,  elle  ne  pouvait  contenir  aucune  imper- 
fection ;  et  ce  qui  est  impossibilité  à  la  puissance 
humaine  est  devenu  une  réalité  adorable  par  la 
puissance  divine  '^. 

1  Grâce  incréée,  dès  lors  infinie,  selon  ces  paroles  de  Saint 
Thomas  précédemment  citées  :  «  Le  Christ  a  reçu  par  l'union 
hypostatique,  un  don  infini.  D'où,  il  résulte,  sans  aucun  doute, 
que  la  grâce  d'union  est  infinie.  »  S.  Thom.,  Op.  2,  c.  2i5. 

^  «  Dieu  est  uni  à  la  nature  humaine  dans  le  Christ  d'une 
manière  ineffable,  incompréhensible,  non  seulement  par  inha- 
bitation comme  dans  les  autres  saints,  mais  d'une  manière  toute 
particulière,  au  point  que  la  nature  humaine  est  une  certaine 
nature  du  Fils  de  Dieu,  et  que  le  Fils  de  Dieu,  qui  de  toute 
éternité  tient  la  nature  divine  du  Père,  ait  dans  le  temps,  par 
une  assomption  merveilleuse,  la  nature  humaine  telle  que  nous 
l'avons  ;  et  qu'ainsi  chacune  des  parties  de  la  nature  humaine 
du  Fils  de  Dieu  lui-même  puisse  être  appelée  Dieu,  et  que  tout 
ce  qu'une  partie  de  la  nature  humaine  fait  ou  souffre  dans  le 
Fils  de  Dieu  puisse  être  attribuée  à  son   Verbe  unique.  De  là 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         129 

Nous  possédons  un  Prêtre  divin  et  humain  ; 
divin  dans  sa  Personne,  mais  qui  n'a  pu  rendre 
en  acte  son  Sacerdoce  que  par  la  nature  qu'il 
s'est  associée. 

«  Vous  m'avez  donné  un  corps,  dit  Jésus  en 
entrant  dans  le  monde  ;  me  voici  '  ».  Je  viens 
pour  vous  l'ofifrir  en  sacrifice  ;  il  est  ma  victime, 
c'est  moi  qui  vous  l'immolerai.  Vous  m'en  avez 
constitué  le  Prêtre  et  le  Sacrificateur,  j'accom- 
plirai l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire. 
L'àme  créée  que  vous  avez  associée  à  mon  corps, 
participera  à  mon  Sacrifice.  C'est  par  elle  direc- 
tement que  j'exercerai  sur  mon  corps  l'autorité 
suprême  de  mon  Sacerdoce  ;  je  les  confondrai 
tous  deux  dans  l'action  de  ma  puissance  sacer- 
dotale et  je  vous  en  ferai  une  Hostie  qui  vous 
sera  divinement  agréable. 

O  mon  Père,  regardez  avec  complaisance  votre 
Fils  devenu  votre  Prêtre.  Je  me  suis  essentielle- 
ment uni  une  nature  créée,  qu'anime  le  même 
principe  vital  de  mon  essence  divine.  Votre  Fils, 
éternellement  engendré,  n'est  plus  seulement 
votre  Verbe  incréé,  il  est  et  demeurera  éternel- 
lement votre  Verbe  incarné.  Je  me  suis  fait  chair 
pour  être  votre   Prêtre   et    votre  Victime   dans 

nous  pouvons  dire  sans  inconvénient  que  l'âme  et  le  corps  ap- 
pai  tiennent  au  lils  de  Dieu.  ..  S.  Thom.,  Op.  .3,  c.  G. 
'  Hbbr.,  X,  j. 


l30  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

le  temps  ;  c'est  grâce  au  concours  que  ma  na- 
ture humaine  apporte  à  ma  Personne  divine, 
que  je  puis  vous  glorifier  sur  la  terre,  comme  je 
vous  ai  de  toute  éternité  glorifié  au  ciel.  V^ous 
aimerez  les  hommes,  parce  que  je  suis  l'un 
d'eux  ;  vous  aimerez  mes  Prêtres,  parce  qu'ils 
reçoivent  dans  leur  âme  le  caractère  du  même 
divin  Sacerdoce  dont  je  suis  le  principe,  la  grâce 
et  la  vie.  Reportez  sur  tous  1  amour  dont  vous 
m'avez  aimé  avant  que  le  monde  fût,  et  que  je 
vous  rends  divinement  au  nom  de  l'humanité 
par  mon  éternel  Sacerdoce. 


II.  —  Jésus  est  Prêtre  pour  les  hommes 

É 

Dieu  se  suffit  essentiellement  à  lui-même.  Il 
possède  une  perfection  et  une  béatitude  que  rien 
ne  peut  ni  amoindrir  ni  augmenter.  Il  est  ce 
qu'il  est,  et  il  le  sera  éternellement,  sans  qu'il 
existe  jamais  une  autre  nécessité  que  la  sienne. 

Même  pour  les  actes  qu'il  pose  en  dehors  de 
lui,  il  en  trouve  les  raisons  et  la  fin  en  lui-même. 
Tout  ce  qui  est  l'œuvre  de  ses  mains  est  une 
manifestation  extérieure  de  sa  puissance  et  de 
sa  bonté,  et  il  en  reste  le  terme  final.  Lorsqu'il 
créa  l'homme  à  son  image  et  à  sa  ressemblance, 
il  le    fit  pour  y    trouver  sa   gloire   accidentelle, 


J 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         l3l 

purement  et  simplement  comme  l'artiste  qui  se 
glorifie  dans  son  œuvre  sans  cependant  en  dé- 
pendre ni  en  être  modifié  en  rien  dans  la  pensée 
qui  l'a  conçue. 

Tout  ce  que  Dieu  fait  dans  la  suite  pour 
l'homme,  il  le  fait  avec  la  même  fin.  Lorsque, 
après  son  péché,  il  le  condamnera  à  l'expiation, 
l'homme  devra  subir  éternellement  le  châtiment 
qu'il  a  mérité.  C'est  alors  qu'interviendra  la  mi- 
séricorde à  coté  de  la  justice,  et  que  Dieu  pro- 
mettra un  Sauveur  qui  plus  tard  devra  arracher 
l'humanité  à  l'abîme  où  elle  se  sera  plongée. 


Il  convenait  que  ce  Sauveur  sortît  du  sein  de 
l'humanité  coupable,  afin  d'intercéder  et  de  ré- 
parer pour  elle;  et  c'est  pourquoi  le  Seigneur 
prédit  qu'une  femme  écraserait  la  tête  du  ser- 
pent \  signifiant  par  là  que  ce  sera  par  l'huma- 
nité elle-même  que  l'humanité  se  réhabilitera. 

Si  le  Libérateur  du  genre  humain  n'est  pas 
simplement  homme,  cela  provient  de  ce  que 
l'offense  faite  à  Dieu  par  le  péché  étant  infinie, 
il  fallait  pour  rendre  la  réparation  également 
infinie  l'intervention  d'une  puissance  et  d'une 
perfection  divines.  Le  Verbe  incarné  apparaîtra 

*  Gen.,  III,  i5. 


l32  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

donc  à  l'heure  marquée  par  les  décrets  divins; 
Il  sera  le  Fils  de  Dieu  mais  né  de  la  femme  \ 
réunissant  en  sa  Personne  divine  les  deux  na- 
tures qui  en  feront  le  Prêtre  et  la  Victime  de 
l'humanité. 

C'est  à  cause  du  péché  et  pour  le  réparer  que 
le  Verbe  se  fait  chair-.  C'est  pour  sauver  les 
hommes  que,  dans  son  éternel  amour,  Dieu 
leur  envoie  son  Fils  '.  C'est  uniquement  pour 
réhabiliter   l'humanité    que   Jésus   en    prend    la 

'  «  Lorsque  fut  venue  la  plénitude  des  temps,  Dieu  envoya 
son  Fils,  formé  de  la  femme.  »  (Gal.,  iv,  41.  —  «  Comme  dans  le 
Christ,  dit  Saint  Thomas,  il  y  a  deux  natures,  la  nature  divine 
et  la  nature  humaine,  et  qu'il  a  reçu  l'une  de  son  Père  de  toute 
éternité,  et  l'autre  de  sa  mère  temporellement  ;  il  s'ensuit  qu'il 
est  nécessaire  d'attribuer  au  Christ  deux  naissances,  l'une  par 
laquelle  il  est  né  éternellement  de  son  Père,  l'autre  par  la- 
quelle il  est  né  temporellement  de  sa  Mère.  »  iIII  p.,  q.  35,  a.  2), 

■■'  «  Pour  délivrer  le  genre  humain  du  péché  commun,  il  fal- 
lait que  quelqu'un  satisfît  qui  fût  homme,  capable  de  satis- 
faire et  qui  eût  quelque  chose  de  plus  que  l'homme,  afin  que 
son  mérite  suffît  à  satisfaire  pour  le  péché  de  tout  le  genre 
humain.  Or,  Dieu  seul  est  supérieur  à  l'homme.  Il  était  donc 
nécessaire  que  Dieu  se  fit  homme,  afin  d'effacer  le  péché  du 
genre  humain.  C'est  ce  que  Saint  Jean-Baptiste  dit  de  Jésus- 
Christ  (Jean,  i,  291  :  «  Voici  l'Agneau  de  Dieu,  voici  celui  qui 
efface  le  péché  du  monde  ».  Et  l'Apôtre  s'exprime  ainsi  'Rom., 
V,  18)  :  «  De  même  que  par  le  péché  d'un  seul,  la  condamnation 
atteint  tous  les  hommes,  de  même  par  la  justice  d'un  seul,  la 
justification  qui  donne  la  vie  s'étend  à  tous  les  hommes.  » 
Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  54. 

3  «  Dieu  a  tant  aimé  le  monde  qu'il  a  donné  son  Fils  unique... 
pour  que  le  monde  soit  sauvé  par  lui.  »  Jean,  ni,  16,  17. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         l35 

nature  '.  C'est  par  pure  miséricorde  qu'il  se  fait 
Prêtre  et  Victime  -. 

La  vie  qu'il  prend,  Il  ne  la  prend  qu'alin  de  la 
donner  pour  le  salut  du  monde  '.  Le  sang  qui 
coule  dans  ses  veines.  Il  le  destine  à  laver  les 
souillures  du  genre  humain  '.  Le  caractère  de 
Victime  dont  II  est  marqué,  Le  voue  à  la  mort 
pour  faire  revivre  l'humanité.  Le  Sacerdoce  dont 

i  «  Dieu  ne  peut  être  sujet  de  satisfaction  ni  de  mérite,  car 
cela  n'appartient  qu'à  un  être  soumis  à  un  autre.  Il  a  donc  fallu 
qu'un  Dieu  oc  soit  fait  homme,  afin  qu'il  pût  tout  à  la  fois  et 
réhabiliter  et  satisfaire.  Et  c'est  cette  cause  de  l'Incarnation 
qu'assigne  l' Apôtre  dans  sa  première  Epître  à  Timothée  (i,  i3)  : 
«  Jésus-Christ  est  venu  dans  ce  monde  pour  sauver  les  pé- 
cheurs ».  iS.  Thom.,  Op.  62,  c.  200'.  Et  plus  loin  ic.  2i3)  :  «  La 
fin  pour  laquelle  le  Verbe  de  Dieu  a  re%  étu  la  nature  humaine 
est  le  salut  et  la  réfjaration  de  cette  même  nature.  » 

-  «  Lorsque  la  bonté  de  Dieu,  notre  Sauveur,  et  son  amour 
pour  les  hommes  ont  paru,  il  nous  a  sauvés,  non  à  cause  des 
œuvres  de  justice  que  nous  aurions  faites,  mais  en  vertu  de  sa 
miséricorde.  »  Tit.,  m,  4,  5. 

■*  «  Dieu  fait  éclater  son  amour  pour  nous  en  ce  que,  lorsque 
nous  étions  encore  pécheurs,  au  temps  marqué  le  Christ  est 
mort  pour  nous.  Nous  avons  été  réconciliés  avec  Dieu  par  la 
mort  de  son  Fils  ;  nous  avons  été  justifiés  dans  son  sang,  nous 
serons  sauvés  par  sa  vie.  »  ^Rom.,  v,  9,  10  .  —  «  Le  Christ  est 
venu  dans  le  monde  pour  sauver  tes  pécheurs.  »  (I  Tim,,  i,  i3). 

'  Selon  ce  que  dit  Jésus  Lui-même  la  veille  de  sa  mort,  à 
l'heure  de  l'institution  de  la  sainte  Eucharistie  :  «  Ceci  est  mon 
sang,  le  sang  du  Nouveau  Testament  qui  sera  versé  pour  un 
grand  nombre  en  rémission  des  péchés.  (Mat.,  xxvi,  28;.  «Le 
prix  de  notre  rédemption,  dit  Saint  Thomas,  est  le  sang  du 
Christ  ou  sa  vie  corporelle  qui  réside  dans  le  sang  et  que  le 
Christ  a  sacrifié.  »  ,111  p.,  q.  48,  a.  5;. 


l34  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

Il  est  investi,  n'a  pour  but  que  de  conduire  au 
sacrifice  la  divine  Victime  dont  le  ciel  réclame 
l'immolation  et  que  seul  le  Prêtre  Eternel  peut 
opérer  à  la  gloire  de  la  majesté  divine  '. 

En  vérité,  Jésus  est  bien  officiellement,  essen- 
tiellement, divinement  Prêtre  pour  les  hommes. 
C'est  l'humanité  qui  L'a  iait  descendre  du  ciel  ; 
ce  sont  ses  péchés  qui  L'ont  attiré  parmi  les 
pécheurs;  c'est  son  impuissance  qui  a  réclamé 
son  intervention  ;  ce  sont  ses  besoins  qui  L'ont 
porté  à  se  faire  son  Médiateur  ;  ce  sont  ses  sup- 
plications qui  ont  touché  son  cœur  ;  ce  sont  ses 
devoirs  sacrés  vis-à-vis  de  Dieu  qu'il  est  venu 
remplir  en  son  nom  ;  c'est  la  gloire  divine  qu'en 
exigeait  son  Père  dont  II  s'est  porté  garant  et 
qu  II  a  méritée  pour  tous  les  hommes  de  tous 
les  temps  -'. 

'  «  Le  Christ,  comme  homme,  a  payé  immédiatement  le  prix 
de  notre  rédemption,  mais  d'après  l'ordre  de  son  Père  ;  parce 
qu'il  n'y  a  que  lui  qui  ait  sacrifié  son  ffropre  sang  et  sa  fyropre 
vie  pour  la  rédemption  de  tout  le  monde.  »  S.  Thom.,  III  p., 
q.  48,  a.  5,  c.  ad  2. 

2  Nous  connaissons  la  doctrine  si  précise  de  Saint  Paul  sur  ce 
point.  Rappelons  seulement  les  passages  les  plus  frappants  de 
ses  Epîtres.  Il  établit  d'aljord  que  le  Prêtre  n'a  de  raison  d'être 
qu'en  vue  des  secours  qu'il  apporte  aux  hommes  :  «  Tout  pontife 
est  établi  pour  les  hommes  »  Hébr.,  v,  1  ).  Aussi  :  «  Ce  n'est 
pas  aux  anges,  dit-il,  que  Jésus  vient  en  aide,  mais  il  vient  en 
aide  à  la  race  d' Abraham  »  (Ibid.,  11,  16).  —  L'office  du  Prêtre 


.1. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         1:>0 

Qu'aurions-nous  fait  sans  Jésus?  Que  serions- 
nous  devenus  si  son  amour  ne  L'avait  conduit 
jusqu'à  nous?  Quelle  misère  aurait  été  la  nôtre 
si  nous  étions  restés  les  esclaves  du  péché? 
Quelles  souillures  nous  aurions  éternellement 
portées  si  nous  n'avions  été  teints  du  Sang  de 
l'Agneau  !  Quel  désespoir  nous  aurait  accompa- 
gnés du  berceau  à  la  tombe,  si  nous  n'avions  eu 
un  Libérateur  qui  nous  eût  rouvert  les  portes 
du  ciel  !  Quelle  éternité  de  malheur  nous  aurait 
saisis  après  la  mort,  si  nous  n'avions  eu  un 
Prêtre  descendu  expressément  du  sein  de  Dieu 
pour  immoler  la  Victime  dont  le  Sacrifice  ex- 
piatoire a  mérité  le  salut  du  monde  ! 

Au  pied  de  lautel  où  demeure  nuit  et  jour 
le  Prêtre-Victime  qui  nous  a  sauvés,  exhalons 
notre  douleur  de  ne  L'avoir  pas  assez  compris 
jusqu'à  ce  jour,  et  protestons  de  notre  volonté 

étant  «  d'offrir  des  dons  et  des  sacrifices  pour  les  péchés  »  (v,  i), 
et  Jésus  étant  venu  pour  remplacer  tous  les  sacrifices  figuratifs 
par  le  véritable  sacrifice,  s'offre  à  son  divin  Père  comme  victime 
pour  le  salut  du  monde  :  «Je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire  votre 
volonté  »  (X,  9  .  En  tant  que  «  Prêtre  saint,  innocent,  sans  tache 
et  séparé  des  pécheurs,  il  n'a  pas  besoin,  comme  les  autres 
prêtres,  d'offrir  tous  les  jours  des  victimes,  d'abord  pour  ses 
propres  péchés,  ensuite  pour  ceux  du  peuple  »  ivii,  26,  271,  mais 
«il  nous  a  aimés,  il  s'est  livré  lui-même  pour  nous  »  (Ephés., 
v,  2»,  et  «  il  est  devenu  pour  tous  ceux  qui  lui  obéissent  la  cause 
du  salut  éternel  »  (^Hébr.,  v,  gj. 


l36  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

de  vouloir  désormais  rendre  à  Jésus  dans  son 
Sacerdoce  tous  les  hommages  qu'exigent  notre 
reconnaissance  et  notre  amour. 


III.  —  Jésus  exerce  son  Sacerdoce 
parmi  les  hommes 

Non  seulement  Jésus  n'est  Prêtre  que  pour 
les  hommes,  mais  c'est  ici-bas,  dans  l'humanité 
dont  11  a  pris  la  nature,  que  s'accomplira  le  mys- 
tère de  son  Sacerdoce,  qu'il  en  remplira  les 
fonctions,  qu'il  tiendra  sans  cesse  élevée  entre 
le  ciel  et  la  terre  l'Hostie  de  son  Sacrifice  et 
qu'il  l'offrira  en  holocauste  à  la  gloire  de  son 
divin  Père. 

Prêtre  dès  l'instant  de  son  existence  terrestre, 
11  ne  quittera  pas  l'humanité  tant  qu'il  n'aura 
pas  accompli  la  mission  pour  laquelle  II  est  Prê- 
tre '.  Il  restera  parmi  les  hommes,  vivant  comme 

*  Il  est  fait  plusieurs  fois  allusion,  dans  l'évangile  selon  Saint 
Jean,  à  l'accomplissement  final  de  la  mission  du  Sauveur,  rela- 
tivement au  temps  marqué  dans  les  décrets  éternels.  En  quatre 
endroits  plus  particulièrement,  il  est  parlé  de  «  l'heure  »  de 
Jésus,  trois  fois  par  l'évangéliste  et  une  fois  par  Jésus  lui- 
même.  La  première  fois,  lorsque  Jésus  prêchait  à  Jérusalem 
pendant  la  fête  des  Tabernacles,  et  qu'une  discussion  éclata  à 
son  sujet.  Ses  ennemis  «  cherchaient  à  le  prendre,  et  personne 
ne  mit  la  main  sur  lui,  parce  que  son  heure  n'était  pas  encore 
venue  »   (Jean,  vu,  3o).  Une  autre  fois,  dans  les  mêmes  circons- 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         O7 

ils  vivent,  travaillant  comme  eux,  ne  faisant 
apparemment  que  des  choses  humaines,  voilant 
sa  Divinité  pour  se  confondre  davantage  a^ec 
ses  semblables  ',  au  point  de  devenir  pour  quel- 
ques-uns un  sujet  de  scandale,  lorsque  sachant 
qu'il  n'est  qu'un  homme  ils  L'entendront  se  pro- 
clamer Dieu  -• 

tances,  parlant  de  son  Père  et  disant  que  les  Juifs  ne  le  con- 
naissaient pas,  «  Jésus  dit  ces  paroles  en  enseignant  dans  le 
temple,  et  personne  ne  le  saisit,  parce  que  son  heure  n'était 
pas  encore  venue  ^^  ivui,  20'.  Quand  arriva  l'heure  solennelle 
de  l'institution  de  l'Eucharistie,  qui  ouvrit  la  dernière  phase  de 
la  vie  du  Sauveur,  Saint  Jean  nous  dit  :  «  Avant  le  jour  de  la 
fête  de  Pâque,  Jésus  sachant  que  son  heure  était  venue  de 
passer  de  ce  monde  au  Père,  comme  il  avait  aimé  les  siens 
qui  étaient  en  ce  monde,  il  les  aima  jusqu'à  la  fin»  ,.\iii,  1 1. 
Enfin,  Jésus  lui-même  commence  sa  sublime  prière  sacerdotale, 
en  déclarant  que  son  heure  est  venue  et  en  en  prenant,  pour 
ainsi  dire,  son  divin  Père  à  témoin  :  «  Jésus,  les  yeux  levés  au 
ciel,  dit  :  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre  Fils,  pour  que 
votre  Fils  vous  glorifie  »  (xvii,  1). 

'«lia  dû  en  toutes  choses  être  rendu  semblable  à  ses  frères, 
afin  de  devenir  un  pontife  miséricordieux  et  fidèle  dans  le  ser- 
vice de  Dieu,  pour  expier  les  péchés  du  peuple.  »  \Hébr.,  11,  171. 
—  Saint  Thomas,  de  son  côté,  trouve  dans  la  fin  même  de 
l'Incarnation  le  motif  de  la  vie  commune  de  Jésus  sur  la  terre  : 
«  Puisque,  dit-il,  le  Christ  est  venu  en  ce  monde  pour  mani- 
fester la  vérité  et  sauver  les  pécheurs,  et  que  par  lui  nous  avons 
accès  auprès  de  Dieu,  il  a  été  convenable  qu'il  menât  ici-bas 
une  vie  sociale  ;  cependant  il  a  mené  pendant  un  temps  la 
vie  solitaire,  pour  donner  l'exemple  de  l'une  et  de  l'autre.  La 
vie  du  Christ  a  dû  être  telle  qu'elle  convînt  à  la  fin  de  l'In- 
carnation pour  laquelle  il  est  venu  dans  le  monde.  »  lil  p., 
q.  40,  a.  1^. 

-  Jésus  venait  de  déclarer  aux  Juifs  le  mystère  de  l'unité  de 


l38  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

C'est  par  tous  les  actes  divers  de  sa  vie  que 
Jésus  remplit  ses  fonctions  sacerdotales.  Qu'il 
prie  ou  qu'il  parle,  qu  II  se  produise  au  dehors 
ou  se  retire  dans  la  solitude,  qu'il  vive  caché  ou 
au  grand  jour,  qu'il  travaille  de  ses  mains  ou 
prêche  sa  doctrine,  qu'il  rencontre  sur  sa  route 
des  justes  ou  des  pécheurs,  qu'il  soit  admiré  ou 
contredit,  qu'il  s'entoure  de  disciples  ou  d'enne- 
mis, qu'il  opère  des  miracles  ou  paraisse  im- 
puissant entre  les  mains  de  ses  bourreaux,  qu'il 
soit  acclamé  par  l'enthousiasme  des  foules  ou 
qu'il  en  soit  insulté  :  partout  et  toujours  II  reste 
en  contact  avec  les  hommes.  Il  vit  et  II  meurt 
au  milieu  d'eux. 

Lorsqu'il  est  porté  dans  les  bras  de  sa  Mère, 
Il  est  offert  par  elle  à  son  divin  Père  au  nom 
de  l'humanité  dont  11  fait  partie.  Lorsque,  à  la 
circoncision.  Il  verse  les  premières  gouttes  de 
son  Sang  et  est  présenté  à  Dieu  son  Père,  c'est 
dans  le  Temple  de  Jérusalem  où  se  réunis- 
sent tous  les  Juifs  et  où  II  prélude  à  son  Sacri- 


nature  dans  les  personnes  divines,  en  disant  :  «  Moi  et  le  Père 
nous  ne  sommes  qu'une  même  chose.  Les  Juifs  donc  prirent 
des  pierres  pour  le  lapider.  Jésus  leur  répondit  :  Je  vous  ai 
montré  beaucoup  d'oeuvres  bonnes  par  la  vertu  de  mon  Père  ; 
pour  laquelle  de  ces  œuvres  me  lapidez-vous  ?  Les  Juifs  lui 
répondirent  :  Nous  ne  te  lapidons  pas  pour  une  œuvre  bonne, 
mais  pour  un  blasphème,  et  parce  que,  étant  homme,  tu  te 
fais  Dieu.  »  Jean,  x,  3o-33. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         1^9 

fice  '.  Lorsque  enfant  II  manifeste  sa  science,  à 
l'étonnement  général,  c'est  au  milieu  des  doc- 
teurs de  la  Loi  et  avec  l'autorité  d'un  Prêtre 
qui  enseigne  la  doctrine  -.  Lorsqu'il  grandit  et 
avance  en  âge,  Il  est  connu  de  tous  comme  le 
fils  du  charpentier  ■,  sans  que  les  hommes  com- 
prennent le  mystère  de  sa  silencieuse  prépara- 
tion à  l'exercice  public  de  son  Sacerdoce.  Lors- 
qu'à la  dernière  étape  de  sa  vie  II  se  fait  le 
prédicateur  infatigable  des  vérités  divines  '  et 
qu'il  sème  les  miracles  pour  en  accréditer  la  vé- 
racité  ,  les  foules  Le  suivent  et  Le  proclament 

*  M  Lorsque  furent  accomplis  les  huit  jours  pour  la  circonci- 
sion de  l'enfant,  on  lui  donna  le  nom  de  Jésus.  Et  après  que 
furent  accomplis  les  jours  de  la  purification  de  Marie,  selon  la 
loi  de  Moïse,  ils  le  portèrent  à  Jérusalem  pour  le  présenter  au 
Seigneur.  »  Ltjc,  ii,  21,  22. 

2  «  Et  après  trois  jours  ils  le  trouvèrent  dans  le  temple,  assis 
au  milieu  des  docteurs,  les  écoutant  et  les  interrogeant.  Et  tous 
ceux  qui  l'entendaient  étaient  émerveillés  de  sa  sagesse  et  de 
ses  réponses.  »  Luc,  11,  46,  47. 

3  «  Et,  venant  dans  sa  patrie,  Jésus  les  enseignait  dans  leurs 
synagogues,  de  sorte  qu'ils  s'étonnaient  et  disaient  :  D'où  vient 
à  celui-ci  cette  sagesse  et  cette  puissance?  N'est-ce  pas  le  fils 
du  charpentier?  »  Mat.,  xiii,  64,  55. 

'  «  J'ai  parlé  publiquement  au  monde.  J 'ai  toujours  enseigné 
dans  la  synagogue  et  dans  le  temple  où  se  rassemblent  tous 
les  Juifs.  »  (Jean,  xvni,  20 >.  Tous  «  étaient  ravis  de  sa  doctrine, 
parce  qu'il  parlait  avec  autorité  »  (  Luc,  iv,  32  )  ;  au  point  que 
l'on  disait  :  «  Jamais  homme  n'a  parlé  comme  cet  homme.  » 
(Jean,  vu,  46). 

5  «  Dans    la   foule   beaucoup  crurent  en  lui  et  disaient  :    Le 


140  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

Roi  et  le  plus  grand  des  prophètes  '  ;  mais  Lui 
poursuit  la  mission  sacerdotale  qu'il  a  reçue 
de  son  Père  et  qui  doit  avoir  sa  propre  patrie 
comme  théâtre  de  son  prochain  Sacrifice. 

Lorsque  l'amour  qui  Le  presse  Le  porte,  au 
soir  de  la  Cène,  à  instituer  le  double  sacrement 
des  adieux,  l'Eucharistie  et  le  Sacerdoce,  c'est 
afin  de  perpétuer  sa  présence  parmi  les  hommes 
et  de  leur  rappeler  que  c'est  en  tant  que  Prêtre 
et  Hostie  qu'il  demeure  au  milieu  d'eux  -'. 

Christ,  quand  il  viendra,  fera-t-il  pluA  de  miracles  que  n'en 
fait  celui-ci?»  Jean,  vm,  3l  .  «Toute  la  foule  cherchait  à  le 
toucher,  parce  qu'une  vertu  sortait  de  lui  et  //  les  guérissait 
tous  »  (Luc,  VI,  19'. 

'  A  la  suite  de  la  résurrection  du  fils  de  la  veuve  de  Na'im, 
<'  tous  furent  saisis  de  crainte  et  ils  glorifiaient  Dieu  disant  : 
Un  grand  prophète  s'est  élevé  parmi  nous,  et  Dieu  a  visité  son 
peuple  »  iLuc,  vu,  16  .  -  Un  autre  jour,  «  une  grande  multitude 
le  suivait,  parce  qu'ils  voyaient  les  miracles  qu'il  faisait  sur 
ceux  qui  étaient  malades  »  (Jean,  vi,  21.  Touché  de  compassion, 
Jésus  les  nourrit,  au  nombre  d'environ  cinq  mille,  avec  cinq 
]>ains  et  deux  poissons.  «  Ces  hommes,  lorsqu'ils  eurent  vu  le 
miracle  qu'avait  fait  Jésus,  dirent  :  11  est  vraiment  le  prophète 
qui  doit  venir  dans  le  monde.  Jésus  donc  ayant  connu  qu'ils 
devaient  venir  pour  l'enlever  et  le  faire  roi,  s'enfuit  de  nouveau 
sur  la  montagne,  tout  seul  »  (Ibiu.,  14,  i5^. 

-  «  Pour  nous  prouver  son  affection,  dit  Saint  Thomas,  le 
(>hrist  consacra  son  très  saint  corps  et  son  sang  adorable  et 
ilonna  le  pouvoir  de  le  consacrer  non  pas  à  un  seul  homme  ver- 
tueux, pour  un  temps  et  pour  un  lieu,  mais  ce  pouvoii'  il  le 
donna  aux  Prêtres  même  criminels,  afin  <\\\en  tout  temps  et  en 
tout  lieu  les  hommes  trouvassent  dans  la  sainte  Eucharistie  et 
les  autres  sacrements  des  consolations  spirituelles  et  un  remède 
à  leurs  fautes.  »  Op.  62,  c.  1. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  I.F.  TEMPS         14t 

Lorsque  enfin,  accomplissant  les  oracles  di- 
vins, Il  termine  la  vie  qu'il  n'avait  prise  que 
pour  la  donner,  et  qu'il  s'empare  dans  une  di- 
vine et  miséricordieuse  étreinte,  de  la  Victime 
qu'il  doit  immoler.  Il  se  révèle  solennellement 
à  la  face  de  l'univers  le  Prêtre  de  Dieu  et  des 
hommes  mettant  fin  au  Sacrifice  sublime  com- 
mencé à  l'aurore  de  son  Incarnation  et  couronné 
par  la  Croix  du  Calvaire  '. 

Dieu  L'a  sacré  Prêtre  et  Victime,  l'humanité 
L'a  reçu  dans  son  sein,  le  ciel  et  la  terre  ont  été 
témoins  de  sa  vie,  de  son  Sacrifice  et  de  sa  mort. 
Le  Consummatum  est  du  divin  Crucifié  se  fera 
entendre  jusqu'à  la  fin  des  temps. 

IV.  —  Jésus  offre  son  Sacrifice 
par  la  main  des  hommes 

Tout  doit  être  à  la  fois  divin  et  humain  dans 
l'exercice  du  Sacerdoce  de  notre  adorable  Prêtre. 

*  C'est  runique  raison  de  sa  venue  en  ce  inonde.  «  Le  Fils  de 
l'homme,  dit-il,  est  venu  pour  donner  sa  vie  »  (Mat.,  xx,  28). 
Son  sacrifice  lui  tient  d'autant  plus  à  cœur,  que  son  divin  Père 
y  trouve  un  motif  nouveau  de  l'aimer  :  «  Voilà  pourquoi  le  Père 
m'aime,  parce  que/t?  donne  ma  'oie  »  (Jean,  x,  171.  Aussi,  est-ce 
dans  une  véritable  exultation  intime  que  Jésus  s'adresse  à  son 
Père,  au  moment  suprême  du  Sacrifice  qui  marquera  l'heure  de 
son  immortel  triomphe  :  «  Père,  l'heure  est  venue,  glorifiez  votre 
Fils;  j'ai  consommé  r  œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire.  » 
(Jean,  xvir,  1,  41. 


142  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

Il  aurait  pu  sauver  le  monde  sans  que  son  Sa- 
cerdoce ait  une  Victime  sanglante  à  offrir  ;  mais 
son  Sacrifice  aurait  paru  moins  humain,  et  la 
Victime  étant  tout  autant  humaine  que  divine 
Il  a  voulu  ainsi  en  révéler  le  double  caractère  ^ 

Tout  au  moins,  si  le  Sang  de  la  Victime  doit 
couler,  que  son  effusion  se  fasse  naturellement 
et  sans  violence,  comme  cela  semble  convenir 
à  la  dignité  tant  de  la  Victime  que  du  Sacrifi- 
cateur. Mais  alors  le  Sacrifice  aurait  moins  le 
caractère  d'une  expiation  pour  le  péché  et  d'une 
immolation  exigée  par  la  justice  inexorable  de 

*  Jésus,  dans  les  saints  Evangiles,  prédit  trois  fois  sa  Pas- 
sion, et  dit  expressément  qu'il  sera  flagellé,  crucifié  et  mis  à 
mort,  —  ce  qui  ne  peut  se  faire  sans  l'effusion  de  son  sang. 
Voir  la  première  prédiction  en  Saint  Mattliieu,  xvi,  21  ;  —  Saint 
Marc,  VIII,  3i  ;  —  Saint  Luc,  ix,  22.  La  deuxième,  Saint  Matthieu, 
XVII,  21,  22; —  Saint  Marc,  ix,  3o;  —  Saint  Luc,  ix,  44.  La  troi- 
sième. Saint  Matthieu,  xx,  18,  19;  —  Saint  Marc,  x,  33,  34;  — 
Saint  Luc,  xvii,  32,  33. 

i>  11  fallait,  dit  Saint  Thomas,  pour  manifester  la  vérité  de 
l'Incarnation,  que  Dieu  prît  une  chair  passible  et  mortelle; 
car  s'il  eût  pris  une  chair  impassible  et  immortelle,  les  hommes, 
qui  n'en  connaissent  pas  de  telles,  auraient  cru  que  cette  chair 
n'était  pas  réelle,  mais  apparente.  »  Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  55). 
—  La  mort  sanglante  du  Sauveur  en  est  une  preuve  de  plus  ; 
et  le  même  saint  Docteur  dit  justement  ailleurs  que  «  tout  le 
sang  qui  a  coulé  du  corps  du  Christ  appartient  à  la  vérité 
de  la  nature  humaine  »  III  p.,  q.  54,  a.  2,  ad  3  .  —  Et  encore  : 
«  Le  prix  de  notre  rédemption  est  le  sang  du  Christ  ou  sa 
vie  corporelle  qui  réside  dans  le  sang  et  que  le  Christ  a  sacri- 
fiée. Par  conséquent,  ces  deux  choses  appartiennent  immédia- 
tement au  Christ  comme  homme.  «  illl  p.,  q.  48,  a.  5i. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS        143 

Dieu,  qui  veut  tirer  des  souffrances  et  des  igno- 
minies de  la  Victime  tout  ce  que  réclame  la 
réparation  '.  C'est  pourquoi  le  Prêtre  commis 
à  la  garde  de  la  Victime,  après  l'avoir  main- 
tenue toute  sa  vie  dans  l'humilité  et  l'abaisse- 
ment  de   la    condition    humaine,    l'expose    Lui- 


^  «  La  volonté  de  Dieu,  comme  s'exprime  toujours  le  Docteur 
angélique,  était  que  le  Christ  endurât  de  cruelles  souflFrances, 
la  passion  et  la  mort,  non  que  Dieu  ait  voulu  ces  choses  pour 
elles-mêmes,  mais  par  rapport  au  salut  du  genre  humain  qu'il 
avait  pour  fin.  »  III  p.,  q.  i8,  a.  5  .  —  Plus  loin,  il  ajoute  :  «  Il 
n'a  pas  été  nécessaire  d'une  nécessité  de  coaction  que  le  Christ 
souffrît,  ni  de  la  part  de  Dieu  qui  a  décrété  que  le  Christ  souf- 
frirait, ni  de  la  part  du  Christ  qui  a  volontairement  souffert. 
Mais  ses  souffrances  ont  été  nécessaires  d'une  nécessité  finale, 
ce  qui  peut  se  concevoir  de  trois  manières  :  \"  De  la  part  des 
hommes  qui  ont  été  délivrés  par  sa  passion,  d'après  ces  paroles 
^Jeax,  mi,  14,  i5i  :  Il  11  faut  que  le  Fils  de  l'homme  soit  élevé, 
afin  que  tout  homme  qui  croit  en  lui  ne  périsse  point,  mais  qu'il 
ait  la  vie  éternelle.  »  2"  De  la  part  du  Christ  lui-même  qui  par 
l'humilité  de  sa  passion  a  mérité  la  gloire  de  son  exaltation  ;  ce 
que  signifie  ce  passage  (Luc,  xxiv,  26)  :  «  N'a-t-il pas  fallu  que 
le  Christ  souffrît  et  qu'il  entrât  ainsi  dans  sa  gloire  ?  »  Z"  De  la 
part  de  Dieu  dont  il  fallait  accomplir,  à  l'égard  de  la  passion 
du  Christ,  les  décrets  éternels  qui  ont  été  promulgués  à  l'avance 
dans  les  saintes  Ecritures  et  figurés  par  les  observances  de 
l'Ancien  Testament.  C'est  ce  qu'indiquent  ces  paroles  Li'c, 
xxn,  23 1  :  «  Pour  le  Fils  de  l'homme,  il  s'en  va  selon  ce  qui  a 
été  arrêté.  »  Et  plus  loin  le  Seigneur  dit  (Luc,  xxiv,  44,  461  :  «  Je 
vous  l'ai  dit  tandis  que  je  demeurais  avec  vous,  qu'»7  fallait 
que  s'accomplisse  tout  ce  qui  a  été  écrit  de  moi  dans  la  loi  de 
Moïse,  dans  les  Prophètes  et  dans  les  Psaumes.  C'est  ainsi  qu'il 
est  écrit,  et  c'est  ainsi  qu'il  fallait  que  le  Christ  souffrît  et 
qu'il  ressuscitât  d'entre  les  morts  le  troisième  jour.  "  lil  p., 
q.  46,  a.  t;. 


144  "^U    SACERDOCE    DE    JKSL'S 

même  '  aux  derniers  outrages  et  aux  douleurs 
les  plus  atroces  -  pour  en  faire  la  Victime  mau- 
dite de  Dieu  et  des  hommes  ^,  comme  il  convient 

<  Le  prophète  Isaïe  nous  dit  (.  qu'il  s'est  offert  parce  qu'il  l'a 
voulu  >)  (Is.,  LUI,  7).  Jésus  déclare  qu'il  donnera  sa  vie,  quand 
il  lui  plaira  :  «  Personne  ne  me  la  ravit,  mais  je  la  donne  de 
moi-même  »  (Jean,  x,  18.  En  maints  endroits  de  ses  ouvrages. 
Saint  Thomas  revient  sur  cette  vérité.  «  Dieu,  dit-il,  n'a  pas 
contraint  Jésus-Christ  malgré  lui,  mais  il  agréa  la  volonté  par 
laquelle  Jésus-Christ  accepta  la  mort  par  charité.  »  [Contr. 
Cent.,  L.  4,  c.  55).  —  «  Le  Christ  n'a  pas  dû  souffrir  la  mort, 
mais  il  s'y  est  soumis  volontairement  pour  la  vaincre  par  sa 
puissance.  ->  III  p.,  q.  46,  a.  11,  ad  1  .  —  «  La  violence  a  été 
infligée  à  son  corps,  et  cependant  elle  n'a  prévalu  sur  lui  qu'au- 
tant qu'il  l'a  voulu.  »  III  p.,  q.  47,  a.  1,  ad  3).  —  «  Le  Christ 
a  exposé  sa  vie,  qui  lui  était  infiniment  chère,  par  amour  pour 
la  charité,  d'après  ces  paroles  du  prophète  (  Jkr.,  xii,  7)  :  «  J'ai 
livré  mon  âme  bien-aimée  aux  mains  de  ses  ennemis.  »  (Ibid., 
a.  6,  ad  41. 

'-  Il  Les  douleurs  que  le  Christ  a  souffertes  ont  dépassé  toutes 
les  douleurs  que  les  hommes  peuvent  endurer  en  cette  vie, 
non  seulement  à  cause  de  la  violence  et  de  Yétendue  de  sa  pas- 
sion, mais  encore  à  cause  de  la  constitution  du  Christ  qui  a 
souffert,  et  de  l'acceptation  volontaire  de  la  souffrance  qui  a 
été  proportionnée,  sous  le  rapport  de  l'étendue,  à  la  fin  qu'il 
se  proposait.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  46,  a.  6. 

3  Citons  encore  Saint  Thomas  :  «  Le  péché  est  maudit,  comme 
ledit  Saint  Augustin,  et  par  conséquent  la  mort  et  la  mortalité 
qui  en  proviennent.  La  chair  du  Christ  ayant  été  mortelle  et 
ayant  eu  la  ressemblance  d'une  chair  de  péché.  Moïse  l'appelle 
pour  ce  motif  une  chose  maudite  :  «  Celui  qui  est  pendu  au 
bois  est  maudit  de  Dieu  »  (Deut.,  xxi,  23  ,  comme  Saint  Paul 
lui  donne  le  nom  de  péché  en  disant  (II  Cor.,  v,  21)  :  «  que  ce- 
lui qui  ne  connaissait  pas  le  péché  s'est  fait  péché  pour  nous  », 
c'est-à-dire  qu'il  a  pris  la  peine  du  péché.  On  ne  doit  donc  pas 
s'étonner  qu'il  soit  dit  :  x  qu'il  a  été  maudit  de  PitU  »  ;  car  si 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS         146 

à  une  Victime  chargée  de  tous  les  péchés  du 
monde. 

Mais  comme  si  l'horreur  du  supplice  avait 
répugné  au  divin  Sacrificateur,  Il  associe  mysté- 
rieusement l'humanité  coupable  à  l'exercice  de 
son  divin  Sacerdoce,  Il  se  sert  de  la  malice  des 
hommes  pour  traiter  ignominieusement  la  Vic- 
time et  la  traîner  au  gibet.  Des  bourreaux  aveu- 
gles et  sanguinaires  s'acharneront  sur  elle  pour 
inventer  des  supplices  nouveaux,  et  c'est  de 
leurs  mains  déicides  qu'elle  recevra  le  coup  de 
la  mort  *. 

Il  sera  dit  que  le  Sauveur  de  l'humanité  sera 
venu  parmi  les  hommes  et  que  les  hommes  ne 
L'auront  pas  reçu  -,  que  la  lumière  du  monde 
aura  lui  dans  les  ténèbres  et  que  les  ténèbres  ne 

Dieu  n'eût  pas  haï  le  péché  et  notre  mort,  il  n'aurait  pas  envoyé 
son  Fils  pour  se  soumettre  à  la  mort  et  la  détruire.  Confessez 
donc  qu'il  a  été  maudit  pour  vous,  celui  qui  d'après  votre 
aveu  est  mort  pour  nous.  D'où  le  même  Apôtre  dit  (Gal.,  m, 
i3)  :  «  Jésus-Christ  nous  a  rachetés  de  la  malédiction  de  la  loi, 
en  se  faisant  lui-même  un  objet  de  malédiction  pour  nous.  » 
in  p.,  q.  46,  a.  4,  ad  3. 

'  «  Le  Christ  est  mort  par  un  acte  de  sa  volonté,  et  néan- 
moins ce  sont  bien  les  Juifs  qui  lui  ont  donné  la  mort.  » 
(S.  Thom.,  Op.  2,  c.  23o).  —  «  La  passion  du  Christ  a  été  l'obla- 
tion  de  son  sacrifice,  selon  qu'il  a  souffert  charitablement  la 
mort,  de  sa  volonté  propre  ;  mais  selon  qu'il  l'a  soufferte  de  la 
part  de  ses  persécuteurs,  il  n'y  a  pas  eu  de  sacrifice,  mais  au 
contraire  le  péché  le  plus  grave.  »  lIII  p.,  q.  47,  a.  4,  ad  2). 

*  Jean,  i,  11. 


146  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

l'auront  point  comprise  \  que  Dieu  se  sera  révélé 
et  que  les  hommes  ne  l'auront  pas  connu  ^,  que 
le  Père  aura  envoyé  son  Fils  dans  l'humanité  et 
que  l'humanité  l'aura  chassé  \  que  le  Verbe  in- 
carné sera  apparu  comme  Prêtre- Victime  et  que 
les  pécheurs  se  seront,  en  quelque  sorte,  subs- 
titués à  son  Sacerdoce  pour  s'emparer  de  la  Vic- 
time et  la  mettre  à  mort  ''. 

Toute  cette  histoire  vécue  d'un  Dieu  Prêtre- 
Victime,  se  faisant  Homme,  vivant  au  sein  de 
l'humanité  et  mourant  de  la  main  des  hommes, 
n'est-elle  pas  un  mystère  tout  autant  qu'une 
réalité?  Qui  aurait  pu  imaginer  tant  de  contra- 
dictions dans  tant  de  sublime  unité  ;  tant  de 
bassesse  en  regard  de  tant  de  grandeur  ;  tant  de 
haine  en  face  de  tant  d'amour  ;  tant  d'ingratitude 
en  retour  de  tant  de  miséricorde? 

'  Jean,  i,  5. 

2  «  L'œuvre  de  Dieu,  c'est  que  vous  croyiez  en  celui  qu'il  a 
envoyé  »  (Jean,  vi,  29)  ;  et  «  vous  ne  le  connaissez  point  »  (Jean, 
VII,  281.  —  «  Père  juste,  le  monde  ne  vous  a  pas  connu  »  (Jean, 
XVII,  25 1. 

3  «  Je  suis  venu  au  nom  de  mon  Père,  et  vous  ne  me  rece- 
vez pas.  »  (Jean,  v,  43^.  —  «  Enlevez-le,  enlevez-le,  crucifiez- 
le  »,  s'écrie  la  foule  déicide  (Jean,  xix,  i5). 

^  «  Alors  Pilate  le  leur  livra  pour  qu'il  fût  crucifié.  Et  ils  pri- 
rent Jésus  et  ils  l'emmenèrent.  Et  portant  sa  croix,  il  alla  à  cet 
endroit  qui  est  appelé  Calvaire,  oit  ils  le  crucifièrent.  »  Jean, 
XIX,  16-18. 


DE  SON  SACERDOCE  DANS  LE  TEMPS        I47 

Mais  tout  s'explique  à  la  lumière  des  décrets 
éternels.  Il  fallait  que  le  Christ  souffrît,  qu'il  fût 
flagellé,  crucifié  et  mis  à  mort  '. 

Comme  11  est  sublime  ce  Prêtre  fait  pour  le 
sacrifice  et  mourant  des  mêmes  coups  qui  frap- 
pent la  Victime  ! 

Comme  II  est  adorable  ce  Dieu  trois  fois  saint 
s'associant  la  nature  humaine  pour  en  faire  avec 
Lui  le  Prêtre  et  la  Victime  qui  sauvent  le  monde  ! 

C'est  à  genoux  et  les  yeux  mouillés  de  larmes 
que  l'humanité  doit  regarder  du  côté  du  Cal- 
vaire. C'est  en  se  frappant  la  poitrine  que  les 
pécheurs  du  monde  entier  doivent  voir  couler  le 
sang  de  la  divine  Victime  que  verse  à  flots  la 
malice  des  hommes.  C'est  le  cœur  oppressé  par 
la  douleur  et  l'amour  que  tous  doivent  se  rap- 
peler le  moment  suprême  où  la  Victime  expire 
sous  le  glaive  du  Prêtre  accomplissant  et  immor- 
talisant son  Sacrifice. 

Mystère  d'ineffable  miséricorde,  que  l'éternité 
ne  suffira  pas  à  approfondir  et  à  comprendre! 


'  «  Voici,  dit  Jésus,  que  s'accomplira  tout  ce  qui  a  été  écrit 
par  les  prophètes  touchant  le  Fils  de  rhomine.  »  i  Luc,  xviii,  3i  \.  — 
«  II  faut  que  le  Fils  de  l'homme  souffre  beaucoup.  »  i  Luc,  ix, 
22).  —  «  Voici  que  l'heure  approche,  et  le  Fils  de  l'homme  sera 
livré  aux  mains  des  pécheurs.  »  (Mat.,  xxvi,  451.  —  «  Le  Fils 
de  l'homme  sera  livré  aux  princes  des  |)rêtres  et  aux  Scribes, 
et  ils  le  condamneront  à  mort.  Et  ils  le  livreront  aux  gentils 
pour  qu'il  soit  moqué,  et  flagellé  et  crucifié.  »  (Mat.,  xx,  18,  19). 


148  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Au  ciel  les  acclamations  de  la  cour  céleste  sont 
un  besoin  impérieux  d'adoration,  de  reconnais- 
sance et  d'amour  ;  unissons  nos  accents  à  ceux 
des  bienheureux. 

Amour,  louange   et   gloire  éternelle   à   Jésus 
Prêtre  et  Victime  ! 


V: 


A  Jésus,   Prêtre  Dieu  et  Homme 


O  mon  Jésus 

je  Vous  ai  contemplé 

dans  les  splendeurs  du  ciel 

et  j'ai  été  ravi  de  votre  gloire. 

Je  Vous  ai  considéré 
dans  les  abaissements  inouïs 

de  votre  Humanité 

et  j'ai  compris  que  Vous  étiez 

aussi  adorable 

que    dans   le  sein    de  votre   Père. 

La  beauté  et  la  grandeur 

de  votre  Sacerdoce 

sont  des   reflets   divins 

de  l'union  de  vos   deux   natures 

en  votre  Personne  divine. 

Votre  Incarnation  Vous  a  fait  Prêtre, 

je  Vous  adore. 

Votre  amour  pour  les  hommes 

Vous  a  fait  leur  Victime, 

je  Vous  rends  grâce. 

Vous  êtes  la  gloire  de  Dieu  et  des  hommes 

par  votre  Sacerdoce  et  votre  Sacrifice  : 

oh  !  soyez  aimé  et  béni 

dans  les  siècles  des  siècles  ! 


I 


( 


CHAPITRE    QUATRIEME 


De  l'office  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dès  Tapparitiop  de  la  Victime 


CHAPITRE    QUATRIEME 

De  l'office  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dès  rapparitioi>  de  la  Victime 


«  Le  Christ  entrant  dans  le  monde, 
dit  :  Les  holocaustes  pour  le  péché 
ne  vous  ont  pas  plu.  Vous  m'avez 
formé  un  corps  :  me  voici,  je  viens, 
ô  Dieu,  pour  faire  votre  volonté.  » 
Hébr..  X,  S-7. 

Ce  que  nous  avons  dit  jusqu'ici  du  Sacerdoce 
en  Jésus  va  recevoir  sa  pleine  réalisation  avec 
l'apparition  de  la  divine  Victime. 

Le  Sacerdoce  sans  Victime  serait  un  Sacerdoce 
sans  sacrifice  ;  il  ne  correspondrait  pas  à  la  con- 
ception que  nous  en  avons  et  qui  est  fondée 
sur  la  plus  sublime  et  la  plus  adorable  des  réa- 
lités :  l'Incarnation  en  vue  de  la  Rédemption, 
la  Rédemption  par  le  sacrifice  et  la  mort  du 
Rédempteur. 

Tout  en  Jésus  parle  autant  de  mort  que  de 
vie.  il  est  Prêtre,  puisant  dans  le  sein  de  Dieu 
son  éternel  Sacerdoce,  mais  pour  en  consacrer 
la    puissance   divine  à   l'ofFrande  du   plus  ado- 


l54  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

rable  des  Sacrifices.  Il  lui  faut  une  Victime  ;  dès 
qu'elle  apparaît,  Il  s'en  empare,  Il  s'en  établit  le 
maître  absolu,  Il  en  fait  comme  l'aliment  subs- 
tantiel de  son  Sacerdoce  et  en  même  temps  II 
se  livre  à  elle  pour  être  son  unique  et  divin 
Sacrificateur. 

Harmonie  sublime  du  Prêtre  et  de  la  Victime 
dans  la  communication  réciproque  d'une  même 
mission  d'amour,  de  miséricorde  et  de  salut. 

Reportons-nous  en  esprit  à  cet  instant  unique 
et  solennel  où  les  deux  natures,  divine  et  hu- 
maine, s'unissent  indissolublement  dans  la  Per- 
sonne adorable  du  Verbe  ;  où  le  Prêtre  et  la 
Victime  se  rencontrent  pour  s'associer  inefîable- 
ment  et  accomplir  la  même  œuvre  de  glorifica- 
tion divine.  Essaj'ons  de  comprendre  ce  qu'il  y 
eut  alors  de  souverainement  adorable  dans  cet 
embrassement  divin  d'un  Prêtre  trouvant  dans 
sa  Victime  la  raison  essentielle  de  son  Sacerdoce 
et  d'une  Victime  devenant  essentiellement  la 
propriété  de  son  Sacrificateur. 

Il  nous  faudrait  vraiment  la  clairvoyance  di- 
vine pour  pénétrer  dans  les  profondeurs  inson- 
dables d'un  si  haut  mystère.  Reconnaissons  notre 
impuissance  naturelle  ;  mais,  quand  même,  en- 
trons avec  un  cœur  pur  et  un  amour  tout  de 
confiance  dans  ce  saint  des  saints  où  rayonnent 
les  splendeurs  du  Sacerdoce  de  Jésus. 


DE  SON  SACERDOCE  A  l'aPPARITION  DE  LA  VICTIME       l55 


I.  —  Jésus  est  Prêtre  à  cause  de  la  Victime 


La  venue  du  Verbe  de  Dieu  sur  cette  terre  est 
sans  contredit  le  plus  grand  événement  de  l'hu- 
manité. Le  ciel  est  habitué  aux  splendeurs  éter- 
nelles de  la  Divinité,  tout  y  est  ineffablement 
adorable  ;  mais  la  terre  ne  connaissait  pas  les 
perfections  et  les  gloires  divines.  Il  lui  fallait 
quelque  chose  de  palpable  et  de  visible  pour 
qu'elles  lui  soient  révélées  :  et  Jésus,  le  Verbe 
éternel,  la  lumière  vivante,  lui  est  apparu  '.  Il 
contenait  toute  la  sainteté  et  la  béatitude  des 
cieux  ;  et  II  apportait  aux  hommes  les  grâces 
qui  font  les  saints  et  les  promesses  qui  couron- 
nent les  bienheureux.  Depuis  lors,  Il  est  resté 
la  lumière  et  la  vie  du  monde,  la  gloire  de 
l'humanité  -. 

1  «  En  lui  était  la  vie,  et  la  vie  était  la  lumière  des  hommes.  » 
Jean,  i,  4. 

-  «  Il  fallait,  dit  Saint  Thomas,  pour  que  l'homme  devînt  par- 
faitement certain  de  la  vérité  de  la  foi,  que  Dieu  même  fait 
homme  l'instruisît,  afin  que  l'homme  reçût  les  enseignements 
divins  d'une  manière  conforme  à  sa  condition.  Et  l'Ecriture  l'ex- 
prime en  ces  termes  (Jean,  i,  181  :  «  Personne  n'a  jamais  vu 
Dieu  ;  le  Fils  unique  qui  est  dans  le  sein  du  Père,  l'a  fait  con- 
naître lui-même,  n  Et  le  Seigneur  dit  lui-même  (Jean,  xviii,  3?)  : 
«  Je  suis  né  et  je  suis  venu  dans  le  monde,  afin  de  rendre  témoi- 
gnage à  la  vérité.  »  Et  nous  voyons,  pour  cette  raison,  qu'après 


l56  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Mais  Jésus  n'est  pas  venu  seulement  pour  ré- 
véler les  perfections  divines,  Il  est  dépositaire 
de  tous  les  droits  sacrés  de  Dieu  son  Père  et  II 
s'est  porté  garant  de  tous  ses  intérêts.  Si  l'huma- 
nité était  restée  fidèle,  Dieu  n'aurait  eu  pour  elle 
que  des  bontés  et  des  tendresses  ;  mais  s'étant 
rendue  coupable  par  le  péché.  Dieu  possédait  à 
son  égard  des  droits  imprescriptibles  de  repré- 
sailles et  de  châtiment.  C'est  afin  de  les  exercer 
dans  toute  leur  rigueur  et  d'en  recevoir  une 
juste  satisfaction,  qu'il  envoie  son  Fils  au  se- 
cours de  l'humanité  et  qu'il  exige  de  Lui  l'expia- 
tion parfaite  et  la  réparation  totale  K 

Pour  accomplir  une  telle  œuvre  de  miséri- 
corde et  de  justice,  Jésus  doit  porter  le  poids 
écrasant  des  péchés  du  monde  et  être  marqué 

l'Incarnation  du  Christ,  les  hommes  ont  reçu  une  instruction 
qui  leur  a  fait  connaître  Dieu  avec  plus  d'évidence  et  de  certi- 
tude, selon  cette  parole  (Isaie,  xi,  9)  :  «  La  terre  a  été  remplie 
de  la  science  du  Seigneur.  »  Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  54. 

1  <<  Il  faut  observer  que  la  valeur  de  la  satisfaction  se  tire 
de  la  dignité  de  celui  qui  satisfait.  Mais  la  dignité  du  pur 
homme,  pour  être  la  compensation  de  l'injure  faite  à  Dieu, 
n'était  pas  infinie.  Il  a  donc  fallu  un  homme  d'une  dignité 
infinie  pour  que  souffrant  un  châtiment  pour  tous,  il  satisfît 
convenablement  pour  les  péchés  du  monde  entier.  C'est  pour 
cela  que  le  Verbe  de  Dieu,  vrai  Dieu  et  Fils  de  Dieu,  prit  la 
nature  humaine,  afin  de  purifier  le  genre  humain  tout  entier, 
en  satisfaisant  pour  ses  péchés.  Ce  qui  fait  dire  à  Saint  Pierre 
(I,  ni,  18)  :  «  Le  Christ  est  mort  une  fois  pour  nos  péchés.  » 
Op.  3,  c.  7. 


DE  SON   SACERDOCE  A   L  APPARITION   DE   LA    VICTIME       1^7 

du  sceau  des  victimes  '.  Il  ne  vient  donc  pas  pour 
jouir  mais  pour  souffrir,  pour  vivre  mais  pour 
mourir.  II  est  fait  essentiellement  pour  le  sacri- 
fice, et,  à  moins  de  ne  rien  comprendre  aux  mo- 
tifs de  sa  venue  sur  cette  terre,  on  ne  peut  voir 
en  Lui  qu'une  Victime  "^  Mais  quelle  Victime  !  La 

1  Rappelons  ce  passage  si  expressif  de  Saint  Thomas,  où  il 
montre  la  part  de  la  justice  unie  à  la  miséricorde  dans  la  pas- 
sion de  notre  divin  Sauveur.  «  11  a  été  convenable  à  la  misé- 
ricorde et  à  la  justice  de  Dieu  que  l'homme  fût  délivré  par 
la  passion  du  Christ.  Cela  convenait  à  sa  justice,  parce  que 
le  Christ  a  satisfait  par  sa  passion  pour  les  péchés  du 
genre  humain,  et  l'homme  a  été  ainsi  délivré  par  la  justice 
du  Christ.  Cela  convenait  aussi  à  sa  miséricorde,  parce  que 
l'homme  ne  pouvait  pas  satisfaire  par  lui-même  pour  le  péché 
de  toute  la  nature  humaine  ;  Dieu  lui  a  donné  son  Fils  pour  sa- 
tisfaire à  sa  place,  d'après  ces  paroles  de  Saint  Paul  (Rom., 
m,  24,  25)  :  «  Etant  justifiés  gratuitement  par  sa  grâce,  par  la 
rédemption  qu'ils  ont  en  Jésus-Christ  que  Dieu  a  destiné  pour 
être  la  victime  de  propitation  par  la  foi  qu'on  aurait  en  scn 
sang.  »  Il  y  a  eu  même  en  cela  une  miséricorde  plus  grande  que 
s'il  eût  pardonné  les  péchés  sans  satisfaction.  D'où  le  même 
Apôtre  dit  ailleurs  (Ephés.,  n,  4, 5l  :  «  Dieu  qui  est  riche  en  misé- 
ricorde, à  cause  de  l'amour  extrême  dont  il  nous  a  aimés,  lorsque 
nous  étions  morts  par  nos  péchés,  nous  a  rendu  la  vie  dans  le 
Christ.  »  III  p.,  q.  46,  a.  1,  ad  3. 

2  Lorsque  le  Docteur  angélique  étudie  les  souffrances  et  la 
mort  de  Jésus,  il  établit  dès  le  commencement  que  «  quoique 
Dieu  ait  pu  délivrer  le  genre  humain  d'une  autre  manière  que 
par  sa  passion,  cependant,  supposé  la  prescience  divine,  il  a  été 
impossible  qu'il  accordât  au  monde  un  aussi  grand  bien  par 
un  autre  moyen  »  iIII  p.,  q.  46,  a.  2'.  En  d'autres  termes,  abso- 
lument parlant,  Jésus  aurait  pu  n'être  pas  victime,  mais  à 
cause  des  décrets  éternels,  il  fallait  qu'il  le  fût  pour  sauver  le 
monde.  «  Il  est  impossible,  continue  Saint  Thomas,  de  tromper 


l58  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Victime  de  la  justice  de  Dieu,  la  Victime  de  tous 
les  péchés  des  hommes,  la  Victime  nécessaire,  la 
Victime  universelle,  la  Victime  divine  dont  l'es- 
sence est  d'être  Victime  et  uniquement  Victime  '. 
Cette  Victime  adorable,  constituée  essentielle- 
ment pour  le  sacrifice,  a  soif  d'immolation  et 
tout  son  être  réclame  un  Sacrificateur  pour  l'of- 
frir et   l'immoler  ^.   Le   Verbe   incarné   apparaît 

la  prescience  de  Dieu  et  de  rendre  nulles  sa  volonté  ou  ses  dis- 
positions ;  si  l'on  suppose  que  Dieu  ait  su  à  l'avance  la  passion 
du  Christ  et  qu'il  l'ait  décrétée,  /'/  n'était  pas  possible  en  ce 
sens  que  le  Christ  ne  souffrît  pas  ou  que  l'homme  fût  délivré 
d'une  autre  manière  que  par  sa  passion.  »  (Ibid.i 

*  Nous  avons  déjà  cité  Saint  Thomas,  disant  que  «  les  dou- 
leurs que  le  Christ  a  souffertes  ont  surpassé  toutes  les  douleurs 
que  les  hommes  peuvent  endurer  en  cette  vie,  non  seulement 
à  cause  de  la  violence  et  de  l'étendue  de  sa  passion,  mais  encore 
à  cause  de  la  constitution  du  Christ  qui  a  souffert»  (III  p., 
q.  46,  a.  6).  Il  développe  ainsi  sa  pensée  :  «  La  grandeur  de  sa 
douleur  peut  se  considérer  d'après  ce  qu'il  ressentait  dans  son 
âme  et  dans  son  corps.  Sous  le  rapport  du  corps,  il  avait  une 
complexion  parfaite,  puisque  son  corps  a  été  formé  miraculeu- 
sement par  l'opération  de  l'Esprit-Saint.  C'est  pourquoi  le  sens 
du  tact,  dont  la  perception  produit  la  douleur,  était  parfaite- 
ment développée  en  lui.  Pour  l'âme,  elle  perçoit  aussi  d'autant 
plus  vivement  toutes  les  causes  de  tristess-»  que  ses  puissances 
intérieures  sont  plus  parfaites...  On  peut  considérer  encore  la 
grandeur  de  la  douleur  du  Christ  souffrant,  parce  qu'il  a  pris 
cette  passion  et  cette  douleur  volontairement,  dans  le  but  d'af- 
franchir les  hommes  du  péché.  C'est  pourquoi  /'/  a  pris  une 
douleur  tellement  grande  quelle  a  été  proportionnée  à  la 
qrandeur  de  l'effet  qui  devait  en  résulter.  Ainsi,  il  est  évi- 
dent que  la  douleur  du  Christ  a  été  la  plus  grande.  »  iIbid.) 

•  «  Je  dois  être  baptisé  d'un  baptême  (de  sang  ),  et  quelle  est 


DE  SON  SACERDOCE  A  l'aPPARITION   DE  LA  VICTIME      iSg 

alors  dans  la  même  et  absolue  nécessité  de  son 
Sacerdoce  que  de  son  état  de  Victime  '.  Il  n'au- 
rait jamais  été  la  Victime  de  son  Père,  s'il  n'avait 
dû  être  en  même  temps  son  Prêtre;  et  II  n'aurait 
jamais  été  Prêtre,  s'il  n'y  avait  eu  une  Victime 
de  son  Sacerdoce. 

Lui  et  Lui  seul  pouvait  être  Prêtre  d'une  telle 
Victime.  Lui  et  Lui  seul  pouvait  posséder  un 
Sacerdoce  assez  saint  pour  l'exercer  sur  une 
aussi  sainte  Victime,  assez  puissant  pour  l'im- 
moler, assez  efficace  pour  lui  faire  produire  des 
fruits  éternels  de  pardon  et  de  salut. 

Comment  imaginer  un  Prêtre   sans   victime, 

mon  angoisse  jusqu'à  ce  qu'il  soit  accompli.  »  ;  Luc,  xii,  5oi. 
Avec  la  plupart  des  commentateurs,  nous  préférons  donner  à 
l'expression  angoisse  (  tirée  du  grec  )  le  sens  de  désir  plutôt  que 
de  crainte;  d'autant  plus  que  cette  interprétation  s'harmonise 
davantage  avec  le  verset  précédent  où  Jésus  dit  :  «  Je  suis  venu 
jeter  le  feu  sur  la  terre  et  que  veux-je  sinon  qu'il  s'allume  ?  » 
C'est  dans  le  même  sens  que  Jésus  exprime  les  ardeurs  les  plus 
intimes  de  son  âme,  lorsque,  confondant  dans  une  même  pensée 
l'institution  de  la  sainte  Eucharistie  et  son  Sacrifice  sur  le  Cal- 
vaire, Il  s'écrie  au  soir  de  la  Cène  :  «  J'ai  désiré  d'un  grand  désir 
manger  cette  Pâque  avec  vous  avant  de  souffrir  »  Luc,  xxu,  i5). 
'  «  7/  a  fallu  que  surgît  un  autre  Prêtre  selon  l'ordre  de 
Melchisédech,  Jésus-Christ  Notre  Seigneur.  »  (Conc.  de  Tr., 
Sess.  22,  ch.  1).  —  «  Nous  avons  un  grand  pontife,  Jésus,  Fils 
de  Dieu»  Hébr.,  iv,  14  ,  dit  Saint  Paul.  Son  Sacerdoce  s'im- 
pose, à  cause  de  la  Victime  qui  le  réclame  :  «  Tout  pontife  est 
établi,  afin  ôl  offrir  des  dons  et  des  sacrifices  pour  les  péchés  » 
(Hébr.,  v,  i. 


l60  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

lorsque  saint  Paul  nous  enseigne  que  «  tout  Prê- 
tre doit  avoir  quelque  chose  à  offrir  »  et  qu'il 
est  constitué  spécialement  «  pour  offrir  des  dons 
et  des  sacrifices  pour  les  péchés  •  »  ?  C'est  pour- 
quoi, en  parlant  du  Sacerdoce  en  Jésus,  il  ajoute 
que  «  le  Fils  de  Dieu,  aux  jours  de  sa  chair,  est 
devenu  par  son  immolation  la  cause  du  salut 
éternel  ^  ». 

Considérons  toutefois  que  Jésus  Prêtre  ne 
possède  pas  une  Victime  en  dehors  de  Lui,  mais 
que  la  Victime  est  en  Lui,  que  la  Victime  c'est 
Lui.  Il  trouve  en  Lui-même  la  matière  de  son 
Sacrifice,  et  lorsqu'il  immole  la  Victime  II  s'im- 
mole avec  elle.  Son  Sacerdoce  s'exerce  ainsi 
sans  interruption  et  trouve  sa  raison  d'être  dans 
l'existence  permanente  de  la  Victime  et  de  son 
état  d'immolation. 

Par  le  seul  fait  de  l'assomption  en  la  Personne 
divine  de  sa  nature  humaine,  qui  est  privée  de 
sa  personnalité  propre  \  l'humanité  du  Verbe  de- 

1  Hébr.,  V,  3. 
-     Hébr.,  v,  7,  9. 

3  «  La  nature,  dit  Saint  Thomas,  qui  a  été  prise  n'est  pas 
privée  de  sa  personnalité  propre  parce  qu'elle  manque  de 
quelque  chose  de  ce  qui  appartient  à  la  perfection  de  la  nature 
humaine,  mais  elle  en  est  privée  au  contraire  parce  qu'elle  a 
quelque  chose  de  plus  qui  est  au-dessus  de  la  nature  humaine. 
Ce  surcroît  est  son  union  avec  la  personne  divine.  Si  la  nature 
humaine  n'avait  pas  été  prise  par  la  personne  divine,  elle  au- 
rait sa  personnalité  propre  ;  l'on  dit  que  la  personne  a  consumé 


DE  SON   SACERDOCE  A  l'aPPARITION  DE  LA   VICTIME       l6l 

vient  comme  la  première  Victime  oft'erte  à  la 
Divinité.  Ce  sacrifice  initial  que  Jésus  Prêtre 
offre  à  son  Père  devient  un  état  permanent  oii 
1  son  Sacerdoce  trouve  en  quelque  sorte  de  quoi 
s'alimenter.  C'est  ainsi  qu'il  est  Prêtre  Sacri- 
ficateur à  l'origine,  dès  l'apparition  de  la  Vic- 
time, et  qu'il  en  dépend  dans  l'exercice  de  son 
Sacerdoce. 

Avec  quelle  ardeur,  dès  lors,  nous  allons  Le 
voir  recevant  des  mains  de  son  divin  Père  la 
Victime  qui  Lui  a  été  préparée  de  toute  éternité  ! 


II.  —  Jésus  Prêtre  reçoit  la  divine  Victime 

Les  temps  sont  accomplis,  l'heure  de  la  réali- 
sation des  décrets  éternels  est  venue,  la  miséri- 
corde divine  va  s'incliner  vers  la  terre,  les  cieux 
vont  pleuvoir  le  Juste  et  la  bénignité  va  appa- 
raître au  sein  de  l'humanité  '. 

la  personne,  quoique  d'une  manière  impropre,  dans  le  sens  que 
la  personne  divine  a  empêché  par  son  union  la  nature  hu- 
maine d'avoir  sa  personnalité  propre.  »  111  p.,  q.  4,  a.  2, 
ad  2  et  3. 

1  «  Lorsque  la  bonté  de  Dieu,  notre  Sauveur,  et  son  amour 
pour  les  hommes  ont  paru,  il  nous  a  sauvés,  non  à  cause  des 
œuvres  de  justice  que  nous  aurions  faites,  mais  en  vertu  de  sa 
miséricorde,  par  le  bain  de  la  régénération  et  du  renouvellement 
de  l'Esprit-Saint,   qu'il  a  répandu  sur  nous  abondamment  par 


i 


162  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Sous  des  dehors  empruntés,  la  Divinité  des- 
cend parmi  les  hommes.  Se  couvrant  des  mi- 
sères de  l'humanité,  elle  pousse  la  condescen- 
dance jusqu'à  en  prendre  la  nature  avec  toute 
la  difformité  que  lui  a  apportée  le  péché.  Voué 
aux  humiliations,  aux  souffrances  et  à  la  mort, 
le  Verbe  incarné  entre  dans  l'humanité  comme 
une  Victime  qui  s'en  vient  au  sacrifice.  Au  même 
instant,  le  Prêtre  Eternel  lui  ouvre  les  bras,  pour 
la  recevoir  et  en  être  le  gardien  fidèle.  Tous 
deux,  sortis  du  sein  du  Père,  vont  cheminer 
ensemble  pour  accomplir  toutes  ses  volontés  : 
la  Victime  s'abandonnant  entièrement  à  son  Sa- 
crificateur, et  celui-ci  conservant  avec  amour 
l'Hostie  nécessaire  de  son  Sacrifice. 

Il  ne  peut  s'écouler  le  moindre  instant,  à  l'ap- 
parition de  la  Victime,  sans  que  le  Souverain 
Prêtre  en  prenne  possession  ;  sans  quoi,  la  Vic- 
time, n'étant  l'Hostie  d'aucun  Prêtre  pour  l'offrir, 
n'aurait  pas  été  Victime  pendant  ce  temps,  pas 
plus  que  Jésus  n'aurait  pu  être  Prêtre  tout  le 
temps  que  la  Victime  Lui  aurait  fait  défaut. 
Cette  action  simultanée  du  Prêtre  sur  la  Victime 

Jésus-Christ  notre  Sauveur,  afin  que,  justifiés  par  sa  grâce, 
nous  devinssions  héritiers,  conformément  à  l'espérance  de  la 
vie  éternelle.  »  (Tit.,  m,  4-7).  —  Saint  Thomas  dit  à  ce  sujet  : 
«  Le  Christ  nous  a  manifesté  sa  bonté  en  communiquant  sa 
Divinité,  de  même  qu'il  nous  a  manifesté  sa  miséricorde  en  se 
revêtant  de  notre  humanité.  »  (Op.  Sg,  a.  4). 


DE   SON   SACERDOCE  A   l'aPPARITION   DE  LA   VICTIME       t63 

et  de  la  Victime  sur  le  Prêtre,  fait  partie  du 
mystère  même  de  l'Incarnation,  lequel  ne  peut 
s'accomplir  sans  l'existence  de  la  fin  qui  l'a  fait 
décréter. 

A  peine  le  Fiat  de  la  Vierge  Marie  a-t-il  été 
prononcé,  que  l'Esprit-Saint  la  couvrant  de  son 
ombre  S  la  rend  Mère  du  Verbe  incarné  et  intro- 
duit dans  l'humanité  le  Prêtre-Victime  qui  doit 
la  sauver.  Jésus  est,  en  effet,  un  Prêtre  qui  est 
Victime  et  une  Victime  qui  est  Prêtre,  ayant 
été  essentiellement  ordonnés  l'un  pour  l'autre  et 
n'ayant  pu,  à  aucun  moment,  exister  l'un  sans 
l'autre. 

Aussitôt  que  la  Victime  apparaît,  elle  doit  en- 
trer dans  sa  mission  de  Victime,  qui  est  d'être 
offerte  à  la  gloire  de  Dieu.  Seul  le  Prêtre  qui  est 
préposé  à  sa  garde  peut  dignement  remplir  cet 
office  ^.  Il  connaît  tout  de  la  Victime  que  le  ciel 
lui  a  confiée  ;  Il  sait  de  quel  principe  divin  elle 

»  Luc,  I,  35. 

-  Cette  offrande  init-iale  de  la  Victime  par  le  Souverain  Prêtre 
est  déjà  d'un  prix  infini.  C'est  ce  qu'exprime  Saint  Thomas, 
quand  il  dit  :  «  Le  Christ,  dès  le  commencement  de  sa  concep- 
tion, a  mérité  pour  nous  le  salut  éternel  »  ;  et  si  ces  mérites 
infinis  n'ont  pas  eu  un  effet  immédiat,  c'est,  ajoute-t-il,  que,  <<  de 
notre  part  il  y  avait  des  obstacles  qui  nous  empêchaient  d'ob- 
tenir l'effet  de  ces  mérites  antérieurs  ;  ainsi,  pour  écarter  ces 
obstacles,  il  a  fallu  que  le  Christ  souffrît.  »  (III  p.,  q.  48,  a.  1), 


164  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

procède  et  pour  quelle  fin  adorable  elle  est  don- 
née au  monde  ;  Il  a  assisté  Lui-même  au  conseil 
de  la  Trinité  Sainte  qui  La  instituée  Victime  ;  Il  a 
partagé  avec  elle  la  responsabilité  terrible  de  sa- 
tisfaire à  la  justice  divine  pour  les  péchés  de  l'hu- 
manité. Il  a  répondu  devant  son  Père  de  la  fidé- 
lité du  Prêtre  et  de  la  générosité  de  la  Victime. 

Il  entre  avec  amour  sur  le  théâtre  des  immo- 
lations divines  où  sa  rencontre  avec  l'auguste 
Victime  Le  fait  tressaillir  jusque  dans  les  pro- 
fondeurs intimes  de  son  Sacerdoce.  II  se  sent 
Lui-même  ennobli  au  contact  de  la  sainteté  de 
sa  Victime,  et,  à  son  tour,  Il  communique  à 
l'Hostie  de  son  Sacrifice  la  perfection  infinie  du 
Sacerdoce  qui  en  a  fait  son  Sacrificateur. 

Echange  sublime  de  charité  divine  dans  un 
Dieu  Prêtre  et  un  Dieu  Victime.  Communication 
réciproque  de  deux  missions  divines  dépendant 
l'une  de  l'autre.  Zèle  admirable  pour  s'entr'aider 
à  les  accomplir.  Union  intime  faite  de  joie  et 
de  douleur  pour  la  gloire  de  Dieu  et  l'expiation 
du  péché.  Consommation  ineffable  d'un  double 
mystère  dans  l'unité  d'une  Personne  divine. 

Chacun  toutefois  gardant  son  caractère  propre, 
Jésus  Prêtre  conservera  éternellement  ses  droits 
sur  la  Victime,  et  la  Victime  restera  sa  propriété. 
C'est  ce  que  nous  fera  mieux  comprendre  le  pa- 
ragraphe suivant. 


DE  SON  SACERDOCE  A  l'aPPARITION   DE  LA   VICTIME       1 65 


III.  —  Jésus  Prêtre  a  pleine  autcritc 
sur  la  Victime 

Dès  que  la  Victime  est  constituée  dans  la  per- 
fection de  son  état,  elle  cesse  de  s'appartenir, 
elle  devient  en  réalité  la  propriété  de  celui  qui 
est  chargé  de  l'immoler.  Jésus  exerce  donc  en 
toute  vérité  une  certaine  autorité,  en  tant  que 
Prêtre,  sur  la  Victime  sainte  dont  II  devient 
officiellement  le  Sacrificateur. 

11  peut  disposer  de  la  Victime  à  son  gré,  parce 
qu'elle  est  à  Lui  exclusivement.  Son  Sacerdoce 
Lui  confère  des  droits  souverains  sur  elle  et  11 
ne  peut  manquer  de  les  exercer.  A  raison  de 
leurs  devoirs  réciproques,  la  Victime  ne  doit 
point  avoir  d'autre  volonté  que  celle  de  son 
Prêtre,  et  le  Prêtre  ne  peut  se  diriger  dans  tous 
ses  actes  à  l'égard  de  la  Viclime  que  selon  les 
lois  et  l'esprit  de  son  Sacerdoce. 

Dépendance  et  souveraineté  qui  n'enlèvent  et 
n'ajoutent  rien  à  la  perfection  et  à  la  sainteté  de 
l'un  et  de  l'autre.  Ils  s'unissent  pour  accomplir, 
chacun  selon  ses  fonctions,  un  même  sacrifice, 
avec  un  même  amour  et  dans  une  même  fin.  La 
Victime  se  prête  à  l'autorité  de  son  Sacrificateur 
pour  être  offerte  et  immolée,  le  Prêtre  recourt 


f 


166  DU    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

à  la  soumission  de  sa  Victime  pour  exercer  son 
office  de  Sacrificateur. 

Le  Prêtre  toutefois  reste  le  premier  principe 
agissant,  parce  que,  en  tant  que  propriétaire 
d'une  Victime  qui  n'existerait  point  sans  Lui,  Il 
exerce  sur  elle  comme  une  autorité  de  comman- 
dement. C'est  Lui  plus  particulièrement  qui  la 
dirige  et  qui  décide  l'heure  et  la  forme  de  son 
Sacrifice.  Son  bonheur  comme  son  devoir,  c'est 
de  la  conduire  par  des  voies  de  nature  à  la  faire 
arriver  à  la  perfection  de  sa  fin.  Il  abdiquerait 
son  autorité  s'il  cessait  un  seul  instant  d'exercer 
cette  action  sur  la  Victime  qui  Lui  a  été  donnée 
d'en-Haut. 

Cependant  l'oeuvre  à  accomplir  est  grande  et 
sublime.  La  Victime  est  divine  de  sa  nature, 
mais  elle  porte  des  livrées  qui  l'abaissent  au 
rang  des  créatures  '  ;  pour  glorifier  souveraine- 
ment Dieu,  elle  n'accomplira  que  des  oeuvres 
simples  et  modestes  en  apparence  ;  et  quand  il 
faudra  apaiser  la  justice  et  faire  triompher  la  mi- 
séricorde, elle  descendra  dans  les  humiliations 
et  les  impuissances  de  la  mort. 


'  «  Jésus-Christ,  existant  en  forme  de  Dieu,  n'a  pas  cru  que 
ce  fût  pour  lui  une  usurpation  d'être  égal  à  Dieu  ;  mais  il  s'est 
anéanti  lui-même,  en  prenant  la  forme  d'un  esclave,  en  deve- 
nant semblable  aux  hommes,  et  en  se  montrant  sous  l'appa- 
rence d'un  homme.  »  Phil.,  ii,  6,  7. 


DE  SON  SACERDOCE  A   l'aPPARITION    DE   LA   VICTIME       167 

Peu  importe,  Jésus  Prêtre  a  accepté  toute  la 
responsabilité  de  sa  mission  ;  Il  accompagnera 
sa  Victime  et  ne  la  perdra  pas  de  vue  un  seul 
instant.  L'autorité  qu'il  exerce  sur  elle  ne  con- 
naît aucune  borne  et  possède  une  puissance 
infinie.  C'est  une  merveille  divine  qu'il  s'agit 
d'opérer  aux  yeux  des  hommes,  son  Sacerdoce 
est  à  la  hauteur.  Il  exigera  tout  de  sa  Victime, 
mais  en  même  temps  II  lui  apportera  une  coopé- 
ration en  rapport  avec  la  sublimité  du  mystère. 

Jamais  autorité  plus  divine  ne  pourra  être 
exercée  dans  l'humanité  ;  jamais  soumission  plus 
entière  et  plus  admirable  ne  pourra  être  offerte 
en  spectacle  aux  hommes. 

Comme  elle  est  douce  et  suave  cette  autorité 
du  Souverain  Prêtre  qui  a  conscience  de  la  va- 
leur infinie  du  trésor  qui  Lui  appartient,  qui 
connaît  les  motifs  adorables  qui  L'ont  rendu 
maître  de  sa  Victime,  qui  se  complaît  dans  ses 
perfections  divines  et  qui  voit  en  elle  le  principe 
et  la  raison  d'être  de  son  Sacerdoce  ! 

Avec  quel  respect  II  la  reçoit  ;  avec  quelle  joie 
Il  la  prend  sous  la  garde  ;  avec  quelle  tendresse 
Il  lui  parle  ;  avec  quels  accents  II  l'entretient  de 
sa  mission  rédemptrice  ;  avec  quelles  divines 
ardeurs  II  lui  montre  la  fin  sublime  de  son  im- 
molation future  ! 


l68  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Quel  moment  d'éternité  que  celui  où  le  Prêtre 
Eternel  reçoit  la  responsabilité  redoutable  mais 
ineffable  de  veiller  sur  l'adorable  Victime  qu'il 
devra  un  jour  conduire  au  Sacrifice  ! 

Adorons  et  aimons. 

IV.  —  Les  divines  harnicnies 
entre   le   Prêtre   et  la  Victime 

Nous  avons  considéré  déjà  bien  des  beautés 
et  des  splendeurs  en  notre  divin  Prêtre  et  en 
notre  adorable  Victime.  Ils  nous  ont  apparu 
comme  également  saints  d'une  sainteté  puisée 
dans  l'essence  divine,  comme  nécessaires  l'un  à 
l'autre  pour  accomplir  la  même  mission  rédemp- 
trice :  ce  qui  suppose  une  harmonie  parfaite, 
résultat  de  leur  commune  essence  et  de  leur 
identique  perfection. 

Essayons  néanmoins  de  pénétrer  dans  le  sanc- 
tuaire intime  de  leurs  divines  relations,  pour 
apprendre  à  les  mieux  connaître  et  à  les  mieux 
aimer. 

II  ne  peut  évidemment  y  avoir  aucune  diver- 
gence de  pensée  entre  le  Prêtre  et  la  Victime. 
Ils  se  connaissent  ineffablement  l'un  et  l'autre, 
ils  sont  la  lumière  incréée  l'un  comme  l'autre,  la 
vérité  par  essence,  la  source  de  la  grâce,  la  vie 


âù 


DE  SON  SACERDOCE  A  l'aPPARITIOiN   DE  LA   VICTIME       169 

éternelle.  Ils  lisent  tous  deux  sans  ombre  dans 
le  livre  des  secrets  divins  et  des  décrets  éter- 
nels. Ils  savent  qu'ils  sont  envoyés  de  Dieu  ;  et 
ensemble  ils  adorent.  Ils  voient  dans  un  seul 
présent  tous  les  événements  futurs  qui  les  con- 
cernent ;  et  ils  acquiescent  aux  volontés  divines. 
Ils  apprécient  toutes  choses  de  la  même  ma- 
nière, parce  qu'ils  les  voient  dans  la  même 
éternelle  vérité.  Ils  pensent  par  la  même  in- 
telligence ;  ils  possèdent  toute  science  divine  et 
humaine  dans  la  même  perfection  et  la  même 
fixité. 

Leur  harmonie  de  sentiments  n'est  pas  moins 
admirable.  C'est  le  même  cœur  qui  donne  asile 
à  ces  sentiments  et  c'est  d'un  commun  accord 
qu'ils  les  partagent.  Ils  éprouvent  la  même  cha- 
rité envers  leur  divin  Principe,  et  ils  s'attachent 
avec  la  même  ardeur  à  l'accomplissement  de 
leur  mutuelle  mission.  Le  Prêtre  aime  sa  Vic- 
time du  même  amour  dont  II  est  aimé  par  elle  ; 
leurs  intérêts  communs  sont  confondus  dans  un 
même  zèle  et  une  même  affection.  Aucun  batte- 
ment de  cœur  ne  se  produit  sans  que  l'un  et 
l'autre  en  soient  simultanément  la  cause.  Il  n'y 
a  en  eux  qu'un  principe  qui  aime  et  qu'un  être 
qui  est  aimé. 

Et  cela,  dans  une  harmonie  de  volonté  aussi 
parfaite  que  celle  de  la  connaissance  et  du  sen- 


170  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

timent.  Ne  pouvant  vouloir  que  ce  que  Dieu 
veut,  ils  le  veulent  d'une  volonté  réfléchie,  im- 
muable, absolue,  sans  l'ombre  d'un  désir  qui 
ne  leur  serait  pas  commun.  Ils  sont  venus  pour 
accomplir  les  volontés  de  Celui  qui  les  a  en- 
voyés '  :  ils  n'en  laisseront  aucune  sans  réalisa- 
tion -.  Sans  considérer  la  peine  ou  le  sacrifice,  ils 
porteront  avec  générosité  le  poids  de  leur  double 
mission,  et  à  l'avance  ils  veulent  avec  la  même 
énergie  le  Sacrifice  suprême  qui  éternisera  les 
fruits  de  l'action  rédemptrice  du  Prêtre  et  de 
la  Victime. 

Ne  perdant  jamais  de  vue,  un  seul  instant,  les 
motifs  qui  les  ont  fait  descendre  du  ciel,  ils  vi- 
vent avec  la  même  intensité  d  amour  la  vie  ter- 
restre qu'ils  ont  embrassée  pour  satisfaire  aux 
exigences  divines.  Victimes  l'un  et  l'autre  de  la 
justice  de  Dieu,  ils  mettent  en  commun  leurs 
humiliations  et  leurs  souffrances  pour  l'apaiser. 
Hérauts  de  la  miséricorde  divine,  ils  puisent  à  la 
même  source  d'éternelle  charité  les  tendresses 
infinies  qui  alimentent  les  sublimes  énergies  de 
leur  mutuelle  immolation. 

Contemplant  dans  un  même  ravissement  la 
gloire  divine  et  le  salut  de  l'humanité,  qui  seront 

1  «  Je  suis  descendu  du  ciel,  non  pour  faire  ma  volonté,  mais 
la  volonté  de  celui  qui  ma  envoyé.  «  Jean,  vi,  38. 

2  «  Je  fais  toujours  ce  qui  lui  plaît.  »  Jean,  viii,  29. 


DE  SON  SACERDOCE  A  L  APPARITION   DE  LA   VICTIME       I7I 

le  fruit  de  leur  commun  sacrifice,  ils  se  com- 
muniquent mutuellement  des  ardeurs  toujours 
nouvelles  pour  exercer  l'un  sur  l'autre  l'action 
divine  de  leur  éternelle  destinée.  Entrevoyant 
dans  l'avenir  radieux  du  ciel  les  splendeurs  des 
gloires  éternelles  qui  rayonneront  de  leur  sein, 
comme  la  récompense  de  leur  mission  rédemp- 
trice, ils  aspirent  aux  immolations  qui  les  confon- 
dront dans  un  même  sublime  et  divin  Sacrifice. 

Ils  vivent  l'un  pour  l'autre,  avant  de  mourir 
l'un  par  l'autre.  Le  Prêtre  aime  souverainement 
sa  Victime,  et  son  amour  le  portera  à  lui  donner 
la  mort.  La  Victime  aime  non  moins  divinement 
son  Prêtre,  et  son  amour  l'entraînera  avec  elle 
dans  la  mort.  Venus  tous  deux  pour  mourir,  leur 
mort  deviendra  la  cause  et  la  source  de  la  vie 
éternelle  pour  tous  les  élus  '. 

Penser,  aimer,  vouloir  à  l'unisson,  telle  est 
l'harmonie  sublime  qui  fait  la  perfection  et  la 
félicité  de  Jésus  Prêtre  et  Victime.  Il  y  aura  des 
visions  douloureuses  qui  passeront  devant  ses 
yeux  ;  mais  II  les  contemplera  d'un  œil  serein, 

•  «  Quoiqu'il  fût  le  Fils  de  Dieu,  il  a  appris  l'obéissance  f)ar 
ce  qu'il  a  souffert  ;  et  ayant  été  élevé  à  la  perfection,  il  est  de- 
venu pour  tous  ceux  qui  lui  obéissent,  la  cause  du  salut  éter- 
nel. Dieu  l'ayant  déclaré  pontife  selon  l'ordre  de  Melchisédech.  » 
Hébr.,  V,  8-10. 


172  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

en  y  voyant  la  volonté  de  Dieu.  Il  éprouvera 
plus  d'une  fois  des  serrements  de  cœur  et  des 
moments  d'angoisse  ;  mais  ils  trouvera  sa  con- 
solation à  s'en  servir  pour  prouver  à  Dieu  son 
amour.  Il  sera  l'objet  d'attaques  violentes  de  la 
part  de  l'enfer  et  de  ses  suppôts  ;  mais  II  les 
voudra  avec  héroïsme  sachant  qu'elles  seront 
l'occasion  de  son  immortel  triomphe. 

O  Jésus,  Prêtre  et  Victime  adorable,  vous  êtes 
dès  l'aurore  de  votre  entrée  dans  l'humanité 
l'admiration  du  ciel,  la  joie  et  l'espérance  de 
la  terre.  Soyez  notre  louange  et  notre  amour 
éternels  ! 


A  Jésus,  le  Prcirc  Hoslic 


O  Jésus, 

qui    nous    avez   été    envoyé 

comme  Prêtre  et  Hostie, 

Vous  nous  apparaissez 

tout  resplendissant 

des  beautés  de  votre  sublime  mission. 

Comme  Prêtre, 

Vous  nous  donnez  une  Hostie. 

Comme  Hostie, 

Vous  réclamez  un  Prêtre. 

Vous  êtes  également  adorable 

dans  votre  puissance  sacerdotale 

et  les  humiliations 

de  votre  état  de  Victime. 

Je  m'abîme  à  vos  pieds 

et  je  Vous  adore. 

Je   Vous  réserve  tout    l'amour 

de  mon  cœur 

et  je  me  donne  à  Vous 

comme  Vous  Vous  êtes  livré  à   moi  ! 


^ 


CH?^PITRE    Cl-NQUIEME 


Du  ministère  sacerdotal  de  Jésus 

auprès  de  la  Victime 

pendant  sa  vie 


CHAPITRE    CINQUIEME 

Du  ministère  sacerdotal  de  Jésus 

auprès  de  la  Victime 

pendant  sa  vie 


«  Il  a  dû  être  rendu  semblable  à  ses 
frères,  pour  devenir  auprès  de  Dieu  un 
pontife  miséricordieux  et  fidèle,  pour 
expier  les  péchés  du  peuple.  » 

Hébr..  II,  17. 

L'heure  est  venue  pour  Jésus  d'exercer  active- 
ment son  action  sacerdotale  sur  la  divine  Vic- 
time qui  Lui  a  été  confiée.  Toute  l'intelligence 
qu'il  a  de  sa  destinée  rédemptrice  va  Lui  être 
une  lumière  pour  l'accompagner  partout.  Tout 
l'amour  qu'il  lui  porte  va  trouver  à  se  manifester 
dans  les  circonstances  diverses  de  sa  vie.  Toute 
la  responsabilité  qu'il  a  assumée  de  l'oflFrir  sans 
cesse  en  Hostie  et  de  la  conduire  au  Sacrifice 
va  Le  maintenir  Lui-même  dans  l'exercice  cons- 
tant de  son  Sacerdoce. 

Jésus  a  en  quelque  sorte  les  yeux  attachés  sur 
sa  Victime.  Aucun  mouvement  ne  Lui  échappe, 
aucune  pensée  ne  Lui  reste   inconnue,   aucune 


178  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

pulsation  de  son  cœur  ne  Le  laisse  indiflFérent, 
aucune  impression  de  son  âme  ne  Lui  est  étran- 
gère. Il  vit  dans  son  esprit,  dans  son  cœur  et 
dans  sa  volonté.  Son  âme  est  comme  un  livre 
ouvert  devant  Lui  ;  Il  y  lit  les  volontés  divines 
et  les  décrets  éternels  ;  Il  y  contemple  la  gran- 
deur de  ses  humiliations  divinement  associées 
à  ses  perfections  infinies  ;  Il  s'embrase  à  son 
contact  d'ardeurs  divines  pour  remplir  sa  mis- 
sion sacrificatrice,  la  même  charité  devant  brû- 
ler le  cœur  du  Prêtre  et  celui  de  la  Victime. 

L'oblation  de  la  Victime  faite  secrètement 
dans  le  sein  de  Marie,  va  devenir  ostensible. 
Les  hommes  vont  assister  à  l'offrande  du  Sou- 
verain Prêtre  commençant  son  sublime  Sacri- 
fice. Tout  sera  divin  et  mystérieux,  dans  le 
Prêtre  et  dans  la  Victime  ;  la  révélation  n'en 
sera  faite  que  plus  tard  à  l'humanité,  mais  dès 
la  première  heure  l'action  sacrificatrice  du  Prê- 
tre s'exercera  dans  la  plénitude  de  sa  perfection 
sacerdotale. 

Ce  Prêtre  n'aura  rien  de  commun  avec  les  Prê- 
tres de  l'Ancienne  Loi,  n'étant  point  de  la  tribu 
sacerdotale   de   Lévi,    mais  de   celle  de   Juda  \ 


1  Saint  Paul  s'étend  longuement  sur  ce  sujet,  dans  son  Epître 
sacerdotale.  «  Si  donc,  dit-il,  la  perfection  avait  pu  être  réalisée 
par  le  sacerdoce  lévitique,  qu'était-il  encore  besoin  qu'il  se  levât 
un  autre    prêtre    selon   l'ordre    de   Melchisédech,  et   non  selon 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  1 79 

et  n'ayant  à  offrir  aucune  Victime  charnelle  et 
figurative.  D'un  ordre  supérieur,  celui  de  Mel- 
chisédech,  non  selon  la  chair  mais  selon  la  simi- 
litude seulement  *  —  en  ce  que  ce  Prêtre  mj'sté- 
rieux,  roi  de  Salem,  plus  tard  Jérusalem,  était 


l'ordre  d'Aaron.  Car  le  sacerdoce  étant  changé,  il  est  nécessaire 
qu'il  V  ait  aussi  un  changement  de  loi.  En  effet,  celui  dont  ces 
choses  sont  dites  est  d'une  autre  tribu,  de  laquelle  nul  n'a  servi 
à  l'autel  ;  car  il  est  manifeste  que  Notre  Seigneur  est  sorti  de 
Jiida,  tribu  dont  Moïse  n'a  rien  dit  en  ce  qui  concerne  les  prê- 
tres. »  Hébr.,  vu,  11-14. 

Saint  Thomas  dit  également  :  «  Parce  que  le  sacerdoce  de  la 
loi  ancienne  était  la  figure  du  sacerdoce  du  Christ,  /'/  n'a  pas 
voulu  naître  de  la  race  des  prêtres  qui  le  figuraient,  pour 
montrer  que  son  Sacerdoce  n'est  pas  absolument  le  même,  mais 
qu'il  en  diffère,  comme  la  vérité  diffère  de  la  figure.  »  III  p., 
q.  22,  a.  1,  ad  2. 

1  «  Et  cela  est  encore  plus  manifeste,  continue  Saint  Paul, 
s'il  se  lève  un  autre  prêtre  à  la  ressemblance  de  Melcbisédech, 
établi  non  pas  d'après  la  loi  d'une  ordonnance  charnelle,  mais 
selon  la  puissance  d'une  vie  indissoluble.  Car  l'Ecriture  rend 
ce  témoignage:  Tu  es  prêtre  pour  l'éternité  selon  l'ordre  de 
Melcbisédech.  »  Hébr.,  vu,  16-17. 

Selon  le  Docteur  angélique  :  «  le  sacerdoce  légal  a  été  la  figure 
du  sacerdoce  du  Christ,  non  qu'il  ait  égalé  la  vérité,  car  il  est 
resté  beaucoup  au-dessous  d'elle  ;  soit  parce  que  le  sacerdoce 
légal  ne  purifiait  pas  le  péché,  soit  parce  qu'il  n'était  pas  éternel 
comme  le  sacerdoce  du  Christ.  Or,  l'excellence  du  sacerdoce  du 
Christ  par  rapport  au  sacerdoce  de  Lévi  a  été  figurée  dans  le 
sacerdoce  de  Melchisédech,  qui  reçut  la  dime  d'Abraham,  dont 
la  race  reçut,  pour  ainsi  dire,  dans  la  dixième  partie  d'elle- 
même  le  sacerdoce  légal.  C'est  pourquoi  on  dit  que  le  sacerdoce 
du  Christ  est  selon  l'ordre  de  Melchisédech,  à  cause  de  Vexcel- 
lence  du  vrai  sacerdoce  sur  le  sacerdoce  figuratif  de  la 
loi.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  6. 


iSo  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

sans  généalogie,  sans  prédécesseurs  ni  succes- 
seurs *,  —  Il  offrira  comme  lui  le  pain  et  le 
vin  -,  son  Corps  étant  le  Pain  vivant  descendu 
du  ciel  et  son  Sang  le  vin  vivifiant  pour  la  vie 
éternelle  ^. 

1  «  Ce  Melchisédech,  prêtre  du  Dieu  très-haut,  qui  est  d'abord 
selon  l'interprétation  de  son  nom,  roi  de  justice,  puis  roi  de  Sa- 
lem, c'est-à-dire  roi  de  paix,  qui  est  sans  père,  sans  mère,  sans 
généalogie,  qui  n'a  ni  commencement  de  jour,  ni  fin  de  vie,  qui 
est  rendu  semblable  au  Fils  de  Dieu,  demeure  prêtre  à  perpé- 
tuité. »  Hébr.,  VII,  1-3. 

Saint  Thomas  ajoute  :  «  Il  est  dit  de  Melchisédech  qu'il  était 
sans  père,  sans  mère  et  sans  généalogie,  et  qu'on  ne  trouve  ni 
le  commencement  ni  la  fin  de  sa  vie,  non  parce  que  ces  choses 
n'ont  pas  existé,  mais  parce  que  dans  l'Ecriture  on  n'en  dit 
rien.  Par  là,  comme  le  dit  Saint  Paul,  il  a  été  semblable  au 
Fils  de  Dieu,  qui  n'a  pas  de  père  sur  la  terre,  qui  n'a  point  de 
mère  au  ciel,  et  qui  est  sans  généalogie,  puisque  le  prophète 
dit  (Is.,  LUI,  8)  :  «  Oui  racontera  sa  génération  ?  »  et  qui,  comme 
Dieu,  n'a  eu  ni  commencement  ni  fin.  »  III  p.,  q.  22,  a.  6,  ad  3. 

2  «  Dans  le  sacerdoce  du  Christ  on  peut  distinguer  deux 
choses  :  Xoblation  même  du  Christ  et  sa  participation.  Quant 
à  l'oblation,  le  sacerdoce  légal  figurait  plus  expressément  le 
sacerdoce  du  Christ  par  l'effusion  du  sang  que  le  sacerdoce  de 
Melchisédech  où  il  n'y  avait  pas  de  sang  répandu.  Mais  quant 
à  la  participation  de  ce  sacrifice  et  à  son  effet,  dans  lequel  prin- 
cipalement on  considère  l'excellence  du  sacerdoce  du  Christ  sur 
le  sacerdoce  légal,  elle  était  figurée  plus  expressément  par  le 
sacerdoce  de  Melchisédech  qui  offrait  le  pain  et  le  vin,  les- 
quels signifiaient,  d'après  Saint  Augustin  (Tract,  xxvi  in  Joan.), 
l'union  de  l'Eglise  que  constitue  la  participation  au  sacrifice  du 
Christ.  C'est  pourquoi  sous  la  loi  nouvelle  le  vrai  sacrifice  du 
Christ  est  communiqué  aux  fidèles  sous  l'espèce  du  pain  et  du 
vin.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  6,  ad  2. 

3  «  Je  suis  le  pain  vivant,  qui  suis  descendu  du  ciel.  En  vé- 
rité,  en  vérité,  je  vous  le  dis  :  si  vous  ne  mangez  la  chair  du 


M 


MINISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  ISl 

Pour  offrir  ce  Sacrifice  unique,  Jésus  Prêtre 
abolira  tous  les  autres  sacrifices  purement  figu- 
ratifs et  sans  effet  surnaturel  '  ;  mais  II  en 
conservera  la  signification  -.  Il  sera  Lui-même 
l'Hostie  pacifique,  la  Victime  pour  le  péché  et 
l'Holocauste  entièrement  consumé  à  la  gloire 
de  Dieu  ^. 

Fils  de  l'homme  et  si  vous  ne  buvez  son  sang,  vous  n'aurez  pas 
la  vie  en  vous.  Celui  qui  inange  ma  chair  et  boit  mon  sang  a 
la  vie  éternelle.  Car  ma  chair  est  vraiment  une  nourriture,  et 
mon  sang  est  vraiment  un  breuvage.  »  Jean,  vi,  5i,  54-56. 

1  «  Le  sacerdoce  étant  changé,  il  est  nécessaire  qu'il  y  ait 
aussi  un  changement  de  loi.  Il  y  a  ainsi  abolition  de  la  première 
ordonnance,  à  cause  de  son  impuissance  et  de  son  inutilité  ; 
car  la  loi  n'a  rien  amené  à  la  perfection  »  (Hébr.,  vu,  i2,  i8,  19). 
—  «  Il  est  impossible  que  le  sang  des  taureaux  et  des  boucs 
enlève  le  péché.  C'est  pourquoi  le  Christ  entrant  dans  le  monde, 
dit  :  Vous  n'avez  pas  voulu  de  sacrifices  et  d'oflFrandes,  non  plus 
que  les  holocaustes  et  les  sacrifices  pour  le  péché,  et  vous  n'avez 
pas  agréé  ces  choses  qu'on  offre  selon  la  loi  ;  voici,  je  viens 
pour  faire,  ô  Dieu,  votre  volonté.  //  abolit  ainsi  la  première 
chose  pour  établir  la  seconde.  »  (Ibid.,  x,  4,  5,  8,  9). 

2  «  Car  si  le  sang  des  boucs  et  des  taureaux  sanctifie  ceux  qui 
sont  souillés,  de  manière  à  procurer  la  pureté  de  la  chair,  com- 
bien plus  le  sang  du  Christ,  qui  par  l'Esprit-Saint  s'est  offert 
lui-même  sans  tache  à  Dieu,  purifiera-t-il  notre  conscience 
des  œuvres  mortes,  pour  que  nous  servions  le  Dieu  vivant.  » 
Hébr.,  ix,  i3,  14. 

3  «  Le  plus  grand  de  tous  les  sacrifices,  c'est  celui  par  lequel 
«  le  Christ  s'est  offert  lui-même  à  Dieu  en  odeur  de  suavité  », 
(Ephés.,  V,  2),  selon  l'expression  de  Saint  Paul.  C'est  pour  ce 
motif  que  tous  les  autres  sacrifices  étaient  offerts  dans  l'ancienne 
loi  pour  figurer  ce  sacrifice  unique  et  tout  particulier,  comme 
on  représente  ce  qui  est  parfait  par  des  choses  imparfaites. 
C'est  ce  qui  fait  dire  à  l'Apôtre  (Hébr.,  x,  11)   «  que  les  prêtres 


l82  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS  ' 

A  l'exemple  des  victimes  anciennes,  qui  de- 
vaient être  parfaites,  qui  devenaient  quelque 
chose  de  sacré,  séparées  de  tout  usage  profane 
et  destinées  à  l'immolation  ;  Jésus  sera  le  Prêtre 
sans  tache  et  la  Victime  sans  souillure  ',  sanctifié 
par  le  Père,  consacré  en  vue  du  salut  du  monde 
et  destiné  au  Sacrifice. 

Ces  desseins  éternels  planent  au-dessus  du 
berceau  de  l'Enfant-Dieu  et  vont  donner  à  tous 
les  actes  du  Sauveur  du  monde  leur  sens  divin 
et  leur  entière  signification.  Suivons  avec  amour 
Jésus  Prêtre  pendant  sa  vie  et  assistons  avec 
respect  à  l'oblation  qu'il  va  faire  sans  cesse  de 
la  divine  Victime. 

I.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus 
à  la  naissance  de  la  Victime 


Ce  qui  attire  Jésus  dans  le  monde,  c'est  la  soif 
de  la  gloire  de  son  divin  Père.  Il  a  accepté  avec 

de  l'ancienne  loi  offraient  plusieurs  fois  les  mêmes  victimes  qui 
ne  peuvent  jamais  effacer  les  péchés,  mais  que  le  Christ  n'en  a 
offert  qu'une  pour  tous  les  péchés.  »  Et  comme  la  raison  de  la 
figure  se  prend  de  l'objet  qu'elle  représente,  il  s'ensuit  que  les 
raisons  des  sacrifices  figuratifs  de  l'ancienne  loi  doivent  se  pren- 
dre du  véritable  sacrifice  du  Christ.  »  S.  Thom.,  I II,  q.  102,  a.  3. 
1  «  Il  convenait  que  nous  eussions  un  tel  pontife,  saint,  in- 
nocent, sans  tache,  séparé  des  pécheurs,  et  plus  élevé  que  les 
cieux.  »  Hébr.,  vii,  26. 


""é 


MINISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE 


l83 


joie  la  mission  qu'il  en  a  reçue,  et  II  en  connaît 
à  l'avance  toutes  les  phases  douloureuses.  C'est 
pour  être  plus  en  harmonie  avec  la  fin  de  son 
Incarnation  qu'il  a  été  constitué  à  la  fois  Prêtre 
et  Victime.  Comme  Prêtre  II  immolera  la  Vic- 
time ;  comme  Victime  II  satisfera  à  la  justice 
divine.  Tout  L'appelle  ici-bas  ;  aussi  apparaît-Il 
comme  le  souverain  qui  prend  possession  de 
son  royaume,  comme  l'athlète  qui  entre  dans 
l'arène,  comme  le  Sacrificateur  tenant  en  main 
le  glaive  qui  doit  immoler  la  Victime. 

II  vient  pour  régner,  mais  par  l'amour  et  le 
sacrifice  ;  II  vient  pour  combattre,  mais  pour 
payer  de  sa  personne  la  gloire  du  triomphateur; 
II  vient  dans  toute  la  dignité  de  son  Sacerdoce, 
mais  pour  en  exercer  les  fonctions  dans  la  souf- 
france et  dans  la  mort. 

II  répète  la  grande  parole  du  sacrifice  pro- 
noncée une  première  fois  au  moment  de  l'In- 
carnation dans  le  sein  de  Marie  :  O  mon  Père, 
«  vous  n'avez  pas  voulu  de  sacrifices  ni  d'of- 
frandes ;  vous  m'avez  formé  un  corps,  me  voi- 
ci, je  viens  pour  faire  votre  volonté*».  Or,  la 
volonté  formelle  de  son  Père,  c'est  qu'il  soit 
l'unique  Sacrifice,  l'unique  Prêtre  et  l'unique 
Victime. 

1  Hébr.,  X,  5,  9. 


104  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

A  quoi  peuvent  servir  désormais  les  anciens 
sacrifices,  puisqu'il  en  est  un  qui  les  remplace 
tous?  Pourquoi  d'autres  victimes,  puisque  celle- 
ci  est  la  seule  qui  soit  agréable  à  Dieu  ?  Pour- 
quoi un  autre  Sacerdoce  qui  ne  pourrait  être 
que  figuratif  et  inefficace  '  ? 

Jésus,  établi  Prêtre  et  Pontife  par  Dieu  lui- 
même,  ne  se  départira  en  rien  de  la  divine  mis- 
sion qu'il  a  reçue.  La  volonté  de  son  Père  sera 
sa  règle  de  vie  ;  Il  vivra  et  mourra  pour  l'ac- 
complir. Pour  Lui,  cette  volonté  adorable  est 
tout  entière  contenue  dans  son  Sacerdoce  et 
dans  la  Victime  qu'il  est  tenu  d'offrir  et  de 
sacrifier  -. 

1  «  C'est  en  vertu  de  cette  volonté  que  nous  avons  été  sanc- 
tifiés par  l'oblation  du  corps  de  Jésus-Christ,  une  fois  pour 
toutes.  Et  tandis  que  tout  prêtre  se  tient  debout  chaque  jour, 
faisant  le  service  et  offrant  plusieurs  fois  les  mêmes  victimes, 
qui  ne  peuvent  jamais  enlever  les  péchés  ;  celui-ci,  après  avoir 
offert  une  seule  victime  pour  les  péchés,  s'est  assis  pour  tou- 
jours à  la  droite  de  Dieu.  Car,  par  une  seule  oblation,  il  a 
amené  à  la  perfection  pour  toujours  ceux  qui  sont  sanctifiés. 
Or,  là  où  il  y  a  rémission  des  péchés,  //  n'est  plus  besoin 
d'oblation  pour  le  péché.  »  Hébr.,  x,  10-12,  14,  18. 

-  Après  avoir  entendu  notre  divin  Sauveur,  dans  le  cours  de 
sa  vie,  dire  en  diverses  circonstances  «  qu'il  est  descendu  pour 
faire  la  volonté  de  celui  qui  l'a  envoyé  »  (Jean,  vi,  38),  «  qu'il 
cherche  en  tout  à  l'accomplir  »  (Jean,  v,  3o\  «  qu'il  en  fait  sa 
nourriture  »  (Jean,  iv,  34)  ;  il  exprime  une  dernière  fois,  à  la 
veille  de  sa  mort,  que  son  Sacrifice  est  bien  le  couronnement 
de  toute  sa  vie  de  soumission  aux  volontés  divines  :  «  Père, 
non  ma  volonté,  mais  la  vôtre  »  (Luc,  xxii,  42). 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  i85 

C'est  ainsi  que  son  office  sacerdotal  auprès  de 
la  Victime  qui  vient  de  naître  est  empreint  d'une 
charité  et  d'une  tendresse  toutes  divines.  Encore 
faible  et  impuissante  en  apparence,  Il  la  protège 
et  l'assiste.  Sans  que  les  hommes  en  aient  cons- 
cience, II  l'offre  en  Hostie  en  leur  nom.  Quoique 
éloignée  du  Sacrifice  suprême,  l'oblation  qui  en 
est  faite  est  d'un  prix  infini  et  annonce  déjà  le 
triomphe  de  la  miséricorde  divine. 

Dieu  le  Père  est  souverainement  glorifié  par 
cet  Enfant  Victime  dont  les  mains  se  joignent 
pour  prier  et  dont  les  vagissements  ressemblent 
à  des  supplications.  Le  Prêtre  Eternel  contemple 
avec  ivresse  cette  Victime  d'un  jour  dans  la- 
quelle se  concentrent  les  ardeurs  de  la  charité 
divine.  La  Victime,  à  son  tour,  exulte  de  pou- 
voir faire  sur  la  terre  son  premier  pas  vers  le 
Calvaire  où  devra  l'immoler  le  Prêtre  de  son 
Sacrifice. 

Comme  tout  est  simple  extérieurement  dans 
la  naissance  du  Sauveur  de  l'humanité  !  Mais 
comme  tout  est  grand  et  digne  de  nos  adora- 
tions, quand  on  pénètre  sous  l'écorce  du  mys- 
tère et  que  l'on  considère  un  Dieu  Prêtre  offrant 
visiblement  pour  la  première  fois  un  Dieu  Vic- 
time en  hommage  à  la  Divinité  ! 

Mêlons  nos  adorations  à  tant  de  majesté  divine 
et  notre  amour  à  tant  d'adorable  charité. 


l86  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 


II.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus 
pendant  la  vie  d'enfance  de  la  Victime 

Jésus  apparaît  sur  la  terre  comme  apparais- 
sent tous  les  hommes  :  c'est  un  enfant,  Il  a  une 
mère.  Il  lui  appartient  en  propre  et  II  est  confié 
à  son  aflfection  maternelle.  Elle  veille  sur  Lui 
avec  une  tendresse  imprégnée  de  charité  divine, 
et,  Lui,  rend  à  sa  Mère  un  amour  infini  qu'il 
puise  dans  le  sein  de  Dieu  son  Père. 

A  cet  amour  maternel  vient  s'adjoindre  un 
autre  amour,  plus  beau  et  plus  grand,  qui  porte 
le  caractère  d'un  amour  éternel  :  c'est  celui  du 
Souverain  Prêtre  à  l'égard  de  la  divine  Victime. 
A  cet  amour  correspond  un  ofifice  non  moins 
élevé  et  non  moins  adorable.  L'Hostie  reste 
offerte  à  la  Divinité,  et  c'est  Jésus  Lui-même 
qui  l'oflFre.  Il  tient  la  Victime,  jeune  encore, 
entre  le  ciel  et  la  terre  ;  faible  apparemment, 
mais  portant  le  poids  de  tous  les  péchés  du 
monde  ;  possédant  la  même  puissance  d'inter- 
cession qu'à  l'heure  du  grand  Sacrifice  ;  accom- 
plissant dans  ses  premières  années  la  même 
mission  rédemptrice  que  celle  de  la  Cène  et  du 
Calvaire. 

Pendant  que  Jésus  repose  paisiblement  dans 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  187 

les  bras  de  sa  Mère,  qu'il  esquisse  ses  premiers 
sourires  et  verse  ses  premières  larmes  ;  pendant 
qu'il  essaie  ses  premiers  pas  et  qu'il  articule 
ses  premières  paroles  ;  pendant  qu'il  rayonne  la 
candeur  et  les  charmes  de  l'enfance,  Il  devient 
entre  les  mains  du  Prêtre  une  Hostie  de  propi- 
tiation  qui  attire  les  regards  de  Dieu  et  ravit 
le  cœur  du  Père  reconnaissant  dans  cet  Enfant 
Victime  le  Fils  de  ses  éternelles  complaisances- 
Attentif  à  ses  supplications  et  touché  de  son 
amour  réparateur,  Dieu  suspend  l'exercice  de 
sa  justice  ;  et  tout  le  temps  de  l'oblation  de  la 
Victime,  Il  bénit  et  se  prépare  à  pardonner. 


Oh  !  qu'il  est  beau  cet  Enfant  d  un  jour,  ravis- 
sant ainsi  les  cieux  !  Qu'il  est  grand  et  qu'il  est 
puissant  cet  Enfant  grandissant  qui  obtient  déjà 
miséricorde  pour  les  pécheurs  !  Qu'il  est  ado- 
rable cet  Enfant-Dieu  qui  unit  la  majesté  divine 
et  l'humilité  de  la  créature  dans  la  sublimité 
d'un  Sacerdoce  éternel  et  la  réalité  terrestre 
d'une  Victime  à  la  fois  mortelle  et  divine  î 

En  vérité,  cet  Enfant  est  plus  grand  que  le 
monde.  Sous  le  couvert  de  l'enfance,  il  y  a  plus 
qu'une  existence  humaine  ;  ses  jours  sont  sans 
déclin  et  ses  années  sont  éternelles  ;  son  Sacer- 
doce prend  son  origine  en  Dieu  et  n'aura  point 


l88  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

de  fin  '.  Dans  cette  intelligence  qui  semble  se 
développer  graduellement,  il  y  a  plus  qu'une 
science  terrestre  :  le  Souverain  Prêtre  vit  dans 
la  lumière  des  vérités  éternelles,  et  II  éclaire  de 
sa  science  immuable  les  destinées  de  la  Victime. 
Dans  ce  cœur  sensible  aux  émotions  enfantines, 
il  y  a  plus  que  des  impressions  naturelles  :  il 
palpite  sous  la  pression  d'une  charité  divine  qui 
maintient  dans  une  activité  constante  l'amour 
mutuel  du  Prêtre  et  de  la  Victime.  Dans  cette 
volonté  qui  s'éveille,  il  y  a  plus  que  des  désirs 
naturels  et  des  idées  personnelles  :  il  est  une 
autre  volonté  qui  la  règle  et  l'inspire,  c'est  la 
Volonté  divine  qui  maintient  le  Prêtre  Eternel 
dans  son  état  de  Victime. 

Oh  !  grandissez.  Enfant  divin,  avancez  dans 
la  voie  qui  vous  conduit  au  Calvaire.  Vous 
êtes  Prêtre,  il  Vous  faut  un  Sacrifice.  Vous  êtes 
Victime,  Vous  ne  pouvez  toujours  vivre.  Votre 
oblation  du  moment  appelle  l'immolation  su- 
prême. 

O  bel   Enfant,    teint  déjà   du  Sang   de    votre 

'  «  Dans  ces  derniers  temps  Dieu  nous  a  parlé  par  le  Fils 
qu'il  a  établi  héritier  de  toutes  choses,  par  lequel  aussi  il  a  fait 
les  mondes.  Lorsqu'il  introduit  son  premier-né  dans  le  monde, 
il  dit  :  Que  tous  les  anges  de  Dieu  l'adorent.  Mais  quant  au 
Fils  :  Ton  trône,  ô  Dieu,  est  dans  les  siècles  des  siècles.  Sei- 
gneur, vous  êtes  le  même,  et  vos  années  ne  finiront  pas.  » 
Hébr.,  I,  2,  6,  8,  12. 


MINISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  I09 

Sacrifice,  je  m'unis  à  votre  Eternel  Sacerdoce  et 
j'aspire  à  m'offrir  et  à  mourir  avec  vous  ! 

III.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésits 
pendant  la  vie  cachée   de  la   Victime 

Nous  venons  de  quitter  Jésus  au  sortir  de  son 
enfance  et  nous  allons  maintenant  Le  contem- 
pler dans  les  années  de  prière,  de  solitude  et  de 
travail  qui  ont  composé  sa  vie  cachée.  Cette 
phase  de  son  existence  terrestre  n'est  pas  moins 
admirable  que  la  première  et  celle  qui  suivra. 

Rien  n'est  changé  en  Jésus  parce  qu'il  avance 
en  âge  et  varie  ses  occupations.  Il  reste  essen- 
tiellement tel  que  L'a  constitué  la  puissance  di- 
vine, sa  mission  ne  peut  être  modifiée  d  un  iota  : 
11  demeure  le  Prêtre  envoyé  dans  le  monde  pour 
oflfrir  un  divin  Sacrifice  par  l'immolation  san- 
glante d'une  divine  Victime. 

Tant  que  dure  l'oblation,  Jésus  maintient  la 
Victime  dans  l'état  d'Hostie.  Son  Sacerdoce  in- 
flue sans  cesse  sur  elle  pour  donner  à  tous  ses 
actes  un  cachet  d'immolation  méritoire  ordonnée 
à  l'immolation  suprême  du  dernier  Sacrifice  '. 

^  Il  n'y  a  aucun  doute  que  «  la  moindre  des  souffrances  du 
Christ,  comme  s'exprime  Saint  Thomas,  aurait  suffi  pour  ra- 
cheter le  genre  humain  de  tous  les  péchés  »  (111  p.,  q.  46,  a.  5, 


190  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Jésus  adolescent,  Jésus  s'approchant  de  l'âge 
mûr,  Jésus  priant,  Jésus  travaillant  :  c'est  par- 
tout et  toujours  le  Prêtre  divin  marqué  du  sceau 
de  la  Victime,  et  vivant  ici-bas  une  vie  sacer- 
dotale et  sacrifiée. 

Quand  II  paraît,  c'est  un  Prêtre  que  l'on  voit 
accompagné  de  sa  Victime.  Quand  II  parle,  c'est 
un  Prêtre  Victime  qui  se  fait  entendre.  Quand 


ad  3)  ;  néanmoins,  il  n'entrait  pas  dans  les  desseins  éternels  que 
Jésus  sauvât  le  monde  sans  passer  par  la  mort.  Outre  les  fré- 
quentes allusions  que  Jésus  lui-même  y  fait  pendant  sa  vie,  il 
le  répète  clairement  aux  disciples  d'Emmaiis  :  «  Je  vous  l'ai  dit 
tandis  que  je  demeurais  avec  vous,  qu'//  fallait  que  s'accom- 
plisse tout  ce  qui  a  été  écrit  de  moi  dans  la  loi  de  Moïse,  dans 
les  Prophètes  et  dans  les  Psaumes.  C'est  ainsi  qu'il  est  écrit,  et 
c'est  ainsi  qu'/7  fallait  que  le  Christ  souffrît  et  qu'il  ressuscitât 
d'entre  les  morts  le  troisième  jour.  »  'Luc,  xxiv,  44,  461.  —  Le 
Docteur  angéiique  en  donne  la  raison  :  «  Dieu  a  dû  prendre  la 
nature  humaine  dans  des  conditions  telles  qu'//  pût  souffrir 
pour  l'homme  ce  que  l'homme  avait  mérité  par  son  péché, 
pour  que  ses  souffrances  pussent  satisfaire  pour  l'homme.  Mais 
comme  l'homme,  par  le  péché,  était  tombé  dans  la  nécessité 
de  mourir  et  de  souffrir  dans  son  corps  et  dans  son  âme,  le 
Christ  a  voulu  prendre  ces  défauts,  afin  de  racheter  le  genre 
humain  en  souffrant  la  mort  pour  les  hommes.  »  lOp.  2,  c.  226). 
Ailleurs,  il  résume  la  question,  en  disant  :  «  Si  nous  parlons  de 
la  rédemption  du  genre  humain  quant  à  la  valeur  du  prix  de 
rachat,  une  souffrance  quelconque  du  Christ,  même  sans  la 
mort,  eût  été  suffisante  pour  sauver  le  genre  humain,  à  cause 
de  la  dignité  infinie  de  la  personne.  Mais  si  nous  parlons  du 
choix  du  prix  du  rachat,  on  doit  dire  que  toutes  les  souffrances 
du  Christ  n'ont  pas  été  ordonnées  au  salut  du  genre  humain 
par  Dieu  le  Père  et  le  Christ  sans  la  mort.  »  iQuodlibet,  II, 
q.  1,  a.  2). 


MrNISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  I9I 

Il  se  tait,  c'est  un  Prêtre  qui  se  recueille  dans  la 
compagnie  de  sa  Victime.  Quand  II  agit,  c'est  un 
Prêtre  qui  se  meut,  et  une  Victime  qui  s'unit  à 
Lui.  Quand  II  travaille,  c'est  un  Prêtre  qui  se 
fait  notre  modèle  en  union  avec  les  sentiments 
de  la  Victime. 

Quand  II  prie,  c'est  un  Prêtre  qui  supplie  et 
une  Victime  qui  s'offre.  Quand  II  souffre,  c'est 
un  Prêtre  qui  mérite  et  se  met  à  l'unisson  de 
sa  Victime. 

Quand  II  accomplit  les  actes  les  plus  ordi- 
naires de  toute  vie  humaine,  c'est  encore  et  tou- 
jours un  Prêtre  Victime  qui  vit  extérieurement 
d'une  vie  terrestre,  mais  qui  demeure  absorbé 
en  Dieu. 


Que  de  fois  ses  regards  s'élèvent  vers  le  ciel  ! 
II  y  contemple  le  lieu  de  sa  divine  origine,  d'où 
Il  n'est  descendu  comme  Prêtre  que  pour  s'unir 
à  sa  Victime.  Il  voit  le  Père  qui  L'a  éternelle- 
ment engendré  et  L'a  investi  d'un  Sacerdoce 
Lui  donnant  toute  autorité  sur  la  Victime  ;  et 
Il  le  bénit  de  L'avoir  fait  à  la  fois  si  grand  et  si 
puissant. 

Que  de  relations  ineffables  entre  ce  Père, 
Principe  éternel  de  la  gloire  qu'il  prend  en  son 
Fils,  et  ce  Fils  unique,  son  Prêtre  et  sa  Victime, 


192  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

chargé  de  le  glorifier  sur  la  terre  comme  au  ciel  ! 
Rien,  en  Jésus,  ne  voile  la  claire  vision  qu'il  a 
des  perfections  divines  et  des  desseins  éternels. 
Comme  Verbe  incréé  II  est  l'égal  de  son  Père  ; 
mais  comme  Verbe  incarné  son  Père  est  plus 
grand  que  Lui,  et  II  l'adore.  Son  Sacerdoce  vient 
de  lui,  et  II  lui  rend  grâce.  Son  état  de  Victime 
Lui  a  été  imposé  par  lui  \  et  II  l'aime. 

*  «  Mon  Père  est  plus  grand  que  moi  »,  nous  dit  Jésus  (Jean, 
XIV,  28)  ;  ce  qu'il  faut  entendre  de  sa  substance  humaine  rela- 
tivement à  sa  nature  divine,  selon  ce  que  dit  Saint  Thomas  : 
«  C'est  quand  on  le  considère  sous  le  rapport  de  la  nature  qu'il 
a  prise  qu'on  dit  du  Fils  qu'il  est  moins  grand  que  le  Père.  » 
(I  p.,  q.  43,  a.  7,  ad  1).  «  Saint  Augustin  observe  [De  Trin.,  L.  1, 
c.  7)  que  «  l'Ecriture  dit  avec  raison  que  le  Fils  est  égal  au 
Père  et  que  le  Père  est  plus  grand  que  le  Fils  ;  car  on  dit  l'une 
de  ces  choses  selon  qu'il  est  Dieu,  et  on  dit  l'autre  à  cause  de 
sa  forme  d'esclave,  sans  qu'il  y  ait  confusion.  Or,  le  moindre 
est  soumis  à  celui  qui  est  plus  grand.  Le  Christ  a  donc  été 
soumis  à  son  Père,  comme  homme.  »  (III  p.,  q.  20,  a.  1).  D'oii 
«  nous  pouvons  dire  que  selon  l'une  de  ses  natures  qui  est  com- 
mune au  Christ  avec  le  Père,  il  commande  et  il  domine  simul- 
tanément avec  lui  ;  mais  que  par  rapport  à  l'autre  nature  qui 
lui  est  commune  avec  nous,  il  doit  obéir  et  servir.  »  (Ibid.,  a.  2). 
C'est  en  ce  sens  que  le  grand  Apôtre  dit  que  «  quoiqu'il  fût  le 
Fils  de  Dieu,  il  a  appris  l'obéissance  »  (Hébr.,  v,  8),  et  que 
«  Jésus-Christ,  existant  en  forme  de  Dieu,  n'a  pas  cru  que  ce 
fût  pour  lui  une  usurpation  d'être  égal  à  Dieu,  mais  qu'/V  s'est 
anéanti  lui-même,  en  prenant  la  forme  d'esclave,  en  devenant 
semblable  aux  hommes,  et  en  se  montrant  sous  l'apparence  d'un 
homme.  »  (Phil.,  n,  6,  7).  Esclavage  et  soumission,  conservant 
en  Jésus  le  caractère  de  Victime  qui  le  rend  «  obéissant  jusqu'à 
la  mort  et  à  la  mort  de  la  croix  »  ;  sans  cependant  rien  enlever 
à  sa  dignité  de  Fils  de  Dieu,  suivant  l'expression  de  Saint  Au- 
gustin :  «  La  forme  de  serviteur  a  été  prise  par  le  Fils  de  Dieu 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  i^S 

Jésus  ne  peut  pas  regarder  son  Père,  sans  se 
rappeler  que  c'est  par  un  excès  d'amour  qu'il 
L'a  envoyé  dans  le  monde  '  ;  sa  mission,  Il  la  voit 
toute  illuminée  des  grâces  de  son  Sacerdoce  et 
des  mérites  de  son  Sacrifice.  Il  vit  de  ces  grandes 
pensées,  Il  s'en  entretient  sans  cesse  avec  son 
Père,  Il  se  plaît  à  lui  redire  son  amour,  et  II  met 
son  bonheur  à  se  tenir  devant  lui  dans  l'attitude 
et  les  dispositions  d'un  Prêtre  prêt  à  immoler 
sa  Victime. 

Quelle  vie  admirable  que  celle-là  !  Quelle  cé- 
leste occupation  que  de  vivre  toujours  de  pen- 
sées éternelles  !  Quels  sublimes  colloques  entre 
le  Père  et  le  Fils  ;  entre  le  Père  qui  rappelle  à 
son  Fils  qu'il  est  son  Principe,  «  Je  t'ai  engen- 
dré aujourd'hui  »  et  le  Fils  qui  lui  répond  avec 
tendresse  :  «  O  mon  Père  »  !  entre  le  Père  qui 
adresse  à  son  Fils  ces  paroles  d'une  sublime 
consécration  sacerdotale  :  «  Tu  es  Prêtre  pour 
l'éternité  »,  et  ce   Fils  Prêtre  d'une   divine  Vic- 

de  manière  à  ne  pas  perdre  la  forme  de  Dieu.  Or,  d'après  la 
forme  de  Dieu  qui  est  commune  au  Père  et  au  l'ils,  le  Père  est 
p/us  grand  que  le  Fils  par  rapport  à  la  nature  humaine,  » 
\De  Trin.,  L.  i,  c.  7  . 

^  «  Dieu  a  tellement  aimé  le  monde  qu'il  a  donné  son  Fils 
unique  »,  nous  dit  Jésus  (Jean,  mi,  161.  Le  disciple  bien-aimé, 
se  faisant  l'écho  de  son  Maître,  déclare  que  «  l'amour  de  Dieu 
s'est  manifesté  parmi  nous,  en  ce  que  Dieu  a  envoyé  son  Fils 
unique  dans  le  monde,  afin  que  nous  vivions  par  lui.  »  'I  Jean, 
IV,  9). 


194  ^^    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

time  qu'il  offre  amoureusement  à  son  Père  en 
sacrifice  :  «  Vous  m'avez  formé  un  corps,  me 
voici  !  » 

Comme  elles  durent  être  courtes  les  années  de 
la  vie  cachée  du  Sauveur,  quand  l'on  considère 
que  les  choses  d'éternité  font  perdre  facilement 
la  notion  du  temps  !  Pour  Jésus,  vivre  ainsi  avec 
son  Père,  c'était  encore  vivre  au  ciel  ;  s'entre- 
tenir de  son  Sacerdoce  et  de  ses  immolations, 
c'était  demeurer  dans  la  grâce  et  la  fin  de  sa 
mission  divine  *. 


Quoique  l'heure  ne  fût  pas  encore  venue  pour 
Jésus  de  se  révéler  au  monde  et  d'apparaître 
ostensiblement  dans  l'exercice  de  son  divin  Sa- 
cerdoce, Il  ne  pouvait  manquer  de  soulever  le 
voile  du  mystère  en  faveur  de  sa  Mère,  dans  l'in- 
timité de  laquelle  II  passait  la  majeure  partie  de 
son  temps,  et  d'associer  Joseph,   qu'il  appelait 

1  «  Je  ne  suis  pas  seul,  parce  que  mon  Père  est  avec  moi.  » 
(Jean,  xvi,  32).  —  «  Celui  qui  m'a  envoyé  est  avec  moi,  et  il  ne 
m'a  pas  laissé  seul,  parce  que  je  fais  toujours  ce  qui  lui  plaît.  » 
(Jean,  vni,  29''.  —  «  Le  Père  aime  le  Fils  et  lui  montre  tout  ce 
qu'il  fait.  »  (Jean,  v,  20 ).  —  «  Je  suis  descendu  du  ciel,  non  pour 
faire  ma  volonté,  mais  la  volonté  de  celui  qui  m'a  envoyé.  » 
(Jean,  vi,  38 i.  —  «  Dieu  a  envoyé  son  Fils  dans  le  monde,  pour 
que  le  monde  soit  sauvé  par  lui.  »  (Jean,  m,  17).  —  «  Le  Fils 
de  l'homme  est  venu  pour  servir  et  donner  sa  vie  pour  la  ré- 
demption d'un  grand  nombre.  »  (Mat.,  xx,  28). 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  igS 

son  Père,  à  ces  divines  communications.  Que 
d'heures  de  contemplation  céleste  et  d'admi- 
ration des  secrets  divins,  dans  ce  sanctuaire 
intime  de  Nazareth,  oià  un  Dieu  se  révélait  et 
ses  deux  créatures  l'adoraient  ;  où  un  Dieu  Prê- 
tre parlait  de  son  Sacerdoce  et  en  expliquait 
le  caractère  sacrificateur  ;  où  un  Dieu  Victime 
montrait  l'amour  éternel  qui  le  poussait  au  sa- 
crifice ! 

Pour  leur  donner  l'intelligence  du  mystère, 
Jésus  les  initiait  à  sa  mission  rédemptrice  qui 
reposait  tout  entière  sur  son  Sacerdoce  et  ses 
immolations  futures.  Il  bénissait  Marie  d'être  sa 
Mère  et  II  la  réjouissait  en  lui  disant  que  son 
enfant  était  un  Prêtre.  Il  la  remerciait  de  lui 
avoir  donné  la  vie,  et  II  la  glorifiait  en  lui  mon- 
trant que  s'il  était  Victime,  Il  le  devait  à  la 
chair  et  au  sang  qu'elle  lui  avait  fournis  pour 
son  Sacrifice.  Il  lui  révélait  qu'il  avait  résolu 
d'associer  une  créature  à  son  Sacerdoce  et  à 
ses  immolations,  et  que  nulle  autre  que  sa  Mère 
ne  pouvait  être  cette  âme  privilégiée.  Il  lui  mon- 
trait dans  le  lointain  le  Calvaire,  et  comment 
elle  serait  avec  Lui  la  coopératrice  du  salut  du 
genre  humain.  Il  lui  faisait  entrevoir  ses  gloires 
futures  qu'il  partagerait  avec  elle,  à  titre  de 
Mère  du  Souverain  Prêtre  et  de  la  Victime  ré- 
demptrice. 


196  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Comment  Jésus  aurait-II  pu  ne  pas  épancher 
son  cœur  dans  ceux  de  Marie  et  de  Joseph,  Lui 
qui  vivait  sans  cesse  dans  la  vision  du  Calvaire? 
L'immolation  était  un  besoin  de  son  Sacerdoce 
et,  dans  l'attente  du  suprême  Sacrifice,  Il  inten- 
sifiait l'oblation  de  la  divine  Victime.  Le  jour  et 
la  nuit  II  accomplissait  ainsi  son  ministère  sa- 
cerdotal, mettant  constamment  ses  sentiments 
à  l'unisson  de  ceux  de  sa  Victime  et  réclamant 
de  celle-ci  une  soumission  amoureuse  aux  exi- 
gences de  son  autorité  divine. 

Tout  ce  qu'il  dit  et  tout  ce  qu'il  fait  porte  un 
cachet  sacerdotal  qui  correspond  admirablement 
à  la  mission  qu'il  est  venu  accomplir  sur  cette 
terre.  Il  y  a  vraiment  du  bonheur  à  contempler 
Jésus  exerçant  pendant  trente  ans  son  office  de 
Prêtre,  conservant  à  sa  garde  la  divine  Victime 
et  l'offrant  sans  cesse  à  son  Père  en  faveur  de 
l'humanité. 

Cette  longue  existence  sacerdotale  faite  de  re- 
cueillement, de  silence,  de  prière,  de  sacrifice  et 
de  travail,  doit  nous  être  un  sujet  fréquent  de  ré- 
flexion et  de  méditation.  Habituons-nous  à  voir 
toujours  Jésus  sous  l'aspect  de  son  Sacerdoce. 
Il  est  notre  Prêtre,  honorons-Le  comme  tel.  Il 
est  notre  Prêtre  Victime,  aimons-Le  comme  II 
nous  aime.  Il  est  notre  Prêtre  Sauveur  et  Ré- 
dempteur, off^rons-nous  à  Lui  pour  qu'il  unisse 


diÀ 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  I97 

nos  immolations  aux  siennes,  et  nous  confonde 
dans  l'amour  qu'il  porte  à  sa  divine  Victime. 

IV.  —  >finistcrc  sacerdotal  de  Jésus 
pendant  la  vie  publique   de  la  Victime 

Jésus,  notre  adorable  et  divin  l*rêtre,  va  en- 
trer dans  la  dernière  phase  de  sa  vie,  celle  qui 
précède  immédiatement  son  suprême  Sacrifice 
par  l'effusion  totale  du  Sang  de  la  divine  Vic- 
time. La  route  à  parcourir  sera  souvent  enso- 
leillée mais  le  plus  souvent  hérissée  d'épines.  Il 
se  présentera  de  nombreux  sujets  de  joie  et  de 
peine  ;  mais,  à  vrai  dire,  la  souffrance  planera 
sans  interruption  sur  ces  trois  années  d'apos- 
tolat, où  le  Souverain  Prêtre  s'approche  tou- 
jours de  plus  en  plus  du  Calvaire  où  doit  expirer 
l'auguste  Victime. 

Peu  importe  les  humiliations  et  les  souf- 
frances, les  outrages  et  les  angoisses,  l'ingrati- 
tude des  hommes  et  les  assauts  de  l'enfer  :  Jésus 
est  Prêtre,  Il  a  une  mission  à  remplir  ;  Il  est 
Victime,  Il  doit  souffrir. 

De  par  son  Sacerdoce,  II  est  tenu  d'enseigner, 
et  II  parcourra  les  villes  et  les  villages  pour 
parler  du  royaume  des  cieux  '.   Prêtre  de  Dieu, 

*  «  Après  que  Jean  eût  été  livré,  Jésus  vint  en   Galilée,  pré- 


igo  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

possédant  une  science  divine,  Il  révélera  des 
vérités  éternelles  '  ;  Il  fera  connaître  son  Père  et 
accomplira  ses  œuvres  -  ;  Il  se  présentera  comme 
son  Envoyé  et  II  réclamera  la  foi  en  sa  parole  \ 
Lui  seul  possède  la  vérité  et  la  vie  ;  tous  ceux 
qui  croiront  seront  sauvés,  tous  ceux  qui  ne 
croiront  pas  seront  condamnés^. 

Cet  enseignement  sacerdotal  de  Jésus  est 
étroitement  lié  à  son  état  de  Victime.  En  effet, 
c'est  pour  attester  ces  vérités  qu'aura  prèchées 
le  Prêtre,  que  la  Victime  ira  au  supplice  ;  c'est 

chant  l'évangile  du  royaume  de  Dieu.  »  (Marc,  i,  14j.  —  «  Al- 
lons dans  les  villages  voisins  et  dans  les  villes  pour  que  j'y 
prêche,  car  c'est  pour  cela  que  je  suis  venu.  Et  il  prêchait  dans 
leurs  synagogues  et  dans  toute  la  Galilée.  »  iAIarc,  j,  38,  39  >. — 
«  J'ai  parlé  publiquement  au  monde.  J'ai  toujours  enseigné 
dans  la  synagogue  et  dans  le  temple  où  se  rassemblent  tous  les 
Juifs.  »  (Jean,  xviii,  20). 

*  «  Tous  dans  la  synagogue  avaient  les  yeux  fixés  sur  lui. 
Ils  admiraient  les  paroles  de  grâce  qui  sortaient  de  sa  bouche.  » 
iLuc,  IV,  20,  22).  —  «  Ils  étaient  ravis  de  sa  doctrine,  parce 
qu'il  parlait  avec  autorité.  »  (Luc,  iv,  32). 

'-  «  J'ai  fait  connaître  votre  nom  aux  hommes.  »  (Jean,  xvii, 
6).  —  «  Je  vous  ai  glorifié  sur  la  terre  ;  j'ai  achevé  l'œuvre  que 
vous  m'avez  donnée  à  faire.  »  (Jean,  xvii,  4).  —  «  Les  œuvres  que 
le  Père  m'a  donné  de  faire,  ces  œuvres  mêmes  que  je  fais  ren- 
dent témoignage  de  moi  que  le  Père  m'a  envoyé.»  (Jean,  v,  36). 

3  «  Je  suis  venu  au  nom  de  mon  Père.  »  (Jean,  v,  43).  — 
«'  L'œuvre  de  Dieu,  c'est  que  vous  croyiez  en  celui  qu'il  a  en- 
voyé. »  (Jean,  vi,  29). 

"^  «  Dieu  nous  a  donné  la  vie  éternelle,  et  cette  vie  est  dans 
son  Fils.  Celui  qui  a  le  Fils  a  la  vie  ;  celui  qui  n'a  pas  le  Fils 
n'a  pas  la  vie.  »  I  Jean,  v,  11,  12. 


S[ 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  I99 

pour  donner  de  l'efficacité  à  sa  parole,  qu'elle 
offrira  sa  vie.  La  vérité  sera  tombée  des  lèvres 
du  Prêtre,  le  sang  coulera  des  veines  de  la  Vic- 
time. La  science  divine  aura  été  communiquée 
aux  hommes,  l'amour  porté  jusqu'à  la  mort  vien- 
dra la  sanctionner  divinement. 

De  sorte  que  dans  les  nombreuses  prédica- 
tions du  Sauveur,  la  Victime  tout  autant  que  le 
Prêtre  se  fait  entendre.  C'est  une  parole  auto- 
risée, parce  qu'elle  est  sacerdotale  ;  c'est  une 
parole  sacrée,  parce  qu'elle  est  marquée  du 
sceau  du  sacrifice. 

Lorsque  Jésus  Prêtre  dira  au  monde  qu'il  est 
descendu  du  ciel  ',  11  aura  recours  au  témoignage 
de  la  Victime  qui  attestera  qu'il  est  venu  pour 
faire  la  volonté  de  son  Père  qui  est  dans  les 
cieux  -,  et  que  cette  volonté  est  qu'il  meure  pour 
le  salut  du  monde  ^.  Lorsqu'il  se  donnera  comme 
le  modèle  des  vertus  S  II  montrera  la  croix  où 
ses  disciples  doivent  mourir  avec  Lui  \  Lorsqu'il 

*  «  Je  suis  descendu  du  ciel.  »  Jean,  vi,  38. 

-  «  Non  pour  faire  ma  volonté,  mais  la  volonté  de  celui  qui 
m'a  envoyé.  »  Ibid. 

3  «Je  donne  ma  vie  de  moi-même.  Tel  est  V  ordre  que  j'ai 
reçu  de  mon  Père.  »  Jean,  x,  i8. 

^  «  Je  vous  ai  donné  Vexemple,  afin  que  vous  fassiez  comme 
j'ai  fait.  »  Jean,  xiu,  i5. 

■^  «  Si  quelqu'un  veut  venir  après  moi,  qu'il  renonce  à  lui- 
même,  qu'il  prenne  sa  croix  et  me  suive.  »  Mat,,  xvi,  24. 


200  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

déclarera  solennellement  que  toute  puissance 
Lui  a  été  donnée  au  ciel  et  sur  la  terre  ',  Il  prou- 
vera par  l'immolation  de  la  Victime  que  Lui  seul 
a  le  pouvoir  de  donner  sa  vie  et  de  la  reprendre  -. 
Lorsqu'il  affirmera  qu'il  est  la  résurrection  et 
la  vie  3,  Il  dressera  la  Croix  du  Calvaire  en  face 
du  tombeau  de  son  triomphe  ^.  Lorsque  dans  ses 
adieux  à  l'humanité,  le  divin  Sacrificateur  pro- 
noncera le  grand  Consummatum  est,  le  Prêtre 
et  la  Victime  retourneront  dans  le  sein  du  Père 
pour  y  être  éternellement  glorifiés  ■\ 

Pendant  qu'il  évangélise,  Jésus  sème  les  pro- 
diges sur  ses  pas  '■.  Son  Sacerdoce,  qui  a  la  puis- 
sance de  sauver  le  monde  avec  le  concours  de 
la  Victime,  est  maître  des  éléments  et  de  toutes 
les  lois  de  la  nature  '.  Il  s'exerce  sur  toutes  les 

'  Mat.,  XXVIII,  i8. 

2  Jean,  x,  i8. 

3  Jean,  xi,  25. 

*  «  La  mort  a  été  absorbée  par  la  victoire.  »  1  Cor.,  xv,  54. 

■T  «  J'ai  consontiné  l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire. 
Maintenant  glorifiez-moi,  vous  Père,  de  la  gloire  que  j'ai  eue 
en  vous  avant  que  le  inonde  fût.  »  Jean,  xvii,  4,  5. 

B  «  Dans  la  foule  beaucoup  crurent  en  lui  et  disaient  :  Le 
Christ,  quand  il  viendra,  fera-t-il  plus  de  miracles  que  n'en  fait 
celui-ci?  »  (Jean,  vu,  3i  i. 

'  «  Pendant  qu'ils  naviguaient,  il  s'endormit,  et  un  vent  d'orage 
fondit  sur  le  lac  et  la  barque  s'emplissait  et  ils  étaient  en  péril. 
S'approchant  donc,  ils  le  réveillèrent,  disant  :  Maître,  nous  pé- 


MINISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  201 

misères  humaines  pour  les  transformer,  Il  guérit 
les  corps  '  et  purifie  les  âmes  -  ;  Il  prélude  ainsi 
au  suprême  triomphe  que  bientôt  II  remportera 
sur  l'enfer  '•.  Mais  II  opère  toutes  ces  merveilles 
en  union  avec  les  sentiments  de  la  Victime,  et  en 
vue  des  mérites  de  sa  passion  et  de  sa  mort  qui 
mettront  fin  à  leur  commune  mission  ici-bas. 

Une  telle  œuvre  de  sanctification  et  de  salut  ne 
peut  s'opérer  sans  difficulté  et  sans  opposition, 
dans  un  monde  pervers  et  corrompu  où  le  péché 
maintient  les  consciences  dans  les  ténèbres  et 
l'aveuglement.  Plus  Jésus  est  clair  dans  ses  en- 
seignements, et  plus  II  rencontre  d'incrédulité 
chez  un  grand  nombre  ;  plus  II  se  montre  bon  et 
compatissant,  et  plus  II  grossit  la  multitude  des 
ingrats  ;  plus  II  met  de  zèle  à  parler  de  son  divin 
Père,  et  moins  II  est  compris  ;  plus  II  révèle  les 
merveilles  de  son  amour,  jusqu'à  vouloir  se  faire 
Eucharistie  pour  nourrir  les  âmes,  et  plus  II  di- 
minue le  nombre  de  ses  disciples  ;  plus  II  multi- 

rissons.  Alors,  se  levant,  //  menaça  le  vent  et  les  flots,  et  ils 
s'apaisèrent  et  il  se  fit  un  grand  calme.  »  Luc,  vin,  23,  24. 

'  «  Jésus  parcourait  toutes  les  villes  et  villages...  guérissant 
toute  langueur  et  toute  infirmité.  »  (Mat.,  ix,  35 ^  —  «  Toute  la 
foule  cherchait  à  le  toucher,  parce  qu'une  vertu  sortait  de  lui 
et  les  guérissait  tous.  »  (Luc,  vi,  191. 

-  «  Le  Fils  de  l'homme  a  le  pouvoir  sur  la  terre  de  remettre 
les  péchés.  »  Mat.,  ix,  6. 

■'  «  Maintenant  le  prince  de  ce  monde  sera  jeté  dehors.  » 
Jean,  xii,  3i. 


202  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

plie  les  allusions  à  sa  Passion  et  à  sa  mort,  et 
plus  II  rencontre  d'obstacles  dans  la  mentalité 
que  ses  auditeurs  se  font  du  Messie  d'Israël. 

Cette  doctrine  pourtant  sublime  du  Souve- 
rain Prêtre  et  ces  manifestations  de  son  amour 
pour  les  hommes  deviennent  pour  Lui  l'occa- 
sion de  nombreuses  humiliations  et  de  vives 
soufiFrances  :  c'est  la  part  que  prend  la  Victime 
à  son  divin  apostolat.  Il  souffre,  mais  II  continue 
à  prêcher  '  ;  Il  est  rebuté,  mais  II  persévère  dans 
ses  avances  de  bonté  et  de  miséricorde  -  ;  Il  ne 
peut  réussir  à  enflammer  les  cœurs  d'amour 
pour  son  Père,  mais  II  ne  se  lasse  point  de  tra- 
vailler à  le  faire  connaître^;  Il  prévoit  l'inutilité 
de  ses  mérites  pour  un  grand  nombre,  mais  II 
continue  à  vivre  de  sacrifice  ^  ;  Il  sait  qu'il  sera 
bientôt  rejeté  de  l'humanité,  mais  quand  même 
Il  se  prépare  à  mourir  pour  elle  '•>. 

1  «  Vous  ne  voulez  pas  venir  à  moi,  pour  avoir  la  vie.  Je 
suis  venu  au  nom  de  mon  Père,  et  vous  ne  me  recevez  pas.  » 
Jean,  v,  40,  43. 

2  «  Si  je  ne  fusse  pas  venu  et  ne  leur  eusse  point  parlé,  ils 
n'auraient  pas  de  péché  ;  mais  maintenant  ils  n'ont  point  d'ex- 
cuse de  leur  péché.  Ils  m'ont  pris  en  haine  gratuitement.  » 
Jean,  xv,  22,  25. 

3  «  Ils  ont  haï  et  moi  et  mon  Père.  »  Jean,  xv,  24. 

^  «  Je  vous  ai  dit  que  vous  mourriez  dans  votre  péché  ;  car 
si  vous  ne  croyez  pas  à  ce  que  je  suis,  vous  mourrez  dans  votre 
péché.  »  Jean,  viii,  24. 

^  «  Enlevez-le  !  Enlevez-le  !  Crucifiez-le.  »  Jean,  xix,  i5. 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  203 

Quelle  sublime  association  d'amour  et  de  souf- 
france dans  ce  Prêtre  qui  aime  en  souffrant  et 
dans  cette  Victime  qui  souffre  en  aimant  !  Hélas  ! 
la  lumière  a  lui  dans  les  ténèbres  et  les  ténèbres 
ne  l'ont  point  comprise  '  ;  Jésus  est  venu  parmi 
les  siens  dans  toute  la  puissance  de  son  Sacer- 
doce et  tout  l'amour  de  son  état  de  Victime,  et 
les  siens  ne  L'ont  pas  reçu  -.  Sa  mission  sacer- 
dotale ne  peut  vraiment  se  couronner  que  dans 
l'immolation. 

Toutefois,  il  reste  une  grande  œuvre  à  accom- 
plir dans  la  mission  rédemptrice  du  Sauveur  des 
hommes.  Il  aura  prêché  le  royaume  de  Dieu  et 
enseigné  suffisamment  aux  hommes  le  chemin 
du  salut.  Il  disparaîtra  de  la  terre  et  s'éloignera 
de  l'humanité  qui  L'aura  rejeté  de  son  sein.  Mais 
pourtant  II  ne  pourra  s'en  aller  définitivement, 
son  amour  Le  retiendra  quand  même  parmi  les 
hommes.  Pour  opérer  cette  merveille  comme 
pour  maintenir  la  doctrine  divine  de  ses  ensei- 
gnements, il  Lui  faut  des  successeurs  à  qui  II 
transmette  la  mission  qu'il  a  reçue  de  son  Père. 
Les  Prêtres  couvriront  le  monde  ;  et  déjà  II 
s'entoure  des  premiers  qui  forment  le  collège 
apostolique. 

*  Jean,  i,  5.  —  -  Jean,  i,  ii. 


204  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

A  ses  Apôtres  11  donne  un  enseignement  spé- 
cial et  plus  complet  '  ;  Il  leur  révèle  tout  ce  qu'il 
a  appris  de  son  Père  -,  et  II  les  rend  participants 
de  son  propre  Sacerdoce  ^  Il  en  fait  les  déposi- 
taires des  vérités  éternelles  et  les  dispensateurs 
des  grâces  divines  ^  Ils  ont  même  tout  pouvoir 
sur  Lui,  pour  Le  faire  descendre  du  ciel  et  L'im- 
moler sur  l'autel  ■.  Ils  sont  Prêtres  comme  Lui, 
mais  à  la  condition  d'être  victimes  avec  Lui.  Le 
Sacerdoce  qu'il  leur  confère  est  identiquement 
le  même  que  celui  dont  L'a  honoré  son   Père  ; 

1  «  A  vous  il  a  été  donné  de  connaître  les  mystères  du 
royaume  des  deux.  »  Mat.,  xiii,  1 1. 

'  n  Je  ne  vous  appellerai  plus  serviteurs,  parce  que  le  servi- 
teur ne  sait  pas  ce  que  fait  son  maître.  Mais  je  vous  ai  appelés 
amis,  parce  que  tout  ce  que  j'ai  ap/jris  du  Père  je  vous  l'ai 
fait  connaître.  »  Jean,  xv,  i5. 

•^  «  Comme  le  Père  m'a  envoyé,  moi  aussi  je  vous  envoie.  » 
Jean,  xx,  21).  —  «  Dieu  n'a  pas  envoyé  son  Fils  dans  le  monde 
pour  condamner  le  monde,  mais  pour  que  le  monde  soit  sauvé 
par  lui.  »  (Jean,  m,  17).  —  «  Venez  à  ma  suite  et  je  vous  lerai 
pécheurs  d'hommes,  r>  (Mat.,  iv,  19),  —  «  Le  Fils  de  l'homme 
a  le  pouvoir  sur  la  terre  de  remettre  les  péchés.  »  iMat.,  ix,  6). 
—  «  Ceux  à  qui  vous  remettrez  tes  péchés,  ils  leur  seront  remis, 
et  ceux  à  qui  vous  les  retiendrez,  ils  leur  seront  retenus.  » 
(Jean,  xx,  23). 

•*  «  Enseignez  toutes  les  nations,  leur  apprenant  à  observer 
tout  ce  que  je  vous  ai  commandé.  »  (Mat.,  xxvni,  19,  20).  — 
«  Prêchez  l'Evangile  à  toute  créature.  Celui  qui  croira  sera 
sauvé.  »  (Marc,  xvi,  i5,  16t. 

5  «  Ceci  est  mon  corps.  Ceci  est  mon  sang.  (Mat.,  xxvi,  26 
28).  —  K  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi.  »  (Luc,  xxn,  19). 


MINISTÈRE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  205 

or,  en  Le  faisant  Prêtre,  Dieu  L'a  envoyé  dans 
le  monde  pour  s'immoler.  Prêtre  et  Victime, 
c'est  tout  un  *. 

1  II  n'est  aucunement  exagéré  de  prétendre  que  le  Prêtre, 
dans  toute  la  force  du  terme,  et  selon  les  desseins  mêmes  de 
Jésus,  est  à  la  t'ois  Prêtre  et  victime  ;  non  qu'il  soit  voué  à 
l'immolation  par  une  mort  corporelle  et  sanglante,  comme  l'a 
été  Jésus,  mais  spirituellement  par  les  souffrances  qui  sous 
toutes  les  formes  peuvent  l'atteindre  dans  son  âme  et  dans  son 
corps.  Il  n'y  a  en  cela  rien  d'étonnant,  lorsque  l'on  considère 
qu'on  ne  peut  suivre  Jésus  sans  passer  par  la  souffrance,  la- 
quelle, comme  s'exprime  Saint  Paul,  «  complète  en  nous  ce  qui 
manque  aux  souffrances  du  Christ  »  il  Col.,  r,  24  .  C'est  égale- 
ment ce  qu'enseigne  Saint  Pierre  J,  11,  211,  quand  il  dit  :  «  Le 
Cfirist  a  souffert  pour  nous,  vous  laissant  un  exemple,  afin 
que  vous  suiviez  ses  traces.  » 

Le  Prêtre  est  plus  que  tout  autre  le  disciple  de  Jésus.  Notre 
divin  Maître  le  proclame  hautement,  lorsque,  dans  son  discours 
après  la  Cène,  il  dit  expressément  à  ses  Apôtres  que  la  gloire 
de  son  Père  consiste  en  ce  qu'ils  sont  ses  disciples  :  «  Mon  Père 
est  glorifié  en  ce  que  vous  deveniez  mes  disciples.  »  iJean, 
XV,  8).  Or,  dit-Il  encore,  «  Celui  qui  ne  porte  pas  sa  croix  et  ne 
me  suit  pas  ne  peut  être  mon  disciple.  »  \  Luc,  xiv,  271.  Le  Prêtre 
est  donc  tenu,  par  le  fait  que  Jésus  l'a  honoré  de  son  Sacer- 
doce, d'être  le  disciple  de  la  croix  et  de  marcher,  comme  son 
Maître,  jusqu'au  Calvaire,  pour  s'immoler  avec  Lui. 

Cette  vérité  ressort  essentiellement  de  son  caractère  sacer- 
dotal. En  effet,  Jésus  Prêtre  est  simultanément  et  essentielle- 
ment Jésus  Victime.  En  se  communiquant  comme  Prêtre,  il  se 
communique  donc  également  comme  Victime.  De  sorte  que  le 
caractère  sacerdotal  imprimé  dans  l'âme  du  Prêtre  est  le  carac- 
tère même  de  Jésus  Prêtre  et  Victime.  D'où  le  Prêtre  possédera 
d'autant  plus  la  perfection  de  son  Sacerdoce,  qu'//  sera  davan- 
tage victime  avec  Jésus.  Comme  son  Maître  il  est  voué  au 
sacrifice  et  à  l'immolation. 

Jésus  le  lui  redit  sous  toutes  les  formes.  La  souffrance  lui 
viendra  du   monde    au   milieu   duquel  il  vit  :   «  Dans  le  monde 


206  DU   SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Telle  est  la  sublime  révélation  que  Jésus  a 
faite  au  monde,  particulièrement  dans  la  per- 
sonne de  ses  Apôtres,  de  son  éternel  Sacerdoce 
et  de  son  sublime  état  de  Victime. 


vous  serez  opprimés.  »  (Jean,  xvi,  33).  —  «  En  vérité,  en  vérité, 
je  vous  dis  que  vous  pleurerez,  vous,  et  tfémirez.  Le  monde  se 
réjouira  tandis  que  vous  serez  contristés,  mais  votre  tristesse 
sera  chansjée  en  joie.  »  (Jean,  xvi,  20).  —  Le  motif  de  ses  souf- 
frances est  une  conséquence  logique  de  son  Sacerdoce  :  «  Parce 
que  vous  n'êtes  pas  du  monde  et  que  je  vous  ai  choisis  du  mi- 
lieu du  monde,  à  cause  de  cela  le  monde  vous  hait.  »  (Jean, 
XV,  -19).  —  C'est  ainsi  que  le  monde  confond  dans  une  même 
haine  le  disciple  et  le  Maître  :  «  Si  le  monde  vous  hait,  sachez 
qu'/V  m'a  pris  en  haine  avant  vous.  »  (Jean,  xv,  18).  — ■  Effet 
naturel  du  choix  que  Jésus  fait  de  son  Prêtre  :  «  Souvenez- 
vous  de  la  parole  que  je  vous  ai  dite  :  Le  serviteur  n'est  pas 
plus  grand  que  son  maître.  S'ils  m'ont  persécuté,  ils  vous 
persécuteront  aussi.  »  (Jean,  xv,  20).  Et  cette  persécution  peut 
aller  jusqu'à  la  mort  ;  Jésus  lui-même  le  prédit  pour  Lui  et  pour 
ses  Prêtres  :  «  Le  Fils  de  l'homme  doit  être  livré  entre  les  mains 
des  hommes,  et  ils  le  mettront  à  mort.  »  (Mat.,  xvii,  21,  22'. 
«  Je  vous  envoie  comme  des  brebis  au  milieu  des  loups.  On 
vous  livrera  aux  tribulations,  et  on  vous  fera  mourir.  »  (Mat., 
X,  iG  ;  XXIV,  9). 

Il  est  cependant  pour  le  Prêtre  une  autre  forme  de  souffrance, 
indépendante  celle-là  de  la  malice  des  hommes,  et  à  laquelle  le 
voue  essentiellement  son  Sacerdoce  :  c'est  celle  qui  identifie 
l'offrande  et  l'immolation  de  lui-même  avec  l'offrande  et 
l'immolation  de  Jésus  le  souverain  Prêtre.  Jésus  n'a  pas  offert 
d'autre  victime  que  Lui-même  ;  à  son  exemple,  le  Prêtre,  qui 
est  Prêtre  avant  tout  pour  offrir  des  sacrifices,  doit  s'offrir 
avec  le  Jésus  qu'il  immole  tous  les  jours  à  l'autel.  Jésus  Prêtre 
ne  sera  jamais  plus  glorifié  dans  son  Prêtre  que  lorsqu'il  trou- 
vera dans  l'âme  sacerdotale,  qu'il  s'est  unie  si  mystérieusement 
et  si  divinement,  tous  les  traits  sacro-saints  de  son  éternel  Sa- 
cerdoce. Il  ne  Lui  suffit  pas  d'y  graver  en  caractère  indélébile 


MINISTERE    SACERDOTAL    PENDANT    SA    VIE  207 

Nous  avions  bien  raison  de  dire  que  l'on  ne 
peut  séparer  en  Jésus  deux  choses  que  le  ciel  a 
indissolublement  unies  et  qui  nous  révèlent  toute 

ce  même  Sacerdoce  qu'il  a  reçu  de  son  Père  pour  le  salut  du 
monde  ;  Il  veut  y  reconnaître  ses  propres  sentiments  et  sentir 
le  cœur  de  son  Prêtre  battre  à  l'unisson  des  aspirations  divines 
qui  remplissent  le  sien. 

Or  Jésus  a  trouvé  en  Lui-même  la  Victime  de  son  Sacrifice 
et  la  charité  infinie  qui  inspirait  son  Sacerdoce  pour  la  sacrifier 
et  l'immoler.  En  se  consacrant  un  Prêtre  pour  exercer  son  pro- 
pre Sacerdoce,  Jésus  prétend  se  servir  de  lui  dans  les  mêmes 
dispositions  qui  L'ont  animé  Lui-même,  lorsqu'il  a  accompli  sur 
cette  terre  sa  mission  sacerdotale.  Il  manquerait  quelque  chose 
à  la  perfection  du  Sacerdoce  de  son  ministre,  si  celui-ci  ne 
s'offrait  pas  avec  la  divine  Victime,  en  même  temps  qu'il  opère 
par  la  vertu  du  Souverain  Prêtre.  Le  caractère  imprimé  dans 
son  âme  est  un  caractère  immolant,  le  Sacerdoce  étant  ordonné 
au  sacrifice.  Le  Prêtre  parle  et  agit  au  nom  du  Prêtre  unique, 
dont  il  est  le  représentant  ;  il  doit  également  s'immoler  avec 
Lui,  s'il  veut  participer  à  toute  la  grâce  de  son  Sacerdoce. 
Comment  comprendrait-il  l'union  intime,  étroite  et  quasi  subs- 
tantielle qui  le  lie  à  la  personne  du  Souverain  Prêtre,  au  point 
de  ne  faire  qu'un  avec  Lui  par  l'unité  de  caractère,  de  mission 
et  d'efficacité  divine,  s'il  ne  se  considérait  lui-même  comme  par- 
ticipant à  l'état  de  Victime  en  Jésus,  état  essentiel  à  l'accom- 
plissement du  Sacerdoce  en  son  divin  Maître. 

Ce  n'est  qu'à  cette  condition  que  le  Prêtre  peut  avoir  une 
intelligence  complète  de  son  Sacerdoce.  Laisser  dans  l'ombre 
cet  aspect  de  son  caractère  sacré,  ce  serait  se  condamner  à  ne 
partager  qu'une  partie  des  sentiments  du  Souverain  Prêtre  et 
à  exercer  un  Sacerdoce,  dont  les  efficacités  divines  sans  doute 
ne  seraient  pas  diminuées,  mais  qui  priverait  le  Prêtre  d'une 
ressemblance  avec  son  iMaître,  ressemblance  que  réclame  l'iden- 
tité de  leur  Sacerdoce  et  l'harmonie  de  leur  mutuel  amour. 

Que  le  Prêtre  prenne  l'habitude  de  se  considérer  Prêtre  et 
victime  avec  Jésus  Prêtre  et  Victime,  et  il  élèvera  considéra- 
blement la  conception  qu'il  a  déjà  de  son  Sacerdoce,  il  se  sen 


208 


DU    SACERDOCE    DE    JESUS 


la  Personne  du  Verbe  incarné  et  sa  mission  di- 
vine. A  nous  de  vivre  dans  la  pensée  habituelle 
de  ces  adorables  et  éternelles  vérités. 

tira  uni  plus  étroitement  à  Jésus,  il  pénétrera  plus  profondé- 
ment dans  la  réalité  de  sa  mission  divine,  il  éprouvera  de  saintes 
ardeurs  pour  aimer  par  le  sacrifice  le  Jésus  qui  l'a  fait  son  Prêtre 
et  pour  s'immoler  avec  Lui. 

Quoique  le  Prêtre  soit  tenu  à  la  sainteté,  la  dignité  de  son 
Caractère,  en  elle-même,  ne  le  rend  pas  saint  ;  mais  qu'il  réalise 
dans  sa  vie  tout  ce  que  comporte  son  Sacerdoce,  c'est-à-dire 
qu'il  soit,  avec  Jésus,  un  Prêtre  immolé  et  une  victime  sacer- 
dotale, et  il  deviendra  inévitablement  un  saint. 


A  Jésus,   le  Prêtre  Yiclime 


O  mon  adorable  Jésus, 

Prêtre  éternel  d'une  éternelle  Victime, 

je  Vous  contemple 

avec  admiration  et  avec  amour 

dans  les   phases   diverses 

de  votre  vie  terrestre. 

Votre  Sacerdoce 

illumine  partout  vos  pas, 

inspire   toutes   vos    paroles, 

donne   de   la   fécondité 

à  toutes  vos  œuvres. 

Je  Vous  adore  et  Vous  aime 

comme  Prêtre. 

Je  suis  ravi  de   l'once  sacerdotal 

que  Vous  remplissez 

auprès  de  la  divine  Victime 

et  je  Vous  confonds  tous  deux 

dans  mes  chants 

de  reconnaissance  et  de  louange, 

avec  le  doux  espoir 

de  Vous  glorifier  au  ciel 

dans  les  siècles  des  siècles. 


' 


CHAPITRE  SIXIÈME 

De  Tcxcrcicc  parfait 

du  Sacerdoce  de  Jésus 

dans  le   Sacrifice  suprême 

de  la  Victime 


CHAPITRE     SIXIEME 


De  l'exercice  parfait  du  Sacerdoce 

de  Jésus 

dans  le  Sacrifice  suprême  de  la  Victime 


0  Nous  avons  été  sanctifiés  par  l'obla- 
tion  du  corps  de  Jésus-Christ,  une  fois 
pour  toutes.  Après  avoir  o^ert  une  seule 
victime  pour  les  péchés,  il  s'est  assis 
pour  toujours  a  la  droite  de  Dieu.  ■> 
Hébr..  X,  10-12. 

Le  jour  des  grandes  douleurs  et  des  divines 
destinées  du  Souverain  Prêtre  a  lui  sur  le  monde. 
La  Croix  du  Sacrifice  se  dresse  au  sommet  du 
Golgotha  ;  tout-à-l'heure  un  supplicié  y  sera  atta- 
ché et  il  y  rendra  le  dernier  soupir  au  milieu 
d'atroces  angoisses  et  des  plus  horribles  souf- 
frances. 

Jésus  regarde  avec  amour  dans  la  direction 
du  Calvaire  ;  c'est  Lui  qui  conduira  au  supplice 
la  Victime  qui  Lui  a  été  confiée  '  ;  Il  mourra  avec 

'  i<  Je  donne  ma  vie.  Personne  ne  me  la  ravit,  mais  je  la 
donne  de  moi-même.  »  Jean,  x,  17,  18. 


I 


214  DO    SACERDOCE    DE    JESUS 

elle,  mais  II  aura  satisfait  aux  exigences  in- 
times de  son  Sacerdoce.  Il  a  été  établi  Prêtre 
pour  cette  heure  '  ;  tout  le  reste  de  sa  vie  n'a 
été  qu'un  acheminement  et  une  préparation  au 
drame  sanglant  qui  va  se  dérouler  à  Jérusalem. 
L'Hostie  qu'il  offre  à  Dieu  depuis  l'aurore  de 
son  entrée  dans  l'humanité,  Il  va  la  consommer 
dans  un  dernier  sacrifice.  Il  ne  l'a  reçue  que 
pour  l'immoler;  l'oblation  a  duré  de  nombreuses 
années,  et  II  a  accompagné  pas  à  pas  la  Vic- 
time qui  aspirait  sans  cesse  à  être  conduite  au 
supplice. 

Ce  moment,  le  plus  solennel  qui  puisse  exister 
dans  l'humanité,  est  arrivé.  Le  ciel  et  la  terre 
font  leurs  derniers  préparatifs.  Le  Prêtre  s'em- 
pare de  la  Victime  et  II  ne  la  rendra  à  Dieu  son 
Père  que  quand  II  aura  soutiré  tout  le  sang  de 
ses  veines  et  reçu  son  dernier  soupir. 


Si  l'on  ne  considérait  en  Jésus  son  caractère 
de  Victime,  on  ne  comprendrait  pas  pourquoi 
Il  dit  qu'«  Il  est  venu  pour  donner  sa  vie»  ;  et 
si  l'on  ne  donnait  un  sens  sacerdotal  à  ses  au- 
tres paroles,  disant  que  Lui  seul  «  a  le  pouvoir 

f 

'  «  C'est  /}our  cela  que  je  suis  venu  en  cette  heure.  »  Jean, 
XII,  27. 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIAIE  213 

de  donner  sa  vie  et  de  la  reprendre  '  »,  on  n'en 
saisirait  pas  la  signification. 

N'oublions  point  que  Jésus  n'est  pas  venu 
pour  vivre,  mais  pour  mourir.  La  raison  essen- 
tielle n'en  est  pas  tant  de  ce  qu'ayant  pris  une 
vie  humaine  II  a  pris  une  vie  mortelle  ;  mais 
bien,  qu'il  n'a  reçu  un  corps  que  pour  l'offrir  en 
sacrifice,  que  la  fin  de  son  existence  terrestre 
est  de  s'immoler  ;  après  quoi,  sa  mission  divine 
dans  l'humanité  est  terminée,  le  Mystère  de  la 
Rédemption  est  accompli. 

Tout  est  donc  subordonné,  dans  la  vie  de 
Jésus,  à  l'acte  suprême  qu'il  pose  au  Calvaire. 
Il  n'était  pas  nécessaire  pour  cela  qu'il  vive 
trente-trois  ans  ;  la  Croix  aurait  pu  être  plantée 
tout  à  côté  de  la  Crèche  de  Bethléem,  et  si 
l'Enfant-Dieu  y  avait  été  cloué  et  était  mort  en 
versant  tout  son  Sang,  H  aurait  sauvé  le  monde, 
parce  que  son  Sacerdoce  aurait  trouvé  son  plein 
exercice  dans  l'immolation  de  la  Victime. 

Nous  qui  avons  suivi  notre  divin  Prêtre  de- 
puis sa  naissance  et  qui  avons  admiré,  dans  tout 
le  cours  de  sa  vie,  son  ministère  sacerdotal  au- 
près de  l'Hostie  de  son  futur  Sacrifice,  montons 
maintenant  avec  Lui  la  montagne  sacrée  où  son 
Sacerdoce    éternel  accomplira,  par  l'holocauste 

*  Jean,  x,  i8. 


2l6  DU    SACERDOCE   DE   JÉSUS 

de  la  Victime,  l'œuvre  sublime  de  la  glorification 
divine  par  le  salut  du  monde. 


I.  —  Le  Sacrifice  est  l'acte  suprême 
du  Sacerdoce 

Un  Prêtre  sans  sacrifice  serait  un  Prêtre  sans 
but  suffisant,  ou  mieux  ne  serait  pas  Prêtre  en 
réalité.  Il  pourrait  en  porter  le  nom,  mais  il  ne 
le  justifierait  pas,  le  Sacerdoce  étant  essentielle- 
ment ordonné  au  Sacrifice. 

De  toute  nécessité,  d'après  l'enseignement  de 
saint  Paul,  il  faut  que  le  Prêtre  ait  «  quelque 
chose  à  offrir  ».  Son  ministère  s'accomplissant 
au  nom  de  l'humanité  à  l'égard  de  la  Divinité, 
il  ne  suffit  pas  qu'il  offre  à  Dieu  les  prières  des 
hommes,  mais  il  est  officiellement  établi  «  pour 
offrir  des  dons  et  des  sacrifices  '  ».  Ce  qui  rend 
cette  obligation  particulièrement  sacrée  pour  le 
Prêtre,  c'est  qu'il  ne  représente  auprès  de  Dieu 
qu'une  humanité  coupable  et  que  le  péché  ré- 
clame une  réparation,  dont  le  sacrifice  est  à 
juste  titre  l'expression  "-. 

*  Hébr.,  VIII,  3. 

2  Dans  la  même  Epître  (v,  i),  le  grand  Apôtre  ajoute  que  les 
sacrifices  du  Prêtre  sont  offerts  «  pour  les  péchés  »  ;  lesquels, 
dit  Saint   Thomas,   ont   été   effacés  par  le  sacrifice   du  Christ. 


SACRIFICE    SUPREME    DE    LA    VICTIME  2I7 

Pour  honorer  dignement  Dieu,  autant  qu'il 
est  donné  à  des  créatures  sorties  de  ses  mains, 
et  pour  réparer  l'outrage  que  lui  a  fait  le  péché, 
l'immolation  des  victimes  a  toujours  été  regar- 
dée comme  l'hommage  suprême  rendu  à  la  sou- 
veraineté de  Dieu  et  la  manifestation  extérieure 
de  la  réparation  due  à  sa  justice  '.  Pour  exercer 

«  Nos  péchés  ont  été  effacés,  d'après  Saint  Paul  qui  dit  (Rom., 
IV,  25 1  qu'  «  il  a  été  livré  à  cause  de  nos  iniquités  ».  Nous  avons 
reçu  par  lui  la  grâce  qui  nous  sauve,  selon  ces  paroles  du  même 
Apôtre  Hébr.,  v,  91  :  «  11  est  devenu  la  cause  du  salut  éternel 
pour  tous  ceux  qui  lui  obéissent.  »  Nous  avons  obtenu  par  là 
la  fyerfection  de  la  gloire  :  «  Nous  avons  l'assurance  d'entrer 
par  le  sang  du  Christ  dans  le  sanctuaire»  (Hébr.,  x,  19),  c'est- 
à-dire  dans  la  gloire  céleste.  »  iS.  Thom.,  III  p.,  q.  22,  a.  2).  — 
Ces  autres  paroles  de  Saint  Paul  sont  plus  expressives  encore  : 
«  C'est  en  lui  que  nous  avons  la  rédemption,  la  rémission  des 
péchés,  par  son  sang.  »    Ephés.,  i,  7). 

*  «  Les  sacrifices,  dit  Saint  Thomas,  représentaient  le  rapport 
de  l'âme  à  Dieu,  et  excitaient  celui  qui  les  offrait  à  s'unir  à  lui. 
Or,  pour  que  l'âme  soit  en  bon  rapport  avec  Dieu,  il  faut  qu'elle 
reconnaisse  qu'elle  tient  de  lui,  comme  de  son  premier  principe, 
tout  ce  qu'elle  possède  et  qu'elle  le  lui  rapporte  comme  à  sa  fin 
dernière.  C'est  ce  que  les  oblations  et  les  sacrifices  représen- 
taient :  «  C'est  pourquoi  dans  Yoblation  des  sacrifices,  l'homme 
protestait  que  Dieu  était  le  premier  principe  de  la  création, 
et  la  fin  dernière  à  laquelle  tout  doit  être  rapporté.  »  (I  II, 
q.  102,  a.  3i.  —  Plus  loin,  il  ajoute,  relativement  aux  sacrifices 
sanglants  :  «  Le  sang  est  surtout  nécessaire  à  la  vie,  et  la  graisse 
montre  l'abondance  de  la  nourriture.  C'est  pourquoi  pour  faire 
voir  que  c'est  de  Dieu  que  nous  tenons  la  vie  et  tous  les  biens 
que  nous  possédons,  on  répandait  le  sang  et  on  brûlait  la 
graisse  par  honneur  pour  lui.  Ces  choses  figuraient  l'effusion  du 
sang  du  Christ  et  l'abondance  de  la  charité  par  laquelle  il  s'est 
ofiert  à  Dieu  pour  nous.  »  (Ibid.,  ad  Si. 


2l8  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

cette  fonction,  il  y  a  toujours  eu  des  prêtres 
dans  toutes  les  religions,  même  les  plus  maté- 
rielles et  les  plus  grossières.  Ce  sentiment,  inné 
dans  l'humanité,  conserve  toute  sa  valeur  mais 
est  considérablement  ennobli,  depuis  que  le 
Verbe  incarné  est  venu  sur  la  terre  pour  abolir 
tous  les  sacrifices  anciens  et  instituer  un  Sacer- 
doce nouveau,  efficace  celui-là,  pour  la  rémission 
des  péchés  et  le  salut  éternel  '. 

Le  Prêtre  que  nous  envoie  le  Père  ne  possède 
pas  un  Sacerdoce  seulement  de  rites  et  de  for- 
mules, mais  un  Sacerdoce  divin  en  origine,  in- 
fini en  puissance,  adorable  en  exercice,  souve- 
rain en  effets  et  éternel  en  mérites  -.  Constitué 

'  «  Notre  pontife  a  reçu  un  ministère  d'autant  plus  excellent, 
qu'il  est  le  médiateur  d'une  meilleure  alliance,  établie  sur  de 
meilleures  promesses.  »  ■  Hébr.,  vui,  6;.  —  «  Le  Sacerdoce  étant 
changé,  il  est  nécessaire  qu'il  y  ait  aussi  un  changement  de  loi. 
En  effet,  celui  dont  ces  choses  sont  dites  est  d'une  autre  tribu, 
de  laquelle  nul  n'a  servi  à  l'autel  ;  car  il  est  manifeste  que 
Notre  Seigneur  est  sorti  de  Juda,  tribu  dont  Mo'ise  n'a  rien  dit 
en  ce  qui  concerne  les  prêtres.  Et  cela  est  encore  plus  mani- 
feste, s'il  se  lève  un  autre  prêtre,  à  la  ressemblance  de  Mel- 
chisédech,  établi  non  pas  d'après  la  loi  d'une  ordonnance  char- 
nelle, mais  selon  la  puissance  d'une  vie  indissoluble.  Car  l'Ecri- 
ture rend  ce  témoignage  :  Tu  es  Prêtre  pour  l'éternité,  selon 
l'ordre  de  Melchisédech.  Il  y  a  ainsi  abolition  de  la  première 
ordonnance,  à  cause  de  son  impuissance  et  de  son  inutilité.  » 
(Hébr.,  VII,  12-18). 

*  «  Le  Christ  étant  venu  comme  pontife  des  biens  futurs,  a 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIME  219 

Prêtre  pour  des  fins  divines  très  déterminées,  Il 
n'accomplira  pleinement  sa  mission  que  par  le 
Sacrifice  d'expiation  totale  qui  Lui  permettra 
d'oflfrir  sa  divine  Victime  '. 


traversé  un  tabernacle  plus  grand  et  plus  parlait,  qui  n'a  pas 
été  l'ait  de  main  d'homme,  c'est-à-dire  qui  n'appartient  point  à 
cette  création  ;  et  il  est  entré  une  fois  pour  toutes  dans  le  sanc- 
tuaire, non  avec  le  sang  des  boucs  et  des  veaux,  mais  avec  son 
fyropre  sang,  ayant  obtenu  une  récietn/Jtion  éternelle.  Car  si  le 
sang  des  boucs  et  des  taureaux  sanctifie  ceux  qui  sont  souillés, 
de  manière  à  procurer  la  pureté  de  la  chair,  combien  plus  le 
sang  du  Christ,  qui  par  l'Esprit-Saint  s'est  offert  lui-tncme 
sans  tache  à  Dieu,  purifîera-t-it  notre  conscience  des  œuvres 
mortes,  pour  que  nous  servions  le  Dieu  vivant.  C'est  pourquoi 
il  est  le  médiateur  d'un  nouveau  testament.  »  iHébr.,  ix,  ii-i5). 

Ce  qui  fait  dire  à  Saint  Thomas  :  «  Le  plus  grand  des  sacri- 
fices, c'est  celui  par  lequel  «  le  Christ  s'est  offert  lui-même  à 
Dieu  en  odeur  de  suavité  »,  selon  l'expression  de  Saint  Paul 
(Ephés.,  V,  2).  C'est  pour  ce  motif  que  tous  les  autres  sacrifices 
étaient  offerts  dans  l'ancienne  loi  pour  figurer  ce  sacrifice 
unique  et  tout  particulier,  comme  on  représente  ce  qui  est  par- 
fait par  des  choses  imparfaites.  »  (I  II,  q.  102,  a.  3  . 

Le  Docteur  angélique  fait  ensuite  cette  remarque  au  sujet  des 
sacrifices  figuratifs  :  «  Dieu  ne  voulait  pas  qu'on  lui  offrît  ces 
sacrifices  à  cause  des  choses  offertes,  comme  s'il  en  avait  eu 
besoin,  mais  pour  figurer  le  mystère  de  la  Rédemption  du 
genre  humain  par  le  Christ.»  (Ibiu.,  ad  1  i.  Et  lad  2)  il  en 
donne  la  signification  :  «  11  a  été  convenable  d'offrir  ces  animaux 
en  figure  du  Christ,  parce  que  le  Christ  est  immolé  sous  la 
figure  du  veau  à  cause  de  la  vertu  de  la  croix,  sous  celle  de 
l'agneau  à  cause  de  son  innocence,  sous  celle  du  bélier  à  cause 
de  sa  puissance,  sous  celle  du  bouc  parce  qu'il  a  pris  la  ressem- 
blance de  notre  chair  de  péché.  » 

*  «  Quoique  la  vérité  réponde  à  la  figure  sous  un  rapport, 
lisons-nous  en  Saint  Thomas,  elle  n'y  répond  cependant  pas 
sous  tous  les  aspects  ;  parce  qu'il  faut  que  la  vérité  surpasse 


220  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

Sans  ce  Sacrifice,  son  Sacerdoce  n'atteindrait 
pas  sa  fin  ;  il  resterait  un  Sacerdoce  découronné 
et  inefficace.  Possédant  une  Victime  qui  ne  se- 
rait pas  immolée,  et  qui  cependant  aspirerait 
sans  cesse  à  l'être,  il  la  violenterait  et  l'harmonie 
naturelle  entre  le  Prêtre  et  la  Victime  serait  né- 
cessairement rompue. 

De  même  que  la  notion  essentielle  du  Sacer- 
doce comporte  l'existence  d'une  victime,  ainsi 
la  fonction  capitale  et  indispensable  du  Prêtre 
est  le  sacrifice  de  la  victime,  ils  sont  faits  l'un 
pour   l'autre,    ils    existent    l'un    par   l'autre.    Le 

la  figure.  C'est  pourquoi  il  a  été  convenable  que  le  sacrifice  par 
lequel  la  chair  du  Christ  est  offerte  pour  nous  fut  figuré,  non 
par  des  sacrifices  humains,  mais  par  des  sacrifices  d'animaux 
qui  représentent  la  chair  du  Christ  qui  est  le  sacrifice  le  plus 
parfait:  i"  parce  qu'il  convenait  que  sa  chair  qui  appartient  à 
la  nature  humaine  soit  offerte  pour  tous  les  hommes  et  reçue 
par  eux  sous  le  sacrement  ;  2"  parce  que,  par  là  même  qu'elle 
était  passible  et  mortelle,  elle  était  apte  à  être  immolée  ;  3°  parce 
que,  par  là  même  qu'elle  était  sans  péché,  elle  était  apte  à  puri- 
fier les  péchés  ;  4"  parce  que,  par  là  même  qu'elle  était  la  chair 
de  celui  qui  l'offrait,  elle  était  agréable  à  Dieu,  à  cause  de  l'amour 
qu'il  avait  pour  celui  qui  l'offrait.  D'où  Saint  Augustin  {De 
Trin.,  L.  4,  c.  14»  dit  :  Que  pouvait-on  recevoir  des  hommes, 
et  que  pouvait-on  offrir  pour  eux  d'aussi  convenable  que  la 
chair  humaine,  et  qu'y  avait-il  d'aussi  apte  à  ce  sacrifice  que 
cette  chair  mortelle  ?  Quoi  de  plus  pur  pour  purifier  les  vices 
de  tous  les  mortels,  que  cette  chair  née  dans  le  sein  d'une  vierge 
sans  la  contagion  de  la  concupiscence  charnelle  ?  Et  que  pou- 
vait-on offrir  et  recevoir  d'aussi  agréable  que  la  chair  de  notre 
sacrifice  devenu  le  corps  de  notre  prêtre?  n  (III  p.,  q.  48, 
a.  3,  ad  1). 


SACRIFICE    SUPREME    DE    LA    VICTIME  22t 

Prêtre  puise  en  quelque  sorte  sa  raison  d'être 
dans  sa  victime,  et  la  victime  également  dans 
son  sacrificateur. 

Ceci  se  vérifie  si  admirablement  en  Jésus 
Prêtre  et  Victime,  qu'une  fois  son  Sacrifice  ac- 
compli Jésus  disparaît  de  l'humanité.  Ne  pou- 
vant offrir  un  autre  Sacrifice,  puisqu'on  ne 
meurt  qu'une  fois  ',  et  son  Sacrifice,  en  outre, 
ayant  obtenu  une  rédemptioji  éternelle,  il  n'était 
plus  nécessaire  qu'il  s'offrît  de  nouveau  -. 

C'est  donc  bien,  en  vérité,  sur  le  Calvaire  que 
l'on  comprend  toute  la  sublimité  de  la  vie  du 
Sauveur,  toute  la  grandeur  de  son  Sacerdoce  et 
toute  l'efficacité  de  son  immolation. 

Le  Prêtre  et  la  Victime  sont  attachés  en- 
semble à  la  Croix  et  ils  meurent  pour  accomplir 
la  même  mission  divine. 


II.  —  Les  dispositions   du  Prêtre 

A   mesure    que    nous    approchons  du   terme 
de  l'existence  terrestre  de  notre  divin  Sauveur, 


*  «  De  même  qu'il  est  établi  que  les  hommes  meurent  une 
fois,  de  même  le  Christ  s'est  offert  une  fois  pour  effacer  les 
péchés  de  beaucoup.  »  Hébr.,  ix,  27,  28. 

*  «  Là  où  il  y  a  rémission  des  péchés  /'/  n'est  plus  besoin 
d'oblation  pour  le  péché.  »  Hébr.,  x,  18. 


222  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

nous  éprouvons  un  sentiment  indéfinissable 
d'amour  et  d'adoration.  Jésus  nous  paraît  plus 
beau  et  plus  grand  à  l'heure  de  son  suprême 
Sacrifice.  Il  nous  semble  irradié  des  clartés 
éternelles  et  nous  croyons  entendre  les  palpi- 
tations de  son  cœur. 

Enfin,  son  heure  est  venue,  l'heure  de  ses 
désirs  et  de  ses  supplications,  l'heure  de  son 
amour  et  de  son  immolation.  Il  éprouve  en  Lui 
un  besoin  irrésistible  de  souffrance  et  d'humi- 
liation ;  la  charité  divine  Le  presse,  la  grâce  de 
son  Sacerdoce  Le  pousse  au  Sacrifice.  L'autel 
est  dressé,  la  Victime  appelle  son  Sacrificateur, 
Il  tressaille  à  la  pensée  du  Sang  rédempteur 
qu'il  va  faire  couler. 

Plus  que  jamais  II  sent  ce  qu'il  y  a  de  divine- 
ment puissant  dans  le  Sacerdoce  qu'il  a  reçu  de 
son  Père  ;  des  intérêts  éternels  Lui  ont  été  con- 
fiés et  à  Lui  seul  appartient  l'honneur  et  la  mis- 
sion de  rétablir  toutes  choses  comme  à  l'origine, 
de  rendre  à  Dieu  tous  les  hommages  qui  lui  sont 
dûs  et  d'opérer  la  réconciliation  du  ciel  et  de 
la  terre  ^ 

Jésus  voit  tout  ce  qu'il  a  reçu  de  son  Père,  et 
Il  l'en  bénit  dans  des  sentiments  de  touchante 

1  «  Dieu  était  dans  le  Christ  se  réconciliant  le  monde.  » 
^11  Cor.,  V,  19).  —  «  Nous  avons  été  réconciliés  avec  Dieu  par 
la  mort  de  son  Fils.  »  (Rom.,  v,  10), 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIME  22.3 

reconnaissance.  Il  sait  combien  II  était  inefta- 
blement  aimé  dans  son  sein  et  par  quels  excès 
d'amour  II  a  été  donné  aux  hommes,  et  son 
cœur  s'émeut  de  tendresse  divine.  Il  entend  en- 
core les  paroles  qui  L'ont  consacré  Prêtre  pour 
l'éternité,  et  II  éprouve  des  ardeurs  indicibles 
pour  répondre  aux  grâces  de  son  Sacerdoce.  II 
voit  dans  une  lumière  éblouissante  la  grandeur 
et  la  nécessité  de  sa  mission  divine,  et  II  est 
dévoré  du  désir  de  l'accomplir. 

O  mon  Père,  s'écrie-t-Il,  je  viens  terminer 
l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire.  Dans 
l'humiliation  de  ma  chair,  vous  m'avez  toujours 
contemplé  comme  le  Fils  de  vos  complaisances 
infinies  et,  moi,  je  n'ai  cessé  de  vous  appeler 
mon  Père.  Je  me  suis  nourri  de  votre  adorable 
volonté  et  j'ai  accepté  avec  amour  la  sublime 
mission  de  conduire  au  sacrifice  la  divine  Vic- 
time qui  doit  vous  glorifier  éternellement.  Bé- 
nissez votre  Prêtre,  Il  vole  au  Sacrifice. 


Et  Jésus  n'a  plus  de  repos  qu'il  ne  soit  par- 
venu au  sommet  du  Calvaire  et  qu'il  n'ait  oflfert 
la  dernière  goutte  de  sang  de  la  Victime  pour  la- 
ver les  iniquités  du  monde  '.  Il  aperçoit  au  pied 

*  «  Nous  avons  connu  l'amour  de  Dieu,  en  ce  qu'//  a  donné 
sa  vie  pour  nous.  »  I  Jean,  m,  16. 


224  ^^    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

de  la  Croix  les  hommes  de  tous  les  temps,  et  II 
les  voit  tous  souillés  du  péché.  Ecrasée  sous  le 
poids  de  ses  misères,  Ihumanité  appelle  à  son 
secours  le  Prêtre  Libérateur  qui  doit  l'arracher 
à  l'enfer,  et  Jésus  accourt  pour  lui  faire  misé- 
ricorde. 

Se  rappelant  que  c'est  pour  elle  que  Dieu  a 
opéré  tant  de  merveilles  et  que,  dans  les  des- 
seins éternels,  son  salut  deviendra  l'occasion  et 
le  moyen  de  la  glorification  divine,  Jésus  ne 
sépare  plus  les  hommes  de  son  Père  et  II  re- 
porte sur  eux  tout  l'amour  dont  II  est  embrasé 
pour  Dieu  K 

Considérant  qu'il  est  le  seul  Prêtre  de  1  huma- 
nité. Il  lui  donne  asile  dans  son  Sacerdoce  et 
Il  s'en  fait  comme  une  seconde  victime  qu'il  va 
immoler  pour  la  purifier  et  l'arracher  à  la  mort 
éternelle.  Pour  faire  revivre  l'amour  de  son  Père 
dans  les  âmes  pécheresses  et  faire  resplendir  en 
elles  les  grâces  de  la  miséricorde  divine,  Jésus 
met  en  œuvre  toute  sa  puissance  sacerdotale  et 
Il  s'élance  sur  la  Croix  dont  II  fait  l'autel  de  son 
Sacrifice. 


*  «  Dieu  fait  éclater  son  amour  pour  nous  en  ce  que,  lorsque 
nous  étions  encore  des  pécheurs,  au  temps  marqué,  le  Christ 
est  mort  pour  nous.  Lorsque  nous  étions  ennemis,  nous  avons 
été  réconciliés  avec  Dieu  par  la  mort  de  son  Fils.  »  Rom., 
V,  8-10. 


SACRIFICE    SUPREME    DE    LA    VICTIME  220 

Pour  vivre,  il  Lui  fallait  une  Hostie  ;  pour 
mourir,  il  Lui  faut  une  Victime.  A  ce  moment 
suprême,  Jésus  contemple  en  Lui-même  la  Vic- 
time qui  a  été  la  compagne  fidèle  de  sa  vie. 
C'est  auprès  d'elle  qu'il  a  exercé  ses  fonctions 
sacerdotales,  c'est  maintenant  par  elle  qu'il  va 
couronner  ici-bas  la  mission  de  son  Sacerdoce. 
Toute  la  tendresse  divine  qu'il  a  pour  son  Père, 
tout  l'amour  de  compassion  qu'il  porte  à  l'hu- 
manité, se  concentrent  sur  la  Victime  de  son 
Sacrifice.  II  voit  en  elle  les  décrets  éternels  et 
la  rédemption  du  monde  ;  Il  se  nourrit  déjà 
de  ses  souffrances  comme  II  le  fait  des  volontés 
divines.  Il  anticipe  en  désir  son  immolation 
comme  pour  glorifier  plus  vite  le  Dieu  qui  La 
fait  Prêtre  et  Victime. 


Qui  donc  pourra  jamais  comprendre  l'ardeur 
des  sentiments  et  la  sublimité  des  dispositions 
du  Souverain  Prêtre,  au  moment  où  II  va  cou- 
ronner son  existence  sacerdotale  par  son  su- 
prême Sacrifice  ?  La  Victime  seule,  qui  par- 
tage la  mission  du  Sacrificateur,  peut  nous  en 
donner  une  idée  plus  exacte.  Nous  qui  som- 
mes les  rachetés  de  son  amour  et  les  trophées 
de  son  triomphe,  suivons-la  sur  la  route  du 
Calvaire. 


226  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 


III.  —  Les  dispositions  de  la  Victime 

Depuis  son  apparition  dans  l'humanité,  la  di- 
vine Victime  a  passé  par  bien  des  humiliations 
et  des  souffrances.  Dans  sa  propre  constitution 
de  Victime,  elle  a  dû  humilier,  en  quelque  sorte, 
sa  Divinité,  pour  l'unir  à  son  Humanité  ;  elle  l'a 
enchaînée  dans  la  chair  et  lui  a  fait  partager  les 
peines  et  les  sacrifices  de  toute  vie  humaine.  Le 
divin  Sacrificateur  l'a  maintenue  dans  l'humilité 
de  sa  condition,  et  c'est  avec  amour  qu'elle  s'est 
tenue  dans  ses  inains  pour  être  sans  cesse  offerte 
à  la  Majesté  divine. 

Mais  elle  est  trop  l'Hostie  de  son  Prêtre,  pour 
ne  pas  vouloir  l'exercice  parfait  et  complet  du 
Sacerdoce  duquel  elle  dépend.  Sans  elle,  Jésus 
ne  serait  pas  Prêtre,  et  c'est  pourquoi  elle  veut 
essentiellement  son  état  de  Victime.  Sans  le 
Prêtre,  elle  ne  serait  pas  Victime,  et  c'est  pour- 
quoi elle  adhère  si  étroitement  au  Sacerdoce 
de  Jésus. 

C'est  à  elle  qu'il  appartient  de  fournir  au 
Prêtre  la  matière  de  son  Sacrifice.  Son  corps 
ne  lui  a  été  donné  que  pour  l'immoler;  sa  vie, 
elle  ne  l'a  reçue  que  pour  la  perdre.  Sa  perfec- 
tion, ce  n'est  point  de  vivre,  c'est  de  mourir.  En 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIME  227 

la  constituant  Victime,  Dieu  l'a  comme  pénétrée 
d'un  besoin  intense  d'immolation.  L'heure  du 
Sacrifice  devient  pour  elle  le  terme  de  toutes  les 
aspirations  de  sa  vie. 

Si  elle  ne  meurt  pas,  Dieu  ne  sera  pas  glorifié; 
si  elle  ne  verse  pas  tout  son  sang,  l'humanité  ne 
sera  pas  rachetée.  Si  elle  ne  passe  pas  par  toutes 
les  angoisses,  les  souffrances  et  les  humiliations 
que  la  justice  divine  lui  a  réservées,  elle  ne  sera 
pas  une  Hostie  d'agréable  odeur.  Si  elle  n'ago- 
nise pas  au  milieu  de  l'abandon  universel  du 
ciel  et  de  la  terre,  elle  ne  portera  pas  le  cachet 
d'une  Victime  telle  que  Dieu  l'a  voulue. 

Toutes  ces  pensées  remplissent  son  esprit,  son 
cœur  s'en  émeut,  sa  volonté  s'y  fixe.  Son  être 
tout  entier  est  comme  fasciné  par  la  vision  du 
Calvaire  ;  tout  en  elle  l'entraîne  vers  la  mort  et 
elle  y  vole. 

Dieu  le  Père  lui  rappelle  sa  destinée,  Jésus  le 
divin  Sacrificateur  est  là  tout  prêt  à  l'immoler, 
la  souffrance  lui  ouvre  ses  bras,  la  Croix  se 
dresse  pour  recevoir  sa  Victime,  la  terre  la  re- 
jette, l'enfer  la  maudit,  le  ciel  se  prépare  à  re- 
cueillir son  dernier  soupir. 

La  Victime  s'abreuve  du  Sang  de  son  propre 
Sacrifice,  tant  la  violence  de  l'amour  l'immole  en 
même  temps  que  celle  de  la  douleur.  Elle  sup- 
plie son  Sacrificateur  de  ne  point  l'épargner,  elle 


228  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

remet  son  âme  entre  ses  mains  et  elle  expire. 
Nouveau   Consummatum  est   qui  se  confond 
avec  celui  du  Prêtre  Eternel  exerçant  sur  sa  Vic- 
time la  fonction  suprême  de  son  divin  Sacerdoce. 

IV.  —  Consoniniatioi?   de   la   missicp 
du  Prêtre  et  de  la  Victime 

L'histoire  divine  de  la  Rédemption  du  genre 
humain  va  prendre  fin.  Les  temps  sont  accom- 
plis ;  la  Justice  divine  s'apprête  à  désarmer,  et 
la  Miséricorde  apparaît  déjà  au  sommet  du  Cal- 
vaire pour  pardonner  aux  pécheurs,  fermer  l'en- 
fer et  rouvrir  le  ciel. 

La  réconciliation  toutefois  entre  la  Sainteté  de 
Dieu  et  l'humanité  coupable  ne  pourra  se  faire 
que  lorsque  toute  la  dette  du  péché  aura  été 
payée  et  que  tous  les  droits  de  la  Justice  offensée 
auront  été  pleinement  satisfaits. 

L'œuvre  à  accomplir  était  immense,  la  ré- 
paration atteignait  des  proportions  infinies,  la 
puissance  divine  seule  pouvait  opérer  une  telle 
iTierveille.  Dieu  ne  recula  pas  devant  cet  ex- 
cès de  condescendance  et  de  miséricorde.  Son 
amour  trouva  le  secret  de  fournir  à  l'humanité 
un  moyen  d'être  agréable  à  ses  yeux  et  d'en 
effacer  les  iniquités. 


SACRIFICE    SCPRÊME    DE    LA    VICTIME  229 

Pour  cela  il  fallait  une  Victime  et  un  Prêtre 
pour  l'immoler.  Dieu  le  Père  envoya  son  Fils  et 
en  fit  le  Sacrificateur  de  son  propre  Sacrifice  '. 
A  partir  de  ce  moment  solennel,  le  Verbe  in- 
carné concentra  en  Lui-même  toutes  les  exi- 
gences de  la  Justice  divine  et  toute  l'expiation 
de  l'humanité  ^• 

Il  n'y  avait  pas  de  lutte  en  Lui,  car  II  repré- 
sentait à  la -fois  les  intérêts  de  Dieu  et  ceux  des 
hommes.  Par  son  Sacerdoce  11  possédait  une 
puissance  divine,  et  II  avait  à  sa  disposition  une 
Victime  divine  pour  l'exercer.  Tout  ce  qu'il  exi- 
gera comme  Prêtre,  la  Victime  le  lui  fournira. 

1  «  Dieu  le  Père  a  livré  le  Christ  en  lui  inspirant  la  volonté 
de  souffrir  pour  nous.  Ce  qui  montre  la  sévérité  de  Dieu  qui 
n'a  pas  voulu  pardonner  le  péché  sans  la  peine,  ce  que  l'Apôtre 
exprime  en  disant  Rom.,  vni,  32 1  :  «  Il  n'a  pas  épargné  son 
propre  Fils  »  ;  et  ce  qui  prouve  aussi  sa  bonté  en  ce  que,  comme 
l'homme  ne  pouvait  satisfaire  suffisamment  pour  une  peine 
qu'il  souffrirait  lui-même,  il  lui  a  donné  quelqu'un  pour  satis- 
faire à  sa  place,  et  c'est  ce  que  Saint  Paul  a  désigné  en  ajoutant  : 
«  Il  l'a  livré  pour  nous  tous.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  47,  a.  3,  ad  1. 

-  «  La  justice  de  Dieu  par  la  foi  en  Jésus-Christ  est  pour  tous 
ceux  et  sur  tous  ceux  qui  croient  en  lui.  Car  il  n'y  a  pas  de 
distinction,  parce  que  tous  ont  péché,  et  ont  besoin  de  la  gloire 
de  Dieu,  étant  justifiés  gratuitement  par  sa  grâce,  par  la  ré- 
demption qui  est  en  Jésus-Christ.  C'est  lui  que  Dieu  avait  des- 
tiné à  être  victime  de  propitiation,  par  la  foi  en  son  sang,  pour 
manifester  sa  justice  par  le  pardon  des  péchés  passés,  que 
Dieu  a  supporté  avec  tant  de  patience  ;  pour  manifester,  dis-je, 
sa  justice  dans  le  temps  présent,  montrant  qu'il  est  juste,  et 
qu'il  justifie  celui  qui  a  foi  en  Jésus-Christ.  »  Rom.,  m,  22-26. 


230  DU   SACERDOCE   DE   JÉSUS 

Quand  il  faudra  faire  valoir  les  droits  de  Dieu, 
le  Prêtre  commandera  et  la  Victime  obéira  ; 
quand  il  s'agira  d'offrir  des  réparations  et  d'im- 
plorer miséricorde,  la  Victime  s'offrira  et  récla- 
mera le  ministère  du  Prêtre  pour  l'immoler. 

Jésus  n'a  pas  d'autre  mission  essentielle  à 
remplir  sur  cette  terre  ;  tout  découle  nécessai- 
rement de  son  Sacerdoce  et  prend  en  lui  son 
principe  et  sa  vertu.  Il  pourra  parler  ou  se  taire, 
enseigner  ou  prier,  travailler  ou  se  reposer, 
faire  des  miracles  ou  se  montrer  apparemment 
impuissant,  jouir  ou  souffrir,  vivre  ou  mourir  ; 
mais  pas  un  seul  instant  II  ne  pourra  cesser 
d'être  Prêtre  et  Victime.  Son  Sacerdoce,  c'est 
Lui  ;  son  état  d'Hostie,  c'est  l'essence  de  sa  vie. 

Un  Jésus  qui  non  seulement  ne  serait  pas 
Prêtre,  mais  qui  ne  demeurerait  pas  dans  l'exer- 
cice constant  de  son  Sacerdoce  par  l'oblation 
de  la  Victime  ne  serait  plus  Jésus  :  ni  le  Jésus 
que  Dieu  le  Père  nous  a  donné,  ni  le  Jésus 
qui  est  venu  si  amoureusement  vers  nous  ',  ni 

'  «  Le  Christ,  comme  Dieu,  s'est  livré  lui-même  à  la  mort  par 
la  même  volonté  et  par  la  même  action  par  laquelle  son  Père 
l'a  livré  ;  mais,  comme  homme,  il  s'est  livré  par  une  volonté  que 
son  Père  lui  a  inspirée.  Il  n'v  a  donc  pas  de  contrariété  en  ce 
que  le  Père  a  livré  le  Christ  et  le  Christ  s'est  livré  lui-même.  » 
S.  Thom.,  III  p.,  q.  47,  a.  3,  ad  2. 

Jésus  est  mort  par  obéissance  et  par  amour,  en  d'autres  ter- 
mes par  une  obéissance  d'amour.  Par  obéissance.  «  Il  a  été 
très   convenable,  dit  Saint  Thomas,   que  le  Christ  souffrît  par 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIME  23l 

le  Jésus  dont  nous  avons  besoin  pour  être 
rachetés  '. 

obéissance:  1"  Parce  que  cela  convenait  à  la  justification  de 
l'Iiommc,  afin  que  comme  plusieurs  sont  devenus  pécheurs  par 
la  désobéissance  d'un  seul  homme,  ainsi  plusieurs  soient  rendus 
justes  par  l'obéissance  d'un  seul,  d'après  la  pensée  de  l'Apôtre 
(Rom.,  V,  19'.  2"  Ce  fut  convenable  pour  la  réconciliation  de 
Dieu  avec  les  hommes.  D'où  il  est  dit  i  Rom.,  v,  loi:  «Nous 
avons  été  réconciliés  avec  Dieu  par  la  mort  de  son  Fils  »,  d'après 
cette  autre  parole  de  Saint  Paul  iEphés.,  v,  2)  :  «  Il  s'est  livré 
lui-même  pour  nous,  en  s'ofFrant  à  Dieu  comme  une  oblation  et 
une  victime  d'agréable  odeur.  »  D'ailleurs  l'obéissance  est  pré- 
férable à  tous  les  sacrifices,  puisqu'il  est  dit  (I  Rois,  .\v,  22)  : 
«  L'obéissance  vaut  mieux  que  les  victimes  ».  C'est  pourquoi  il 
a  été  convenable  que  le  sacrifice  de  la  passion  et  de  la  mort  du 
Christ  fut  le  fruit  de  son  obéissance...  Le  Christ  a  reçu  de  son 
Père  l'ordre  de  soulfrir.  Car  il  dit  (Jean,  x,  i8j  :  «  J'ai  le  pouvoir 
de  donner  ma  vie  et  j'ai  le  pouvoir  de  la  reprendre,  c'est  le 
commandement  que  j'ai  reçu  de  mon  Père  ». 

Par  amour.  «  Dans  sa  passion  le  Christ  a  rempli  tous  les 
préceptes  moraux  qui  reposent  sur  la  charité,  car  \\  a  souffert 
par  amour  pour  son  Père,  d'après  ce  passage  de  l'Evangile 
(Jean,  xiv,  3i  :  «  Afin  que  le  monde  connaisse  mon  Père  et  que 
je  fasse  ce  que  mon  Père  m'a  ordonné,  levez-vous,  sortons  d'ici», 
c'est-à-dire  allons  au  lieu  de  ma  passion.  11  a  souffert  aussi 
par  amour  pour  le  prochain,  d'après  ces  paroles  de  Saint  Paul 
(Gal.,  II,  20   :  «  Il  m'a  aimé  et  s'est  livré  pour  moi  ». 

«  Le  Christ  a  souffert  par  charité  et  par  obéissance.  Car  il  a 
accompli  les  préceptes  de  charité  par  obéissance,  et  il  a  été 
obéissant  par  amour  pour  son  Père  qui  le  lui  commandait.  » 
III  p.,  q.  47,  a.  2,  c.  ad  1  et  3. 

Marchons  sur  les  traces  de  notre  Maître  ;  et,  suivant  la  re- 
commandation de  Saint  Pierre  J,  i,  22)  :  «  Rendons  nos  âmes 
pures  par  une  obéissance  d'amour  ». 

*  «  Dieu,  qui  est  riche  en  miséricorde,  à  cause  de  l'amour  ex- 
trême dont  il  nous  a  aimés,  lorsque  nous  étions  morts  par  nos 
péchés,  nous  a  rendu  la  vie  dans  le  Christ,  par  la  grâce  duquel 


232  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Il  n'y  a  pas  d'autre  fin  à  l'existence  de  Jésus 
sur  cette  terre  :  Il  est  Prêtre  !  Il  n'y  a  pas  d'autre 
couronnement  à  son  Sacerdoce  que  sa  mort  :  Il 
est  Victime  '  ! 

Quand  Jésus  aura  offert  son  suprême  Sacrifice 


vous  avez  été  sauvés,  »  (Ephés.,  ii,  4,  5).  —  «  De  même  que 
par  la  faute  d'un  seul,  la  condamnation  atteint  tous  les  hommes, 
de  même,  par  la  justice  d'un  seul,  la  justification  qui  donne  la 
vie  s'étend  à  tous  les  hommes.  »  (Rom.,  v,  18). 

1  «  Non  seulement,  dit  Saint  Thomas,  il  a  fallu  que  le  Christ 
souffrit,  mais  encore  qu'il  mourût,  pour  satisfaire  pour  les  pé- 
chés de  tous  les  hommes.  Il  a  voulu  mourir  pour  satisfaire  pour 
nous  par  sa  mort,  d'après  ces  paroles  de  Saint  Pierre  I,  m,  18)  : 
«  Le  Christ  est  mort  une  fois  pour  nos  péchés  ».  (III  p.,  q.  5o, 
a.  1).  —  Tout  en  s'immolant  comme  Victime,  Jésus  ne  meurt 
pas  totalement.  Il  n'épuise  pas  son  Sacerdoce  en  livrant  sa  vie 
corporelle,  mais  II  demeure  Prêtre  dans  toute  sa  plénitude,  se- 
lon ces  paroles  du  Docteur  angélique  :  «  il  convient  à  l'homme 
d'être  prêtre  en  raison  de  son  âme  dans  laquelle  le  caractère  de 
l'ordre  s'imprime.  Par  conséquent,  l'homme  ne  perd  pas  par  la 
mort  l'ordre  sacerdotal,  et  encore  moins  le  Christ  qui  est  la 
source  de  tout  le  sacerdoce.  »  (Ibid.,  a.  4,  ad  3).  —  S'il  meurt 
comme  homme.  Il  vit  essentiellement  comme  Dieu.  En  puisant 
dans  sa  Divinité  la  puissance  infinie  de  son  Sacerdoce,  11  trouve 
le  moyen  de  mourir  tout  en  demeurant  la  source  de  la  vie. 
«  Le  Christ,  dit  encore  le  même  saint  Docteur,  est  la  source  de 
vie,  comme  Dieu,  mais  non  comme  homme  ;  aussi  il  est  mort 
comme  homme  et  non  comme  Dieu.  D'où  Saint  Augustin  dit 
[Contr.  Felic,  c.  14)  :  Loin  de  moi  la  pensée  que  le  Christ  soit 
mort  de  manière  qu'il  ait  perdu  la  vie,  selon  qu'il  est  la  vie  lui- 
même  ;  car  s'il  en  était  ainsi,  la  source  de  la  vie  se  serait  des- 
séchée. Il  est  donc  mort  selon  qu'il  participait  à  la  faiblesse  de 
la  nature  humaine,  qu'il  avait  prise  de  son  plein  gré  ;  mais  il  n'a 
pas  perdu  la  puissance  de  sa  nature,  par  laquelle  il  vivifie 
toutes  choses,  »  (Ibid.,  a.  1,  ad  ij. 


SACRIFICE    SUPRÊME    DE    LA    VICTIME  233 

et  que  par  la  vertu  commune  de  son  Sacerdoce 
et  de  son  état  de  Victime  II  aura  accompli  toute 
justice,  sauvé  le  monde  et  glorifié  Dieu  son 
Père,  Il  n'aura  plus  rien  à  faire  ici-bas,  sa  mis- 
sion sera  remplie  ',  Il  pourra  retourner  à  son 
Père,  où  II  sera  glorifié  en  lui  de  la  gloire  qu'il 
a  de  toute  éternité  ^. 

Quelle  sublime  économie  du  plan  divin,  que 
de  voir  un  Dieu  nous  envoyant  un  Dieu  ;  un 
Père,  principe  éternel,  nous  donnant  son  Fils 
pour  nous  les  révéler  tous  deux,  et  un  Fils  re- 
tournant à  son  Père,  après  avoir  accompli  sa 
mission  d'amour  et  de  miséricorde  ;  un  Sauveur 

1  «  C'est  une  parole  certaine  que  le  Christ  Jésus  est  venu  en 
ce  monde  pour  sauver  les  pécheurs.  »  il  Tim.,  i,  i5  .  —  «  Le 
Christ  est  mort  pour  nous.  >>  iRo.m.,  v,  91.  —  «  11  s'est  livré  lui- 
même  pour  nous,  afin  de  nous  racheter  de  toute  iniquité.  » 
(TiT.,  II,  14  .  —  «  En  tant  qu'/7  est  mort  pour  le  péché,  il  est 
mort  une  fois  pour  toutes.  »  i  Rom.,  vi,  10].  —  «  Il  n'a  paru  qu'une 
seule  fois,  pour  abolir  le  péché  par  son  sacrifice.  Et  de  même 
qu'il  est  établi  que  les  hommes  meurent  une  fois,  de  même  le 
Christ  s'est  offert  une  fois  pour  effacer  les  péchés  de  beaucoup.  » 
Hébr.,  IX,  26-281.  —  <c  Après  avoir  offert  une  seule  victime  pour 
les  péchés,  /"/  s'est  assis  pour  toujours  à  la  droite  de  Dieu.  » 
(Hébr.,  x,  12).  —  «  Il  convenait  que  nous  eussions  un  tel  pon- 
tife, qui  n'a  pas  besoin  d'offrir  tous  les  jours  des  victimes  ;  car 
cela,  /'/  l'a  fait  une  fois  pour  toutes,  en  s' offrant  lui-même.  » 
(Hébr.,  vu,  26,  27  . 

■^  «  Père,  je  vais  à  vous.  J'ai  consommé  l'œuvre  que  vous 
m'avez  donnée  à  faire.  Glorifiez-moi,  en  vous-même,  de  la  gloire 
que  j'ai  eue  en  vous  avant  que  le  monde  fût.  »  Jean,  xvii,  4,  5,  1 1 . 


234  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Victime  tirant  de  son  sein  les  efficacités  divines 
d'une  rédemption  universelle  ! 

Au  même  instant  où  Jésus  Prêtre  et  Victime 
expire  en  remettant  son  âme  à  Dieu  son  Père, 
l'œuvre  sublime  du  salut  du  genre  humain  est 
accomplie.  Le  règne  de  la  miséricorde  divine 
est  établi  sur  la  terre,  et  des  profondeurs  de 
l'humanité  régénérée  devra  s'élever  à  jamais  des 
chants  de  reconnaissance  et  d'amour  à  la  gloire 
éternelle  de  Jésus  Prêtre-Victime  ! 


A  Jésus,  le  Prêtre  Sacrificateur 


O  mon  Jésus, 

quand  Dieu  votre  Père 

Vous  envoya  dans  le  monde, 

il  Vous  fît  Prêtre 

et  Vous  confia  une  Victime. 

Par  la  grâce  de  votre  Sacerdoce 

Vous  en  fûtes  le  gardien. 

Par  votre  puissance  sacerdotale 

Vous  en  fûtes  le  Sacrificateur. 

Je    Vous    contemple    avec    amour 

dans  les  longues  années 

de  l'oblation  de  votre  Victime 

et  je  Vous  adore  à  genoux 

à  l'heure  sublime 

où  Vous   l'immolez 

pour  le  salut  du  monde. 

O  mon  Prêtre,  ô  ma  Victime, 

soyez  bénis  et  remerciés, 

soyez  passionnément  aimés 

et  éternellement  glorifiés  ! 


CHAPITRE    SEPTIÈME 

De  l'amour  dû  à  Jésus 
cp  sa   qualité  de  Prêtre 


CHAPITRE    SEPTIEME 

De  l'amour  dû  à  Jésus 
Cl?  sa   qualité    de   Prêtre 


«  Ayant  donc  un  grand  pontife  qui 
a  pénétré  dans  les  cieux,  Jésus,  Fils 
de  Dieu,  demeurons  fermes  dans  la 
profession  de  notre  foi.  » 

Hébr..  IV,  14. 

Que  Jésus  ait  des  droits  sacrés  et  souverains 
à  notre  amour,  c'est  indiscutable.  Il  est  notre 
Créateur,  et  nous  sommes  ses  créatures.  Il  nous 
a  tout  donné  et  nous  avons  tout  reçu  de  sa  plé- 
nitude. Il  est  la  lumière  incréée,  et  II  éclaire  tout 
homme  venant  en  ce  monde.  Il  est  la  vie  par 
essence,  et  II  fait  vivre  les  âmes  d'une  vie  éter- 
nelle. Il  nous  entoure  et  nous  pénètre  ;  nous 
nous  mouvons  dans  la  Divinité  *  et  nous  sommes 
destinés  à  Lui  être  unis  et  à  vivre  en  Lui  pen- 
dant toute  l'éternité. 

Toutefois,  Jésus  a  un  titre  spécial  à  notre 
amour;  Il  possède,  par  le  fait  de  sa  mission  ici- 

*  «  C'est  en  lui  que  nous  avons  la  vie,  le  mouvement  et  l'être.  » 
AcT.,  XVII,  28. 


240  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

bas,  un  droit  unique  à  être  aimé  des  hommes; 
Il  a  conquis,  à  notre  place  et  en  notre  nom,  une 
telle  victoire  sur  le  péché,  que  notre  amour  ne 
doit  plus  avoir  de  bornes  ;  Il  nous  a  mérité  une 
gloire  éternelle,  dont  nous  ne  pourrons  jouir 
que  dans  un  amour  sans  fin. 

Toutes  ces  grâces  nous  ont  été  données  direc- 
tement par  Jésus  en  tant  que  Prêtre.  La  Sagesse 
divine  aurait  pu  prendre  un  autre  moyen  de 
nous  en  gratifier,  elle  ne  l'a  pas  fait  ;  l'unique 
moyen  dont  elle  s'est  servi,  moyen  voulu  et 
décrété,  c'est  celui  du  Sacerdoce  du  Verbe  in- 
carné K 

Jésus  est  venu,  Il  ne  nous  sera  pas  envoyé 
une  seconde  fois  par  son  Père  -  ;  Il  a  passé  trente- 
trois  ans  sur  cette  terre,  II  ne  recommencera 
pas  une  existence  mortelle  ^  ;  Il  a  accompli  l'œu- 
vre que  Dieu  Lui  avait  confiée,  elle  est  complète 

*  «  Frères  saints,  qui  avez  part  à  la  vocation  céleste,  consi- 
dérez l'apôtre  et  /e  pontife  de  la  foi  que  nous  professons,  Jésus.  » 
(Hébr.,  III,  1).  —  «  Il  n'y  a  de  salut  en  aucun  autre,  car  aucun 
autre  nom  sous  le  ciel  n'a  été  donné  aux  hommes,  par  lequel 
nous  devions  être  sauvés.  »  (Act.,  iv,  12). 

2  «Je  suis  sorti  du  Père  et  je  suis  venu  dans  le  monde; 
maintenant  je  quitte  le  monde  et  je  vais  au  Père.  »  Jean, 
XVI,   28. 

3  «  Le  Christ  étant  venu  comme  pontife  des  biens  futurs,  est 
entré  une  fois  pour  toutes  dans  le  sanctuaire,  dans  le  ciel  même, 
afin  de  se  présenter  maintenant  pour  nous  devant  la  face  de 
Dieu.  »  Hébr.,  ix,  11,  12,  24. 


AMOUR    DU    A    JKSUS    PRKTRE  2^1 

pour  toujours  *  ;  Il  a  rempli  une  mission  d'infinie 
miséricorde,  Il  ne  peut  plus  rien  y  ajouter-. 

Il  a  été  établi  Prêtre  pour  l'éternité,  les  bien- 
faits de  son  Sacerdoce  sont  éternels.  Il  a  cou- 
ronné son  existence  terrestre  sacerdotale  par 
l'immolation  de  la  divine  Victime,  les  fruits  de 
son  Sacrifice  sont  infinis  '. 

II  est  donc  juste  que  nous  exprimions  notre 
reconnaissance  à  l'égard  de  Jésus  le  Souverain 
Prêtre  par  un  amour  particulier,  fondé  sur  ce 
caractère  essentiel  de  sa  divine  Personne. 

Puisque  c'est  en  tant  que  Prêtre  qu'il  est  venu, 
c'est  en  tant  que  Prêtre  que  nous  devons  L'ho- 
norer''. Puisque  c'est  en  tant  que  Prêtre  qu'il 
nous  a  aimés,  c'est  en  tant  que  Prêtre  que  nous 


^  «  J'ai  accompli  l'œuvre  que  vous  m'avez  donnée  à  faire.  » 
Jean,  xvii,  4. 

*  «  Là  où  il  y  a  rémission  des  péchés,  il  n'est  plus  besoin 
d'oblation  pour  le  péché.  »  Hkbr.,  x,  18. 

•'  «  Le  Christ,  dit  Saint  Thomas,  est  entré  dans  le  saint  des 
saints,  c'est-à-dire  dans  le  ciel,  et  nous  a  préparé  le  chemin 
par  la  vertu  de  son  sang  qu'il  a  répandu  pour  nous  sur  la 
terre.  »  III  p.,  q.  22,  a.  5. 

'*  «  Ayant  donc  un  grand  pontife  qui  a  pénétré  dans  les 
cieux,  Jésus,  Fils  de  Dieu,  demeurons  termes  dans  la  profes- 
sion de  notre  foi...  les  yeux  fixés  sur  l'auteur  et  le  consomma- 
teur de  la  foi,  Jésus.  »  Hébr.,  iv,  14;  xii,  2).  —  «  Je  vis  dans  la 
foi  au  l-"ils  de  Dieu,  qui  m'a  aimé  et  qui  s'est  livré  lui-même 
pour  moi.  »  (Gal.,  u,  20).  —  »  Mais  la  foi  est  animée  par  la  cha- 
rité. »    Gal.,  V,  6". 


242  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

devons  Lui  rendre  amour  pour  amour  '.  Puisque 
c'est  en  tant  que  Prêtre  qu'il  nous  a  sauvés  et 
mérité  un  bonheur  éternel,  c'est  en  tant  que  Prê- 
tre que  nous  devons  Le  servir  et  Le  glorifier^. 

Une  simple  connaissance  et  un  service  rai- 
sonné du  Sacerdoce  de  Jésus  ne  peuvent  suffire; 
nous  n'oserions  pas  rendre  si  peu  à  une  créature 
qui  nous  aurait  beaucoup  donné.  L'amour  seul 
peut  répondre  à  tant  d'amour. 

Jésus  Prêtre  s'attend  à  être  aimé  souveraine- 
ment des  hommes  :  et  vraiment,  seul  un  amour 
de  passion  peut  nous  satisfaire,  si  nous  avons 
bien  compris  ce  qu  est  Jésus  dans  son  Sacerdoce. 

Calquons  notre  amour  sur  celui  qui  remplit  le 
cœur  de  Dieu  le  Père  pour  son  Fils  incarné,  de 
même  que  sur  celui  que  Jésus  Prêtre  se  porte  à 
Lui-même,  et  nous  serons  à  l'unisson  de  l'amour 
qui  brûle  le  cœur  des  bienheureux  pour  le  Prêtre 
Eternel,  principe  de  leur  gloire  et  cause  de  leur 
béatitude. 

*  «  Dieu,  qui  est  riche  en  miséricorde,  à  cause  de  l'amour 
extrême  dont  il  nous  a  aimés,  lorsque  nous  étions  morts  par 
nos  péchés,  nous  a  rendu  la  i>ie  dans  le  Christ,  par  la  grâce 
duquel  vous  avez  été  sauvés.  »  i  Ephés.,  ii,  4,  5\  —  «  Marchez 
dans  l'amour,  comme  le  Christ  qui  nous  a  aimés,  et  qui  s'est 
livré  lui-même  pour  nous  à  Dieu.  »  (Ephés.,  v,  2). 

'2  «  Notre  Seigneur  Jésus-Christ,  par  le  sang  de  l'alliance 
éternelle,  est  devenu  le  grand  pasteur  des  brebis...  Offrons  donc 
par  lui  sans  cesse  à  Dieu  un  sacrifice  de  louanges.  »  Hébr., 
xiu,  12,  i5,  20. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRKTRE  243 

I.  —  L'amour  de  Dieu  le  Père 

pour  le  Verbe  incarné  qu'il  a  envoyé 

comme  Prêtre 

Il  suffit  de  nommer  le  Père  et  le  Fils  éternelle- 
ment engendré  par  lui,  pour  désigner  l'amour 
infini  qui  existe  dans  l'essence  de  la  nature  di- 
vine. Partout  où  est  le  Père  est  le  Fils,  et  par- 
tout où  apparaît  le  Fils  se  révèle  le  Père  '.  On 
ne  peut  les  contempler  sans  les  voir  s'aimer  d'un 
amour  mutuel  aussi  nécessaire  et  aussi  éternel 
que  leur  substance-. 

1  «  Celui  qui  m'a  envoyé  est  avec  moi.  »  (Jean,  viii,  29).  — 
<<  Qui  me  voit,  voit  aussi  le  Père.  »  Jean,  xiv,  9).  —  «  Le  Père 
vivant  m'a  envoyé,  et  moi  je  vis  par  le  Père.  »  (Jean,  vi,  58\ 
—  «  Ne  croyez-vous  pas  que  je  suis  dans  le  Père  et  que  le 
Père  est  en  moi?»  Jean,  xiv,  10,  11.  —  «  Moi  et  mon  Père 
nous  sommes  une  seule  chose.  »  (Jean,  x,  3oi. 

-  «  Le  Père  aime  le  Fils  et  lui  montre  tout  ce  qu'il  fait.  » 
(Jean,  v,  20  .  —  «  J'ai  gardé  les  commandements  de  mon  Père, 
et  je  demeure  dans  son  amour.  »    Jean,  xv,  10  . 

Citons  cette  belle  page  de  l'Ange  de  l'Ecole  :  «  Il  est  écrit  dans 
Saint  Jean  que  «  le  Père  aime  le  Fils  »,  et  de  nouveau  Jean, 
xiv,  3i)  il  est  dit  dans  la  personne  du  Christ  :  «  J'aime  mon 
Père  )>.  Cet  amour  n'est  pas  inférieur  dans  celui  qui  aime  et 
dans  celui  qui  est  aimé,  puisque  c'est  le  Saint-Esprit  qui  est 
l'amour  du  Père  et  du  Fils.  Ainsi  Vamour  n'est  pas  moins  aimé 
de  celui  gui  aime  et  de  celui  qui  est  aimé,  que  l'amant  l'est  de 
l'aimé  et  l'aimé  de  l'amant.  Et  cette  tendre,  affectueuse  et  infini- 
ment parfaite  dilection  des  trois  personnes  en  une  seule  subs- 
tance, se  trouve  où  l'amant   est  le  même  que  l'aimé,  où  l'aimé 


244  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

De  sorte  que,  lorsque  le  Verbe  divin  s'incarne, 
il  contient  en  lui-même  tout  l'amour  du  Père. 
Toutefois,  le  Verbe  incarné  ajoutant  une  mission 
à  son  essence  divine,  mission  dont  le  Père  est 
le  principe  comme  il  l'est  de  la  génération  éter- 
nelle, Jésus  devient  l'objet  des  complaisances 
divines  à  un  titre  nouveau  :  celui  d'être  l'Envoyé 
du  Père  '. 

Dans  le  Verbe  fait  Homme,  Dieu  voit,  avec  sa 
propre  image,  son  œuvre  créatrice  telle  qu'elle 
existe  dans  sa  pensée  de  toute  éternité  ;  et  il 
aime  en  Lui  la  perfection  de  ses  volontés  di- 
vines -.  Mais  il  voit  aussi  dans  ce  Fils   de  toute 

est  le  même  que  l'amant,  où  l'amour  est  le  même  que  l'amant 
et  l'aimé,  où  l'aimé  et  l'amant  sont  les  mêmes  que  l'amour,  où 
enfin  Vamant,  Yaimé  et  Vanwut  participent  à  la  même  essence, 
n'ont  que  la  même  volonté  et  le  même  déplaisir,  ont  le  même 
pouvoir  et  possèdent  tout.  »  Op.  62,  c.  2. 

*  «  Je  suis  venu  au  nom  de  mon  Père  »  (Jean,  v,  43',  nous 
dit  Jésus.  Venu  pour  accomplir  une  mission  rédemptrice,  11  ne 
quitte  point  son  Père  tout  en  se  revêtant  de  la  nature  humaine, 
ce  que  Saint  Jean  exprime  clairement  lorsqu'il  dit  i,  18'  :  «  Le 
Fils  unique  qui  est  dans  le  sein  du  Père  l'a  lui-même  fait 
connaître.  »  C'est  donc  en  toute  rigueur  d'expression  que  les 
paroles  de  complaisance  divine  prononcées  au  baptême  de  Jésus 
et  sur  le  Thabor  s'adressent  au  Verbe  fait  chair  :  <>  Celui-ci  est 
mon  Fils  bien-aimé  en  qui  j'ai  mis  mes  complaisances.  »  iMat,, 
III,  17  ;  XVII,  5'. 

-  «  Comme  le  Père  me  connaît,  je  connais  le  Père.  »  'Jean, 
X,  i5).  —  «  Dans  ces  derniers  temps  Uieu  nous  a  parlé  par  le 
Fils  qu'il  a  établi  héritier  de  toutes  choses,  par  lequel  aussi  il 
a  fait  les  mondes,  et  qui  est  la  splendeur  de  sa  gloire  et  Xem- 
preinte  de  sa  substance.  »    Hler.,  1,  2,  3  . 


AMOUR    DU    A    JESUS    PRÊTRE  245 

sainteté  le  Sauveur  du  monde  portant  l'em- 
preinte de  l'humanité  déchue  ;  et  il  se  plaît  à  Le 
contempler  dans  l'œuvre  de  restauration  qu'il 
a  entreprise  '.  Pour  qu'il  puisse  l'opérer,  il  L'a 
honoré  d'un  Sacerdoce  divin  et  il  L'a  constitué 
la  propre  Victime  de  son  Sacrifice;  et  il  L'aime 
comme  le  réparateur  de  sa  sainteté  outragée  -. 

En  considérant  les  deux  aspects  divins  sous 
lesquels  Jésus  se  présente  à  nous  :  l'un  dans  sa 

'  «  Nous  avons  vu  et  nous  attestons  que  le  Père  a  envoyé 
son  Fils  comme  Sauveur  du  monde.  »  I  Jean,  iv,  14J.  —  «  Voilà 
pourquoi  le  Père  m'aime,  parce  que  je  donne  ma  vie.  »  (Jean, 
X,  17  • 

■■'  «  Lorsque  nous  étions  ennemis,  nous  avons  été  réconciliés 
avec  Dieu  par  la  mort  de  son  Fils.  »  (Rom.,  v,  10;.  —  «  Le 
Christ  s'est  humilié,  se  faisant  obéissant  jusqu'à  la  mort,  et  la 
mort  de  la  croix.  C'est  pourquoi  Dieu  l'a  exalté,  et  lui  a  donné 
un  nom  au-dessus  de  tout  nom.  »  (Phil.,  m,  8,  91.  —  Ce  qui  lait 
dire  à  Saint  Thomas  :  «  Dieu  aime  le  Christ  non  seulement  plus 
que  tout  le  genre  humain,  mais  encore  plus  que  toutes  les  créa- 
tures qui  sont  sorties  de  ses  mains,  car  il  lui  a  voulu  le  plus 
grand  bien  et  lui  a  donné  un  nom  qui  est  au-dessus  de  tout 
nom,  comme  étant  vrai  Dieu,  il  ne  lui  a  rien  fait  perdre  de  son 
excellence  en  le  livrant  à  la  mort  pour  le  salut  du  genre  hu- 
main, puisqu'il  en  est  sorti  glorieusement  victorieux.  »  I  p., 
(}.  20,  a.  4,  ad  1 1. 

Saint  Paul  a  raison  de  nous  inviter  «  à  rendre  grâces  à  Dieu 
le  Père,  qui  nous  a  arrachés  à  la  puissance  des  ténèbres,  et  nous 
a  fait  passer  dans  le  royaume  du  Fils  de  sa  dilection,  en  qui 
nous  avons  la  rédemption  par  son  sang,  et  la  rémission  des 
péchés.»  Col.,  i,  12-14.  ^c  à  quoi  Saint  Thomas  ajoute: 
«  L'Apôtre  nomme  le  Christ  le  Fils  de  la  dilection  de  Dieu, 
pour  exprimer  la  surabondance  infinie  de  l'amour  que  Dieu 
a  pour  lui.  »  (I  p.,  q.  41,  a.  2,  ad  2). 


246  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

vie  indéfectible  et  éternelle,  l'autre  dans  sa  vie 
humaine  et  mortelle,  ne  peut-on  pas  dire  en 
toute  vérité  qu'en  Dieu  le  Père  il  y  a  pour  son 
Fils  un  double  amour  également  saint  et  égale- 
ment adorable  :  celui  qui  fait  partie  de  son  es- 
sence dans  son  sein,  et  celui  qu'il  Lui  porte 
comme  Prêtre-Victime  dans  le  temps. 

De  toute  éternité  il  Le  contemple,  et  cette  con- 
templation fait  sa  gloire  et  sa  béatitude.  Sous 
les  dehors  de  l'humanité,  son  Sacerdoce  rayonne 
les  mêmes  clartés  éternelles  et  les  mêmes  inef- 
fables perfections,  et  le  Père  confond  ses  com- 
plaisances du  temps  avec  celles  de  l'éternité. 

Jésus  Prêtre,  c'est  encore  et  toujours  son  Fils 
bien-aimé '.  Jésus  Prêtre,  c'est  le  Jésus  chargé 
de  la  mission  divine  qu'il  Lui  a  donnée-.  Jésus 
Prêtre,  c'est  le  Jésus  qui  doit  lui  rendre  l'huma- 
nité qu'il  a  perdue  .  Jésus  Prêtre,  c'est  le  restau- 
rateur de  sa  gloire  divine  *.  Jésus  Prêtre,  c'est  le 

1  «  Vous  m'avez  aimé  avant  la  constitution  du  monde.  » 
Jean,  xvii,  24. 

-  «  Le  Père  aime  le  Fils  et  lui  montre  tout  ce  qu'il  fait.  » 
(Jean,  v,  20).  —  «  Le  Père  aime  le  Fils  et  a  tout  mis  entre  ses 
mains.  »  (Jean,  ni,  35). 

3  «  Dieu  n'a  pas  envoyé  son  Fils  unique  dans  le  monde  pour 
juger  le  monde,  mais  pour  que  le  monde  soit  sauvé  par  lui.  » 
Jean,  m,   17. 

^  Selon  les  paroles  de  l'Ange  à  Marie  :  «  Voilà  que  vous  con- 
cevrez dans  votre  sein  et  vous  enfanterez  un  fils,  et  vous  l'ap- 
pellerez du  nom  de  Jésus.  Il  sera  grand  et  sera  appelé  le  Fils 


AMOt'R    DU    A    JESCS    PRÊTRE  247 

Jésus  glorieux  par  lequel  les  anges  et  les  saints 
le  loueront  éternellement  '.  A  tous  ces  titres,  Il 
mérite  d'être  aimé  souverainement,  d'être  aimé 
comme  s'aime  lui-même  le  Père,  d'être  aimé  de 
ce  même  amour  d'où  procède  dans  la  Divinité  le 
Saint-Esprit,  la  troisième  Personne  de  la  Sainte 
Trinité  -. 

N'est-ce  point  la  doctrine  que  nous  a  révélée 
Jésus  Lui-même,  lorsque  Prêtre  de  Dieu  II  nous 
a  enseigné  les  vérités  éternelles?  Entendons-Le, 
à  l'heure  où  II  va  terminer  sa  mission  ici-bas, 
par  conséquent  dans  le  plein  exercice  de  son 
Sacerdoce,  proclamer  que  l'amour  que  Lui  porte 
son  Père  est  le  même  que  son  amour  éternel  : 
«  O  Père,  vous  m'avez  aimé  avant  la  constitution 

du  Très-Haut,  et  le  Seigneur  Dieu  lui  donnera  le  trône  de 
David  son  père,  et  il  régnera  éternellement  sur  la  maison  de 
Jacob,  et  son  règne  n'aura  point  de  fin.  »  Luc,  i,  3i-33i.  — 
«  Le  Fils  de  l'homme  est  glorifié  et  Dieu  est  glorifié  en  lui.  » 
(Jean,  xiii,  3t  ). 

•  «  Celui  qui  avait  été  abaissé  pour  un  peu  de  temps  au- 
dessous  des  anges,  c'est-à-dire  Jésus,  nous  le  voyons,  à  cause 
de  ses  souffrances  et  de  sa  mort,  couronné  de  gloire  et  d'hon- 
neur. »  Hébk.,  u,  9  .  —  «  Auquel  des  anges  a-t-il  jamais  été  dit: 
Tu  es  mon  Fils,  je  t'ai  engendré  aujourd'hui  .•*  Et  encore  :  Je 
serai  son  Père,  et  /'/  sera  mon  Fils  ?  Et  de  nouveau,  lorsqu'il 
introduit  son  premier-né  dans  le  monde,  il  dit  :  Que  tous  les 
anges  de  Dieu  l'adorent...  Quant  au  Fils:  ton  trône,  ô  Dieu, 
est  dans  les  siècles  des  siècles.  »  (Hébk.,  i,  5,  6,  8'. 

^  «  Quiconque  croit  que  Jésus  est  le  Christ,  est  né  de  Dieu  ; 
et  quiconque  aime  celui  qui  a  engendré,  aime  aussi  celui  qui 
est  né  de  lui,  »  I  Jean,  v,  i. 


248  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

du  monde  '  ».  Et  pour  montrer  que  cet  amour 
tient  essentiellement  à  sa  Personne  et  produit 
sur  la  terre  comme  au  ciel  cette  union  ineffable 
qui  existe  en  Dieu  de  toute  éternité,  Il  déclare 
que  son  Père  et  Lui  ne  font  qu'une  même  chose  : 
«<  Qui  me  voit,  voit  aussi  le  Père.  Je  suis  dans  le 
Père  et  le  Père  est  en  moi  -  ». 

Pensons  donc  souvent  à  ces  grandes  et  douces 
vérités,  et  trouvons-y  un  aliment  précieux  à 
notre  foi,  à  notre  piété  et  à  notre  amour.  Appre- 
nons de  Dieu  le  Père  à  considérer  son  Verbe 
surtout  sous  l'aspect  de  son  Sacerdoce,  à  L'ai- 
mer comme  il  L'aime  et  à  demeurer  en  Lui 
comme  il  v  demeure. 


II.  —  L'amour  de  Jésus 
pour  SOI?   propre  Sacerdoce 

Du  cœur  du  Père  pénétrons  dans  celui  du 
Fils.  Nous  allons  évidemment  y  trouver  les 
mêmes  sentiments  et  les  mêmes  volontés,  puis- 
qu'ils n'ont  essentiellement  qu'une  même  na- 
ture et  qu'il  n'y  a  rien  dans  le  Fils  qui  ne  soit 
une  image  parfaite  de  ce  qu'il  y  a  dans  le  Père. 

'   JeAX,    XIV,  9,    11.   —   -    IlMU. 


AMOUR    DU    A    JESUS    PRETRE  249 

Dès  lors,  tout  ce  que  nous  avons  dit  de  l'amour 
du  Père  pour  le  Sacerdoce  de  Jésus,  nous  pou- 
vons l'appliquera  Jésus  Lui-même  avec  la  même 
vérité. 

Néanmoins,  il  y  a  en  Jésus  des  nuances  qui 
tiennent  à  son  caractère  de  Verbe  incarné  et 
à  la  mission  divine  qu'il  a  reçue.  Indépendam- 
inent  de  l'amour  qu'il  se  porte  personnellement, 
en  tant  que  son  Sacerdoce  tient  à  son  essence  et 
qu'il  aime  nécessairement  tout  ce  qui  Le  cons- 
titue dans  son  état  d'Homme-Dieu,  11  s'aime  sou- 
verainement comme  Prêtre  parce  qu'il  a  reçu 
cet  honneur  de  son  Père  '.  Il  voit  dans  son  Sa- 
cerdoce la  pensée  de  son  Père,  qui  le  premier 
L'a  contemplé  comme  Prêtre  ;  la  volonté  de  son 
Père,  qui  a  décrété  qu'il  serait  Prêtre  dans  l'hu- 
manité ;  l'amour  de  son  Père,  qui  a  concentré 
sur  son  Fils  Prêtre  les  ardeurs  infinies  de  sa 
charité  divine. 

Il  ne  peut  considérer  son  Sacerdoce  sans  y 
voir  le  sceau  des  perfections  divines.  Tout  ce 
qu'il  y  a  de  sainteté  en  Dieu,  le  Père  l'a  commu- 
niqué au  Sacerdoce  de  son  Fils.  Il  en  a  fait  le 

'  «  Le  Christ  ne  s'est  point  arrogé  à  lui-même  la  dignité  de 
pontife,  mais  il  l'a  reçue  de  celui  qui  lui  a  dit  :  «  Tu  es  mon 
rils,  je  t'ai  engendré  aujourd'hui.  Comme  il  dit  dans  un  autre 
endroit  :  Tu  es  Prêtre  pour  l'éternité,  selon  l'ordre  de  Melchi- 
sédech,  »  Hébr.,  v,  5,  6. 


230  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

Prêtre  saint  par  excellence  ',  dans  lequel  il  se 
complaît  comme  il  le  fait  éternellement  dans  le 
Verbe;  il  est  en  Lui  et  ne  fait  qu'un  avec  Lui. 

Cette  pensée  que  son  divin  Père  ne  peut  ni  Le 
voir  ni  L'aimer  indépendamment  de  son  Sacer- 
doce,—  puisque  par  l'Union  hypostatique  qui  L'a 
constitué  Prêtre,  sa  nature  est  indissolublement 
et  éternellement  unie  à  sa  Personne  divine,  —  Lui 
rend  ce  Sacerdoce  divinement  cher  et  le  Lui  fait 
aimer  de  l'amour  même  qu'il  porte  à  son  Père. 

Jésus,  en  outre,  se  sait  Prêtre  pour  accomplir 
ici-bas  une  mission  de  glorification  divine.  Dieu 
a  été  offensé,  le  péché  l'a  outragé,  a  vicié  l'œuvre 
de  ses  mains  et  l'a  frustré  de  la  gloire  qu'il  atten- 
dait de  ses  créatures.  C'est  au  Sacerdoce  de  son 
Verbe  incarné  que  Dieu  le  Père  a  confié  la  tâche 
sublime  de  la  restauration  de  sa  gloire  dans  l'hu- 
manité. Comment  Jésus  n'aimerait-Il  pas  d'un 
même  amour  son  Père  et  sa  mission,  sa  mission 
et  son  Sacerdoce,  puisque  désormais  le  Père 
ineff^ablement  aimé  dans  le  sein  de  la  Trinité 
Sainte  ne  peut  pas  l'être  parfaitement  sur  la 
terre  si  son  Fils  Prêtre  ne  lui  rend  la  gloire  qu'il 
a  perdue  -'  ? 

'  «  Il  convenait  que  nous  eussions  un  tel  pontife,  saint,  in- 
nocent, sans  tache,  séparé  des  pécheurs,  et  plus  élevé  que  les 
cieux.  »  Hébr.,  vu,  26. 

2  «  Je  suis  descendu  du  ciel,  non  pour  faire  ma  volonté,  mais 


AMOUR    DU    A    JESUS    PRÊTRE  231 

Mais  Jésus  a  un  autre  motif  non  moins  im- 
périeux d'aimer  son  divin  Sacerdoce.  Il  a  été 
établi  Prêtre  pour  glorifier  son  Père,  mais  en 
accomplissant  une  œuvre  nettement  détermi- 
née :  le  salut  du  monde.  Jésus  aime  l'humanité, 
et  dans  l'humanité  son  Sacerdoce  ;  ces  deux 
amours  sont  désormais  inséparables.  Il  a  été 
donné  au  monde  comme  Prêtre,  et  l'humanité 
est  devenue  la  cause  occasionnelle  de  son  Sa- 
cerdoce '. 

C'est  par  sa  puissance  sacerdotale  qu'il  dé- 
livrera l'humanité  de  ses  chaînes  ;  c'est  par 
l'amour  qui  brûle  son  cœur  de  Prêtre  qu'il  ac- 
courra au-devant  de  toutes  les  misères,  pour  les 
soulager  ;  c'est  par  le  Sacrifice  que  son  Sacer- 
doce doit  offrir,  qu'il  expiera  tous  les  péchés 
des  hommes  et  opérera  leur  salut  éternel.  S'il 
n'était  pas  Prêtre,  l'humanité  ne  serait  pas  sau- 
vée ;  et  alors  II  aime  son  Sacerdoce  par  lequel 
seul  II   peut  accomplir  sa  mission  divine,  d'un 

la  volonté  de  celui  qui  m'a  envoyé.  »  (Jean,  vi,  38  .  —  «  J'ai 
gardé  les  commandements  de  mon  Père  et  je  demeure  dans 
son  amour.  »  jJean,  xv,  lo  . 

'  «  Il  n'y  a  rien  de  plus  puissant,  dit  justement  le  Docteur 
angélique,  pour  provoquer  notre  amour  envers  Dieu  que  son 
Verbe,  par  qui  tout  a  été  fait,  qui  a  pris  notre  nature  f>our  la 
réparer,  étant  en  même  temps  Dieu  et  homme.  Parce  que,  par 
là,  il  nous  est  parfaitement  démontré  combien  l'amour  de  Dieu 
pour  l'homme  est  grand,  puisque,  pour  le  sauver,  il  s'est  fait 
homme  lui-même.  »  Op.  3,  c.  5. 


252  DU    SACERDOCE    DE   JESUS 

amour  égal  à  celui  qu'il  porte  à  l'humanité. 
Par  son  Sacerdoce  Jésus  est  essentiellement 
uni  à  la  Victime  qu'il  doit  immoler.  La  Victime 
n'arrivera  à  sa  perfection  que  si  le  Prêtre  l'oflre 
en  sacrifice  ;  la  seule  pensée  qu'elle  Lui  a  été 
confiée  à  cette  fin,  L'attache  également  à  son 
Hostie  et  à  son  pouvoir  sacrificateur.  Jésus,  sa- 
chant qu'ici-bas  la  gloire  de  Dieu  et  la  réhabili- 
tation de  l'humanité  reposent  sur  l'immolation 
de  la  Victime,  et  que  Lui  seul  est  chargé  de  ver- 
ser son  sang,  confond  dans  un  même  amour  son 
Sacerdoce  et  sa  Victime. 


A  tous  ces  puissants  motifs  d'amour  s'en  ajoute 
un  dernier,  non  moins  pressant  et  universel. 
Jésus  voit  dans  son  Sacerdoce  le  Sacerdoce  de 
tous  les  Prêtres  de  l'avenir.  Ce  que  sa  puissance 
sacerdotale  aura  opéré  d'une  manière  sanglante 
par  le  Sacrifice  du  Calvaire,  ses  Prêtres  l'opére- 
ront d'une  manière  mystique  mais  réelle  sur 
tous  les  autels  de  l'univers.  Tout  ce  qui  s'écou- 
lera de  bienfaits,  d'ainour,  de  miséricorde,  de 
vie  et  de  salut  par  le  ministère  des  Prêtres  de 
tous  les  temps  et  de  tous  les  lieux,  a  sa  source 
unique  dans  son  propre  Sacerdoce. 

C'est  Lui  le  Prêtre  par  excellence,  le  seul  vrai 
Prêtre   marqué   du  sceau   d'un   Sacerdoce  éter- 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  253 

nel,  le  Prêtre  unique  possédant  l'essence  de 
tout  Sacerdoce,  le  Prêtre  vivant  et  agissant  dans 
tous  les  Prêtres  du  monde  ',  Il  multiplie  ainsi 
quasi  à  l'infini  l'amour  qu'il  porte  à  son  Sacer- 
doce, en  en  voyant  le  prolongement  dans  la  mul- 
titude des  âmes  sacerdotales  qui  en  reçoivent 
l'empreinte. 


Nous  sommes  trop  misérables  pour  compren- 
dre la  sublimité  de  cet  amour,  mais  nous  pou- 
vons nous  en  faire  au  moins  une  faible  idée, 
en  considérant  combien  tout  est  divin  et  digne 
d'amour  dans  un  Sacerdoce  qui  puise  sa  puis- 
sance dans  la  Divinité  et  dont  les  efficacités  sont 
éternelles. 

Représentons-nous  souvent  Jésus,  notre  ten- 
dre Maître  et  notre  adorable  Sauveur,  honoré 
de  sa  dignité  sacerdotale,  se  contemplant  et  s'ai- 
mant  dans  les  sublimités  de  son  Sacerdoce,  por- 
tant partout  dans  son  caractère  sacré  la  gloire 
de  Dieu  et  les  grâces  du  salut.  Accourons  à  Lui 
et  entrons  dans  son  Cœur  de  Prêtre,  pour  ap- 
prendre à  L'aimer  comme  II  s'aime  -. 

^  Voir  la  note  *  de  la  page  72. 

'^  «  Ayez  en  vous  les  mêmes  sentiments  dont  était  animé  le 
Christ  Jésus.  »  Phil.,  ii,  5. 


254  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 


III.  —  Motifs  de   notre  amour 
pour  Jésus  Prêtre 


Il  est  certes  bien  difficile  de  connaître  Jésus 
et  de  L'aimer  comme  II  le  mérite,  sans  Le  con- 
naître et  L'aimer  comme  Prêtre.  Ce  n'est  pas 
parce  que  nous  L'aurons  honoré  dans  les  di- 
verses phases  de  son  existence  terrestre,  que 
nous  Lui  aurons  décerné  des  titres  de  Seigneur 
et  de  Maître,  de  Roi  et  de  Législateur,  de  Doc- 
teur et  de  Thaumaturge,  et  même  de  Messie  et 
de  Sauveur,  que  nous  aurons  compris  tout  ce 
qu'il  est  comme  Verbe  incarné  et  que  nous  au- 
rons saisi  l'essentiel  de  sa  mission  divine. 

Tant  que  Jésus  ne  nous  apparaîtra  pas  sous 
l'aspect  de  son  Sacerdoce,  nous  ne  pourrons 
avoir  une  intelligence  éclairée  et  une  connais- 
sance exacte  de  ce  qu'il  est  comme  l'Envoyé  du 
Père  et  des  moyens  par  lesquels  II  atteint  la  fin 
de  sa  venue  ici-bas. 

Pour  L'aimer  d'un  amour  correspondant  aux 
droits  qu'il  a  d'être  aimé  par  l'humanité,  nous 
devons  Le  considérer  comme  Prêtre,  car  ce  n'est 
qu'à  ce  titre  que  nous  pourrons  comprendre 
qu'il  est  réellement  notre  Sauveur. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  255 

Si  nous  avons  été  purifiés  de  nos  péchés  \ 
si  nous  avons  reconquis  nos  droits  au  ciel  -,  si 
nous  sommes  redevenus  les  enfants  de  Dieu  ^,  si 
nous  sommes  comblés  de  tant  de  bienfaits  et  de 
grâces  qui  préludent  pour  nous  à  notre  bonheur 
éternel  '  :  nous  le  devons  à  Jésus  Prêtre,  car  ce 
n'est  que  par  la  puissance  de  son  Sacerdoce 
qu'il  a  opéré  cette  œuvre  de  salut. 

Comme  Maître  souverain  de  toutes  choses, 
Il  pouvait  exiger  de  nous  obéissance  et  sou- 
mission ;  comme  Législateur  suprême.  Il  pou- 
vait nous  imposer  des  lois  ;  comme  prédicateur 
d'une  doctrine  divine,  II  pouvait  nous  ensei- 
gner; comme  possesseur  d'une  puissance  infinie, 
II  pouvait  multiplier  les  miracles  ;  mais  comme 

■•  «  Le  Christ  s'est  offert  une  fois  pour  effacer  les  péchés.  » 
Hébr.,  IX,  28. 

-  «  Nous  avons  l'espérance  A^entrer  dans  le  sanctuaire  par 
le  sang  du  Christ.  »  Hébr.,  x,  19. 

3  «  Dieu  a  envoyé  son  Fils,  pour  qu'il  rachetât  ceux  qui  étaient 
sous  la  loi,  pour  que  nous  reçussions  Xadoption  des  fils.  »  (Gal., 
IV,  4,  5  .  —  «  Vous  êtes  tous  enfants  de  Dieu  par  la  foi  en 
Jésus-Christ.  »  iGal.,  m,  261.  —  «  Voyez  quel  amour  le  Père 
nous  a  témoigné,  pour  que  nous  soyons  appelés  les  enfants  de 
Dieu  et  que  nous  le  soyons  en  effet.  »  (I  Jean,  ni,  1 1. 

"*  «  Nous  sommes  dès  maintenant  enfants  de  Dieu  ;  et  ce  que 
nous  serons  n'a  pas  encore  été  manifesté.  Nous  savons  que 
lorsque  ce  sera  manifesté,  nous  serons  semblables  à  lui,  parce 
que  nous  le  verrons  tel  qu'il  est.  Et  quiconque  a  cette  espé- 
rance en  lui  se  sanctifie,  comme  il  est  saint  lui-même.  »  I  Jean, 
m,  2,  3. 


256  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

Prêtre  seulement  II  pouvait  disposer  d'une  Vic- 
time divine  et  nous  sauver  '. 

Cela  ne  suffit-il  pas  pour  nous  gagner  à  l'amour 
de  Jésus  Souverain  Prêtre?  Pensons  que  nous 
sommes  pécheurs  et  que  c'est  Lui  qui  nous  a 
justifiés-;  rappelons-nous  la  multitude  de  nos 
péchés  et  la  miséricorde  dont  II  a  usé  à  notre 
égard  ■  ;  considérons  dans  l'enfer  la  place  que 
peut-être  nous  aurions  dû  occuper  et  celle  qu'il 
nous  a  réservée  dans  le  ciel  '.  Si  Jésus,  par  la 
puissance  et  l'amour  de  son  Sacerdoce,  ne  nous 
avait  pas  lavés  dans  le  Sang  de  l'Agneau  et  mé- 
rité une  gloire  sans  fin  dans  la  béatitude,  nous 
serions  encore  des  condamnés  au  supplice  éter- 
nel \  Y  aura-t-il  jamais  trop  d'une  vie  pour  bé- 

^  Il  C'est  lui  que  Dieu  avait  destiné  à  être  une  victime  de 
propitiation,  par  la  foi  en  son  sang,  pour  manifester  sa  justice 
par  le  pardon  des  péchés  passés.  »  Rom.,  m,  25. 

^  i<  Dieu  fait  éclater  son  amour  pour  nous  en  ce  que,  lorsque 
nous  étions  encore  des  pécheurs,  au  temps  marqué,  le  Christ 
est  mort  pour  nous.  »  Rom.,  v,  S,  9. 

•'  Il  Dieu  qui  est  riche  en  miséricorde,  à  cause  de  l'amour  ex- 
trême dont  il  nous  a  aimés,  lorsque  nous  étions  morts  par  nos 
péchés,  nous  a  rendu  la  vie  dans  le  Christ.  »  Ephés.,  ii,  4,  5. 

■*  i<  Il  nous  a  arrachés  à  la  puissance  des  ténèbres  et  nous  a 
fait  passer  dans  le  royaume  du  Fils  de  sa  dilection,  en  qui  nous 
avons  la  rédemption  par  son  sang,  et  la  rémission  des  péchés.  » 
Col.,  I,  i3. 

'->  «  C'est  pourquoi  il  est  le  médiateur  d'un  nouveau  testa- 
ment, afin  que  la  mort  étant  intervenue  pour  le  rachat  des 
iniquités  commises  sous   le  premier  testament,   ceux  qui  sont 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRKTKE  257 

nir  et   aimer   le  Souverain   Prêtre   qui    nous  a 
sauvés  ? 


Ce  culte  d'amour  rendu  à  Jésus  dans  son 
Sacerdoce  ne  s'appuie  pas  seulement  sur  des 
souvenirs  et  des  bienfaits  divins  résultant  de 
sa  mission  sacerdotale  autrefois  accomplie,  il 
prend  également  sa  source  dans  le  mystère  de 
la  présence  perpétuelle  du  Prêtre  Eternel  au 
Très  Saint  Sacrement  de  l'autel. 

Nous  possédons  avec  nous  le  Jésus  Prêtre 
qui  par  son  Sacrifice  a  obtenu  la  rédemption 
du  monde  ;  nous  sommes,  de  sa  part,  l'objet  des 
mêmes  tendresses  divines  que  pendant  sa  vie  et 
à  sa  mort  ;  Il  met  chaque  jour  à  notre  disposi- 
tion tous  les  mérites  et  toutes  les  grâces,  fruit  de 
son  tout-puissant  Sacerdoce  ;  Il  nous  redit  par 
la  perpétuité  et  le  voisinage  de  sa  Présence  que 
son  amour  pour  nous  n'a  pas  changé,  puisque 
par  le  ministère  de  ses  Prêtres,  Il  continue  d'of- 
frir en  sacrifice  la  même  Victime  qu'il  a  immolée 

appelés  reçoivent  X héritage  de  la  vie  éternelle.  »  Hébr.,  ix,  i5^. 
—  «  Ce  sont  ceux  qui  viennent  de  la  grande  tribulation,  et  qui 
ont  lavé  leurs  robes  et  les  ont  blanchies  dans  le  sang  de 
l'Agneau.  C'est  pour  cela  qu'ils  sont  devant  le  trône  de  Dieu 
et  ils  le  servent  jour  et  nuit  dans  son  temple.  L'Agneau  qui  est 
au  milieu  du  trône  sera  leur  pasteur,  et  il  les  conduira  aux 
sources  des  eaux  de  la  vie.  »  (Apoc,  vu,  14,  i5,  17). 


258  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

sur  le  Calvaire  '.  Poussant  plus  loin  son  amour, 
Il  maintient  son  Sacerdoce  dans  une  activité 
constante  et  II  consacre  sur  tous  les  autels  du 
monde  le  Pain  vivant  dont  II  nourrit  les  âmes 
pour  la  vie  éternelle  '. 

Que  faudrait-il  donc  de  plus  pour  nous  rap- 
peler que  Jésus  est  Prêtre,  qu'il  nous  a  sauvés 
comme  Prêtre,  qu'il  nous  aime  comme  Prêtre, 
et  qu'il  sera  éternellement  comme  Prêtre  la 
cause  de  notre  gloire  et  de  notre  béatitude? 
Que  faudrait-il  encore  pour  nous  attirer  à  Jésus 
Prêtre,    pour    nous    convaincre    que    nous    de- 

'  «  On  appelle,  dit  Saint  Thomas,  la  célébration  de  l'Eucha- 
ristie X immolation  du  Christ  pour  deux  raisons.  i"  Parce  que, 
comme  le  dit  Saint  Augustin,  les  images  ont  coutume  d'être  ap- 
pelées du  nom  des  choses  qu'elles  représentent.  Or,  la  célébra- 
tion de  l'Eucharistie  est  une  image  représentative  de  la  pas- 
sion du  Christ,  qui  est  sa  véritable  immolation.  2"  Quant  à 
l'effet  de  la  passion  du  Christ  ;  car  ce  Sacrement  nous  fait  par- 
ticiper aux  fruits  de  la  passion  du  Seigneur.  C'est  pour  cela 
qu'il  est  dit  dans  une  oraison  :  que  toutes  les  fois  qu'on  célèbre 
la  mémoire  de  cette  victime,  on  exerce  l'œuvre  de  notre  ré- 
demption. »  III  p.,  q.  83,  a.  i. 

«  Comme  la  célébration  de  l'Eucharistie  est  une  image  qui 
représente  la  passion  du  Christ,  de  même  Xautel  est  la  repré- 
sentation de  la  croix  sur  laquelle  le  Christ  a  été  immolé  dans 
son  espèce  propre.  »  Ism.,  ad  3. 

-  «  Il  n'y  a  <\\xune  Hostie,  celle  que  le  Christ  a  offerte  et 
que  nous  offrons  ;  il  n'y  en  a  pas  plusieurs,  parce  que  le  Christ 
n'a  été  offert  qu'une  fois.  Ce  sacrifice  est  le  modèle  de  celui-ci. 
Car,  comme  ce  qui  est  offert  partout  n'est  qu'un  seul  corps  et 
n'en  forme  pas  plusieurs  ;  de  même  /'/  n'y  a  qu'un  seul  sacri- 
fice. »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  83,  a.  i,  ad  i. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  239 

vons  tout  à  son  Sacerdoce,  pour  nous  embraser 
d'amour  pour  Lui  et  pour  Lui  consacrer  notre 
vie  comme  II  nous  a  donné  la  sienne  ? 


IV.  —  Manifestations  de  notre  amour 
pour  Jésus  Prêtre 


Il  n'y  a  de  doute  pour  personne  que  nous  som- 
mes tenus  essentiellement  de  rendre  à  Jésus,  en 
sa  qualité  de  Prêtre,  des  hommages  particuliers 
et  un  amour  proportionné  aux  grâces  immenses 
qui  nous  sont  venues  par  son  Sacerdoce.  Ce  de- 
voir ne  peut  aucunement  rester  une  théorie,  il 
doit  être  réduit  en  pratique,  sous  peine  de  de- 
venir bientôt  inefficace  et  illusoire. 

Lorsqu'il  s'agit  d'aimer,  il  n'est  pas  nécessaire 
de  faire  beaucoup  de  raisonnements,  il  suffit  de 
mettre  son  cœur  en  mouvement  et  de  le  laisser 
agir.  Lorsque  l'objet  de  son  amour  n'est  plus 
simplement  une  créature,  mais  Jésus  Lui-même, 
il  n'y  a  qu'à  Le  bien  connaître,  pour  L'aimer 
sans  mesure.  Lorsque  l'on  veut  répondre  aux 
exigences  divines  d'un  tel  amour,  on  en  varie 
les  formes  et  les  manifestations  suivant  les  mys- 
tères et  les  aspects  sous  lesquels  Jésus  s'offre  à 
nos  pieuses  considérations.  Du  moment  qu'il  est 


260  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

admis  que  Jésus  veut  être  aimé  avant  tout  dans 
son  Sacerdoce,  et  que  nous-mêmes  nous  voulons 
L'aimer  pratiquement  de  la  sorte,  il  est  impor- 
tant de  connaître  nos  devoirs  à  cet  égard. 

Le  premier  de  ces  devoirs  est  de  ne  plus  rester 
dans  le  vague  et  l'indéterminé  vis-à-vis  du  Sa- 
cerdoce en  Jésus.  Jésus  est  Prêtre,  Il  a  vécu 
comme  Prêtre,  Il  a  accompli  dans  toute  sa  vie 
des  œuvres  sacerdotales,  Il  a  rempli  la  fin  de 
son  Incarnation  par  l'offrande  de  son  Sacrifice 
rédempteur  :  c'est  donc  en  tant  que  Prêtre  qu  il 
faut  L'honorer  dans  tous  ses  mystères  *. 

Rien  n'empêche  d'avoir  une  dévotion  spéciale 
soit  à  son  enfance,  soit  à  sa  vie  cachée,  soit  à 
sa  vie  publique,  soit  à  sa  Passion  et  à  sa  mort  ; 
mais   sans    oublier  qu'il    est   toujours    Prêtre  à 

1  Ce  que  le  Docteur  angélique  dit  de  la  prière  de  Jésus,  en 
la  considérant  sous  l'aspect  de  son  Sacerdoce,  peut  se  dire  éga- 
lement de  tous  les  autres  actes  du  Sauveur  pendant  sa  vie.  Ré- 
pondant à  une  objection,  il  s'exprime  ainsi  :  «  La  prière,  quoi- 
qu'elle appartienne  aux  prêtres,  n'est  cependant  pas  propre  à 
leur  office  ;  car  il  convient  à  chacun  de  prier  pour  soi  et  pour 
les  autres.  Et  ainsi  on  pourrait  dire  que  la  prière  par  laquelle 
le  Christ  a  prié  pour  lui-même  n'était  pas  un  acte  de  son  Sacer- 
doce. Mais  il  semble  qu'on  ne  puisse  pas  faire  cette  réponse, 
parce  que  l'Apôtre  ayant  dit  (  Hébr.,  v,  6  :  «  Vous  êtes  Prêtre 
éternellement  selon  l'ordre  de  Melchisédech  »,  ajoute  :  «  Pen- 
dant le  temps  qu'il  était  dans  sa  chair  mortelle,  il  offrit  avec  de 
grands  cris  et  avec  larmes  ses  prières  et  ses  supplications  à 
celui  qui  pouvait  le  sauver  de  la  mort.  »  Par  conséquent,  il 
paraît  que  la  prière  par  laquelle  le  Christ  a  prié  appartient 
à  son  Sacerdoce.  »  III  p.,  q.  22,  a.  4,  ad  1. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  261 

toutes  les  époques  et  dans  toutes  les  circons- 
tances de  sa  vie.  Il  n'a  été  enfant,  adolescent, 
ouvrier,  prédicateur,  humilié  et  souffrant  dans 
sa  Passion  que  pendant  un  temps  ;  mais  Prêtre, 
Il  l'a  été  depuis  son  Incarnation  jusqu'à  son  der- 
nier soupir  ',  et  11  le  demeurera  éternellement. 
Voilà  une  forme  d'amour  pratique  :  considérer 
Jésus  comme  II  se  considère  Lui-même,  Prêtre 
d'abord,  puis  ramener  tout  le  reste  à  son  Sa- 
cerdoce. 


S'il  en  est  ainsi,  nous  voudrons  Le  mieux  con- 
naître en  sa  qualité  de  Prêtre  et  nous  sentirons 
le  besoin  d'étudier  plus  à  fond  la  nature,  les  per- 
fections, les  grandeurs,  les  effets  et  les  efficacités 
de  son  Sacerdoce- 
Cette  étude  méditée  du  Sacerdoce  en  Jésus  de- 
viendra notre  préoccupation  ;  nous  y  trouverons 
notre  bonheur,  nous  aimerons  à  en  entendre 
parler,  nous  profiterons  de  toutes  les  circons- 
tances pour  nous  en  entretenir  ;  nous  lirons  de 
préférence  les  livres   qui  traitent   de   ce   sujet  ; 

*  «  Le  Christ,  en  entrant  dans  le  monde,  dit  :  Vous  n'avez 
pas  voulu  de  sacrifice  ni  d'offrande,  mais  vous  m'avez  formé  un 
corps  ;  les  holocaustes  et  les  sacrifices  pour  le  péché  ne  vous 
ont  pas  plu.  Alors  j'ai  dit  :  Voici,  je  viens,  ô  Dieu,  pour  faire 
votre  volonté.  C'est  en  vertu  de  cette  volonté  que  nous  avons 
été  sanctifiés  par  Voblation  du  corps  du  Christ.»  Hébr.,  x,  5-7,  lo. 


262  DU   SACERDOCE    DE   JÉSUS 

nous  ne  négligerons  rien  pour  en  avoir  une  plus 
grande  intelligence  ;  nous  en  nourrirons  notre 
science  et  notre  piété  et  nous  prendrons  tous  les 
moyens  de  croître  dans  l'amour  fondamental  de 
Jésus  Prêtre  •. 

Nous  nous  habituerons  à  lire  le  saint  Evangile 
dans  cet  esprit  ;  nous  y  recourrons  fréquem- 
ment, en  vue  de  développer  en  nous  la  connais- 
sance et  1  amour  du  Sacerdoce  de  Jésus.  Les 
scènes  de  sa  vie,  ses  enseignements,  ses  mira- 
cles, ses  vertus,  les  moindres  de  ses  paroles,  les 
circonstances  diverses  dans  lesquelles  II  s  est 
trouvé,  les  pays  qu'il  a  parcourus,  les  manifes- 
tations successives  qu'il  a  faites  de  sa  Divinité, 
de  sa  mission  et  de  sa  qualité  de  iMessie,  ses 
tendres  relations  avec  sa  divine  Mère,  le  choix 
et  l'éducation  de  ses  Apôtres,  sa  poursuite  des 
pécheurs,  sa  bonté  pour  les  foules,  l'institution 
de  l'Eucharistie  et  du  Sacerdoce,  sa  Passion  et 
sa  mort,  sa  résurrection  et  son  ascension  au 
ciel  :  tout  nous  Le  révélera  dans  sa  qualité  de 
Souverain  Prêtre. 


'  Lorsque  Saint  Paul  se  glorifie  «  de  ne  pas  savoir  autre 
chose  que  Jésus-Christ,  et  Jésus-Christ  crucifié  »  I  Cor.,  11,  2), 
il  exprime  par  là  même  le  culte  et  l'amour  qu'il  portait  au  Sa- 
cerdoce de  Jésus,  le  Prêtre  étant  inséparable  de  la  Victime,  et 
Jésus  n'étant  un  Jésus  crucifié  que  parce  qu'il  était  en  même 
temps  un  Jésus  sacrificateur. 


AMOUR    DU    A    JÉSLS    PRÊTRE  263 

Placés  dans  ce  cadre  admirable,  celui-là  même 
dans  lequel  Jésus  a  vécu  sur  cette  terre,  tous  les 
instants  et  tous  les  actes  du  Sauveur  des  hommes 
prennent  une  teinte  d'éternelle  vérité  et  d'amour 
infini.  C'est  Jésus  tel  qu'il  est  sorti  du  sein  de 
Dieu  ;  c'est  le  Prêtre  Eternel  envoyé  dans  le 
monde  pour  le  purifier,  l'instruire,  le  sanctifier 
et  le  sauver.  Si  nous  aimons  Jésus,  ne  Le  dé- 
figurons pas,  gardons- Lui  toute  la  beauté,  la 
sainteté,  la  physionomie  divine  de  son  éternel 
Sacerdoce. 


Notre  amour  toutefois  ne  peut  se  borner  à 
aimer  et  à  vivre  avec  Jésus  Prêtre  dans  le 
passé,  lorsqu'il  vit  dans  le  présent  et  qu'il  de- 
meure avec  nous  dans  le  Sacrement  de  son 
Sacerdoce  et  de  son  amour.  Nous  ne  compren- 
drions qu'imparfaitement  l'Eucharistie,  si  nous 
n'avions  qu'une  foi  générale  en  sa  Présence 
réelle,  sans  réfléchir  que  Jésus  y  demeure  dans 
la  réalité  et  l'efficacité  de  son  Sacerdoce. 

Si  Jésus  est  là.  Il  y  est  tout  entier  et  tel  qu'il 
était  sur  la  terre.  En  quittant  le  monde  et  en  se 
faisant  Sacrement,  Il  n'a  rien  modifié  de  son 
état  d'Homme-Dieu,  de  sa  mission  divine  et  du 
caractère  sacré  par  lequel  II  l'a  accomplie.  L'Hos- 
tie,   c'est  tout  Jésus,  ou  ce  n'est  pas  Lui  ;  c'est 


264  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Jésus  Prêtre,  ou  ce  n'est  plus  le  même  Jésus  '. 
S'il  a  mérité  l'adoration  des  bergers  et  des 
Mages  à  la  Crèche,  s'il  a  fait  la  joie  et  les  délices 
de  sa  Mère  et  de  son  Père  nourricier  à  Nazareth, 
s'il  a  été  l'objet  des  acclamations  enthousiastes 
des  foules,  s'il  a  été  proclamé  solennellement  le 


'  Saint  Thomas  explique  ainsi  le  mystère  de  la  Présence 
réelle:  «  Il  y  a  dans  ce  Sacrement  quelque  chose  du  (christ  de 
deux  manières  :  i"  D'après  la  force  du  sacrement;  2"  d'après  la 
concomitance  réelle.  D'après  la  force  du  sacrement,  il  y  a  sous 
les  espèces  sacramentelles  ce  en  quoi  la  substance  préexistante 
du  pain  et  du  vin  est  directement  convertie  ;  par  exemple, 
quand  on  dit  :  Ceci  est  mon  corps,  ou  Ceci  est  mon  sang.  — 
D'après  la  concomitance  naturelle  il  y  a  dans  ce  sacrement  ce 
qui  est  réellement  uni  à  la  chose  que  la  conversion  a  pour 
terme;  car  si  deux  choses  sont  réellement  unies,  partout  où 
l'une  existe  réellement,  il  faut  que  l'autre  existe  aussi.  »  ylll  p., 
q.  76,  a.  1). 

«  La  conversion  du  pain  et  du  vin  n'ayant  pour  terme  ni  la 
divinité  ni  l'âme  du  Christ,  il  s'ensuit  que  la  divinité  ow  l'âme 
du  Christ  n'existe  pas  dans  ce  sacrement  par  la  force  du  sacre- 
ment, mais  d'après  la  concomitance  réelle.  Car  la  divinité 
n'ayant  jamais  quitté  le  corps  qu'elle  a  pris,  partout  oii  le  corps 
du  Christ  existe,  il  est  nécessaire  que  sa  divinité  existe  aussi. 
C'est  pourquoi  il  est  nécessaire  que  la  divinité  du  Christ  existe 
dans  l'Eucharistie  concomitamment  avec  son  corps. 

«  Quant  à  l'âme,  elle  a  été  réellement  séparée  du  corps.  C'est 
pourquoi  si,  dans  les  trois  jours  où  il  a  été  mort,  on  eût  consa- 
cré, l'âme  du  Christ  n'aurait  été  là  ni  par  la  force  du  sacrement 
ni  par  la  concomitance  réelle.  Mais  parce  que  le  Christ  «  qui 
est  ressuscité  d'entre  les  morts  ne  meurt  plus  »,  d'après  Saint 
Paul  (RoM.,  VI,  91,  son  âme  est  réellement  toujours  unie  à  son 
corps.  C'est  pour  cela  que  dans  ce  sacrement  le  corps  du  Christ 
y  est  par  la  force  sacramentelle,  tandis  que  son  âme  y  est  par 
la  concomitance  réelle.  »  Ibid.,  ad  1. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  265 

Fils  des  complaisances  éternelles  du  Père  cé- 
leste, s'il  est  actuellement  au  ciel  la  cause  et  la  fin 
des  louanges  et  de  l'amour  de  la  Patrie  ;  comment 
ne  mériterait-Il  pas  d'être  traité  de  la  même  ma- 
nière au  Très  Saint  Sacrement,  puisque  tous  ces 
honneurs  et  tout  cet  amour  du  passé  s'adressent 
au  même  Souverain  Prêtre  qui  vit  à  nos  côtés  ? 

Aimons  donc  Jésus  notre  Prêtre  là  où  II  est, 
ne  Lui  faisons  pas  l'injure  de  L'y  méconnaître  ou 
de  ne  pas  L'y  honorer  dans  son  Sacerdoce.  Tant 
que  notre  amour  ne  nous  portera  pas  vers  Lui, 
en  tant  qu'il  est  le  Prêtre  Eternel  que  le  Père 
nous  a  donné  et  qui  nous  a  sauvés,  nous  tien- 
drons voilé  au  regard  de  notre  âme  le  plus  su- 
blime et  essentiel  caractère  de  notre  divin  Sau- 
veur et  le  titre  le  plus  grand  et  le  plus  attrayant 
qu'il  a  à  notre  amour. 

Aimer  Jésus,  c  est  aimer  l'Eucharistie  ;  aimer 
l'Eucharistie,  c'est  aimer  Jésus  dans  la  réalité  et 
les  sublimités  de  son  Sacerdoce. 


V.  —  L'antour  spécial  du  Prctrc 
envers  Jésus  principe  de  soi?  Sacerdoce 

Si  tous  les  hommes  doivent  aimer  le  Sauveur 
qui  les  a  rachetés  et  avoir  un  culte  spécial  pour 
Jésus  en  sa  qualité  de  Prêtre,  puisque  c'est  uni- 


266  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

quement  par  son  Sacerdoce  qu'il  a  eu  la  puis- 
sance d'immoler  la  Victime  de  notre  salut  ;  que 
dire  de  l'amour  que  le  Prêtre  doit  porter  à  Celui 
en  qui  il  a  puisé  son  caractère  sacerdotal  et  qui 
est  l'unique  et  divin  principe  de  son  Sacerdoce  '  ? 
Le  monde  entier  serait,  par  impossible,  plongé 
dans  l'aveuglement  et  ignorerait  totalement 
Jésus  et  son  Sacerdoce,  que  jamais  le  Prêtre 
ne  devrait  connaître  de  semblables  ténèbres  ; 
sinon,  ce  serait  s'ignorer  soi-même  et  ne  pas 
même   croire  à   sa  propre  existence.  Avant  de 


'  Nous  avons  démontré  à  plusieurs  reprises,  dans  le  cours  de 
cet  ouvrage,  qu'il  n'y  avait  qu'un  seul  Prêtre  :  Jésus,  comme 
une  seule  Victime  et  un  seul  Sacrifice  ;  de  même  que  le  Sacer- 
doce, dont  sont  honorés  les  Prêtres,  n'est  qu'une  participation 
au  Sacerdoce  même  de  Jésus.  C'est  ainsi  que  Jésus  demeure  le 
Prêtre  unique  opérant  par  l'intermédiaire  de  ses  Ministres  et 
continuant  dans  le  monde  sa  mission  rédemptrice.  Saint  Tho- 
mas en  donne  la  raison  évidente  :  «  Puis  donc  que  le  Christ 
devait  priver  l'Eglise  de  sa  présence  corporelle,  il  était  néces- 
saire qu'il  établit  d'autres  hommes  pour  ses  ministres,  afin 
de  dispenser  les  sacrements  aux  fidèles,  selon  cette  parole  de 
l'Apôtre  (l  Cor.,  iv,  ij  :  «Que  les  hommes  nous  regardent 
comme  les  ministres  du  Christ  et  les  dispensateurs  des  mys- 
tères de  Dieu.  »  Aussi,  il  a  confié  à  ses  disciples  la  consécration 
de  son  corps  et  de  son  sang,  on  leur  disant  Luc,  xxn,  19)  : 
«  Faites  ceci  en  mémoire  de  moi.  »  Il  leur  a  aussi  donné  le  pou- 
voir de  remettre  les  péchés,  selon  ce  que  nous  lisons  Jean,  xx, 
23»  :  «  Les  péchés  seront  remis  à  ceux  à  qui  vous  les  remettrez.  » 
Il  leur  a  encore  imposé  l'obligation  d'enseigner  et  de  baptiser, 
en  ces  termes  Mat.,  xxvm,  19»  :  «  Allez,  enseignez  toutes  les 
nations,  les  baptisant  au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint- 
Esprit.  »  Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  74. 


AMOUR    DU    A   JÉSUS    PRÊTRE  267 

recevoir  l'onction  sacerdotale,  le  Prêtre  vivait 
d'une  vie  commune  à  tous  les  hommes  '  ;  mais 
depuis  qu  il  a  reçu  dans  son  âme  l'empreinte 
indélébile  du  Sacerdoce  même  de  Jésus-,  il  vit, 
en  tant  que  Prêtre,  d'une  vie  qui  n'est  pas  la 
sienne,  mais  qui  est  celle  de  Jésus  en  lui  ^. 

En  effet,  Jésus  Prêtre  a  pris  possession  de 
l'âme  de  son  Prêtre,  Il  y  a  déposé  tout  son  Sa- 
cerdoce, avec  sa  puissance  et  son  efficacité  di- 
vines ',  avec  la  même  mission  qu'y  a  attachée  son 
Père  ^  et  avec  les  mêmes  assurances  de  salut  et 
de  vie  éternelle  '•.  Ce  que  Jésus  est  par  essence, 

'  «  Tout  pontife  est  pris  d'entre  les  hommes.  »  Hébr.,  v,  1 . 

■2  «  Le  caractère  s'attache  à  l'âme  d'une  manière  indélébile, 
non  en  raison  de  sa  perfection  propre,  mais  à  cause  de  la  per- 
fection du  Sacerdoce  du  Christ,  d'où  il  découle  comme  une 
vertu  instrumentale.  »  S.  Thom.,  III  p.,  q.  63,  a.  5,  ad  1. 

3  A  qui,  plus  qu'au  Prêtre,  convient-il  d'appliquer  les  paroles 
du  grand  Apôtre  :  «  Ce  n'est  pas  moi  qui  vis,  c'est  Jésus  qui 
vit  en  moi.  »  (Gal.,  n,  20). 

•^  Ce  qu'exprime  Saint  Thomas  en  ces  termes,  relativement 
au  saint  Sacrifice  de  la  Messe  :  «  De  ce  que  le  Christ  a  prononcé 
ces  paroles  ^de  la  Consécration  ,  elles  ont  acquis  une  puissance 
consécratoire  qu'exerce  tout  Prêtre  qui  les  prononce,  absolu- 
ment comme  si  le  Christ  était  présent  et  qu'il  les  prononçât 
lui-même.  »  III  p.,  q.  78,  a.  5. 

^  «  Comme  mon  Père  tn'a  envoyé,  je  vous  envoie.  »  Jean, 
XX,  21. 

6  Voici  l'enseignement  de  l'Ange  de  l'Ecole.  «  Quoique  Dieu, 
dit-il,  opère  l'effet  intérieur  des  sacrements,  comme  agent  prin- 
cipal, néanmoins  l'homme  peut  aussi  y  coopérer  comme  mi- 
nistre. L'on  peut  opérer  un  eiïet  de  deux  manières  :  i^'  comme 


268  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

le  Prêtre  l'est  par  participation.  Il  n'y  a  qu'un 
Prêtre,  c'est  Jésus  ;  il  n'y  a  qu'une  action  sa- 
cerdotale, c'est  celle  de  Jésus  *.  Le  Prêtre  ne  se 
conçoit  pas  plus  en  dehors  du  Sacerdoce  de 
Jésus,  que  Jésus  sans  la  qualité  de  Prêtre  que 
Lui  a  conférée  son  Père  pour  accomplir  sa  mis- 
sion rédemptrice. 

Le  Prêtre  est  Prêtre  pour  l'éternité  ;  le  Sa- 
cerdoce qu'il  a  reçu   est  un  Sacerdoce   éternel, 

agent  principal  ;  2"  comme  instrument.  De  la  première  manière 
il  n'y  a  que  Dieu  qui  opère  l'effet  intérieur  des  sacrements  ;  soit 
parce  que  seul  il  pénètre  dans  l'âme  dans  laquelle  l'effet  du 
sacrement  existe,  et  que  l'on  ne  peut  pas  opérer  immédiatement 
quelque  chose  là  où  on  n'est  pas  ;  soit  parce  que  la  grâce  qui 
est  l'effet  intérieur  du  sacrement  ne  vient  que  de  Dieu.  -  De 
la  seconde  manière  l'homme  peut  contribuer  à  l'effet  intérieur 
des  sacrements,  selon  qu'il  agit  comme  ministre.  Car  le  mi- 
nistre et  l'instrument  ont  la  même  nature,  puisque  l'action  de 
l'un  et  de  l'autre  s'applique  extérieurement  :  mais  l'effet  inté- 
rieur résulte  de  la  vertu  de  l'agent  principal  qui  est  Dieu.  » 
III  p.,  q.  64,  a.  1. 

Et  plus  loin  (a.  5,  ad  11,  il  dit  encore:  «Les  ministres  de 
l'Eglise  ne  purifient  pas  de  leurs  fautes  ceux  qui  s'approchent 
des  sacrements  et  ils  ne  leur  confèrent  pas  la  grâce  par  leur 
propre  vertu  ;  mais  le  Christ  le  fait  par  sa  puissance,  en  se 
servant  d'eux  comme  d'instruments.  » 

•  «  Il  est  évident  que  le  Christ  consacre  lui-même  tous  les 
sacrements  de  l'Eglise  ;  car  c'est  lui-même  qui  baptise,  c'est  lui- 
même  qui  remet  les  péchés  ;  il  est  lui-même  le  vrai  Prêtre  qui 
s'est  offert  sur  l'autel  de  la  croix,  et  par  la  puissance  duquel 
son  corps  est  consacré  tous  les  jours  sur  l'autel.  Et  cependant, 
comme  il  ne  devait  pas  rester  corporellement  présent  avec  tous 
les  fidèles,  il  a  choisi  des  ministres  pour  dispenser  ces  sacre- 
ments aux  fidèles.  »  Contr.  Gent.,  L.  4,  c.  76. 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  269 

comme  celui  de  son  Maître  ^  Serait-il  logique 
qu'il  soit  ignorant  du  divin  principe  dont  il 
émane,  et  qu'il  ne  vive  pas  ici-bas  de  la  grâce 
de  son  Sacerdoce,  en  allant  sans  cesse  la  puiser 
dans  sa  source,  lorsqu'au  ciel  il  en  sera  éternel- 
lement glorifié?  S'il  doit  préférer  une  science, 
n'est-ce  pas  celle  du  Sacerdoce  du  Souverain 
Prêtre  ?  S'il  doit  vivre  d'un  amour  qui  le  pas- 
sionne, n'est-ce  point  de  celui  que  lui  réclame 
Jésus  depuis  le  jour  où  II  l'a  fait  son  Prêtre? 

Pourrait-il  vraiment  y  avoir  sur  terre  pour  le 
Prêtre  un  autre  bonheur  qu'il  puisse  désirer, 
que  celui  d  aimer  le  Jésus  de  son  Sacerdoce? 
Pourrait-il  poursuivre  un  plus  bel  idéal  que  de 
reproduire  dans  sa  vie  les  vertus  de  son  Maître  ? 
Pourrait-il  ambitionner  une  plus  grande  gloire 
que  celle  de  travailler  sans  relâche  à  faire  aimer 
le  Jésus  Prêtre  pour  lequel  seul  il  existe? 

Un  amour  de  raison  ne  suffit  pas  au  cœur  du 
Prêtre  ;    il    doit   s'éprendre   d'un    amour  ardent 

'  En  raison  du  caractère  indélébile  qui  s'attache  à  l'âme  du 
Prêtre  par  l'onction  sacerdotale,  comme  il  ressort  clairement 
des  paroles  de  Saint  Thomas.  «  Le  caractère  s'attache  à  l'âme 
d'une  manière  indélébile...  Puisque  l'âme  est  le  sujet  du  carac- 
tère selon  la  partie  intellectuelle  dans  laquelle  la  foi  réside,  il 
est  évident  que  l'intellect  étant  perpétuel  et  incorruptible,  le 
caractère  subsiste  de  même  dans  l'âme  d'une  manière  indé- 
lébile. —  C'est  pourquoi,  après  cette  vie,  le  caractère  subsistera 
dans  les  bons  pour  leur  gloire,  et  dans  les  méchants  pour  leur 
ignominie.  »  III  p.,  q.  63,  a.  5,  c.  ad  \  et  3, 


270  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

qui  le  subjugue  et  le  consume  %  à  l'exemple  de 
l'amour  que  le  Prêtre  Eternel  a  pour  son  divin 
Père.  Quand  on  a  été  tant  aimé,  il  n'y  a  qu'un 
amour  de  passion  qui  puisse  satisfaire  le  cœur. 
En  vérité,  n'est-ce  pas  dans  le  cœur  d'un  Prêtre 
que  l'on  doit  trouver  le  plus  ardent  amour  pour 
le  Jésus  Prêtre  qui  a  aimé  jusqu'à  mourir  pour 
ceux  qu'il  aime  -  ? 

*  N'est-ce  point  le  cas  de  répéter  les  paroles  enflammées  de 
l'Apôtre  ?  «  Quand  je  parlerais  les  langues  des  hommes  et  des 
anges,  si  je  n'ai  pas  la  charité,  je  suis  comme  un  airain  sonnant 
ou  une  cymbale  retentissante.  Et  quand  j'aurais  le  don  de  pro- 
phétie, et  que  je  connaîtrais  tous  les  mystères  et  toute  la  science; 
et  quand  j'aurais  toute  la  foi,  jusqu'à  transporter  des  monta- 
gnes, si  je  n'ai  pas  la  chanté,  je  ne  suis  rien.  Et  quand  je  dis- 
tribuerais tous  mes  biens  pour  nourrir  les  pauvres,  et  quand  je 
livrerais  mon  corps  pour  être  brûlé,  si  je  n'ai  pas  la  charité, 
cela  ne  me  sert  de  rien.  »  I  Cor.,  xin,  1-3. 

-  Rappelons-nous  les  instances  que  Jésus  fait  à  ses  premiers 
Prêtres,  lorsqu'il  les  invite  à  s'unir  à  Lui,  à  puiser  la  vie  en  Lui, 
à  ne  faire  qu'un  avec  Lui,  et  à  établir  leur  demeure  dans  son 
amour.  L'amour  conduit  à  l'union,  et  l'union  alimente  et  fortifie 
l'amour.  C'est  ce  qu'exprime  pieusement  le  Docteur  angélique, 
quand  il  dit  :  «  XJunion  de  l'homme  avec  Dieu  se  produit  par 
r amour,  qui  unifie  en  quelque  sorte  l'homme  avec  Dieu,  selon 
cette  parole  de  l'Apôtre  aux  Corinthiens  I  Cor.,  vi,  17):  «Celui 
qui  s'attache  à  Dieu  est  un  même  esprit  avec  lui.  »  Par  le 
moven  de  cette  union.  Dieu  habite  aussi  dans  l'homme,  selon 
ces  paroles  de  Saint  Jean  (xiv.  23 1  :  «  Celui  qui  m'aime  gardera 
ma  parole;  mon  Père  l'aimera,  nous  viendrons  à  lui,  et  nous 
ferons  en  lui  notre  demeure.  »  —  Cette  même  union  constitue 
aussi  l'homme  en  Dieu,  selon  ces  autres  paroles  de  Saint  Jean 
(1,  IV,  16  :  «  Celui  qui  demeure  dans  l'amour  demeure  en  Dieu 
et  Dieu  en  lui,  » 

«  Celui-là  donc  est  rendu  agréable  à  Dieu  par  un  don  gratuit 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRETRE  27I 

Là  ne  se  borne  pas  tout  le  devoir  d'amour  du 
Prêtre  pour  Jésus.  Par  sa  mission  il  est  chargé 
d'enseigner  la  même  doctrine  que  celle  de  son 
Maître  ',  et  en  particulier  de  révéler  Jésus  aux 
âmes,  comme  Jésus  a  révélé  son  divin  Père.  Le 
caractère  sacerdotal  de  Jésus,  la  mission  sacer- 
dotale de  Jésus,  l'œuvre  sacerdotale  de  Jésus, 
c'est  à  lui  qu'il  appartient  de  les  mettre  en  lu- 
mière et  en  valeur,  d'y  attirer  l'attention  des 
âmes  et  de  lui  gagner  l'amour  des  cœurs. 

Ce  n'est  pas  là  simplement  une  dévotion  et  un 
genre  de  piété  accidentelle,  c'est  un  devoir,  un 
devoir  de  vocation.  Si  le  Prêtre  ne  s'évertue  pas 
à  faire  connaître  et  à  faire  aimer  Jésus  dans  son 
Sacerdoce,  qui  donc  le  fera?  Et  s'il  ne  le  fait  pas, 
quel  Jésus  révélera-t-il  ?  Un  Jésus  diminué,  un 
Jésus  incomplet,  un  Jésus  ignoré  dans  le  carac- 
tère le  plus  sublime  et  le  plus  essentiel  qu'il  y 
ait  en  Lui  :  celui  de  son  Sacerdoce. 

N'est-ce  pas  simplement  logique  que  Jésus 
Prêtre  soit  plus  connu  et  pratiquement  aimé  par 

reçu  de  lui,  qui  est  venu  à  n'être  plus  qu'un  même  esprit  avec 
Dieu,  à  vivre  en  lui  et  à  le  posséder  d'une  manière  permanente 
par  l'ardeur  de  la  charité.  Ce  qui  fait  dire  à  l'Apôtre  (I  Cor., 
XII!,  1-3)  que  sans  la  charité  les  autres  dons  ne  servent  de  rien 
aux  hommes,  parce  qu'ils  ne  peuvent  se  rendre  agréables  à  Dieu 
sans  le  secours  de  la  charité.  »  Op.  2,  c.  214. 

*  «  Allez  donc  et  enseignez  toutes  les  nations,  leur  apprenant 
à  observer  tout  ce  que  je  vous  ai  commandé.  »  Mat.,  xxviii,  19, 20. 


272  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

ceux-là  mêmes  qui  portent  dans  leur  âme  l'em- 
preinte du  Sacerdoce  de  leur  Maître  ?  N'est-ce 
pas  à  désirer  que  les  Prêtres,  et  les  fidèles  à  leur 
suite,  rendent  davantage  à  Jésus  dans  son  Sa- 
cerdoce les  honneurs  et  1  amour  auxquels  II  a 
droit  ? 

Cet  apostolat  sacerdotal  est  considérablement 
facilité  pour  le  Prêtre,  par  le  fait  du  ministère 
qu'il  remplit  à  l'autel  et  de  la  présence  perma- 
nente du  Souverain  Prêtre  dans  l'Eucharistie, 
qu'il  assure  aux  fidèles.  Ce  n'est  plus  un  Jésus 
éloigné  et  absent  qu'il  s'agit  de  faire  connaître 
et  de  proposer  à  l'adoration  amoureuse  des 
âmes  :  c'est  un  Jésus  présent,  un  Jésus  im- 
muable, un  Jésus  toujours  Prêtre  réclamant 
pour  son  Sacerdoce  des  hommages  et  un  amour 
qui  Lui  sont  rigoureusement  dûs. 

S'il  est  là,  c'est  parce  que  le  Prêtre  a  puisé 
dans  son  Sacerdoce  éternel  la  puissance  de  L'y 
mettre.  S'il  s'y  donne  en  nourriture  aux  âmes, 
c'est  parce  que  le  Prêtre  a  reçu  la  mission  de  les 
faire  participer  à  son  Sacrifice,  en  Lui  permet- 
tant de  perdre  en  elles  son  existence  sacramen- 
telle, comme  II  a  mis  fin  Lui-même  à  son  exis- 
tence mortelle  sur  le  Calvaire. 

Qu'il  est   beau  le  Prêtre  qui   porte  dans  son 


AMOUR    DU    A    JÉSUS    PRÊTRE  273 

âme  le  caractère  du  Sacerdoce  même  de  Jésus  ! 
Qu'il  est  grand  le  Prêtre  qui  a  le  pouvoir  re- 
doutable de  faire  descendre  Jésus  du  ciel  et  de 
l'immoler  à  l'autel  !  Qu'il  est  agréable  à  Jésus 
le  Prêtre  qui  s'éprend  d'amour  pour  son  Sacer- 
doce !  Qu'il  est  digne  de  louange  le  Prêtre  qui 
est  dévoré  du  zèle  de  la  gloire  de  son  Maître  et 
qui  se  fait  l'apôtre  de  la  science  et  de  l'amour  de 
Jésus  le  Souverain  Prêtre  ! 

Quel  honneur  pour  lui  de  tenir  ici-bas  la  place 
du  Prêtre  Eternel  que  Dieu  le  Père  a  donné  à 
l'humanité  !  De  quel  esprit  de  foi  et  d'amour  il 
doit  être  rempli  pour  Celui  qui  lui  a  commu- 
niqué la  puissance  de  sa  mission  divine  et  ré- 
demptrice !  Avec  quel  saint  enthousiasme  il  doit 
courir  à  la  conquête  des  âmes,  en  leur  révélant 
le  Jésus  Prêtre  qu'abritent  tant  de  tabernacles 
et  qui  a  une  soif  si  ardente  d'être  connu  et  aimé 
des  hommes  !  Quelle  passion  d'amour  doit  être 
la  sienne,  en  considérant  l'ignorance  du  grand 
nombre  à  l'égard  de  ce  mystère  fondamental  du 
Sacerdoce  de  Jésus,  d'où  découlent  la  glorifica- 
tion divine  et  le  salut  du  monde  ! 

Comme  son  cœur,  qui  chaque  matin  s'abreuve 
aux  sources  sacerdotales  de  l'infinie  charité,  doit 
soupirer  après  les  immolations  d'amour  qui  fe- 
ront l'union  plus  étroite  entre  lui  et  le  Jésus 
Prêtre-Victime  de  son  Sacrifice  quotidien!  Quelle 


274  !*'-'    SACERDOCE    DE   JESUS 

science  sublime,  pour  lui  et  pour  les  autres,  de 
pénétrer  dans  les  ineflFabilités  du  Sacerdoce  de 
l'unique  et  divin  Prêtre,  pour  s'en  remplir  et  en 
faire  vivre  les  âmes  !  Quelle  vie  pleine  et  féconde 
que  celle  du  Prêtre  qui  s'applique  à  rester  per- 
pétuellement en  contact  de  foi  et  d'amour  avec 
le  Jésus  de  son  Sacerdoce  î  Quelle  gloire  sera  la 
sienne  au  ciel,  lorsqu'il  aura  épuisé  sa  vie  à  étu- 
dier, à  aimer,  à  honorer,  à  prêcher  et  à  révéler 
le  Prêtre  Eternel  qui  fera  la  béatitude  des  élus 
dans  les  siècles  des  siècles  ! 

O  Jésus,  multipliez  vos  Prêtres  et  rendez-les 
saints  de  votre  propre  sainteté  !  Enflammez-les 
d'amour  pour  Vous,  principe  et  fin  de  leur  éter- 
nel Sacerdoce  ! 


A  Jésus,  le  Prêtre  universellement  aimé 


O  mon  Jésus, 

qui  dans  votre  Sacerdoce 

méritez   tout    l'amour    du    ciel 

et  de  la  terre, 

je  Vous  aime  de  l'amour 

que  Vous  porte  votre  Père 

je  Vous   aime  de   l'amour 

qui  brûle  votre  Coeur 

je  Vous  aime  de  l'amour 

qui  remplit  le  cœur 

des  bienheureux  au  ciel 

et  des  saints  sur  la  terre. 

Je  Vous  aime  au  nom 

de  tous  les  hommes 

je  Vous  aime  par  le  cœur 

de  tous  vos  Prêtres 

je  Vous  aime  comme  le  Prêtre  unique 

le  Prêtre  Eternel 

pour  qui  seul 

je  veux  vivre  et  mourir. 


VÉRITÉ  ET  AMODR 


i 


VERITE   ET  AMODR 


«  Soyez  donc  les  imitateurs  de  Dieu, 
comme  des  enfants  bien-aimés,  et  mar- 
chez dans  l'amour  comme  le  Christ, 
qui  nous  a  aimés  et  qui  s'est  livré 
lui-même  pour  nous  à  Dieu  comme 
une  oblation  et  une  victime  d'agréable 
odeur.  » 

Ephés.,  V,  1,  2. 


Jésus,  Prêtre  unique  de  Dieu 
et   des  hommes 

Prêtre  unique  —  unique  par  son  essence  — 
unique  par  sa  mission  —  unique  par  sa  puis- 
sance —  unique  par  ses  efficacités  —  principe, 
source,  grâce  et  fin  de  tout  Sacerdoce. 

Prêtre  nécessaire  —  comme  intermédiaire 
entre  Dieu  et  les  hommes  —  comme  chef  de 
l'humanité  —  comme  Libérateur  promis  — 
comme   Sacrificateur  de  la  divine   N'ictime. 

Prêtre  divin  —  descendu  du  ciel  —  envoyé 
par  Dieu  son  Père  —  consacré  à  la  gloire  divine 


280  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

—  opérant  ici-bas  une  œuvre  divine  —  destiné 
au  ciel  à  des  honneurs  éternels. 

Prêtre  pour  les  hommes  —  qu'il  est  venu  sanc- 
tifier —  dont  II  est  l'avocat  auprès  de  Dieu  — 
qui  s'est  chargé  de  payer  leurs  dettes  à  la  justice 
divine  —  qui  pousse  l'amour  pour  eux  jusqu'à 
s'offrir  Lui-même  en  Victime  pour  les  sauver. 

O  Jésus,  Prêtre  du  ciel 

et  de  la  terre, 

révélez  à  mon  âme 

les  sublimités  de  votre  Sacerdoce 

et  daignez  me  faire  participer 

aux  fruits  de  votre  divine  mission 

dans  l'humanité. 


Jésus,  Prêtre  Eternel 

Prêtre  éternel  dans  son  principe  —  prenant 
naissance  dans  le  sein  de  Dieu  —  recevant  de 
Dieu  lui-même  la  dignité  de  son  Sacerdoce  — 
vivant  comme  Prêtre  de  la  vie  même  de  Dieu. 

Prêtre  éternel  dans  le  plan  divin  -  dans  le 
choix  qui  est  fait  de  Lui  —  dans  les  desseins  di- 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  28I 

vins  éternellement  arrêtés  —  dans   la   fin  pro- 
posée —  dans  les  moyens  employés. 

Prêtre  éternel  dans  sa  durée  —  constitué 
Prêtre  pour  l'éternité  —  destiné  à  une  gloire 
éternelle  —  exerçant  au  ciel  un  Sacerdoce  glo- 
rieux. 

Prêtre  éternel  dans  ses  effets  —  cause  de  la 
glorification  éternelle  de  Dieu  —  de  la  rédemp- 
tion universelle  —  de  la  gloire  et  de  la  béatitude 
des  bienheureux. 

O  mon  Jésus,  Prêtre  Eternel 
que    j'espère   louer   et   glorifier 

pendant  toute  l'éternité, 

obtenez-moi  de  bien  comprendre 

le  mystère  caché  de  votre  Sacerdoce. 


Jésus,  Prêtre  dans  l'humanité 

Prêtre  Eternel   fait  Homme  —  divin  dans  sa 
Personne,  humain  dans  sa  nature  humaine 
né  d'une  créature  —  possédant  dans  sa  chair  la 
matière  de   son  Sacrifice  —  se  faisant  Homme 
pour  réhabiliter  en  Lui  l'humanité. 


282  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 

Prêtre  en  faveur  des  hommes  —  afin  de  les 
instruire  —  de  les  purifier  —  de  les  sanctifier  — 
en  union  avec  la  Victime  de  son  Sacrifice. 

Prêtre  vivant  parmi  les  hommes  —  d'une  vie 
terrestre  et  mortelle  —  exerçant  les  fonctions  de 
son  Sacerdoce  —  offrant  sans  cesse  à  Dieu  l'Hos- 
tie de  la  miséricorde  et  du  salut. 

Prêtre  d'un  Sacrifice  divin  —  immolant  la  Vic- 
time par  l'effusion  de  son  sang  —  acceptant  la 
mort  de  la  main  des  hommes  pour  qui  II  meurt. 

O  Jésus,  Prêtre  adorable 

envoyé  ici-bas  pour  sauver  rhumanitc 

ayez  pitié  de  ma  misère 

et  exercez  sur  mon  âme 

les  divines  influences  de  votre  Sacerdoce. 


Jésus,  Prêtre  de  la  divine  Victime 

Prêtre  en  vue  de  la  Victime  —  pour  remplir 
auprès  d'elle  l'office  de  Sacrificateur  —  pour  la 
maintenir  dans  son  état  de  Victime  —  pour  la 
faire  arriver  à  sa  perfection  de  Victime. 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  283 

Prêtre  au  premier  moment  de  la  Victime  — 
pour  la  recevoir  dans  la  vie  —  pour  l'avoir  à  sa 
garde  —  pour  en  commencer  aussitôt  l'offrande 
à  la  gloire  de  Dieu. 

Prêtre  devenu  propriétaire  de  la  Victime  — 
ayant  tous  les  droits  sur  elle  —  exerçant  sur  elle 
une  réelle  autorité  —  décidant  de  l'heure  et  du 
mode  de  son  Sacrifice. 

Prêtre  et  Victime  vivant  dans  une  parfaite 
harmonie  de  pensées  —  de  sentiments  —  de  dé- 
sirs —  de  volontés  —  en  tout  et  toujours  —  pour 
la  gloire  de  Dieu  et  le  salut  de  l'humanité. 

O  Jésus,  divin  Prêtre 

de   la    divine   Victime, 

pour  Vous  mieux  connaître 

et  Vous  mieux  aiiner, 

rendez-moi  participant 

des  grâces  de  votre  Sacerdoce 

et  des  mérites  de  vos  immolations. 


Jésus,    Prêtre   dans    l'exercice 
de  l'eblatiop  de  la  Victime 

Prêtre  à  la  naissance  de  la  Victime  —  l'entou- 
rant de  ses  sollicitudes  —  la  protégeant  et  l'as- 


284  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

sistant  —  en  faisant  déjà  l'Hostie  de  sa  perpé- 
tuelle oblation. 

Prêtre  pendant  l'enfance  de  la  Victime  —  la 
suivant  pas  à  pas  —  l'accompagnant  partout  — 
prenant  en  tout  l'occasion  de  s'offrir  avec  elle 
en  vue  de  leur  commune  mission. 

Prêtre    pendant  la   vie  cachée   de  la   Victime 

—  priant,  travaillant,  souffrant  avec  elle  —  la 
préparant  au  grand  Sacrifice  —  s'entretenant 
avec  elle  de  la  gloire  de  Dieu  et  du  salut  du 
monde. 

Prêtre  pendant  la  vie  publique  de  la  V  ictime  — 
l'associant  à  ses  prédications  et  à  ses  miracles 

—  partageant  avec  elle  les  humiliations,  les  fati- 
gues, les  joies  et  les  peines  —  l'orientant  sans 
cesse  vers  le  terme  final  du  Sacrifice. 


O  Jésus  qui  Vous  acheminez 

vers  le  ^raiid  sacrifice 

de  votre  divine   Victime 

et  allez  terminer 

votre  mission  sacerdotale  ici-bas, 

apprenez-moi  à  vivre 

de  vos   enseignements 

"  et   à    accomplir  toujours 

vos  saintes  et  adorables  volontés. 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  285 

Jésus,  Prêtre   dans  le   Sacrifice 
de  la  Victime 

Prêtre  pour  le  Sacrifice  —  ayant  à  sa  dis- 
position une  Victime  à  immoler  —  tendant 
de  toute  la  puissance  de  son  Sacerdoce  vers 
cet  acte  suprême,  couronnement  de  sa  vie  — 
acquérant  par  là  la  perfection  de  sa  mission 
divine. 

Prêtre  soupirant  après  le  moment  du  Sacri- 
fice total  —  par  amour  pour  Dieu  son  Père 
—  par  compassion  pour  l'humanité  —  par  ten- 
dresse pour  les  saintes  aspirations  de  la  Vic- 
time. 

Victime  vivant  et  mourant  dans  les  mêmes  su- 
blimes dispositions  du  Prêtre  —  se  livrant  à  son 
Sacrificateur  —  embrassant  avec  amour  toutes 
les  souffrances  et  toutes  les  humiliations  du  der- 
nier supplice. 

Prêtre  et  Victime  consommant  ensemble  l'œu- 
vre de  la  glorification  divine  et  du  rachat  de 
l'humanité  —  mettant  fin  à  la  réalisation  des 
décrets  éternels  —  réconciliant  le  ciel  et  la  terre 


286  DU    SACERDOCE    DE    JÉSUS 

dans  l'embrassement  divin  de  la  miséricorde  et 
de  la  justice. 

O  Jésus,  divin  Sacrificateur 

de  la  Victime 

qui  avec  Vous  sauve  le  monde 

laissez-moi  m'associer 

à  votre  éternel  Sacerdoce 

et  m'offrir  avec  Vous 

nu  Père  des  miséricordes 

pour  qu'il  me  purifie 

et  me  fasse  victime 

de  son  amour. 


Jésus,  Prêtre  de  l'ainour  éternel 

Prêtre  aimé  par  Dieu  le  Père  d'un  amour  puisé 
dans  son  sein  —  d'un  amour  de  complaisance 
infinie  —  d'un  amour  de  reconnaissance  pour  la 
mission  sacerdotale  que  son  Verbe  remplit  sur 
la  terre  —  d'un  amour  de  glorification  divine 
dans  les  splendeurs  de  l'éternité. 

Prêtre  s'aimant  Lui-même  comme  II  aime  son 
Père  —  aimant  souverainement  son  Sacerdoce 
par  lequel  II  le  glorifie  —  aimant  en  Lui  le  Sa- 
crificateur qui  immole  la  Victime  pour  le  salut 
du  monde. 


VÉRITÉ    ET    AMOUR  287 

Prêtre  méritant  l'amour  de  l'humanité  —  sup- 
pliant les  hommes  de  L'aimer  comme  II  les  aime 
—  leur  révélant  son  Sacerdoce  afin  d'en  être  ho- 
noré et  aimé  comme  Prêtre. 

Prêtre  des  Prêtres  —  communiquant  à  tous 
les  Prêtres  du  monde  le  caractère,  la  puissance, 
la  perfection  et  les  grâces  de  son  Sacerdoce  — 
réclamant  impérieusement  de  chacun  d'eux  une 
science  et  un  amour  proportionnés  à  leur  sublime 
vocation  —  leur  confiant  la  mission  dans  l'Eglise 
d'un  culte  universel  et  tout  d'amour  envers  son 
Sacerdoce  éternel. 

O  mon  ineffable  Jésus, 

digne,  dans  votre  Sacerdoce, 

des  adorations 

et  de  l'amour  éternel 

des  anges  et  des  saints, 

embrasez  nos  cœurs 

d'un  feu  inextinguible 

pour    Vous    aimer   sans    fin 

dans  votre  double  qualité 

de  Prêtre  et  de  Victime. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Dédicace  .  . 
Préface  .  . 
Préliminaires 


i.  —  Jésus  ne  peut  pas  ne  pas  être  Prêtre   . 

II Jésus,  le  Prêtre  de  son  Père 

m.  —  Jésus,  le  Prêtre  de  l'humanité 

'^^-  —  Jésus,  l'unique   Prêtre   de   l'unique   Vic- 
time     

V.  —  Les  sublimités  du  Sacerdoce  en  Jésus   . 

A  Jésus,  Tunique  et  Souverain  Prêlre 


CHAPITRE    PREMIER 

De  la  nécessité  du  Sacerdoce  en  Jésus      23 


49 

60 

70 
77 

87 


CHAPITRE    DEUXIÈME 

Le  Sacerdoce  éternel  de  Jésus  91 

I.  —  Sacerdoce  éternel  dans  son  origine      .  .          c)3 

II.  —  Sacerdoce  éternel  dans  le  plan  divin   .  .          98 


290  DU    SACERDOCE    DE    JESUS 

III.  —  Sacerdoce  éternel  en  durée 102 

IV.  —  Sacerdoce  éternel  dans  ses  effets  et   ses 

efficacités      to8 


A  Jésus,   Prêtre  Eternel 11 


CHAPITRE      TROISIEME 

De  l'actuatien  du  Sacerdoce  de  Jésus 

dans  le  temps  121 

I.  —  Jésus  est  Prêtre  en  tant  qu'Homme    .    .        124 
II.  —  Jésus  est  Prêtre  pour  les  hommes    ...        l3o 

III.  —  Jésus  exerce    son   Sacerdoce    parmi    les 

hommes i36 

IV.  —  Jésus  oflFre  son  Sacrifice  par  la  main  des 

hommes 141 

A  Jésus,  Prêtre,  Dieu  et  Homme 149 

CHAPITRE     QUATRIÈME 

De  l'office  du  Sacerdoce  de  Jésus 

dès  l'apparition  de  la  Victime  i53 

I.  —  Jésus  est  Prêtre  à  cause  de  la  Victime    .        l55 
II.  —  Jésus  Prêtre  reçoit  la  divine  Victime  .    .        161 

III.  —  Jésus  Prêtre  a  pleine  au.  orité  sur  la  Vic- 

time            t63 

IV.  —  Les  divines  harmonies  en^re  le  Prêtre  et 

la  Victime l6^' 

A  Jésus,  le  Prêtre  Hostie      17^ 


TABLE    DES    MATIÈRES  29I 


CHAPITRE     CINQUIEME 

Du  Ministère  Sacerdotal  de  Jésus 
auprès  de   la   Victime 

pendant  sa  vie  177 

I.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus  à  la  nais- 
sance de  la  Victime 1<S2 

II.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus  pendant  la 

vie  d'enfance  de  la  Victime 1S6 

III.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus  pendant  la 

vie  cachée  de  la  Victime 189 

IV.  —  Ministère  sacerdotal  de  Jésus  pendant  la 

vie  publique  de  la  Victime 197 

A  Jésus,  le  Prêtre  Victime 209 


CHAPITRE     SIXIEME 

De  l'exercice  parfait  du  Sacerdoce  de  Jésus 
dans  le  Sacrifice  suprême 

de  la  Victime  2i3 

I.  —  Le  Sacrifice   est   l'acte   suprême   du  Sa- 
cerdoce              2l(i 

II.  —  Les  dispositions  du  Prêtre 221 

III.  —  Les  dispositions  de  la  Victime 226 

IV.  —  Consommation   de  la  mission  du  Prêtre 

et  de  la  Victime 228 

A  Jésus,  le   Prêtre  Sacrificateur 235 


292  DU    SACERDOCE    DE   JÉSUS 


CHAPITRE     SEPTIEME 

De  l'amour  dû  à  Jésus 
CD   sa    qualité    de    Prêtre  239 

I.  —  L'amour  de  Dieu  le  Père  pour  le  Verbe 

incarné  qu'il  a  envoyé  comme  Prêtre  .        248 
11.  —  L'amour  de  Jésus  pour  son   propre   Sa- 
cerdoce         248 

III.  —  Motifs  de  notre  amour  pour  Jésus  Prêtre       254 

IV.  —  Manifestations  de  notre  amour  pour  Jé- 

sus Prêtre 259 

V.  —  L'amour  spécial  du   Prêtre  envers  Jésus 

principe  de  son  Sacerdoce 265 

A   Jésus,   le  Prclrc  universellement  aimé    .    .    .        275 

VÉRITÉ    ET    AMOUR 

Jésus,  Prêtre  unique  de  Dieu  et  des  hommes  .    .  279 

Jésus,  Prêtre  Eternel 280 

Jésus,  Prêtre  dans  l'humanité 281 

Jésus,  Prêtre  de  la  divine  Victime 282 

Jésus,  Prêtre  dans  l'exercice  de   l'oblation  de  la 

Victime 283 

Jésus,  Prêtre  dans  le  sacrifice  de  la  Victime     .    .  285 

Jésus,  Prêtre  de  l'amour  éternel 286 


.;* 


I 


I 


■ 


BT  254  .M37  v.4  SMC 

Marie  Eugène  de  la 

Croix,  Père. 
Jésus  mieux  connu  et 

Plus  aime  dans  son 
AWM--6159  (mcsk)